Read: Lettre d'Abdu'l-baha au professeur Auguste Forel - MEB1974


#=====================================================
# Source: WWW.RELIGARE.ORG
#=====================================================
Religion: baha'ie
Livre: Lettre d'Abdu'l-Bahá au professeur Auguste Forel
Edition: MEB, Troisième édition 1974
Chapitre: O vous, homme respecté, épris de vérité!

O vous, homme respecté, épris de vérité! Votre lettre du 28 juillet 1921 m'est parvenue. Elle traite de sujets fort intéressants ce qui prouve que, Dieu merci, vous demeurez toujours jeune et que vous poursuivez la recherche de la vérité; vos facultés intellectuelles sont actives et les découvertes de votre esprit sont évidentes.
Partout sont répandus de nombreux exemplaires de l'épître que j'ai envoyée au Docteur Fischer, et chacun sait qu'elle a été écrite en 1910. En outre, bien d'autres épîtres furent écrites avant la guerre sur le même sujet et il en a été question également dans le Journal de San-Francisco dont la date est connue et ne laisse subsister aucun doute.
De plus, les philosophes d'esprit large ont fait l'éloge du discours prononcé avec éloquence à ladite Université. C'est pourquoi je vous envoie ci-inclus un exemplaire de ce journal.
Au sujet de vos oeuvres, elles sont sans aucun doute d'une grande utilité, et si elles étaient publiées, veuillez m'envoyer un exemplaire de chacune d'elles.
Par "matérialistes" - dont les opinions sur la Divinité ont été exposées - il ne s'agit pas des philosophes en général mais d'une catégorie de philosophes matérialistes à vue étroite, adorateurs du sensible, qui se fient uniquement à leurs cinq sens et pour lesquels le critérium de la connaissance se limite aux sensations.
Tout ce que leurs sens peuvent percevoir est réel pour eux, et tout ce qui ne tombe pas sous le pouvoir des sens est inexistant ou douteux. Ils considèrent l'existence de la Divinité comme absolument douteuse.
Il s'agit, comme vous l'avez écrit, non pas des philosophes en général, mais des matérialistes à l'esprit étroit.
Quant aux philosophes déistes tels que Socrate, Platon et Aristote, ils sont en vérité dignes de considération et méritent les plus grands éloges pour les services remarquables qu'ils ont rendus à l'humanité. Il en est de même des philosophes matérialistes accomplis à tendance modérée qui, eux aussi, ont rendu d'importants services.
Nous considérons la connaissance et la sagesse comme la base du progrès humain et nous estimons les philosophes doués de pénétration d'esprit.
Lisez attentivement le Journal de l'Université de Stanford afin que la vérité vous apparaisse.
Quant aux facultés mentales, en réalité, elles appartiennent à l'âme, de même que le rayonnement lumineux est la propriété essentielle du soleil. Les rayons solaires se renouvellent mais le soleil lui-même reste toujours le même et ne change pas.
Remarquez combien l'intelligence humaine se développe et s'affaiblit; elle peut parfois faire totalement défaut, alors que l'âme est immuable.
La manifestation de l'intelligence dépend de la santé du corps; une intelligence saine ne peut se manifester que dans un corps sain, alors que l'âme n'est pas conditionnée par le corps.
C'est par le pouvoir de l'âme que l'intelligence comprend, conçoit et exerce son influence, tandis que l'âme est une force indépendante.
C'est par le concret que l'intelligence conçoit l'abstrait, mais l'âme a des manifestations illimitées qui lui sont propres. L'intelligence humaine est bornée, l'âme sans limites. C'est à travers les sens: vue, ouïe, goût, odorat et toucher que l'intelligence saisit, tandis que l'âme n'a besoin d'aucun intermédiaire.
Comme vous pouvez le remarquer, l'âme est en mouvement et toujours active aussi bien pendant le sommeil qu'à l'état de veille. Il nous arrive de découvrir la solution d'un problème complexe pendant un rêve, alors que nous en étions incapables à l'état de veille.
Cependant l'intelligence ne peut rien concevoir si les sens ne fonctionnent plus; dans le foetus et dans la prime enfance, la faculté de raisonner fait complètement défaut, alors que l'âme est toujours en pleine force.
