Read: Livre de la certitude


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# Source: WWW.RELIGARE.ORG
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Religion: baha'ie
Livre: Livre de la certitude
Edition: PUF, 5ième édition 1987, ISBN 2-13040-173-2


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Chapitre: Première partie

Au nom de notre Seigneur, l'Exalté, le Très-Haut Nul ne peut atteindre les rives de l'océan de la vraie compréhension s'il n'est détaché de tout ce qui existe au ciel et sur la terre.
Sanctifiez vos âmes, ô peuples de la terre, afin qu'il vous soit possible d'atteindre la place que Dieu vous a destinée et d'entrer dans le tabernacle qui s'est élevé, selon les décrets de la Providence, dans le firmament du Bayan.
Ces paroles signifient que ceux qui marchent dans le chemin de la foi, ceux qui ont soif du vin de la certitude, doivent se laver de tout ce qui est terrestre, c'est-à-dire détourner leurs oreilles des paroles oiseuses, leurs pensées des imaginations vaines, leurs coeurs des attachements terrestres et leurs yeux de la vue des choses périssables.
Ils doivent mettre leur confiance en Dieu et, lui restant fidèle, suivre son sentier. C'est alors qu'ils deviendront dignes des gloires resplendissantes du soleil de la connaissance et du savoir divins et bénéficieront d'une grâce invisible et infinie.
Car aussi longtemps que l'homme ne cesse pas de considérer les paroles et les actes des mortels comme la mesure de la vraie compréhension et de la reconnaissance de Dieu et de ses prophètes, il ne peut espérer atteindre à la connaissance du Très-Glorieux ni entrer dans le séjour d'immortalité, ni prendre sa part de la coupe de l'approche et de la faveur.

Considère le passé : combien de gens de toutes conditions attendaient toujours la Manifestation de Dieu dans les saintes personnes de ceux qu'Il choisit, espérant sans cesse sa venue, priant sans répit que le souffle de la miséricorde divine s'élevât et que la beauté promise, sortant des voiles de la retraite, soit révélée au monde entier.
Et lorsque la porte de la grâce fut ouverte, que des nuages de la générosité divine il plut sur l'humanité et que le soleil de l'invisible apparut au-dessus de l'horizon du pouvoir céleste, tous le renièrent et se détournèrent de sa face - la face de Dieu lui-même.
Pour preuve de cette vérité, référez-vous à ce qui fut mentionné dans tous les livres sacrés.
Réfléchis un instant; pourquoi ceux qui le cherchaient et l'attendaient en vinrent-ils à le renier d'une façon telle que la plume et la parole sont impuissantes à expliquer la férocité de leur attaque ?
Aucune des Manifestations de sainteté ne put apparaître sans être affligée par les hommes qui la renièrent, la rejetèrent et s'opposèrent à elle violemment.
Ainsi fut-il révélé : "Que mes serviteurs sont malheureux ! Aucun apôtre n'est venu vers eux qu'ils ne l'aient pris pour l'objet de leurs railleries."
"Chaque peuple tramait des machinations contre ses prophètes et voulait s'en saisir par la force. On combattait avec le mensonge pour étouffer la vérité."
Et les paroles semblables jaillies de la source du pouvoir et tombées du ciel de gloire sont innombrables et dépassent la compréhension normale. Pour les hommes d'intelligence et de perception, la sourate de Húd suffit sans doute.
Médite en ton coeur et, dans un complet détachement, tâche de comprendre le sens de ces saintes paroles.
Vérifie la conduite merveilleuse des prophètes et souviens-toi des diffamations et des démentis répandus par les fils de la négation et du mensonge.
Peut-être alors que grâce à toi l'oiseau du coeur humain s'envolera des séjours du doute et de la négligence pour se réfugier dans le nid de la foi et de la certitude, y boire à grands traits aux eaux pures de l'antique sagesse et prendre sa part du fruit de l'arbre de la connaissance divine.

Telle est la portion du pain descendu des royaumes de l'éternité et de la sainteté réservée à ceux qui ont le coeur pur.
Lorsque tu connaîtras les tourments qu'ont eu à subir les prophètes de Dieu et les vraies raisons des objections soulevées par leurs oppresseurs, tu auras certainement compris l'importance de leur situation.
Et plus tu observeras avec attention les démentis de ceux qui s'opposent aux Manifestations des attributs divins plus ta foi dans la Cause de Dieu sera fortifiée.
Aussi raconterons-nous brièvement dans cette tablette l'histoire de quelques prophètes de Dieu afin de prouver qu'en chaque siècle et en chaque ère les Manifestations de pouvoir et de gloire ont subi des cruautés si atroces que la plume n'ose les décrire.
Peut-être ces récits éviteront-ils à quelques-uns d'être troublés par les cris et les protestations des savants et des ignorants du siècle, et fortifieront-ils leur certitude et leur confiance.
Un des prophètes fut Noé. Pendant neuf cent cinquante ans, il exhorta pieusement son peuple à se tourner vers le havre de paix et de sécurité; personne ne l'écouta.
Chaque jour on infligeait à sa sainte personne tant de douleurs et de souffrances que nul ne pouvait croire qu'il survivrait.
On le renia si souvent, on insinua contre lui des soupçons si malveillants qu'il est dit : "Chaque fois que les chefs de son peuple passaient près de lui, ils le raillaient. Ne me raillez pas, dit Noé; je vous raillerai à mon tour comme vous me raillez, et vous apprendrez."
Plus tard, il promit plusieurs fois la victoire à ses compagnons en en fixant l'heure. Mais lorsque cette heure arriva la promesse divine ne se réalisa pas.
Quelques-uns, parmi le petit nombre de ses disciples se détournèrent de lui, ainsi qu'il est écrit dans les livres les plus illustres que tu as certainement déjà lus ou que tu liras un jour; si bien qu'à la fin, suivant les livres et les traditions, Noé ne conserva que quarante, ou soixante-douze disciples et qu'il s'écria du plus profond de lui-même : "Seigneur, ne laisse pas subsister un seul d'entre les infidèles !"

Considère l'égarement de ce peuple. Quelle était donc la raison qui le fit renier son prophète et s'en éloigner, et qui le poussa à refuser de quitter les vêtements du reniement pour se parer de ceux de l'acceptation ?
Et aussi, pourquoi les promesses de Dieu ne se réalisèrent-elles pas, causant ainsi de nombreuses défections parmi les croyants ?
Réfléchis profondément afin que le secret des choses invisibles te soit révélé, que tu puisses respirer les douceurs d'un impérissable parfum spirituel et affirmer cette vérité que le Tout-Puissant, depuis les temps immémoriaux et pour l'éternité, a toujours voulu et voudra toujours éprouver ses serviteurs, afin de distinguer la lumière de l'obscurité, le vrai du faux, le bien du mal, le bon conseil du mauvais, le bonheur de la misère, la rose des épines.
C'est ainsi qu'Il a révélé : "Les hommes s'imaginent-ils qu'on les laissera tranquilles pour peu qu'ils disent : nous croyons, et qu'on ne les mettra pas à l'épreuve ?"
Après Noé, la lumière du visage de Húd s'éleva de l'horizon de la création, et pendant plus de sept cents ans suivant ce qu'on raconte, il exhorta les hommes à s'approcher du Ridvan de la présence divine.
Combien de calamités tombèrent comme la pluie sur lui, jusqu'au moment où ses adjurations et ses efforts assidus provoquèrent une attitude de plus en plus rebelle et un aveuglement obstiné de son peuple.
"Quiconque ne croira pas portera la charge de son incrédulité ."
Après lui, la sainte personne de Salih s'avança du Ridvan de l'Eternel, l'Invisible. De nouveau, il appela les hommes à la rivière de la vie éternelle et, pendant plus de cent ans, il les engagea à suivre fermement les commandements de Dieu et d'éviter ce qui est défendu.

Pourtant ses conseils ne furent pas entendus et ses encouragements ne servirent à rien. Plusieurs fois, il dut s'enfuir et vivre caché.
Cette éternelle beauté n'appelait pourtant les hommes qu'à la cité de Dieu, ainsi qu'il est dit : "Nous envoyâmes vers les Themoudites leur frère Salih qui leur dit : O mon peuple, adorez Dieu, n'ayez point d'autre dieu que Lui..."
Ils lui répondirent : "O Salih, tu étais l'objet de nos espérances. Nous défendras-tu maintenant d'adorer ce que nos pères adoraient ? Nous avons de grands doutes sur le culte auquel tu nous appelles."
Mais tout ceci fut inutile et à la fin, dans un grand cri, ils furent tous perdus.
Plus tard, la beauté du visage de l'Ami de Dieu fut dévoilée et le drapeau de la direction divine fut de nouveau hissé.
Il appela les habitants du monde à la lumière de la vertu.
Plus il mettait de passion à les exhorter, plus leur jalousie et leur obstination devenaient violentes, excepté chez ceux qui, entièrement détachés de tout ce qui n'est pas Dieu, s'étaient envolés sur les ailes de certitude au rang que Dieu a exalté hors des limites de la compréhension humaine.
C'est un fait bien connu que la foule de ses ennemis l'assaillit jusqu'à ce que les feux de la jalousie et de la rébellion se fussent allumés contre lui.
Après l'épisode du feu, ils chassèrent de la ville cette lampe de Dieu, ainsi qu'il est rapporté dans tous les livres.
Son temps finit alors, et vint celui de Moïse. Armé de la baguette du pouvoir céleste et orné de la main blanche du savoir divin, brandissant le serpent du pouvoir et de la majesté souveraine, provenant du mont Paran de l'amour de Dieu, il brilla, du Sinaï de lumière, sur le monde.
Il appela tous les peuples de la terre au royaume éternel et les invita à prendre leur part des fruits de l'arbre de fidélité.
Tu sais combien Pharaon et son peuple s'opposèrent violemment à lui, et combien de pierres de vaines imaginations furent jetées par les infidèles sur cet arbre béni. A tel point que Pharaon et son peuple s'efforcèrent finalement d'éteindre le feu de cet arbre sacré par l'eau du mensonge et de la contradiction. Ils oubliaient que le feu de la sagesse divine ne peut être éteint par aucune eau terrestre et que la lampe du pouvoir éternel ne peut être éteinte par aucun souffle mortel.

Au contraire, une telle eau ne peut qu'aviver la flamme et de tels souffles entretenir la lampe. Tu le comprendras si tu regardes avec discernement et si tu marches dans le chemin de la sainte volonté et du bon plaisir de Dieu.
Ainsi que l'a si bien observé un croyant de la famille de Pharaon, dont l'histoire est contée par le Très-Glorieux dans le livre qu'il a révélé à son bien-aimé : "Tuerez-vous un homme parce qu'il dit : J'adore Dieu qui est mon maître et qui vient, accompagné de signes évidents ? S'il est menteur son mensonge retombera sur lui; s'il dit vrai, il fera tomber sur vous un de ces malheurs dont il vous menace. Car Dieu ne dirige pas les transgresseurs ni les menteurs."
Mais leur iniquité était si grande que ce même croyant fut mis à mort honteusement. "Que la malédiction de Dieu soit sur les tyrans."
Réfléchis à ces événements : Pourquoi tant de contestations et de conflits, tant de luttes et de tumulte, tant de tyrannie et de bouleversements se produisent-ils à l'avènement de chaque Manifestation de Dieu ?
Et ce, bien que tous les prophètes de Dieu, lors de leur manifestation aux peuples du monde ont invariablement prédit la venue d'un autre Prophète après eux, indiquant les signes qui annonceraient l'avènement de la future loi, ainsi qu'en témoignent toutes les Ecritures.
Bien qu'on recherchât et qu'on attendît les manifestations de sainteté, et en dépit des signes inscrits dans les livres saints, pourquoi en chaque âge, tous les prophètes et les élus de Dieu eurent-ils à subir de tels actes de violence, d'oppression et de cruauté ?
Ainsi qu'il est dit : "Toutes les fois qu'un envoyé vous a apporté une révélation qui ne flattait pas vos passions, vous vous êtes enflés d'orgueil; vous avez traité les uns de menteurs et vous en avez assassiné d'autres."

Quelle fut donc la raison pour de tels actes ? Pourquoi une telle attitude envers les révélateurs de la beauté du Très-Glorieux ?
Réfléchis, car les causes du reniement et de l'opposition de ces gens-là sont les mêmes qui gardent les hommes d'aujourd'hui obstinément dans l'erreur.
Prétendre que le témoignage de la Providence fut incomplet, causant ainsi l'incrédulité des hommes, est un blasphème évident, car rien ne serait plus éloigné de la grâce du Très-Généreux, de son affectueuse providence et de ses tendres faveurs, que de choisir l'un d'entre les hommes pour guider ses créatures, de ne pas lui donner dans sa plénitude le témoignage divin et, ensuite, de punir les hommes de s'être détournés de son élu !
Au contraire, les multiples bontés du Seigneur de tous les êtres ont toujours baigné la terre et tout ce qui y vit par l'intermédiaire des Manifestations de son essence divine.
Il n'a jamais retenu sa grâce, même pour un instant, et les ondées de son affectueuse bonté n'ont jamais cessé de se répandre sur les hommes.
Aussi, une telle attitude doit être attribuée à l'étroitesse d'esprit de ceux qui marchent dans la vallée de l'arrogance et de l'orgueil et qui sont perdus dans le désert de l'éloignement.
Ils foulent les chemins de leur vaine imagination et suivent les conseils de leurs prêtres. Leur seul désir est d'ignorer la vérité.
Il est évident à tout observateur éclairé qu'à chaque époque des Manifestations du Soleil de Vérité, si les hommes avaient purifié leurs yeux, leurs oreilles et leurs coeurs de ce qu'ils avaient vu, entendu et ressenti, ils n'auraient sûrement pas été privés de contempler la beauté de Dieu pour s'égarer loin des habitations de gloire.
Parce qu'ils ont pesé les preuves de Dieu avec les poids de leur savoir, tirés des enseignements de leurs prêtres, et qu'ils les ont trouvé en désaccord avec leur compréhension limitée, ils ont perpétré des actes aussi regrettables.
De tout temps les chefs religieux ont tenu les peuples sous leur joug et les ont détournés des rivages du salut éternel, les uns par amour du pouvoir, les autres par ignorance.