En résumé, les preuves sont nombreuses que, malgré la défaillance de la raison, la force de l'âme continue d'exister.
L'esprit cependant existe à des degrés et à des rangs différents. Considérons l'existence de l'esprit dans le minéral; il est incontestable que celui-ci est doué d'un esprit et qu'il vit selon les exigences de ce rang.
Les naturalistes admettent également aujourd'hui ce secret ignoré jadis que tout ce qui existe est doué de vie; ainsi que Muhammad le dit dans le Qur'an: "toute chose est vivante".
Le monde végétal possède encore le pouvoir de croissance et cette force de croissance c'est l'esprit végétal.
Le règne animal possède la faculté sensitive, mais dans le monde humain il existe une force qui comprend toutes les autres. Dans tous les règnes précédents, la faculté de la raison n'existe pas, mais l'esprit existe et se manifeste. La sensibilité ne conçoit pas l'âme alors que la faculté de raisonner prouve son existence.
De même, l'intelligence prouve l'existence d'une invisible Réalité embrassant tous les êtres, qui se révèle et se manifeste dans tous les règnes et dont l'essence dépasse la portée de l'intelligence.
Ainsi, le minéral ne conçoit ni la réalité ni les perfections du végétal, le végétal ne saisit pas la nature de l'animal, pas plus que l'animal ne comprend la réalité de l'homme qui découvre et embrasse toutes choses.
L'animal est prisonnier de la nature et ne peut en transgresser les lois ni les règles. Il existe toutefois dans l'homme un pouvoir supérieur à celui de la nature, pouvoir qui découvre, vérifie et intervient dans ses lois.
Ainsi, tous les minéraux, les végétaux et les animaux sont prisonniers de la nature; le soleil lui-même, dans toute sa grandeur, lui est tellement subordonné qu'il n'a aucune volonté propre et ne peut s'écarter de ses lois, fut-ce de l'épaisseur d'un cheveu. Il en est de même pour tous les êtres des règnes minéral, végétal et animal qui ne peuvent échapper aux lois naturelles et qui en sont même les esclaves.
Par contre l'homme, prisonnier de la nature par le corps, est cependant libre par l'âme et l'intelligence, et il possède la maîtrise de la nature.
Remarquez que, selon les lois de la nature, l'homme vit, se déplace et passe son existence sur terre; mais son âme et son intelligence interviennent dans ces lois et, tel un oiseau, il s'envole; il parcourt rapidement les mers et, tel un poisson, explore leurs profondeurs et y fait des découvertes. Ceci constitue réellement un sérieux échec infligé aux lois naturelles.
Il en est de même de l'énergie électrique; cette force violente et indomptée qui sépare les montagnes, l'homme l'a maintenant emprisonnée dans une ampoule ce qui, manifestement, est une infraction aux lois naturelles.
L'homme découvre également ces mystères de la nature qui, conformément aux lois naturelles, devraient rester cachés et, de l'invisible, il les amène sur le plan visible, ce qui est encore une transgression des lois. Il découvre de même les propriétés inhérentes des choses qui sont les secrets de la nature.
Il remet en lumière les faits passés oubliés par la mémoire, et il prévoit les évènements encore inconnus de l'avenir par son pouvoir d'induction.
De plus, les communications et les explorations sont limitées aux distances courtes par les lois naturelles tandis que l'homme, par ce pouvoir spirituel qui lui appartient, découvre les réalités des choses et relie l'Orient à l'Occident, ce qui est aussi une infraction aux lois de la nature.
De même, les images sont fugitives d'après les lois naturelles, mais l'homme les fixe sur une plaque de verre, ce qui est encore une transgression de ces lois.
Veuillez réfléchir et méditer sur ceci: les sciences, les arts, les métiers, inventions et découvertes constituaient, autrefois, des secrets de la nature qui, en vertu de ses lois, auraient dû rester cachés; mais par ses capacités de découverte, l'homme enfreint ces lois et rend visibles les secrets cachés dans l'invisible, ce qui, une fois de plus, constitue une infraction aux lois naturelles.
En résumé, cette faculté spirituelle invisible de l'homme arrache le glaive des doigts de la nature et lui en assène des coups terribles.
Toutes les autres créatures, quelle que soit leur importance, sont privées de ces perfections. L'homme possède le pouvoir de la volonté et celui de l'entendement, mais la nature en est privée; elle est enchaînée, l'homme est libre.
La nature est dépourvue d'entendement, l'homme comprend. Elle ignore les évènements du passé mais l'homme en est instruit. Elle ne prévoit pas ceux de l'avenir mais l'homme, par son pouvoir de discernement, les prévoit. Elle n'a aucune conscience d'elle-même, l'homme est au courant de toutes choses.
Si l'on suppose que l'homme n'est qu'un élément de la nature, que puisqu'il est doué de ces perfections, celles-ci ne sont que des manifestations de cette nature et que, par conséquent, elle n'en est pas privée mais en est l'auteur, nous répondrons que la partie dépendant du tout, il est impossible que la partie possède des perfections dont le tout soit privé.
Par nature, on entend ces propriétés inhérentes des choses et ces relations nécessaires qui découlent de la réalité des choses.
Ces réalités quoiqu'infiniment diverses sont toutefois intimement reliées entre elles. A ces différentes réalités il faut un agent d'unification capable de les relier les unes avec les autres.
Ainsi les divers membres, organes, éléments et parties qui constituent le corps de l'homme, quoique différents, sont néanmoins tous liés entre eux sous l'action unifiante de ce qu'on appelle l'âme humaine, ce qui leur permet d'agir en complète harmonie avec une régularité absolue, et d'assurer ainsi la continuité de la vie. Le corps humain est cependant tout à fait inconscient de cette action unificatrice; il agit régulièrement malgré tout et s'acquitte de ses fonctions selon sa volonté.
Quant aux philosophes, ils appartiennent à deux écoles: Socrate le sage croyait en l'unité de Dieu et en la survie de l'âme; comme ses opinions allaient à l'encontre de celles de ses contemporains à l'esprit borné, ce divin sage fut empoisonné par eux.
Tous les philosophes religieux, les sages et les rationalistes, observant ces créatures en nombre infini, ont remarqué que, dans cet immense et incommensurable univers, tout aboutit au règne minéral, que ce monde minéral a donné naissance au monde végétal, celui-ci au monde animal, et le monde animal au monde humain.
L'aboutissement de cet univers infini, dans toute sa majesté et sa splendeur, c'est l'homme lui-même qui, en cette existence, peine et souffre quelque temps, endure chagrins et maladies puis, à la fin, se désagrège sans laisser ni traces ni fruits. S'il en était ainsi, il n'est pas douteux que cet univers infini, avec toutes ses perfections, aboutirait à une erreur, une disgrâce sans résultat, sans esprit de suite, sans aucune utilité, et qu'il serait dépourvu de toute signification.
Les philosophes furent alors convaincus qu'il n'en est pas ainsi; cette Entreprise grandiose avec toute sa puissance, son effarante splendeur et ses perfections sans limites, ne peut en fin de compte aboutir au néant.
Qu'une autre vie existe est donc certain et, de même que le règne végétal est inconscient de l'existence de l'homme, nous ne connaissons rien non plus de cette grande Existence dans l'au-delà, après la vie sur cette terre.
Mais le fait de ne pas concevoir cette vie n'est pas une preuve qu'elle n'existe pas. Ainsi le monde minéral ignore tout à fait ce qui concerne l'homme, il ne peut comprendre ce monde; mais ignorer une chose ne prouve pas qu'elle n'existe pas.
Il y a des preuves nombreuses et concluantes pour démontrer que cet univers infini ne peut être limité à cette vie humaine.
Quant à l'Essence de la Divinité, en vérité Elle ne peut en aucun cas être définie par quoi que ce soit sauf par Elle-même, et Elle n'est nullement accessible à l'esprit. Car tout ce que l'homme peut concevoir n'est qu'une réalité limitée et non pas infinie, réalité bornée et non globale que l'homme peut comprendre et contrôler.
De même, il est certain que toutes les conceptions humaines ne sont pas absolues mais contingentes, que leur existence est abstraite et non pas matérielle.
De plus, l'existence des différents degrés de développement des êtres du monde contingent est un obstacle à la compréhension. Comment serait-il alors possible à ce qui est contingent de concevoir la Réalité de l'Absolu ?