C'est à cause d'eux que tous les prophètes de Dieu ont bu la coupe du sacrifice et se sont envolés au plus haut horizon de gloire.
Combien de cruautés indicibles les gouvernants et les prêtres de chaque âge ont-ils fait subir à ces rois du monde, ces gemmes de vertu divine !
Ils ont été détournés des possessions immortelles par leurs biens terrestres et périssables, ils se sont voilé les yeux à la lumière du Bien-Aimé et ils se sont bouché les oreilles au chant merveilleux de l'oiseau du désir.
C'est pour cette raison que les livres sacrés mentionnent les prêtres de tous les temps. Il est dit : "O vous qui avez reçu les Ecritures, pourquoi ne croyez-vous pas aux signes du Seigneur quand vous en avez été les témoins ?"
Et aussi : "O vous qui avez reçu les Ecritures, pourquoi revêtez-vous la vérité de la robe du mensonge ? Pourquoi la cachez-vous, vous qui la connaissez ?"
Et ailleurs : "O vous qui avez reçu les Ecritures, pourquoi repoussez-vous les croyants du sentier de Dieu ?"
Il est évident que ceux qui avaient reçu les Ecritures et qui détournèrent les hommes du droit chemin de Dieu sont les prêtres de l'époque dont les noms et le caractère ont été révélés dans les livres sacrés et auxquels les versets et les traditions conservés dans ces livres font allusion, si vous les étudiez avec l'oeil de Dieu.
Contemplez d'un regard ferme, né de l'oeil infaillible de Dieu, l'horizon de la connaissance divine et méditez les paroles parfaites qu'a révélées l'Eternel, afin que peut-être les mystères de la sagesse divine jusque-là cachés sous le voile de gloire et précieusement gardés dans le tabernacle de sa grâce, te soient rendus évidents.
L'opposition des chefs religieux et leurs protestations n'ont généralement tenu qu'à leur ignorance et à leur incompréhension.
Comme ils n'ont jamais compris le sens des paroles prononcées par les révélateurs de la beauté du seul vrai Dieu exposant les signes qui devaient annoncer l'avènement de la Manifestation suivante, ils élevèrent l'étendard de la révolte, suscitant la discorde et la sédition.

Il est évident que l'explication des chants des colombes de l'éternité n'est révélée qu'à ceux qui manifestent l'Etre éternel et que les mélodies du rossignol de sainteté ne peuvent être entendues que par les habitants du royaume perpétuel.
L'égyptien tyrannique ne boira jamais à la coupe touchée par les lèvres des justes, et le Pharaon de l'incroyance ne peut espérer jamais reconnaître la main du Moïse de la vérité.
C'est ainsi qu'il dit : "Il n'y a que Dieu qui en connaisse l'interprétation, et les hommes d'une science solide."
Cependant ils allèrent chercher l'interprétation du Livre chez ceux qui sont étouffés sous les voiles et refusèrent de chercher la lumière à la source du savoir.
Et lorsque le temps de Moïse fut passé, et que l'éclat de Jésus, de l'aurore de l'Esprit, brilla sur le monde, tout le peuple d'Israël le renia, disant que celui que la Bible avait promis devait venir pour promouvoir et accomplir les lois de Moïse, tandis que ce jeune Nazaréen, qui prétendait au rang de messie divin, avait rompu la loi du divorce et le sabbat, les deux lois les plus importantes.
De plus, les signes de la Manifestation n'avaient pas encore paru. Et le peuple d'Israël attend encore aujourd'hui la manifestation promise par la Bible.
Combien de Manifestations de sainteté, combien de révélateurs de la lumière éternelle sont apparus depuis Moïse et cependant, Israël, enveloppé des voiles les plus épais de l'imagination satanique et des vaines chimères, attend toujours que l'idole qu'elle a créée apparaisse avec les signes qu'elle a imaginés !
Ainsi Dieu les a punis de leurs péchés, a éteint chez eux l'esprit de la foi et les a tourmentés par le feu de l'enfer, pour la seule raison qu'Israël refusa de comprendre le sens des paroles révélées dans la Bible concernant les signes de la révélation à venir.
Parce qu'elle n'a jamais saisi la signification véritable de ces signes et que, en apparence, ils ne s'accomplirent pas, elle fut empêchée de reconnaître la beauté de Jésus et de contempler la face de Dieu. Et ils l'attendent toujours ! Depuis les temps immémoriaux tous les peuples de la Terre adhérèrent à des pensées aussi vaines et inconvenantes, se privant ainsi eux-mêmes des eaux claires jaillissant des sources de pureté et de sainteté.

Pour exposer ces mystères, nous avons, dans des tablettes adressées à un ami dans la langue merveilleuse de l'Hijaz, cité quelques-uns des versets révélés aux prophètes d'antan.
Nous allons maintenant, selon tes désirs, les citer à nouveau en persan en espérant que les assoiffés des déserts de l'éloignement puissent atteindre l'océan de la divine présence et que ceux qui se languissent dans les solitudes de la séparation soient conduits au foyer de réunion éternelle.
Ainsi les brumes de l'erreur pourront être dispersées pour que resplendisse à l'horizon des coeurs humains la lumière de la direction divine.
Que Dieu soit mon guide et je le supplie de m'aider pour que de ma plume puisse couler ce qui vivifiera le coeur des hommes, afin qu'ils se lèvent de leurs couches de négligence et prêtent l'oreille au bruissement des feuilles du paradis, sur l'arbre que, par la permission de Dieu, la main de la puissance divine a planté dans le Ridvan du Très-Glorieux.
Ceux qui sont doués de compréhension savent qu'après que la flamme d'amour de Jésus eut consumé les voiles des limitations judaïques et que son autorité fut évidente et partiellement établie, lui, le révélateur de la Beauté invisible, parla de sa disparition prochaine à ses disciples, allumant dans leurs coeurs le feu de la séparation.
"Je m'en vais et je reviendrai", leur dit-il. Puis une autre fois; "Je m'en vais; un autre viendra qui vous dira ce que je n'ai pas dit et accomplira mes paroles." Ces deux phrases sont identiques si, avec l'intelligence divine, tu réfléchis aux Manifestations de l'Unité.

Un observateur éclairé admettra que dans la dispensation du Qur'an le livre et la cause de Jésus furent confirmés. Quant aux noms, Muhammad lui-même déclara : "Je suis Jésus." Il reconnut la vérité des signes, des prophéties et des paroles de Jésus, témoignant qu'elles venaient de Dieu.
En ce sens, ni la personne de Jésus ni ses Ecrits ne diffèrent de ceux de Muhammad et de son livre saint, tous deux soutenant la cause de Dieu, exaltant sa louange et révélant ses commandements. C'est pourquoi Jésus lui-même déclara : "Je m'en vais et je reviendrai."
Vois le soleil. S'il affirmait maintenant, "je suis le soleil d'hier", il dirait la vérité. Et s'il affirmait, gardant à l'esprit le déroulement du temps, qu'il est un autre que ce soleil, il dirait toujours la vérité.
De même, il est correct de dire que tous les jours sont les mêmes en affirmant qu'en considération de leurs noms particuliers, ils sont différents; car, tout en étant les mêmes, on reconnaît chacun par une désignation séparée, un attribut spécifique, un caractère particulier.
Conçois de la même façon les distinctions, les différences et l'unité qui caractérisent les différentes Manifestations de sainteté afin de comprendre les allusions du Créateur de tous les noms et attributs en ce qui touche au mystère de la différence et de l'unité, découvrant ainsi la réponse à ta question concernant les raisons pour lesquelles la Beauté éternelle s'est de nombreuses fois appelée de différents noms et titres.
Les disciples du Christ lui demandèrent ensuite quels étaient les signes du retour de sa Manifestation, et dans quel temps il aurait lieu. Ils le questionnèrent plusieurs fois et, à chaque fois, cette beauté incomparable répondit en leur indiquant un signe spécial qui annoncerait l'avènement de la dispensation promise, ainsi qu'il est écrit dans les quatre Evangiles.
Celui qu'on traite injustement va te citer une de ses réponses et, pour l'amour de Dieu, je vais donner aux hommes les bienfaits encore dissimulés dans le trésor de l'arbre sacré et caché, afin que les mortels ne restent pas privés de leur part du fruit immortel.

Peut-être ainsi, et sans que j'en attende la moindre récompense, obtiendront-ils quelques gouttes des eaux de la vie éternelle qui sont offertes à l'humanité depuis le "séjour de paix" de Baghdad.
"Nous vous donnons cette nourriture pour être agréable à Dieu, et nous ne vous en demanderons ni récompense ni actions due grâces."
C'est cette nourriture qui donne au coeur pur et à l'esprit éclairé la vie éternelle. C'est le pain dont il est dit : "Seigneur, fais-nous descendre ton pain du ciel."
Ce pain ne manquera jamais à ceux qui en sont dignes; il ne sera jamais épuisé, car il pousse à tous moments sur l'arbre de grâce et descend en toutes saisons du ciel de justice et de miséricorde :
"La bonne parole, c'est un bon arbre; ses racines tiennent fermement au sol et ses branches s'élèvent jusqu'au ciel. Il donne des fruits dans chaque saison."
Quel dommage que l'homme soit privé de ce délicieux présent, cette faveur éternelle, cette vie immortelle.
ll lui appartient d'apprécier cette nourriture qui vient du ciel afin de ressusciter les morts par les merveilleuses faveurs du Soleil de Vérité, et de rendre aux âmes affaiblies l'esprit infini.
O mon frère, pendant qu'il en est encore temps, efforçons-nous de boire cette gorgée immortelle car la brise de la vie ne soufflera pas toujours de la ville du Bien-Aimé, la rivière de la sainte parole devra cesser de couler et les portes du Ridvan ne pourront rester toujours ouvertes.
Le temps viendra où le rossignol du paradis s'envolera de son séjour terrestre vers son nid céleste. Et tu n'entendras plus son chant, tu ne verras plus la beauté de la rose.
Aussi, avant que la gloire du divin printemps ne se ternisse, que la mélodie de l'oiseau d'éternité ne cesse, saisis l'occasion : que ton oreille ne soit pas sourde à son appel. C'est le conseil que je te donne, ainsi qu'aux bien-aimés de Dieu.
Que celui qui le désire l'accepte, et que celui qui ne le veut pas le repousse. Dieu est, en vérité, indépendant de lui et de toutes choses visibles.

Et voici la mélodie, chantée avec puissance et majesté, par Jésus, fils de Marie, dans le Ridvan de l'Evangile, révélant les signes qui doivent annoncer l'avènement de la manifestation qui le suit.
Dans le premier Evangile de saint Matthieu on peut lire : Et lorsqu'ils questionnèrent Jésus sur les signes de son retour il leur dit : "Et aussitôt après l'affliction de ces jours-là, le soleil s'obscurcira, la lune ne donnera pas sa lumière, les étoiles tomberont du ciel, et les puissances seront ébranlées.
Alors le signe du Fils de l'homme paraîtra dans le ciel; alors aussi toutes les tribus due la terre se lamenteront en se frappant la poitrine, et elles verront le Fils de l'homme venir sur les nuées du ciel avec une grande puissance et une grande gloire. Il enverra ses anges avec un grand son de trompette"
(saint Matthieu, XXIV, 29-31 ). Voici le sens de ces paroles en persan : Lorsque l'oppression et les afflictions qui doivent toucher l'humanité seront passées, alors le soleil ne brillera plus, ni la lune; les étoiles du ciel tomberont sur la terre et les piliers de la terre seront ébranlés.
Alors, les signes du Fils de l'homme apparaîtront dans les cieux, c'est-à-dire que la beauté promise, la substance de vie, apparaîtra lorsque ces signes seront apparus et passera du monde invisible dans le monde visible.
Et il dit : alors tous les peuples de la terre gémiront, se lamenteront et verront cette beauté divine venant du ciel, portée par les nuages avec puissance, grandeur et magnificence. Elle enverra ses anges avec un grand son de trompette.
Dans les autres Evangiles de saint Luc, saint Marc et saint Jean, les mêmes paroles se retrouvent. Comme nous en avons longuement parlé dans nos tablettes révélées en arabe, nous nous contenterons de cette citation.
Comme les prêtres chrétiens n'ont pas compris le sens de ces paroles ni leur dessein spécial, et qu'ils s'en sont tenus à leur sens littéral, ils ont été privés de la grâce jaillissante de la révélation de Muhammad et de ses rafraîchissantes bontés.

Et les ignorants, suivant l'exemple des chefs de leur foi, ne purent voir non plus la beauté du Roi de Gloire; car les signes qui devaient accompagner l'aube du soleil de la dispensation musulmane ne se produisirent pas.
Ainsi, bien des siècles se sont écoulés, et cet Esprit très pur est retourné à sa demeure de souveraineté ancienne.
Une fois de plus, l'Esprit éternel a soufflé dans la trompette mystique, faisant passer les morts de leurs sépulcres d'insouciance et d'erreur au pays de la direction et de la bonté.
Pourtant, cette communauté demande toujours : quand ces choses viendront-elles ? Quand donc le Promis, objet de notre attente, se manifestera-t-il, que nous nous levions pour le triomphe de sa cause, sacrifiant notre vie et notre âme dans son chemin ?
Des doutes analogues ont privé d'autres communautés du Kawthar de la bonté infinie de Dieu, les laissant occupées à leurs pensées futiles.
Dans un autre passage des Evangiles, Jésus dit encore : "Le ciel et la Terre passeront mais mes paroles ne passeront pas." C'est ce qui fait que les disciples de Jésus maintiennent que les commandements de l'Evangile ne seront jamais annulés et que, à quelque heure que ce soit, lorsque le Promis se manifestera tous les signes étant révélés, il devra confirmer la loi proclamée dans l'Evangile, afin qu'elle soit répandue à l'exclusion de toute autre sur la Terre.
C'est pour eux une conviction absolue, De sorte que si quelqu'un leur était envoyé avec tous les signes promis et établissait des commandements contraires à la lettre de la loi de l'Evangile, ils ne lui obéiraient certainement pas, refuseraient de se soumettre à sa loi, le traiteraient d'infidèle et le tourneraient en dérision. Nous en voulons pour preuve ce qui s'est passé lorsque se leva le soleil de la révélation de Muhammad.
Et cependant, s'ils avaient demandé avec humilité à chaque Manifestation de Dieu le sens réel des paroles révélées dans les livres sacrés - paroles dont l'incompréhension priva les hommes de reconnaître le Sadratu'l-Muntaha, le but suprême - ils auraient certainement trouvé la lumière du Soleil de Vérité et découvert les mystères de la sagesse et de la science divines.

Ce serviteur va maintenant recueillir pour toi quelques gouttes de l'océan insondable des vérités enchâssées dans ces mots sacrés, afin que les coeurs éclairés puissent comprendre les allusions et les implications des paroles des Manifestations de sainteté.
Ainsi, la majesté écrasante du verbe de Dieu ne les empêchera pas d'atteindre l'océan de ses noms et attributs et ne les privera pas de reconnaître la lampe de Dieu, siège de la révélation de sa glorieuse essence.
Les paroles de Jésus "après l'affliction de ces jours-là" s'appliquent au temps où les hommes seront assaillis par les difficultés et les malheurs, lorsque les traces du Soleil de Vérité auront disparu, que les fruits de l'arbre de la science et de la sagesse seront épuisés et que les hommes seront conduits par les ignorants.
Alors, les portes de l'unité et de la compréhension divine, but essentiel de la création, seront closes, la science sera changée en doute et l'honnêteté en corruption. C'est ce qui se voit de nos jours.
Les peuples ne sont-ils pas conduits par des ignorants qui les mènent suivant leurs caprices ? Dans leur bouche, la mention de Dieu est-elle autre chose qu'un mot vide, et sa sainte parole lettre morte ?
Le souffle de leurs désirs est tel qu'il a éteint dans leurs coeurs le flambeau de la conscience et d e la raison.
Et pourtant, les doigts de la puissance divine ont ouvert les portes de la connaissance de Dieu, et la lumière du divin savoir et de la grâce céleste a illuminé et inspiré l'essence de toute chose créée de telle sorte qu'en chaque chose une porte de la connaissance est ouverte et qu'en chaque atome se voient des traces du soleil.

Malgré les multiples révélations du savoir divin qui ont passé sur le monde, ils pensent encore que la porte du savoir est close et que les pluies de miséricorde ont cessé.
Ils se tiennent éloignés de "Urvatu'l-Vuthqa" de la connaissance en s'attachant aux superstitions.
Leurs coeurs ne semblent pas intéressés par la source de la connaissance et ils en oublient les manifestations depuis que leur imagination leur a fait découvrir la source des richesses terrestres; car dans la manifestation du révélateur de la connaissance, on ne trouve que l'appel au sacrifice.
Aussi ont-ils renoncé à la vraie science pour suivre les superstitions. Bien que reconnaissant dans leur coeur l'unité de la loi de Dieu, ils ont tout de même proclamé dans tous les sens de nouveaux ordres et, à chaque saison, de nouveaux décrets.
On n'en peut trouver deux qui soient d'accord sur une même loi car ils ne cherchent d'autre Dieu que leur propre désir et ne suivent d'autre voie que la mauvaise.
Ces hommes considèrent le pouvoir comme le but suprême de leurs efforts, et l'orgueil et l'arrogance comme leurs qualités préférées.
Ils opposent à la volonté divine leurs machinations sordides. Ayant renoncé à se résigner à la volonté de Dieu, ils n'ont que calculs égoïstes et manières hypocrites.
Ils s'efforcent de tout leur possible de protéger leurs occupations insignifiantes de peur que leur autorité soit discréditée ou que l'étalage de leur magnificence soit terni.
Si le voile qui recouvre les yeux était enlevé à l'aide du collyre du savoir de Dieu, on découvrirait qu'un grand nombre de bêtes voraces rongent le cadavre des âmes des hommes.
Quelles "afflictions" plus grandes que celles-ci ? Un homme qui veut connaître la vérité et atteindre à la connaissance de Dieu ne sait où aller ni qui interroger, tant les idées et les voies sont nombreuses et contradictoires.
Cette "affliction" est la caractéristique essentielle de chaque révélation. Autrement, il n'y aurait pas de raison pour que le Soleil de Vérité apparût.

En effet, l'apparition du matin de la direction divine doit nécessairement suivre la nuit de l'erreur.
C'est ce qu'on trouve dans toutes les chroniques et traditions, à savoir que l'iniquité régnera sur la Terre et que l'obscurité l'enveloppera.
Tout cela est si connu que je n'éprouve pas le besoin de le répéter.
L'affliction des jours n'a donc pas d'autre signification; toute interprétation différente ne peut être conforme à la réalité;
et les hommes, s'il en était autrement, seraient fondés à dire que cette condition n'est pas remplie, comme ils l'ont d'ailleurs dit et répété.
L'affliction est celle qui résulte du manque de capacité à acquérir la connaissance spirituelle et à comprendre la parole de Dieu.
Elle a lieu à la suite de la disparition de l'étoile de vérité et des miroirs qui réfléchissent sa lumière, lorsque l'humanité affligée ne sait plus où se tourner.
Telles sont les explications des traditions et des mystères de la sagesse divine que nous te livrons afin que tu en comprennes le sens et sois ainsi de ceux qui ont bu à la coupe de la connaissance et de la compréhension divine.
Dans la phrase de Jésus, le soleil s'obscurcira, la lune ne donnera pas sa lumière, et les étoiles tomberont du ciel, les mots soleil et lune ne s'appliquent pas seulement aux soleil et lune visibles, mais ils ont de nombreuses significations particulières aux cas où ils sont employés.
Ainsi "soleil" signifie en un sens les soleils de vérité qui se lèvent de l'horizon de l'ancienne gloire et répandent sur le monde une effusion de grâce céleste. Ces soleils de vérité sont les Manifestations universelles de Dieu dans les mondes de ses noms et attributs.
Et de même que le soleil visible, ainsi que l'a décidé Dieu le Vrai, l'Adoré, aide au développement de toutes choses terrestres : aux arbres, aux fruits avec leurs diverses couleurs, aux minéraux et à tout ce qui existe dans la création; de même, les arbres de l'unité divine, les fruits de son unicité, les feuilles du détachement, les fleurs de la connaissance et de la certitude, la myrte de la sagesse et de l'explication apparaissent par les soins attentifs et l'influence éducative de ces astres divins qui rénovent le monde à chacune de leurs apparitions;

ils font couler les flots de la vie éternelle, surgir les vagues de la mer de générosité, apparaître les nuages de faveur et souffler les brises de miséricorde sur tous les êtres existants.
C'est grâce à la chaleur de ces soleils divins et aux feux éternels qu'ils allument que la flamme de l'amour de Dieu brûle avec ardeur dans le coeur des hommes.
C'est par la grâce abondante de ces symboles du détachement que l'esprit de vie éternelle est insufflé dans le corps des mortels.
Le soleil visible n'est évidemment qu'une image de la splendeur de l'astre de vérité, ce soleil incomparable, sans égal ni rival.
Par lui tout vit, se meut, existe. Par sa grâce toute chose vient, puis vers lui retourne. De lui tout jaillit et vers les trésors de sa révélation tout s'en va. De lui procède toutes les choses créées et vers les dépôts de sa loi elles reviennent.
Et quand on dit que ces soleils sont différenciés par leurs noms et leurs attributs ce n'est vrai que pour certains esprits à la compréhension limitée et imparfaite; mais en réalité ils ont toujours été et seront toujours exaltés au-dessus de toute louange et attribut.
L'essence des noms ne peut espérer accéder à leur cour de sainteté, et les attributs les plus purs et les plus élevés ne peuvent approcher leur glorieux royaume.
Les prophètes de Dieu sont immensément loin au-dessus de la compréhension des hommes. Ils ne peuvent être connus que par eux-mêmes.
Qu'il serait éloigné de sa gloire que de glorifier ceux qu'Il choisit par autre chose que leur propre personne !
Ils sont plus glorieux que les hommes ne le peuvent dire ou savoir.

Dans le langage des "âmes immaculées" le nom de soleil est souvent donné aux apôtres de Dieu, ces lumineux emblèmes du détachement.
Ainsi, dans la "prière de Nud-bih", on lit : "Où sont les soleils resplendissants ? où est l'éclat des lunes, où sont les étoiles brillantes ?"
Soleil, lune, étoiles signifient donc premièrement les prophètes, les saints et leurs disciples. Ce sont eux qui, par la lumière de leur connaissance, font briller le monde visible et invisible.
D'autre part, ces termes s'appliquent aux prêtres de la dispensation précédente, qui vivent au temps de la suivante et tiennent fermement en mains les rênes de la religion.
Si ces prêtres sont éclairés par la lumière de la révélation suivante, ils seront agréables à Dieu et resplendiront d'une éternelle lumière. S'il en est autrement, on pourra dire qu'ils sont plongés dans l'obscurité, bien que, selon toute apparence, ils soient les guides des hommes, car la foi et l'incroyance, la direction et l'erreur, la félicité et la misère, la lumière et l'obscurité dépendent toutes des décrets de celui qui est l'étoile du matin de la vérité.
Quiconque, parmi les prêtres de chaque âge, reçoit de la source de la connaissance, aux jours de la reddition de comptes, le témoignage de la foi, celui-là reçoit en vérité la science, la faveur divine et la lumière de la véritable intelligence. Autrement il est marqué du signe de la folie, du reniement, du blasphème et de l'oppression.
Si le terme "soleil" a été appliqué aux chefs de la religion, c'est en raison de leur situation éminente, de leur réputation et de leur renom; tel est le cas des docteurs de tous les âges qui parlent avec autorité et dont la renommée est fermement établie.
S'ils ressemblent au soleil de vérité, ils seront certainement comptés parmi les plus brillants des luminaires; s'il en est autrement, on devra les considérer comme des foyers du feu de l'enfer. Ainsi qu'Il l'a dit : "En vérité; le soleil et la lune sont condamnés au feu de l'enfer." Vous êtes sans doute familiarisés avec les interprétations des termes "soleil" et "lune" mentionnés dans ce verset, il n'y a pas lieu de s'y attarder.

Quiconque a en soi des éléments de ce "soleil" et de cette "lune", c'est-à-dire quiconque suit l'exemple de ces chefs en tournant sa face vers le mensonge, celui-là, indubitablement, est sorti du feu de l'enfer et il y retourne.
Donc, ô chercheur, attachons-nous au plus fort soutien, afin de retourner de la nuit d'aberration vers la lumière de la direction, de quitter l'ombre du reniement pour celle de la fidélité; et, nous affranchissant du feu de l'enfer, soyons illuminés par la beauté du Bien-faisant. Et que la paix soit avec toi !
Tels sont les fruits de l'arbre de la science divine que nous te donnons, afin que tu te réjouisses dans le paradis de la sagesse de Dieu.
On emploie en troisième lieu les mots soleil, lune, étoiles pour désigner les lois et les commandements qui sont proclamés dans chaque religion.
Ainsi dans l'Islam, après la mort de Muhammad, la prière et le jeûne furent les commandements principaux, ainsi que les Traditions et les livres nous l'enseignent; et c'est un fait assez connu pour qu'il soit inutile d'en parler longuement.
Dans toutes les religions d'ailleurs la prière fut spécialement ordonnée et appliquée par tous.
Les traditions attribuées à ces lumières émanées de l'étoile de vérité, l'essence du prophète Muhammad, l'attestent toutes.
Ces traditions établissent le fait que dans chaque religion la loi de la prière constitue un élément fondamental de la révélation de tous les prophètes de Dieu; et cette loi est mise en accord dans sa forme et sa manière avec les exigences de chaque époque.
C'est parce que dans chaque révélation les manières, les habitudes et les enseignements clairement, fermement et spécifiquement établis par la religion précédente sont abolis que les termes de "soleil" et "lune" les symbolisent. "Pour voir qui de vous agira bien."

Les Traditions contiennent également les noms de soleil et lune dans le sens de jeûne et de prière : le jeûne est clarté et la prière est lumière.
Un jour, un des plus renommés parmi les théologiens vint me trouver. Au bout de quelque temps de conversation, il cita cette parole et l'expliqua, disant : "Le jeûne réchauffe le tempérament, c'est pourquoi on le compare à la clarté du soleil; et la prière du soir qui rafraîchit est comparée à la lumière de la lune." Je vis que ce pauvre homme n'avait pas obtenu une seule goutte de l'océan de la vraie compréhension et restait éloigné du buisson ardent de la sagesse divine.
Après un moment, je lui fis poliment observer : "Votre Honneur, votre explication est celle qui a cours dans le public, mais je crois qu'il y en a une autre : Muhammad, le Sceau des prophètes, et le plus distingué des élus de Dieu, a comparé au ciel la religion du Qur'an, à cause de son élévation, de sa majesté, de son incomparable influence et de sa grandeur, et parce qu'elle contient toutes les autres religions.
Et comme dans le ciel visible, il y a deux astres principaux, les deux lumières, le soleil et la lune, ainsi, dans le ciel de la religion sont établies deux lumières, le jeûne et la prière. L'Islam est le ciel, le jeûne, le soleil et la prière, la lune."
C'est ainsi que les Manifestations de Dieu se servent du langage symbolique.
En conséquence, le texte des versets sacrés et des traditions a démontré et justifié l'utilisation des termes "soleil" et "lune". L'obscurcissement du soleil et de la lune et la chute des étoiles ont donc trait à l'obscurcissement des lois fermement établies par la révélation divine, tout ceci ayant été prédit en langage symbolique par la Manifestation de Dieu.
Personne ne peut boire à cette coupe hormis les justes et les pieux. "Les justes boiront des coupes remplies à la fontaine de camphre."
On sait qu'à chaque nouvelle Manifestation, le soleil des commandements et des défenses, qui avait brillé dans la précédente dispensation, perd son éclat et les peuples qui avaient vécu à l'ombre de ces enseignements sont privés de son influence.