Nous venons de dire que les différents degrés de développement sur le plan contingent constituent un obstacle à la compréhension: les minéraux, les plantes et les animaux sont dépourvus des facultés mentales de l'homme qui découvre les réalités de toutes choses; il connaît lui tous les degrés qui le précèdent.
Chaque plan supérieur comprend le plan inférieur et en découvre la réalité, mais l'inférieur n'a pas connaissance du supérieur et ne peut le comprendre.
Ainsi l'homme est incapable de concevoir l'Essence du Divin, mais par le raisonnement, et l'observation, par ses intuitions et par la force révélatrice de sa foi, il peut croire en Dieu et éprouver les bienfaits de sa Grâce.
Il acquiert cette certitude: bien que l'Essence divine soit invisible et que l'existence de Dieu soit intangible, des preuves spirituelles décisives attestent cependant l'existence de cette invisible Réalité. Mais cette Réalité, dans son Essence, est au-delà de toute description.
Prenons un exemple: la nature de l'éther est inconnue, mais son existence apparaît certaine dans ses effets: chaleur, lumière et électricité qui en sont les vibrations. Ces ondes vibratoires sont la preuve qu'il existe.
De même, si nous considérons la surabondance des Grâces divines, nous sommes convaincus de l'existence de Dieu.
Encore un exemple: remarquons que l'existence des êtres est due à la combinaison d'éléments divers et leur non-existence à la décomposition de leurs éléments constituants, car celle-ci provoque la dissociation de ces éléments.
Considérons alors que l'assemblage d'éléments donne naissance aux êtres et, sachant que ces êtres sont innombrables, comme ils sont l'effet, comment leur cause pourrait-elle être finie?
Or, il ne peut y avoir que trois sortes de composition et trois seulement: fortuite, nécessaire ou volontaire.
L'assemblage des différents éléments qui forment les êtres ne peut être dû au hasard, car tout effet comporte nécessairement une cause.
Il ne peut être obligatoire car, dans ce cas, la composition devrait être une propriété inhérente aux composants, et la propriété inhérente d'une chose ne peut, en aucune manière, en être séparée; il en est ainsi de la lumière qui rend les choses apparentes, de la chaleur qui dilate les éléments et du rayonnement qui est la propriété essentielle du soleil.
Dans ces conditions, la décomposition de n'importe quel corps composé serait impossible puisque la propriété inhérente à un corps ne peut lui être enlevée.
Reste le troisième cas, la composition volontaire, c'est-à-dire qu'une force invisible, connue comme la Puissance éternelle, provoque l'union de ces éléments, chaque structure donnant naissance à un être distinct.
En ce qui concerne les qualités et perfections attribuées à cette divine Réalité telles que volonté, omniscience, pouvoir et autres qualités éternelles, il s'agit des signes reflétés par les créatures sur le plan visible, mais non des perfections véritables de cette Essence divine qu'il est impossible de concevoir.
Par exemple, en observant les choses créées, on découvre des perfections à l'infini; ces choses, montrant une ordonnance et une harmonie des plus parfaites, on en conclut que la Puissance éternelle à laquelle ils doivent l'existence ne peut être ignorante mais qu'Elle est omnisciente.
Il est certain qu'Elle n'est pas impuissante mais doit être omnipotente; Elle n'est pas pauvre mais possède toutes les richesses; Elle n'est pas inexistante mais à jamais vivante.
Ceci a pour but de démontrer que nous donnons ces attributs et ces perfections à l'universelle Réalité uniquement pour lui dénier toute imperfection plutôt que pour affirmer l'existence de perfections inconcevables pour l'esprit humain. C'est pourquoi on dit que ses Attributs sont inconnaissables.
En conclusion, cette Réalité universelle, pourvue de toutes les qualités et attributs que nous lui assignons, est sanctifiée et hors de portée de notre intelligence et de notre compréhension.
Cependant quand on réfléchit avec un esprit ouvert à cet univers infini, on constate que le mouvement sans force motrice et l'effet sans cause sont tous deux impossibles; tous les êtres se sont formés sous l'empire de nombreuses influences et subissent des réactions continuelles; ces influences elles-mêmes dépendent d'autres influences.
Ainsi, les plantes poussent et prospèrent sous l'action des pluies printanières; mais les nuages eux-mêmes se forment sous l'influence d'autres réactions, ces dernières étant influencées à leur tour par d'autres facteurs.