Songe que si les peuples de l'Evangile avaient compris le sens symbolique des mots "soleil" et "lune", ou si, au contraire des obstinés et des pervers, ils en avaient cherché la compréhension auprès de celui qui est le révélateur du savoir divin, ils auraient certainement compris l'objet de ces termes, et n'auraient pas été affligés par la noirceur de leurs désirs égoïstes.
Comme ils n'ont pas été prendre le savoir à sa source, ils ont été décimés dans la terrible vallée d'infidélité et d'aberration
: ils n'ont pas encore vu que tous les signes sont apparus, que le soleil promis brille de l'horizon de la Manifestation, et que les soleils et les lunes des enseignements et des lois de la révélation précédente sont aujourd'hui obscurcis et couchés.
Maintenant, le regard ferme et l'aile vigoureuse, prends la direction de la certitude et de la vérité. "Dis-leur, c'est Dieu; et puis laisse-les se divertir par leurs frivoles discours." Soyez de ceux qui disent : "Notre Seigneur est Dieu et qui s'acheminant vers lui reçoivent la visite des anges." Tu verras alors tous ces mystères de tes propres yeux.
O mon frère, pour franchir d'un seul coup les vallées profondes de l'éloignement et de la séparation, entrer dans le paradis de la réunion éternelle, et en une fois communier avec les esprits célestes, prends les ailes de l'esprit, car ces distances sont infranchissables pour l'être matériel, et le but ne peut être atteint.
Paix à celui qui est guidé vers la vérité par la lumière de la vérité et qui, au nom de Dieu, se tient dans le sentier de la cause, aux rives de la vraie compréhension.
Vous comprenez maintenant la signification de ce verset sacré : "Je jure par le Seigneur des différents orients et occidents", puisque tous ces soleils dont nous venons de parler ont chacun une place particulière pour leurs levers et pour leurs couchers;

et comme les savants commentateurs du Qur'an n'ont pas compris la signification symbolique de ces "soleils", ils ont cherché à expliquer le verset en disant que le pluriel est ici employé parce que chaque jour le soleil se lève et se couche en un lieu différent; ou bien, que cela s'applique aux quatre saisons où le soleil se lève et se couche en un autre endroit.
Telle est la profondeur de leur compréhension ! Ils persistent néanmoins à accuser d'erreur et de folie les perles du savoir, ces symboles purs et irréprochables de la sagesse.
Grâce à ce rapide exposé, vous pouvez saisir également la signification du "ciel qui doit se fendre à l'heure de la résurrection". C'est le ciel de la révélation divine qui se découvre au temps de chaque Manifestation, et qui, à l'arrivée de la Manifestation suivante, se fend, c'est-à-dire devient inutile et s'effondre.
Par Dieu ! je jure que, si nous réfléchissons, nous verrons que c'est une oeuvre bien plus grande de faire passer le ciel d'une religion que de détruire le ciel qui est au-dessus de nos têtes.
Une religion est établie depuis longtemps, à son ombre les peuples ont été élevés et les hommes suivent ses commandements: si bien que, depuis des générations entières, pénétrés par son envahissante influence, les peuples ont toujours obéi à ses lois majestueuses.
Et voici qu'un homme muni du pouvoir divin vient tout détruire, tout abolir. N'est-ce pas plus extraordinaire que le miracle que les esprits bornés attendent : l'ouverture effective des cieux ?
Considère les difficultés et les troubles que les révélateurs de la beauté divine ont eu à endurer. Vois comment, solitaires et sans aide, ils promulguent à la face du monde et de tous ses peuples, la loi de Dieu pendant que des calamités de toutes sortes tombent sur leur personne bénie; mais malgré leur pouvoir, ils restent patients et supportent sans révolte leurs souffrances.
Voici maintenant ce que veut dire "la terre passera". Lorsque du ciel de la révélation divine, les nuages miséricordieux versent la pluie bienfaisante sur les coeurs, la terre aride de ces coeurs est changée en terre de savoir et de science.

Combien de fleurs de l'unité poussent alors dans le jardin des coeurs, combien d'anémones de sagesse y fleurissent aussitôt !
Si la terre de ces coeurs n'avait pas été renouvelée, comment des hommes qui n'avaient aucune instruction, qui n'avaient fréquenté aucun maître ni aucune école, auraient-ils pu parler avec une science et une autorité que nul n'a pu surpasser ?
C'est à croire qu'ils étaient faits de la poussière même du savoir éternel, et pétris avec l'eau de la sagesse divine ! Le savoir est une lumière que Dieu met dans le coeur de qui Il veut.
C'est cette sorte de savoir qui est et sera toujours digne d'éloges, et non le savoir limité issu de ces esprits obscurs et voilés qui se l'empruntent en cachette les uns aux autres et qui s'en enorgueillissent vainement.
Plût à Dieu que les coeurs fussent affranchis de tous les préceptes obscurs et des limitations qu'on leur impose ! Ils seraient alors éclairés par les rayons du soleil du vrai savoir et ils comprendraient les mystères de la sagesse divine.
Si les terres stériles et desséchées des coeurs n'avaient pas été renouvelées, comment auraient-ils pu bénéficier de la révélation des mystères de Dieu et révéler l'essence divine ? C'est ainsi qu'll dit : "Le jour viendra où la terre et les cieux seront changés."
Si tu médites en ton coeur sur les mystères de la révélation divine, tu verras que par le souffle miséricordieux du Roi de la création, même la terre physique a été changée.
Comprends donc la signification de ce verset : "Toute la terre ne sera qu'une poignée de poussière entre ses mains, et les cieux seront ployés comme un rouleau dans sa droite." S'il ne signifiait que ce que l'on pense communément, à quoi cela servirait-il ?
On sait que le Très-Haut n'a pas de mains; il n'y a que les infidèles et les menteurs qui puissent lui en attribuer.
Si vous dites que la droite de Dieu se rapporte à ses Manifestations qui, au jour de la résurrection, détiennent son pouvoir, cela n'empêchera pas qu'il serait tout à fait inutile de les voir saisir toute la terre dans leur droite.

La terre ici est la terre de compréhension et de savoir, le ciel est le ciel de la révélation.
Vois comment Dieu, de sa main puissante, a réduit la terre de savoir et d'instruction à une poignée de poussière, tandis qu'll a répandu une terre nouvelle dans le coeur des hommes où il a fait pousser de jeunes fleurs merveilleuses et des arbres puissants et élevés !
Vois aussi comment le ciel des anciennes religions s'est trouvé ployé par sa droite puissante, et le ciel de la révélation divine, élevé par l'ordre de Dieu et orné du soleil, de la lune et des étoiles de ces commandements merveilleux.
C'est ainsi que t'apparaît le mystère des Paroles divines, lorsque tes yeux ne sont pas fermés à l'aurore spirituelle, et lorsque par le pouvoir de la fidélité et du détachement tu éteins les lumières du doute, des imaginations et de l'incertitude, pour allumer, dans le chandelier de ton coeur, le nouveau flambeau de la connaissance et de la certitude.
Et toutes ces paroles symboliques et énigmatiques qui sont descendues de l'Origine des causes sont destinées à éprouver les peuples, afin de reconnaître les coeurs dont la terre est féconde et ceux dont la terre est stérile; et c'est une des coutumes de Dieu avec ses peuples, ainsi qu'on le voit dans les Ecritures.
Par exemple, lis les versets sur le Qiblih; même après l'Hégire de Muhammad, de La Mecque à Médine, on avait coutume, pour la prière, de se tourner vers Jérusalem; jusqu'au jour où les juifs commencèrent à parler du Prophète en des termes qu'il ne convient pas de rapporter ici, et qu'il serait trop long de dire.
Il en fut vivement attristé; et, levant les yeux au ciel, il se demandait ce qu'il convenait de faire, lorsque Gabriel descendit et dit : "Nous t'avons vu tourner ton visage de tous les côtés du ciel; nous voulons que tu te tournes dorénavant vers une région (qiblih) dans laquelle tu te complairas."

Et un jour que Muhammad et quelques-uns de ses disciples étaient en train de faire la prière obligatoire du milieu du jour, et avaient déjà fait deux prosternations, Gabriel leur apparut et dit : "Tournez-vous vers la plage de l'oratoire sacré."
Et, au milieu de la prière, Muhammad se tourna de Jérusalem vers La Mecque. Alors la crainte et l'effroi s'emparèrent de ses disciples, et beaucoup d'entre eux abandonnèrent la prière et vinrent grossir le nombre des infidèles. Ce trouble n'avait d'autre but que d'éprouver ses serviteurs. Autrement, Dieu, le Roi idéal, aurait très bien pu ne pas changer la Qiblih et Jérusalem serait restée le point d'adoration de sa religion, n'ôtant pas ainsi de cette ville sainte la distinction qui lui avait été conférée.
Depuis Moïse, aucun des nombreux prophètes envoyés comme messagers du verbe de Dieu, tels que David, Jésus et d'autres parmi les plus exaltés de ceux qui sont apparus entre la révélation de Moïse et celle de Muhammad, n'ont altéré la loi de la Qiblih et, par leur entremise, Dieu avait toujours ordonné aux peuples de se tourner en priant vers Jérusalem.
Pour Dieu, tous les endroits du monde se valent, sauf cet endroit qui, dans les jours de ses Manifestations, est désigné dans un but particulier.
"L'Orient et l'Occident appartiennent au Seigneur; de quelque côté que vous vous tourniez vous rencontrerez sa face."
Pourquoi alors changer la Qiblih, répandre ainsi le trouble et la crainte, et déchaîner la discorde entre les hommes ?
Oui, ces choses qui sèment le trouble sont pour Dieu la pierre de touche par laquelle Il distingue et sépare le sincère du menteur.
C'est en ce sens qu'il dit : "Nous n'avons établi la précédente qiblih que pour distinguer celui d'entre vous qui aura suivi le Prophète de celui qui se sera détourné de lui."
Si tu médites sur ces paroles tu verras s'ouvrir devant toi les Portes de la compréhension et tu pourras en contempler le mystères et toute la connaissance.

Ces choses arrivent afin que les âmes puissent se développer en se déchirant à la cage des désirs égoïstes.
Car Dieu, le Roi idéal, a toujours été dans son essence, indépendant de la compréhension de tous et, dans son être, il sera toujours au-dessus de l'adoration des hommes.
Une seule brise de sa puissance suffit à pourvoir d'abondance toute l'humanité; une goutte de la mer de sa bonté donne à tous la gloire de la vie éternelle.
Mais comme Il veut distinguer le juste du méchant, et le soleil de l'ombre, de tout temps Il a fait descendre les épreuves sur les hommes, comme la pluie du ciel.
Si les hommes voulaient méditer sur la vie des anciens prophètes, tout deviendrait clair et rien de ce qui dans leurs actes ou leurs paroles leur paraîtrait opposé à leurs affections et à leur préférence ne les détournerait plus de leur sentier.
Ils consumeraient alors tous les voiles par le feu du buisson du savoir divin et s'assoiraient sur le trône de la paix et de la certitude.
Considère Moïse, fils d'Imran, qui fut l'un des plus grands prophètes et révéla un livre inspiré de Dieu.
Avant d'avoir reçu la mission divine, il rencontra sur la place publique deux hommes qui se disputaient. L'un d'eux lui demanda de lui venir en aide. Moïse le secourut et tua l'autre, ainsi que le rapportent les Ecritures;
les détails de cet incident allongeraient notre récit.
Cet événement s'ébruita dans la ville et Moïse prit peur, comme nous le savons; car quelqu'un un jour lui dit "que les grands délibéraient pour le faire mourir".
Il quitta la région et s'enfuit au pays de Madian; là, il demeura au service de Jéthro, puis il retourna dans la vallée sacrée qui se trouve dans le désert du Sinaï.
C'est là que, dans un buisson qui n'était ni à l'Orient ni à l'Occident, il vit apparaître le Roi de Gloire; et dans le feu divin qui le consumait, il entendit la voix spirituelle qui donne la vie, qui lui commanda de prendre la direction des peuples de Pharaon, de les faire sortir des déserts des plaisirs égoïstes, de les conduire aux plaines des plaisirs célestes et de la direction, afin de les affranchir de l'angoisse de l'éloignement et de les mener à la cité paisible de l'approche où ils pourraient boire l'eau de la fontaine du détachement.

Lorsqu'il arriva devant le Pharaon, et que, sur l'ordre de Dieu, il lui eut fait connaître sa mission, ce dernier, dans un discours outrageant, lui dit : "N'es-tu pas celui qui a tué un homme et est devenu un infidèle ?" ainsi que le Seigneur de majesté l'a écrit dans le Qur'an.
"Tu as commis l'action que tu sais; tu es un ingrat.- Oui, répondit Moïse, j'ai commis cette action, mais alors j'étais dans l'égarement. J'ai fui du milieu de vous par crainte; ensuite Dieu m'a investi du pouvoir et m'a constitué son Envoyé."
Pense donc un peu aux épreuves auxquelles Dieu nous soumet ! Un homme connu pour être un assassin, qui avoue son crime, ainsi qu'il est écrit, qui avait été élevé aux yeux de tous pendant environ trente ans dans le palais du Pharaon, c'est cet homme que Dieu choisit pour lui donner le suprême pouvoir !
Et Il l'a laissé devenir, au vu et au su de tous, un assassin, causant ainsi étonnement et réprobation parmi les gens.
Vois aussi Marie : Cette femme admirable, sous le poids de circonstances prodigieuses, se désolait d'avoir vu le jour, ainsi qu'on peut le comprendre par la lecture des livres saints.
Après la naissance de Jésus, elle laissa exhaler sa douleur, disant : "Plût à Dieu que je fusse morte avant, et que je fusse oubliée d'un oubli éternel !"
Je jure par Dieu que ces paroles sont faites pour consumer les coeurs de pitié ! Sa crainte et sa douleur étaient causées par la malignité des infidèles et des méchants.
Que pouvait-elle répondre au peuple ? Comment lui dire que cet enfant d'un père inconnu lui était venu par l'oeuvre du Saint-Esprit ?
Chaste, elle prit son enfant et retourna à la maison. Dès que les gens la virent ils lui dirent : "O soeur d'Aaron, ton père n'était pourtant pas un homme méchant ni ta mère une femme dissolue !"

Quelle terrible épreuve ! Néanmoins Dieu fit un prophète de cet enfant de l'Esprit qu'on savait n'avoir pas de père légitime, et fit de lui sa preuve envers tous les peuples du ciel et de la terre.
Combien les voies des Manifestations de Dieu, obéissant au Roi de la création, sont différentes de nos préférences et de nos goûts !
Quand tu commenceras à comprendre l'essence de ces divins mystères, tu comprendras le dessein de Dieu, le Charmeur divin, le Bien-Aimé.
Tu considéreras que ses paroles et que ses actes concordent exactement, de telle sorte que tu verras dans ses actions ce qu'll dit et que tu y reconnaîtras ce que tu lis dans ses écrits.
Ainsi, si ces actes et ces paroles sont le feu de la vengeance pour le méchant, intérieurement ce sont les eaux de la miséricorde pour le juste.
Regarde avec les yeux du coeur, et tu verras que les Paroles qui sont descendues du ciel du vouloir de Dieu ont été confirmées par les actions issues du royaume du pouvoir divin.
O mon frère, si à notre époque de pareils événements survenaient, que se passerait-il ? Je jure par le vrai éducateur des hommes et le révélateur de la parole de Dieu que, sans aucune hésitation, on traiterait d'infidèle un homme comme Jésus et qu'on le mettrait aussitôt à mort.
Le laisserait-on dire qu'il est le souffle du Saint-Esprit ?
Croirait-on aujourd'hui que Moïse tenait son pouvoir du commandement irrésistible ?
Cent mille voix auraient beau l'affirmer, personne ne croirait que le fils d'un père inconnu puisse être un envoyé, ou qu'un assassin ait pu entendre dans un buisson ardent la voix de Dieu.
En ouvrant les yeux à la justice, tu verras, à la lumière de ce qui a été dit, que celui qui est la cause et la fin suprême de toutes choses s'est manifesté en ce jour.
Bien que des choses semblables ne se soient pas produites dans cette dispensation, les hommes continuent à suivre les vaines imaginations des réprouvés.
Que de calomnies n'a-t-on pas déversées sur lui, et que de persécutions ne lui a-t-on pas fait subir ! Jamais jusqu'ici on avait vu pareille chose.

Dieu est grand ! Comme ces paroles étaient prononcées, voici ce que nous vîmes : l'aurore de la révélation répandait les douces saveurs de Dieu et la brise matinale soufflait de la Saba de l'Eternel, réjouissant le coeur par la bonne nouvelle et donnant à l'âme un immense bonheur.
Elle avait renouvelé toutes choses et apporté d'innombrables présents de valeur de la part de l'Ami inconnu dont la robe des louanges humaines ne peut vêtir la stature et dont le manteau de la parole ne peut cacher la forme étincelante.
Sans le secours des mots il dévoile les mystères intérieurs et révèle les secrets des paroles divines.
Il apprend aux rossignols qui chantent sur la branche de l'éloignement et de la solitude à gémir et à se lamenter; il les instruit dans l'art des voies de l'amour et leur montre le secret de l'abandon du coeur.
Aux fleurs du Ridvan de la réunion céleste il révèle les caresses de l'amant passionné et dévoile les charmes de la belle.
Il offre aux anémones du jardin de l'amour les mystères de la vérité et dépose dans le sein des amants les symboles des mystères les plus intimes.
En cette heure, une telle grâce est répandue dans le monde que le Saint-Esprit en est jaloux !
Une goutte d'eau a le pouvoir des vagues de la mer; un grain de poussière a l'éclat du soleil;
sa bonté est si grande que le bousier recherche le grain de musc, et la chauve-souris le soleil ! Les morts sont ressuscités dans leurs corps par les brises de vie; les ignorants s'assoient sur le trône du savoir; les oppresseurs trouvent leur place sur les hauteurs de la justice !
L'univers est en état de gestation à cause de toute cette bonté, et bientôt le résultat en sera visible à tous, dans ce monde de poussière.
Alors celui qui meurt de soif parviendra au Kawthar du Bien-Aimé; celui qui est perdu dans les déserts de l'éloignement et de la non-existence arrivera aux tentes de la vie et de la présence de l'Amant.
Dans quel coeur ces semences sacrées germeront-elles ? Dans quelle âme fleuriront les réalités invisibles ?

En vérité je te le dis, les flammes du buisson de l'amour, brûlant dans le Sinaï du coeur, sont si violentes que les flots de la parole divine ne pourront les éteindre.
La soif ardente de ce Léviathan ne peut être étanchée par des océans entiers, et le Phénix du feu éternel ne pourra demeurer que dans l'incandescence de la face de l'Ami.
Donc, ô mon frère, allume la flamme de l'esprit dans la lampe des coeurs, brûlant l'huile de la sagesse, à l'abri du globe de l'intelligence, afin que le vent de l'infidélité ne puisse l'éteindre ni en diminuer sa brillance.
Ainsi avons-nous éclairé le ciel de la parole par les splendeurs du soleil de la sagesse et de la compréhension divine, afin que ton coeur trouve la paix et que tu sois de ceux qui s'envolent sur les ailes de certitude dans l'atmosphère d'amour de leur Seigneur, le Miséricordieux.
"Alors le signe du Fils due l'homme paraîtra dans le ciel." C'est-à-dire que, après l'éclipse du soleil d'instruction divine, la chute des étoiles des commandements, l'obscurcissement de la lune du savoir, éducatrice des peuples, après que les drapeaux de la direction et de la prospérité auront été amenés, que le jour de vérité et de justice se sera assombri, alors le signe du Fils de l'homme apparaîtra au ciel.
Ici le ciel veut dire le firmament. En effet, à l'approche de l'apparition d'un de ces astres lumineux dans le ciel de justice, et d'une de ces arches de direction sur la mer glorieuse, une étoile, symbolisant pour les hommes cette sublime lumière, doit apparaître dans le firmament, en même temps que, dans le ciel spirituel, une étoile apparaît pour diriger les hommes vers la glorieuse aurore.
Ces deux signes, l'un dans le firmament et l'autre dans le ciel spirituel, se sont vérifiés avant chaque manifestation prophétique, ainsi qu'on le croit communément. L'une des Manifestations fut l'Ami de Dieu (Abraham).

Avant son apparition, Nemrod eut un rêve au sujet duquel il convoqua tous les devins. Ceux-ci lui annoncèrent l'apparition d'une étoile au ciel, en même temps qu'un homme était accouru apportant au peuple la bonne nouvelle de la venue d'Abraham.
Après lui vint l'Interlocuteur de Dieu (Moïse).
Les astrologues de son temps avaient dit à Pharaon qu'une étoile venait d'apparaître au ciel, signe de la conception d'un homme qui tiendrait en sa main son sort et celui de son peuple.
En même temps, ainsi que les livres nous l'enseignent, un vieillard apportait la Bonne Nouvelle consolatrice au peuple d'Israël.
Et si je rapportais tous ces faits en détail il faudrait des volumes entiers; de plus, je ne tiens pas à revenir sur ces antiques événements.
Dieu m'est témoin que ces explications me sont dictées par l'amour que je te porte, afin que, si possible, les pauvres puissent aborder aux plages de la richesse, que les ignorants arrivent aux mers de la sagesse, que les assoiffés de science goûtent au Salsabil du savoir.
Autrement nous considérons l'étude de ces récits comme une faute grave et un lourd péché.
De même, à l'apparition de Jésus, les Mages découvrirent son étoile dans le ciel, et la suivirent jusqu'à la capitale du royaume d'Hérode dont la souveraineté s'étendait alors sur la totalité du pays.
Ils dirent : "Où est le roi des juifs qui est né ? car nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus l'adorer."
Ils découvrirent que cet enfant était né à Bethléem de Juda. C'était le signe dans le firmament.
Dans le ciel spirituel apparut Jean, fils de Zacharie : "Dieu t'annonce la naissance de Yahya qui confirmera la vérité du Verbe de Dieu; il sera grand et chaste."
Le Verbe ici est Jésus dont Jean prêcha l'apparition.
Dans l'Evangile également on trouve : "En ce temps-là, Jean-Baptiste vint prêchant dans le désert de Judée, disant : Amendez-vous, car le royaume des cieux est proche (saint Matthieu, III, 1, 2)."Jean, c'était Yahya.

Avant l'apparition de la beauté de Muhammad, des signes dans le ciel apparurent.
Et dans le ciel spirituel, donnant au peuple la bonne nouvelle de l'apparition de ce soleil d'unité, quatre personnes se succédèrent annonçant sa venue.
Rúz-bih (appelé plus tard Salman) fut leur serviteur à tous les quatre, chacun d'eux, au moment de mourir, l'ayant envoyé servir l'autre.
Quand le quatrième fut sur le point de mourir, il dit : "Oh Rúz-bih, quand tu m'auras enseveli, va en Hijaz où apparaîtra le soleil de Muhammad, et sois heureux de le rencontrer."
Nous arrivons maintenant à cette cause merveilleuse et très exaltée.
La plupart des astronomes ont parlé de l'apparition des étoiles dans le ciel, et sur terre nous avons constaté la venue des deux brillantes lumières, Ahmad et Kazim. Que Dieu sanctifie leur poussière !
ll est donc prouvé qu'avant l'apparition de chaque miroir d'unité, ses signes apparurent dans le firmament et dans le ciel spirituel, où brillent le soleil du savoir, la lune de la sagesse, et les étoiles de l'explication;
et ces signes ne sont autres que la venue d'un être parfait, qui a pour mission de préparer les hommes à rencontrer ces soleils d'identité et ces lunes d'unité.
"Alors toutes les tribus de la terre se lamenteront et elles verront le Fils de l'homme venir sur les nuées du ciel avec un grand pouvoir et une grande gloire."
Ce symbole veut dire qu'alors les peuples gémiront d'être privés du soleil de la beauté divine, de la lune du savoir et des étoiles de la sagesse révélée; et qu'ensuite cette apparition promise de la Beauté adorée descendra du ciel, chevauchant sur les nuages.
En d'autres termes, que cette beauté divine, du ciel de la volonté de Dieu apparaîtra dans la forme humaine; le mot ciel se rapporte à la grandeur et à l'élévation dans lesquelles apparaissent ces saintes aurores et ces éternels Orients.

Si ces êtres éternels semblent venir du sein d'une mère, en réalité ils descendent du ciel des causes, et s'ils habitent sur terre, ils reposent sur le siège spirituel.
Lorsqu'ils marchent parmi les hommes, ils volent dans l'atmosphère de la présence divine; ils circulent sur la terre de l'esprit sans mouvoir leurs pieds; ils atteignent les hauteurs de l'unité sans le secours des ailes, ils parcourent en un instant l'immensité de l'espace et traversent instantanément le monde visible et le royaume invisible.
Sur leurs trônes il est écrit : "Aucun obstacle au monde ne les empêche d'agir" et sur leurs sièges sont inscrits ces mots : "En vérité, leurs voies diffèrent chaque jour."
Ils sont les envoyés des hauteurs du pouvoir du Roi des anciens, et du puissant vouloir de celui à qui toutes les choses appartiennent. C'est en ce sens qu'on dit qu'ils descendent du ciel.
Dans le langage des Manifestations le mot "ciel" a de nombreuses significations : le "ciel du commandement", le "ciel du pouvoir", le "ciel du désir divin", le "ciel de la connaissance divine", le "ciel de certitude", le "ciel de la parole", le "ciel de la révélation": le "ciel de disparition", etc.,
et chaque fois que le mot est employé il a une signification spéciale, que seuls peuvent comprendre ceux qui connaissent les mystères divins et qui ont bu à la coupe de la vie éternelle.
Ainsi, ll dit : "Le ciel a de la nourriture pour vous, il renferme ce qui vous a été promis." Et cependant la nourriture ne vient que sur terre.
Et également : "Tous les noms descendent du ciel." Et ce sont cependant les hommes qui les prononcent.
Si tu purifies le miroir de ton coeur de la poussière de tes préférences injustes, tu comprendras tous les symboles révélés par le Verbe de Dieu manifesté dans chaque religion, et tu sauras les mystères de la sagesse.
Mais tant que tu ne consommeras pas par les flammes du détachement absolu les voiles du prétendu savoir humain, tu n'atteindras pas l'aurore éclatante du vrai savoir.