Ainsi les plantes et les animaux croissent et se développent sous l'action de ce que les savants de nos jours appellent hydrogène et oxygène et subissent les effets de ces deux éléments; ces derniers se forment eux-mêmes à partir d'autres réactions. On peut en dire autant de tous les êtres, qu'ils réagissent sur d'autres ou soient influencés par eux.
Ce processus de causalité se poursuit ainsi, et soutenir qu'il continue indéfiniment est manifestement absurde. Aussi un tel enchaînement de causes doit-il obligatoirement conduire en fin de compte à Celui qui est l'Eternel, le Tout-Puissant, l'Indépendant et la Cause ultime.
Cette Réalité universelle est imperceptible et invisible. Il faut nécessairement qu'il en soit ainsi, car Elle contient tout et n'est pas contenue, de tels attributs caractérisant l'effet et non la cause.
Si l'on réfléchit, on remarque que l'homme est semblable à un minuscule organisme à l'intérieur d'un fruit; ce fruit provient de la fleur; celle-ci s'est épanouie sur l'arbre, qui est nourri par la sève, elle-même engendrée par la terre et l'eau. Comment cette infime créature pourrait-elle se rendre compte de la nature du jardin, imaginer le jardinier et comprendre son existence ? Il est clair que c'est impossible.
Mais si cette créature comprenait et méditait, elle remarquerait que ce jardin, cet arbre, cette fleur et ce fruit n'ont pu, en aucun cas, parvenir d'eux-mêmes à l'existence dans cet ordre et cette perfection.
Il en est de même pour un esprit réfléchi et raisonnable; il a la certitude que cet univers infini, dans son immensité et son ordre parfait, n'a pu se former spontanément.
De la même manière, il existe dans la création des énergies invisibles telles que celle de l'éther déjà citée, et qui ne peuvent être vues ni décelées. Néanmoins leurs effets, ondes et vibrations, produisent de la chaleur, de la lumière et de l'électricité, ce qui prouve leur existence.
Ainsi en est-il du pouvoir de croissance, de la sensibilité, de l'entendement, de la méditation, de la mémoire, de l'imagination et du discernement; toutes ces facultés mentales sont invisibles et intangibles mais cependant évidentes par leurs effets.
Considérons maintenant la Force infinie: L'existence même du fini prouve l'existence de l'infini, car ce qui est limité est connu par l'illimité; de même la pauvreté elle-même prouve que la richesse existe. Sans richesse, il n'y aurait pas de pauvreté, sans connaissance, point d'ignorance et sans lumière, point de ténèbres; l'obscurité prouve que la lumière existe car l'obscurité c'est l'absence de lumière.
Quant à la nature, ce n'est que l'ensemble des propriétés essentielles et des relations nécessaires, inséparables de la réalité des choses. Et ces réalités infinies, en dépit de leurs diverses particularités, sont cependant intimement liées ensemble et dans la plus parfaite harmonie.
Quand on observe soigneusement les choses avec largesse d'esprit, on acquiert la certitude que chaque réalité n'est qu'une nécessité indispensable aux autres. Aussi une Direction d'ensemble est-elle nécessaire pour relier et accorder ces réalités infinies et diverses, afin que chacune des parties constituantes des corps puisse accomplir sa fonction particulière dans un ordre parfait.
Prenons le corps humain et admettons qu'un organe particulier donne une idée de l'ensemble. Remarquez comme ces organes et ces membres divers sont en étroite liaison, en union harmonieuse. Chaque partie est essentiellement nécessaire à toutes les autres et possède une fonction propre.
C'est l'esprit qui assume la direction d'ensemble et qui unit si bien toutes les parties composantes que chacune d'elles remplit son rôle d'une manière parfaite; ainsi la coopération et les influences réciproques deviennent possibles.
L'activité de toutes ces parties est régie par des lois qui sont les nécessités de l'existence. Si quelque dommage survient dans cette direction d'ensemble qui gouverne tous ces organes, sans aucun doute, ces parties constituantes cesseront de fonctionner correctement.
Bien que cette force unifiante ne soit ni visible ni perceptible dans le corps humain et que son essence soit inconnue, elle se manifeste néanmoins avec la plus grande efficacité.