Saches en vérité qu'il y a deux sortes de savoir : le divin et le satanique.
L'un coule de la fontaine de l'inspiration divine et l'autre n'est que le reflet de pensées vaines et obscures.
La source du premier est Dieu lui-même; la motivation du second sont les murmures des désirs égoïstes.
L'un est guidé par le principe : "crains Dieu, il t'instruira", l'autre est une confirmation de cette vérité que "le savoir est le plus grand voile qui nous sépare de Dieu".
Les fruits du premier sont la patience, le désir ardent, la vraie compréhension et l'amour; ceux du second l'arrogance, la vanité et la suffisance.
Et dans les explications données par les Envoyés, nul ne risque de respirer les parfums de ce sombre savoir dont l'obscurité étouffe la terre, qui ne produit que rébellion et iniquité et dont les résultats sont la rancune et la haine : ce sont des poisons mortels, et l'ombre des arbres de ce savoir n'est qu'un feu dévorant.
Combien est juste ce qu'a dit le poète : "tiens ferme le bord de la robe d'amour, et n'en rougis pas; quitte les chemins suivis par ceux qui ont réussi dans ce monde, quelque grand que soit leur réputation."
Le coeur doit donc être purifié de tout ce qu'il entend et se détacher de toute affection terrestre afin qu'il puisse découvrir le sens caché de l'inspiration divine et devienne le trésor des mystères de la connaissance divine.
Ainsi qu'il est dit : "Celui qui voyage sur le blanc chemin vers le sanglant réconfort ne peut atteindre sa demeure, si sa main n'est pas entièrement vide de tous les biens de ce monde." Telle est la condition première requise du voyageur. Réfléchis et comprends la vérité de ces paroles.
Mais nous voici entraînés loin de notre sujet, bien que tout cela en soit l'explication.
Je jure par Dieu que, malgré mon désir d'être bref, ma plume échappe au contrôle de ma main.
Et combien de perles restent encore dans la nacre de mon coeur qui ne seront jamais serties ! Combien de merveilleuses jouvencelles demeurent enfermées dans les hautes salles de la sagesse, sans que nul ne puisse les toucher ! "Celles que n'a jamais touchées ni homme ni génie."

ll me semble cependant que je n'ai pas expliqué une seule des choses désirées ni un seul des symboles demandés.
Quand trouverai-je le chercheur en qui on peut avoir confiance, qui endossera le vêtement du pèlerin pour entrer dans le Lieu-Saint et atteindre la Ka'bih désirée, où, sans qu'il interroge et sans qu'on lui réponde, il apprendra le mystère des explications ?
Quoi qu'il en soit, tu peux maintenant comprendre le sens du mot ciel dans les Ecritures, ainsi que de la venue sur les nuages (ceux-ci représentant les choses contraires aux coutumes et aux préférences des hommes); ainsi qu'il est révélé : "Toutes les fois qu'un Envoyé vous a apporté une révélation qui ne flattait pas vos passions, vous vous êtes enflés d'orgueil; vous avez traité les uns de menteurs, et vous en avez assassiné d'autres."
Ainsi, les "nuages" obscurcissent le ciel lorsque les commandements sont modifiés, la religion changée, quand les coutumes, les lois sont détruites et que le plus humble des croyants passe avant les docteurs et les prêtres infidèles.
De plus, l'apparition de la Beauté éternelle dans une forme humaine, buvant, mangeant, sujette à la pauvreté ou à la richesse, à la gloire ou à l'humiliation, dormant, veillant, etc., toutes ces choses constituent autant de nuages qui mènent les gens au doute et à la perdition. Et ce sont ces "nuages" qui, dans le ciel d'instruction et de savoir, doivent être dissipés pour tous : "Le jour où le ciel se fendra par nuages."
Et de même que les nuages empêchent les hommes de voir le soleil, de même ces choses dont nous venons de parler empêchent les hommes de comprendre les soleils de réalité.
C'est ainsi que les incroyants disaient, comme en témoigne le livre sacré : "Qu'est-ce donc que cet apôtre ? Il mange, il se promène dans les marchés ! Si un ange ne descend pas avec lui pour participer à son enseignement, nous ne croirons pas en sa parole."

Comme tu as pu le constater pour les prophètes, la pauvreté, les calamités, les soucis matériels, la faim, la maladie, les contretemps, toutes ces souffrances qui sont les leurs laissent les hommes dans les déserts du doute et de la suspicion, des suppositions et des imaginations.
Ils se demandent comment il peut se faire qu'un homme venant de Dieu prétende exercer un pouvoir souverain sur le monde entier, et rapporter toute chose créée à lui-même (car il est dit : Si ce n'était pour toi, je n'aurais pas créé le firmament);
comment se fait-il qu'un tel homme soit soumis à ces mesquines misères, ainsi que l'ont été chaque prophète et ses disciples.
Non seulement ils ont eu à subir la misère, les maladies, le mépris, mais leurs disciples souvent ont eu la tête coupée qu'on envoyait ensuite comme un présent dans des villes éloignées !
On en empêchait d'autres de répandre leur foi : Tous ont eu à supporter l'attaque des ennemis de la religion, sans pouvoir leur résister.
Et à chaque changement dans la religion, de semblables nuages ont empêché les peuples de connaître le divin soleil qui était apparu de l'aurore de l'Essence divine.
Alors que depuis des années les hommes avaient coutume de suivre leurs ancêtres et d'être élevés dans les rites de leur religion, tout d'un coup, un des leurs qui, pour tout ce qui concernait les limitations de la condition humaine avait été leur égal, vient abroger le culte ancestral qui jusqu'alors n'était négligé que par les infidèles et les libertins !
Voilà des voiles et des nuages pour ceux dont le coeur n'a pas goûté le Salsabil du détachement ni bu le Kawthar du savoir de Dieu !
Aussitôt qu'ils aperçoivent les changements qu'apporte le prophète, ils ne peuvent plus comprendre ce soleil, et sans faire aucune enquête, ils déclarent infidèle et condamnent à mort cette Manifestation de Dieu.
C'est ce qui est arrivé dans l'Antiquité et ce qu'on a également déploré de nos jours.

Nous devons donc faire tous nos efforts pour qu'avec l'aide invisible de Dieu ces voiles sombres, ces nuages d'épreuves célestes ne nous empêchent pas de contempler la beauté de sa face resplendissante, et que nous puissions ne la reconnaître que par elle-même.
Si nous lui demandons de prouver sa vérité, une seule preuve devrait nous suffire, atteignant ainsi celui qui est la fontaine de grâce infinie et dans la présence de qui, toute l'abondance du monde n'est que néant, cessant d'ergoter avec lui chaque jour et en abandonnant nos propres idées fausses.
Gloire à Dieu ! Bien qu'autrefois les événements dont nous avons parlé aient été merveilleusement prophétisés dans des symboles magnifiques et de subtiles paraboles, afin que les hommes ne soient pas privés des bienfaits de l'océan suprême. Ils se sont reproduits de nouveau !
Ainsi qu'il est dit : "Les hommes attendent-ils que Dieu vienne à eux dans les ténèbres des nuages ?" Un certain nombre de théologiens, interprétant littéralement les paroles de Dieu, ont vu dans ce verset un des signes de la Résurrection, telle qu'ils l'avaient imaginée, tandis que c'est une chose qui se retrouve dans la plupart des livres sacrés et qui n'est qu'un signe de la Manifestation suivante, ainsi que nous l'avons vu.
"Le jour où le ciel fera surgir une fumée visible à tous, qui enveloppera tous les hommes, ce sera le châtiment douloureux."
Toutes ces choses que ne comprennent pas les âmes impures sont la pierre de touche de Dieu, la balance dans laquelle ll éprouve ses serviteurs et distingue l'infidèle du croyant, le bienheureux du méchant.
Dans ces versets, par le symbole de la fumée, il est fait allusion à de graves dissensions amenées par l'abandon des obligations religieuses, par l'abrogation des lois et la ruine totale de ceux qui en étaient les rigoureux interprètes.
Quelle fumée plus grande que celle-ci, qui a enveloppé tous les hommes, et leur a causé tant de troubles qu'ils ont en vain essayé de s'en défaire, étant à chaque moment soumis à de nouveaux supplices par le feu de leurs passions ?

En apprenant que cette cause merveilleuse et ces commandements éternels sont apparus sur toute la terre et se développent chaque jour, le feu de leurs coeurs brûle plus fort.
En voyant de quelle force indomptable, de quelle sublime renonciation, de quelle constance sans faille sont dotés les saints compagnons de Dieu qui, grâce à l'aide divine, deviennent chaque jour plus nobles et plus glorieux, la consternation ravage leurs âmes.
Grâce à Dieu, aujourd'hui, l'influence divine est si grande qu'ils n'osent parler, et s'ils rencontrent un de ces disciples qui donneraient mille fois leur vie dans le chemin du Bien-Aimé, ils sont contraints de montrer leur respect.
Mais livrés à eux-mêmes, ils le renient et le maudissent : "Lorsqu'ils vous rencontrent, ils disent; nous avons cru; mais à peine vous ont-ils quittés, qu'enflammés de colère; ils se mordent les doigts.- Dis-leur : mourez dans votre colère; Dieu connaît le fond de vos coeurs."
Bientôt tu verras hisser par tout le monde les drapeaux du divin pouvoir, et les signes de sa domination et de sa souveraineté se retrouveront dans chaque ville.
La plupart des docteurs ne comprenant pas la signification des versets sacrés ne savaient ce qu'il fallait entendre par le jour de la résurrection; et, sans la moindre réflexion, ils donnaient l'explication que leur suggérait leur imagination.
Dieu qui est un, est témoin que s'ils avaient un tant soit peu réfléchi aux symboles cachés dans ces versets ils auraient compris tout ce que nous avons voulu proposer et auraient trouvé, par la bonté du Miséricordieux, la brillante aurore de certitude.
Ainsi chante pour toi la colombe éternelle sur les rameaux de l'arbre de Baha, afin que, par la permission de Dieu, tu chemines dans les sentiers du savoir et de la sagesse.
Examinons maintenant les paroles Il enverra ses anges..., etc. Les anges sont des hommes qui ont détruit tout ce qui était humain en eux, par le pouvoir spirituel du feu de l'amour de Dieu, et qui se sont parés des attributs des chérubins, ainsi que le dit l'Imam Sadiq : "Ce sont ceux de nos shiites qui se tiennent derrière le trône de Dieu." Combien nombreuses sont les interprétations de ces paroles : qui se tiennent derrière le trône de Dieu ! Cela ne revient-il pas à dire qu'en réalité il n'y a pas de véritables shiites ?

Ailleurs, le même Imam dit : "Le fidèle est comme la pierre philosophale. L'as-tu jamais vue ?" Souviens-toi de cette sentence qui est plus éloquente qu'elle ne paraît : elle prouve qu'il n'y a pas de véritable fidèle ! -
Les hommes ne savent pas reconnaître les parfums de la fidélité, et ils taxent d'infidèles ceux dont les discours prouvent au contraire la fidélité.
Mais ces saints hommes sont indifférents aux conditions terrestres, et montrent ainsi leur spiritualité et leur caractère céleste; on leur donne le nom d'anges.
Telle est la signification de ces versets dont chaque mot a été expliqué à l'aide des textes les plus lucides, des arguments les plus convaincants et des évidences les plus claires.
Et comme les peuples de Jésus ne comprirent pas cette signification, et qu'ils ne virent pas apparaître les signes auxquels eux et leurs prêtres s'attendaient, ils n'ont pas cru jusqu'à ce jour aux saintes Manifestations, apparues depuis les jours de Jésus et ils ont été privés des bienfaits suprêmes et des merveilles des paroles divines.
Tel est encore leur état en ce jour de la résurrection.
Ils n'ont pas réfléchi que si, dans chaque ère, les signes d'une Manifestation devaient apparaître en ce monde, juste comme il est écrit, il n'y aurait pas de contradicteurs; et comment alors distinguer les bons des méchants, les pécheurs des justes ?
Si ces paroles qui sont écrites dans l'Evangile se réalisaient matériellement, et si les anges venaient avec Jésus, fils de Marie, sur les nuages du ciel, qui aurait la force de nier et de s'enorgueillir ?
Tous les hommes seraient pris d'une telle peur que, loin de vouloir renier ou accepter, ils ne pourraient prononcer une seule parole. C'est parce que de nombreux prêtres chrétiens ne l'ont pas compris qu'ils ont renié Muhammad, disant : si vous êtes le promis, pourquoi n'êtes-vous pas accompagné de ces anges qui, d'après nos livres, doivent aider la beauté promise à promulguer sa cause et être un avertissement pour les peuples ? ainsi que l'a dit le Seigneur glorieux : "A moins qu'un ange ne descende et ne prêche avec lui."

Ainsi, dans chaque ère, le désaccord et la contradiction se glissent entre les peuples qui passent leur temps à discuter, disant : tels signes ne sont pas venus, tels autres non plus, etc.
Ces erreurs ont été les leurs parce qu'ils s'en sont rapportés à leurs prêtres, reniant ces joyaux uniques, ces êtres divins.
Quant aux prêtres, enfermés dans leurs basses ambitions et leur avidité sordide, ils ne voyaient dans ces éternels soleils que des adversaires de leur savoir et de leur intelligence, et des obstacles à leurs efforts.
Ils expliquaient les paroles divines, celles des Traditions et des Lettres d'Unité, dans leur sens matériel. Et ils s'éloignaient sans recours, aussi bien eux que leurs peuples, des ondes de bonté et de merci de Dieu.
Et cependant les prêtres portent témoignage de la vérité de ces Traditions : "Notre parole est difficile et dure à comprendre", ou bien "Notre cause est pénible et dure; nul ne peut la soutenir qu'un ange de l'approche, un Envoyé, ou un serviteur dont Dieu a éprouvé la fidélité du coeur."
Ils savent pourtant qu'ils ne remplissent aucune de ces trois conditions : pour les deux premières, cela va de soi; quant à la troisième, ils ne sont pas sortis victorieux des épreuves de Dieu, et la divine pierre de touche n'a montré en eux qu'un métal grossier.
Dieu tout-puissant ! Tout en reconnaissant la vérité de ces paroles, comment ces prêtres qui n'ont pas compris et qui discutent encore des obscurités théologiques de leur foi, peuvent-ils prétendre être les interprètes des subtilités de la loi de Dieu et des mystères essentiels de son Verbe saint ?

Ils affirment : "Cette Tradition qui prophétise la venue du Qa'im ne s'est pas encore réalisée", alors qu'ils n'ont pas respiré les parfums de la signification de ces saintes paroles ?
Ils ne se sont pas aperçu qu'au contraire tous ces signes sont déjà arrivés, et que le sentier de la cause est tellement aplani que les fidèles y cheminent avec la rapidité de l'éclair, pendant que ces prêtres stupides attendent de voir les signes prédits.
O peuples ignorants ! vous attendez comme ceux qui vous ont précédés ont attendu !
Vous qui prétendez que pas un seul des signes de la venue des nouveaux prophètes, annoncés par les livres anciens, n'est encore arrivé, comme on l'a autrefois prétendu pour Muhammad, comment osez-vous traiter les chrétiens et les autres d'infidèles ?
Vous avez beau dire que leurs livres sont altérés et apocryphes, et qu'ils ne viennent pas de Dieu, les paroles mêmes des Evangiles témoignent de leur origine divine; elles se retrouvent d'ailleurs dans le Qur'an.
En vérité, je vous le dis, les hommes n'ont jamais compris ce qu'il fallait entendre par l'altération des Ecritures.
Oui, dans les paroles et les écrits des Imams, on parle de l'altération que les grands et les vaniteux font subir aux Ecritures. Mais cela a été dit dans des conditions spéciales.
Ainsi, l'un des cas où il en est parlé est l'histoire du fils de Súriya.
Alors que les gens de Khaybar demandaient à Muhammad quelle était la punition de l'homme ou de la femme adultère, il leur dit : "Dieu a ordonné qu'on les lapidât."
Ils répondirent que dans la Bible ne se trouvait pas un tel commandement. Il leur demanda alors : "Auquel de vos prêtres obéissez-vous ?" Ils obéissaient au fils de Súriya.

Il l'appela et dit : "Je t'adjure, par Dieu qui pour toi a entrouvert la mer, a fait descendre la manne céleste, t'a mis à l'ombre des nuages, t'a délivré de Pharaon et de son peuple, et a fait des tiens son peuple préféré; dis-nous quelle est la punition ordonnée par Moïse pour l'adultère ?"
ll répondit : "O ! Muhammad, c'est la lapidation. - Alors pourquoi, parmi vous autres juifs, cette loi est-elle abrogée ? -
Après la destruction de Jérusalem par Nebucadnetsar, lorsqu'il eut passé presque tous les juifs au fil de l'épée, très peu d'entre eux survécurent.
Comme ils étaient en très petit nombre en face des puissants Amaléchites, les prêtres tinrent conseil et dirent : si nous appliquons la loi de la Bible, les survivants d'entre nous seront tués par la loi. Et ils supprimèrent la peine de mort." C'est à ce propos que Gabriel, inspirant le coeur du Prophète, dit : "Parmi les juifs, il y en a qui altèrent les paroles de leurs Ecritures."
Voilà une des altérations dont il s'agit et cela ne signifie pas, comme le croient ces faibles esprits, que les prêtres juifs et chrétiens ont supprimé du Livre les versets qui louaient et glorifiaient Muhammad, en y mettant des versets qui disent le contraire.
Cette prétention serait aussi fausse que ridicule : un homme qui croit dans un Livre révélé, peut-il l'altérer ?
La Bible surtout qui était répandue dans le monde entier et non à Médine et à La Mecque seulement.
Les véritables altérateurs sont bien plutôt les prêtres du Qur'an qui, de nos jours, interprètent le Livre selon leur goût ou leur bon plaisir.
Comme les Juifs du temps de Muhammad avaient expliqué selon leurs idées les versets de la Bible annonçant sa venue, et comme ils ne se contentèrent pas des véritables explications, Dieu en fit des altérateurs;
et aujourd'hui les gens du Qur'an continuent à donner des signes de la prochaine Manifestation leur interprétation fantaisiste !
Ailleurs, il est dit : "Un certain nombre d'entre eux obéissaient à la parole due Dieu, mais par la suite ils l'altérèrent après l'avoir comprise, et ils le savaient bien."

Dans ces versets, il s'agit de changer la signification de la parole, et non de la supprimer, ainsi que peuvent le comprendre ceux qui ont un entendement droit.
Ailleurs encore : "Malheur à ceux qui, écrivant le livre de leurs mains corruptrices, disent : Voilà ce qui vient d Dieu, pour en retirer un bénéfice infime..., etc.."
Cette imprécation concerne les prêtres et les docteurs juifs qui ont écrit de nombreux ouvrages pour renier Muhammad, afin de faire plaisir aux riches et de gagner des honneurs terrestres, faisant ainsi acte d'infidélité.
Ils ont mis en avant certaines preuves dont je ne veux pas parler, prétendant les justifier par la Bible.
Et de nos jours, que n'a-t-il pas été écrit contre cette cause par les prêtres ignorants de notre temps !
Ils croient que ces actes d'hostilité sont conformes aux paroles des Livres et répondent aux instructions des hommes de discernement. Mais grande est leur erreur !
Le but de mes discours est de te démontrer qu'on aurait tort de prétendre que ces preuves que nous avons tirées des Evangiles sont altérées et de les renier, en prétextant s'en tenir au Qur'an et aux Traditions : Ce serait faire acte d'infidélité.
Oui, nous avons vu qu'il y a des altérations dans la Bible, ainsi que nous l'avons expliqué de sorte que tous ceux qui sont doués d'un entendement sain comprennent que la maîtrise du savoir humain appartient à quelques hommes sains et sans éducation;
peut-être ainsi les malveillants cesseront-ils d'affirmer que certains versets prouvent l'altération des textes, insinuant que nous en avons parlé par manque de connaissance;
d'ailleurs, Muhammad n'en a parlé qu'en ce qui concernait les juifs, comme vous pouvez vous en assurer en voyageant à travers les îles du savoir du Qur'an.
Les ignorants de la terre disent que les chrétiens ne possèdent plus les divins Evangiles qui seraient remontés au ciel, ne s'apercevant pas qu'ils taxent ainsi Dieu d'injustice et de tyrannie.

Car, après la disparition de la beauté de Jésus, lorsqu'il fut monté au quatrième ciel, comment le Livre de Dieu, qui était sa plus grande preuve pour les hommes, aurait-il pu disparaître, puisque de Jésus à Muhammad les hommes n'avaient pas d'autres règles ni d'autres lois à observer ?
Et comment alors le vengeur omnipotent aurait-il pu venir parmi eux, et en vertu de quoi auraient-ils été censurés et punis par le roi spirituel ?
De plus, il faudrait croire à l'interruption de la bonté miséricordieuse et à la fermeture des portes de la merci du roi de l'existence.
Cherchons un refuge loin de cette horrible pensée, car ll est plus glorieux que les hommes ne le supposent !
O mon ami, en ce matin éternel où les lumières de Dieu, lumière des cieux et de la terre ont enveloppé le monde, où les tentes de protection et de préservation de Dieu qui ne veut que répandre sa lumière sont dressées, où la main puissante de celui dans les mains de qui sont toutes choses est tendue, endosse le vêtement des efforts diligents pour entrer, par la bonté et la générosité de Dieu, dans la ville sainte du Nous venons de Dieu et habiter dans les lieux glorieux du Nous retournons à Lui.
Avec la permission de Dieu, il t'incombe de purifier ton coeur des choses du monde afin de pouvoir réaliser l'infinité du savoir divin et de voir si clairement la vérité que tu ne voudras plus de preuves pour prouver sa réalité et son témoignage.
O questionneur affectueux, si tu t'envoles dans les hauteurs de l'esprit, tu verras que Dieu est à ce point exalté au-dessus de toutes choses, que tu ne trouveras nul autre que lui. Dieu existait avant toute chose.
La sainteté de l'état que tu atteindras alors n'a pas besoin d'être discutée ni prouvée.
Si tu voyages dans les saints royaumes de réalité, tu trouveras que l'on ne connaît les choses que par Dieu, et c'est par lui seul qu'il peut être connu.
Et si enfin tu te reposes sur la terre de la preuve, alors contente-toi de ce que Dieu lui-même a dit : "Ne leur suffit-il pas que nous t'ayons envoyé le Livre ?"

Voilà la preuve qu'il a établie, et il n'y en aura jamais de plus grande. Sa parole est sa preuve, et son existence est son meilleur argument.
Aujourd'hui, nous demandons au peuple du Bayan, aux instructeurs, aux docteurs, aux lettrés et aux témoins du Bayan, de ne pas oublier les recommandations que Dieu leur a faites dans leurs livres et de s'en tenir aux éléments essentiels de leur cause, de peur que, lorsque celui qui est la quintessence de la vérité, la réalité interne de toutes choses et la source de lumière apparaîtra, ils ne se laissent arrêter par quelques phrases du Livre, et qu'ils ne renouvellent à son sujet les injustices des peuples du Qur'an.
Car ce roi de puissance divine a, en vérité, le pouvoir de faire disparaître, d'un seul mot, tout souffle de vie dans le Bayan et son peuple, et, d'un autre mot, il peut leur donner à tous la vie éternelle, en les ressuscitant des tombes des plaisirs et des désirs.
Soyez attentifs et veillez, car la fin suprême des hommes doit être de croire en lui, d'arriver à sa rencontre et de voir sa présence divine.
"La piété ne consiste pas à se tourner vers l'Orient ou l'Occident mais à croire en Dieu et au dernier jour."
O peuple du Bayan, écoutez la vérité à laquelle nous vous avons appelé, afin que vous reposiez dans l'ombre qui sera répandue sur tous dans les jours du Seigneur !

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Chapitre: Deuxième partie

En vérité, celui qui est l'étoile du matin de la vérité et le révélateur de l'Etre suprême possède une souveraineté incontestée sur tout ce qui existe au ciel et sur la terre, bien qu'il ne se trouve personne qui lui obéisse.
Il est indépendant de toute puissance terrestre, bien qu'il soit dépourvu de tout bien.
Ainsi, Nous te révélons les mystères de la Cause divine afin que tu puisses t'envoler sur les ailes du détachement dans les régions invisibles aux hommes.
Le but essentiel de ces lignes est de prouver d'une façon évidente à ceux qui sont doués d'un entendement pur, aux âmes claires, que les soleils de réalité et les miroirs d'unité qui, dans les différentes époques, arrivent des tentes invisibles jusqu'à ce monde matériel pour éduquer les peuples et répandre la grâce sur tout ce qui existe, apparaissent toujours avec une puissance éclatante et une souveraineté invincible.
Ces joyaux précieux, ces trésors secrets sont l'apparition de la réalité de ces paroles sacrées : Dieu fait ce qu'il veut et ordonne ce qui lui convient.
Pour les hommes instruits, au coeur éclairé, il est évident que l'Essence inconnaissable, l'Etre divin, est, à un degré incommensurable, exalté au-dessus de tout attribut humain.

Il n'a pas à vivre dans un corps, à monter ni à descendre, à entrer ni à sortir; il est plus grand que les qualifications de chacun ne peuvent l'exprimer et plus mystérieux que le coeur humain ne peut le saisir.
A jamais il a été et sera invisible dans son identité. A jamais Il sera voilé dans son essence éternelle et sera éternellement caché aux yeux des hommes dans sa réalité.
"Les regards ne sauraient l'atteindre; lui, il atteint tous les regards."
Car entre lui et les hommes il n'y a pas de commune mesure ni aucun terme de comparaison;
on ne peut dire qu'il est loin ni qu'il est près; rien n'indique sa présence ou son absence.
Car tout ce qui est dans les cieux et sur terre n'existe que par son Verbe, et c'est par son désir, qui est la Volonté primordiale, que les êtres, de la non-existence, passent dans le monde de l'existence.
Dieu puissant ! Entre son Verbe et les hommes qu'il a créés, comment pourrait-il y avoir de rapports et de termes de comparaison ?
Les versets : "Dieu vous avertit de le craindre; car c'est auprès de lui que vous retournerez", et "Dieu était, alors que rien n'existait encore" viennent à l'appui de mes paroles et sont des preuves de leur vérité.
Les prophètes, les docteurs, les prêtres, les philosophes et les sages de chaque génération reconnaissent tous qu'ils ne peuvent arriver à connaître cette quintessence de la vérité, et qu'ils sont impuissants à comprendre cette réalité des réalités.
- Comme les portes sont fermées par lesquelles cette identité réelle serait accessible aux hommes, par la miséricorde infinie de celui dont "la miséricorde englobe tous les êtres" et dont.< la merci dépasse toutes choses", les joyaux brillants du monde de l'esprit sont apparus sur cette terre dans le corps noble de l'homme et se sont manifestés à lui, afin qu'il puisse à son tour faire connaître au monde les mystères de cette Identité éternelle et de cette impérissable Essence.
Ces saints miroirs, lieux d'apparition de l'ancienne gloire, sont tous, et chacun, les interprètes sur terre de celui qui est l'astre central de l'univers, son essence et son but ultime.
Leur savoir est son savoir, leur pouvoir son pouvoir, leur puissance sa puissance, leur beauté sa beauté, leur Révélation un signe de sa gloire immortelle;

ils sont les trésors de la connaissance et les dépositaires de la sagesse suprême, l'apparition de la bonté infinie, et les aurores du Soleil éternel, ainsi qu'il est dit : "Il n'y a pas de différence entre toi et eux, si ce n'est qu'ils sont tes serviteurs et tes créatures." C'est ce que veut également dire : "Je suis lui, et il est moi", qu'on trouve dans les Traditions.
Je pourrais te citer ainsi de nombreux textes analogues.
Tout ce qui est dans les cieux et sur terre n'est donc qu'une manifestation des attributs et des noms de Dieu, si bien que dans chaque atome sont enfouis les signes du Soleil de réalité.
Sans la puissance de cette manifestation rien n'existerait. Combien de soleils de savoir sont cachés dans le moindre atome ! Combien de mers de sagesse sont contenues dans une goutte d'eau !
Que dire alors de l'homme qui a reçu de tels dons et qui est mis au premier rang des êtres existants ?
Toutes les qualifications et les noms que l'homme attribue à Dieu se retrouvent potentiellement en lui d'une façon plus parfaite que chez n'importe quel autre être vivant, et en fait, tous ces noms ne qualifient que lui-même.
C'est ce que signifient ces paroles : "L'homme est mon mystère et Je suis son mystère", et d'autres analogues aussi subtiles, qu'on rencontre dans les Livres sacrés : "Nous ferons éclater nos signes sur les différentes contrées de la terre et sur eux-mêmes."
Et ailleurs : "Il y a sur la terre des signes, pour ceux qui croient. Il y en a en vous-mêmes: ne le voyez-vous pas ?", encore : "Ne soyez pas comme ceux qui ont oublié Dieu et que Dieu a conduits à l'oubli d'eux-mêmes." Dans le même ordre d'idée, celui qui est le Roi éternel (que l'âme de ceux qui siègent dans le tabernacle mystique soit un sacrifice pour Lui), a dit : "Celui qui s'est connu lui-même a connu Dieu."
O mon ami, je jure par Dieu que si tu réfléchis à ce que nous venons de dire, tu verras devant toi s'ouvrir les portes du divin savoir et de la sagesse infinie.