Il est ainsi prouvé de manière évidente que les créatures innombrables de ce merveilleux univers ne peuvent s'acquitter correctement de leurs tâches que si elles sont guidées et contrôlées par cette Réalité universelle, afin que l'ordre puisse régner dans cet univers.
Ainsi, la coopération et les réactions mutuelles des organes constituant le corps humain sont évidentes et indéniables mais ceci n'est pas suffisant; un centre unifiant est indispensable pour diriger et contrôler ces organes afin que, par leurs réactions mutuelles et leur coopération, ils puissent exercer leurs fonctions respectives indispensables dans un ordre parfait.
Et vous, Dieu en soit loué, vous savez que ces réactions réciproques et cette coopération sont évidentes et démontrées pour tous les êtres, grands et petits: pour le macrocosme c'est aussi évident que le soleil, tandis que pour le microcosme, bien que ces actions réciproques soient inconnues, la partie donne malgré tout une idée de l'ensemble.
Toutes ces réactions mutuelles sont donc liées à cette force englobante qui constitue leur axe, leur centre, leur origine et leur force motrice.
Ainsi que nous l'avons vu, la coopération des parties du corps humain est clairement établie; organes et membres servent toutes les autres parties du corps; que ce soient les mains, les pieds, les yeux, les oreilles, le cerveau, l'imagination, chacun vient en aide au tout, mais ces réactions réciproques sont coordonnées par une puissance englobante qui les fait agir avec une parfaite régularité; c'est le pouvoir spirituel de l'homme provenant de son esprit et de son intelligence, tous deux invisibles.
Considérez encore les réactions mutuelles qui existent entre les diverses pièces et parties constituantes des engins et industries mécaniques et comment ils communiquent entre eux. Toutes ces réactions et liaisons sont quand même en rapport avec une direction centrale qui est leur génératrice, leur axe et leur source d'énergie. Cette force centrale, c'est la vapeur ou bien l'habileté d'un esprit supérieur.
Il est donc évident et démontré que les réactions et les relations mutuelles ainsi que la coopération des êtres sont sous la dépendance et la volonté d'une Puissance motrice qui est l'origine, l'axe et la source d'énergie de toutes les actions réciproques de l'univers.
De plus, toutes combinaison et structure dépourvues d'un ordre parfait sont considérées comme fortuites.
Tout composé dont les éléments présentent des rapports ordonnés, réguliers et parfaits, dont chaque partie est en bonne et due place, et constitue une nécessité indispensable pour toutes les autres, est considéré comme un composé façonné par la volonté et la connaissance.
Il n'est pas douteux que ces êtres innombrables ainsi que ces associations d'éléments variés, assemblés en une infinité de formes, proviennent nécessairement d'une Réalité qui ne peut, en aucune manière, être dépourvue de volonté ni de compréhension. Ceci est clair et évident pour la raison et personne ne peut le nier.
Cela ne signifie pourtant pas que cette Réalité universelle ou ses attributs aient été compris. Ni son essence, ni ses véritables attributs ne sont à la portée de qui que ce soit.
Mais nous soutenons que cette infinité de créatures, ces rapports indispensables, ces agencements parfaits procèdent obligatoirement d'une source non dénuée d'intelligence ni de volonté, et que cette composition à l'échelle de l'infini, faite d'une suite illimitée de formes, doit être due à une Sagesse qui embrasse tout.
Cette proposition est indéniable, sauf pour l'entêté qui s'obstine à nier l'évidence sur laquelle on ne peut se méprendre; à ce dernier s'applique le verset béni: "Sourds, muets, aveugles, ils ne reviendront plus."
Voyons maintenant si les facultés mentales et l'âme de l'homme sont une seule et même entité. Ces facultés ne sont que les propriétés inséparables de l'âme, telles que l'imagination, la pensée, l'intelligence; ces capacités sont les nécessités essentielles de la réalité humaine, de même que le rayon solaire est la propriété inhérente au soleil.
Le temple humain ressemble à un miroir; son âme est comme le soleil et ses facultés mentales comme les rayons émanant de cette source lumineuse; ceux-ci peuvent cesser d'atteindre le miroir mais ne peuvent, en aucune façon, être séparés du soleil.
En quelques mots, la question est celle-ci: le monde humain représente le surnaturel par rapport au règne végétal, alors qu'en réalité il ne l'est pas. Par rapport à la plante, la réalité humaine et ses facultés d'audition et de vision sont toutes surnaturelles, et cette plante est incapable de concevoir cette réalité ainsi que la nature des pouvoirs de l'esprit de l'homme. Il en est de même pour l'homme: comprendre l'Essence divine et la nature du grand Au-delà est tout à fait impossible.
L'effusion généreuse de cette divine Essence est cependant accordée à toutes les créatures, et il est du devoir de l'homme de méditer sur les bienfaits de la Grâce divine - l'âme de l'homme étant l'un des signes de cette grâce - plutôt que de réfléchir sur l'Essence divine Elle-même; telle est l'extrême limite que peuvent atteindre les conceptions humaines.
Comme on l'a vu précédemment, les qualités et les perfections attribuées à l'Essence divine sont celles qu'on rencontre dans l'existence et chez les créatures, ce qui ne signifie pas que nous ayons conçu la nature de l'Essence de Dieu ni ses Perfections.
En disant que cette Essence divine possède l'intelligence et la liberté, ce n'est pas que nous ayons découvert la réalité de la Volonté de Dieu ni son But mais plutôt que nous en avons conscience par la Grâce divine, visible et manifeste dans la réalité des choses.
En ce qui concerne les principes sociaux enseignés par sa Sainteté Bahá'u'lláh et largement répandus depuis cinquante ans, ils comprennent vraiment tous les autres enseignements.
Il est clair et évident que sans ces principes, le progrès et l'avancement de l'humanité sont complètement impossibles. Tous les peuples du monde trouvent en eux la réalisation de leurs plus hautes aspirations.
Ils ressemblent à l'arbre qui porterait les meilleurs fruits de tous les arbres. Ainsi, dans ces enseignements divins, les philosophes trouvent la solution parfaite aux problèmes sociaux, de même qu'une façon rationnelle et supérieure d'exposer les questions philosophiques.
Par ailleurs, les croyants trouvent la réalité de la religion dévoilée d'une manière éclatante dans ces divins principes, de sorte que ceux-ci sont reconnus clairement et de façon décisive comme le remède réel et efficace aux maux et aux troubles de l'humanité.
Si ces enseignements sublimes étaient répandus dans le monde, l'humanité serait sauvée de tous dangers et guérie de tous ses maux et troubles continuels.
De même, tous les principes économiques baha'is représentent l'idéal suprême de toutes les classes laborieuses et des économistes de tendances diverses.
Bref, groupes et particuliers trouvent la réalisation de leur idéal dans les principes de Bahá'u'lláh. A mesure que ces principes seront proclamés dans les églises, les mosquées et autres temples de toutes les confessions, chez les Bouddhistes ou les adeptes de Confucius, dans les groupes politiques ou chez les matérialistes, tous rendront témoignage que ces enseignements apportent une vie nouvelle aux humains et constituent le remède immédiat à tous les malaises sociaux.
Personne ne peut trouver de défaut à aucun de ces principes; bien au contraire, une fois proclamés, ils seront tous bien accueillis; chacun, les reconnaissant comme une nécessité vitale, s'écriera: "Voici réellement la vérité et tout le reste n'est qu'erreur manifeste."
Quelques mots pour conclure qui seront, pour chacun, une preuve claire et décisive de la vérité. Veuillez y réfléchir: l'autorité de tous les monarques triomphe pendant leur règne; celle des philosophes exerce son action de leur vivant sur une poignée de disciples; mais le pouvoir du Saint-Esprit brille de manière éclatante en la personne des Messagers de Dieu; il fortifie de telle sorte leur volonté que celle-ci agit sur d'immenses communautés pendant des milliers d'années, qu'elle régénère les âmes et renouvelle la société.
Jugez de l'immensité de cette Puissance ! Elle est extraordinaire; c'est une preuve entièrement suffisante de l'authenticité de la mission des Prophètes de Dieu, c'est une démonstration concluante du pouvoir de l'Inspiration divine. Que la Gloire des Gloires soit sur vous!

==== FIN DU TEXTE ====

Holy-Writings.com v2.7 (213613) © 2005 - 2015 Emanuel V. Towfigh & Peter Hoerster | Imprint | Change Interface Language: DE EN