De ce qui précède, il est évident que toutes les choses, dans leur réalité profonde, nous révèlent, selon leur capacité, les qualités et les attributs de Dieu. Si bien que l'apparition des qualifications divines est universelle.
Les Traditions disent : "Y a-t-il quelqu'un qui possède une qualité que tu ne possèdes pas, et qui soit ta créature ? Aveugle est celui qui ne te reconnaît pas !" Et encore : "Je n'ai jamais rien vu sans que Dieu y fût, y ait été, ou dût y être."
Dans les Traditions de Kumeyl, on trouve : "Une lumière a brillé du matin éternel, dont les ondes ont pénétré au plus intime de l'âme humaine."
L'homme, qui est la plus digne et la plus parfaite des créatures, est plus capable que n'importe quel autre être de représenter et de réunir les qualités divines.
Ceux d'entre les hommes qui sont les plus parfaits, les meilleurs, sont les Manifestations du Soleil de vérité et l'on peut dire que les autres n'existent que par leur vouloir, n'agissent que par leur bonté. "Si ce n'était pour toi, Je n'eusse pas créé les cieux."
En leur sainte présence rien n'existe plus, rien n'a plus de valeur.
La langue ne peut convenablement chanter leurs louanges ni la parole dévoiler leurs mystères.
Ces tabernacles de sainteté, ces miroirs qui réfléchissent une lumière glorieuse et éternelle, ne sont que les expressions de celui qui est l'Invisible des invisibles, avec tous ses noms et attributs : savoir, pouvoir, souveraineté, grandeur, miséricorde, sagesse, gloire, bonté et générosité.
Et ces qualités appartiennent à toutes les Manifestations divines, à tous les grands Prophètes, à tous les Elus bien que quelques-uns semblent posséder ces qualités à un plus haut degré que les autres.
Ils ne diffèrent que par l'intensité de leur révélation et la puissance comparée de leur lumière : "Nous élevâmes les prophètes les uns au-dessus des autres."
Tu sais donc d'une façon certaine que les Prophètes et les Elus de Dieu sont les lieux éclatants de l'apparition de toutes les qualifications élevées et de tous les noms infinis.

Quand bien même il te semblerait que l'une ou l'autre des qualités divines fit défaut à ces êtres supérieurs, tu n'as pas le droit de dire que les Prophètes en sont privés : toutes les qualités de Dieu, puissance, grandeur, etc., sont leur lot, même si elles ne sont pas apparentes pour tous, dans le monde matériel. C'est ce dont on ne peut douter.
Comme les hommes n'ont pas pris, aux claires sources du divin savoir, l'explication des paroles sacrées, ils sont assoiffés et languissent dans la vallée du doute et de l'indifférence; ils se tiennent éloignés de la douce et fraîche fontaine, et sont retenus aux rivières d'amertume.
Ainsi que l'a dit la colombe d'éternité : "Ils verront le sentier droit; et ne le prendront pas pour leur route mais, apercevant le chemin de l'égarement, ils le prendront pour leur route. Il en sera ainsi parce qu'ils ont traité mes signes de mensonge et n'y prêtaient aucune attention." C'est ce que nous avons vu se passer pour cette cause merveilleuse.
Des milliers et des milliers de paroles divines ont été révélées du ciel du pouvoir et de la bonté, et cependant les hommes se sont tenus éloignés et ont écouté ceux qui n'en comprenaient pas le premier mot.
Aussi ont-ils réussi à rendre douteuses des questions évidentes, et ils se sont privés du paradis du savoir divin et du jardin de la sagesse céleste !
Retournons à l'objet de ta question. Tu dis que la puissance du Qa'im est annoncée dans toutes les traditions et les Imams, et que cependant personne n'a encore pu la constater, puisque ses disciples ont été et sont encore l'objet de multiples persécutions, et qu'ils ont été réduits au dernier degré d'humiliation et d'impuissance.
Certes, la puissance dont les Livres parlent au sujet du Qa'im est vraie, et l'on ne peut en douter. Mais ce n'est pas la puissance que le monde a imaginée.
D'abord, tous les anciens Prophètes qui ont annoncé aux peuples la bonne nouvelle de la prochaine apparition, toutes ces anciennes Manifestations ont parlé dans leur Livre de la puissance de la Manifestation suivante.

Et il n'y a là rien de spécial au Qa'im.
Si nous considérons ces anciennes Manifestations, nous pouvons sans hésitation leur attribuer la force et la puissance et toutes les qualifications divines, et cela uniquement parce qu'elles sont les manifestations des qualifications invisibles et les aurores des divins mystères.
De plus, la puissance exercée sur le monde entier par le Qa'im, qu'il soit ou non revêtu du pouvoir matériel, dépend uniquement de sa volonté propre.
Tu n'ignores pas que, si les Livres anciens parlent de puissance, de richesse, de vie, de mort, de résurrection, ce n'est pas dans le sens qu'on donne communément à ces mots aujourd'hui.
La puissance est ce pouvoir qui apparaît dans chaque Soleil de réalité, qui est en lui-même, et qui ne sert qu'à lui. C'est cette autorité interne qui agit surtout ce qui existe, et qui est rendue sensible suivant la réceptivité spirituelle des hommes.
Aujourd'hui, la puissance de Muhammad est visible pour tous; mais au début, tu te souviens de ce qu'il en était !
Combien les méchants et les infidèles parmi les prêtres d'alors et leurs disciples ont fait subir de peines à cette Essence spirituelle, cet être pur et saint !
Ils allaient jusqu'à jeter des épines et des ronces sur son chemin; on sait que par leurs machinations impures et diaboliques, ils ne cherchèrent que son tourment, croyant ainsi trouver leur bonheur éternel !
Tous les prêtres d'alors, Abdu'llah-i-Ubayy, Abú-'Amir l'ermite, Ka'b-Ibn-i-Ashraf, Nadr-Ibn-i-Harith, le traitèrent de menteur, d'imbécile et d'autres termes pires encore que, prenant refuge en Dieu, je ne veux répéter : mon encre se tarirait, ma plume s'arrêterait, et ce papier se refuserait à les enregistrer.
Oui, ces calomnies déchaînèrent la haine du peuple, et les tourments qu'on lui fit subir ne firent que s'accroître;
car il est évident que lorsque les prêtres d'une époque se détournent d'un homme, et le traitent d'infidèle auprès de leurs disciples, le rejettent et le traitent de mécréant, il lui arrive ce qui m'est arrivé à moi-même, ce dont tous ont pu se rendre compte.

C'est pour cela que Muhammad a dit : "Aucun prophète n'a souffert autant que moi." Combien de peines lui fit-on endurer qui nous sont relatées dans le Qur'an ! Reportez-vous-y, afin de comprendre les événements de sa révélation.
L'animosité dont il était l'objet crût à un tel point que tous cessèrent d'avoir des relations avec lui et ses compagnons; car chaque fois qu'il allait visiter un disciple, sa venue était pour ce dernier une cause de persécutions.
Je te citerai ici ce verset, qui, si tu en saisissais le sens, te ferait gémir tout le reste de ta vie sur ses persécutions; il a été révélé à Muhammad au milieu des pires tristesses et des pires tourments, lorsque tout le monde était contre lui.
Gabriel, du Sadratu'l-Muntaha lui dit : "L'éloignement des infidèles pour la vérité te pèse; certes, si tu le pouvais, tu désirerais pratiquer un trou dans la terre, ou tu prendrais une échelle pour monter au ciel !" Autrement dit, il n'y avait pas moyen pour Muhammad, à moins de se cacher sous terre ou de s'envoler au ciel, d'échapper aux tourments causés par les infidèles !
Mais aujourd'hui, vois combien de rois se réclament de lui, combien de villes et de peuples s'abritent sous son égide, et s'enorgueillissent de lui être soumis : du haut des chaires, on répète son nom béni avec le plus grand éclat ! Et du haut des minarets on appelle le peuple à l'adorer.
Quant à ceux des rois de la terre qui ne croient pas encore en lui, et qui n'ont pas dépouillé le vêtement de l'infidélité, ils confessent et reconnaissent pourtant la grandeur et l'élévation de ce Soleil de bonté.
Telle est la suprématie terrestre qui, tu le voies lui appartient aujourd'hui. Il en est ainsi pour tous les Prophètes, soit durant leur vie, soit lorsqu'ils sont remontés à leur demeure réelle. Ce dont tu es témoin aujourd'hui confirme cette vérité.
La puissance spirituelle, que Dieu leur a de tout temps destinée, les entoure aussi constamment, et ne les quitte jamais; elle rayonne pour toujours sur tout ce qui existe.

Ne sais-tu pas comment, par sa seule parole, Muhammad distinguait la lumière de l'obscurité, la joie du malheur, la foi de l'infidélité ?
Tous les présages et les indications concernant le dernier jour, la Résurrection, le Livre, le Jugement, etc., sont contenus dans la révélation de sa seule parole.
Cette parole c'était la miséricorde pour les justes, pour ceux qui, entendant, disaient : "O Dieu, nous entendons et nous obéissons." C'était le châtiment pour les hommes pervers, qui après l'avoir entendue disaient : "Nous entendons, mais nous n'obéissons pas." C'était l'épée de Dieu, qui sépare les fidèles des méchants, et le père du fils.
Ceux qui le reconnaissaient et ceux qui le niaient devenaient alors ennemis et cherchaient à se dépouiller mutuellement de leurs biens.
Combien de pères se détournèrent de leur fils, combien d'amants haïrent leur maîtresse: Cette épée était tellement acérée et tranchante qu'elle séparait tous les parents !
Mais aussi, combien de gens sut-elle rapprocher en qui, depuis de longues années, le démon de l'égoïsme avait planté des germes de haine les uns contre les autres !
Ayant embrassé cette Cause supérieure, une telle affection les réunit qu'ils semblaient descendus d'un même père.
La puissance du Verbe de Dieu est telle qu'elle unit les coeurs de ceux qui ont renoncé à tout sauf à lui, qui ont cru en ses signes et ont bu au Kawthar de la sainte gloire de Dieu que leur offraient les mains glorieuses.
En outre, que de gens de diverses croyances et de tempéraments opposés ont revêtu les nouvelles robes d'union, et ont bu à la coupe d'unité dans la grâce du glorieux paradis et du céleste printemps embaumé ! - C'est ce que veut dire la fameuse Tradition : "L'agneau et le loup boiront à la même source."
Considérez combien sont ignorants ceux qui, à l'exemple des anciens, s'attendent à voir ces animaux se réunir réellement pour un repas en commun !
Telle est la condition des hommes : on dirait qu'ils n'ont jamais bu à la coupe d'intelligence ni fait un pas sur la route du discernement ! Quel bien résulterait pour le monde de la réalisation effective de ces choses ? Et comme ce verset s'applique bien à eux : "Les hommes ont des coeurs avec lesquels ils ne comprennent rien, des yeux avec lesquels ils ne voient rien !" Chacun n'est-il pas jugé, rien que par ce verset descendu du ciel de la volonté de Dieu ?

Ceux qui ont reconnu et accepté sa vérité ont vu tous leurs péchés pardonnés; et c'est ce qu'on veut dire lorsqu'on dit que Dieu juge rapidement les hommes, et change les péchés en bonnes actions;
si tu réfléchis attentivement, et si avec sagesse tu considères l'horizon du savoir, tout cela te paraîtra clair.
Quiconque vit selon la loi d'amour reçoit de la mer de bonté suprême et des nuages de miséricorde infinie la vie de la foi éternelle.
Quiconque n'accepte pas la loi est soumis au contraire à la mort éternelle.
La mort et la vie sont ici celles de la foi. Et c'est parce que les hommes n'ont pas compris cela qu'ils se sont révoltés contre chaque Manifestation, qu'ils ne se sont pas laissé conduire par le Soleil de direction, et qu'ils n'ont pas suivi la Beauté éternelle. Quand la lumière de la révélation coranique s'alluma dans le coeur de Muhammad il annonça aux gens le verdict du Dernier Jour, le verdict de la Résurrection, du Jugement, de la vie et de la mort.
Cela suffit pour faire hisser les drapeaux de la révolte et ouvrir les portes des railleries, ainsi que l'a expliqué l'Esprit de Dieu : "Quand tu leur dis : Vous serez ressuscités après votre mort les infidèles répondent : C'est de la magie pure."
Ailleurs : "Se peut-il qu'étant changés en poussière, nous devenions ensuite une création nouvelle ?" Et dans un mouvement de colère, Il dit : "Sommes-nous donc fatigués par la première création pour qu'ils doutent de la création nouvelle de la résurrection ?"
Les lettrés et les érudits, attachés à la lettre des paroles coraniques, n'en comprirent pas le sens profond et voulurent appliquer ici les règles de la grammaire, disant : Lorsque le terme "idha" (signifiant "si" ou "quand") précède un verbe au passé, le verset doit être compris au futur.

Mais ils ne purent expliquer les versets du Livre dans lesquels ce terme ne se trouve pas. Ainsi : "On sonne la trompette : voici le jour promis. Toute âme s'y achemine, et avec elle un conducteur qui la pousse et un témoin."
En expliquant ces versets et d'autres semblables, ils supposent que le terme "idha" est implicite, ou bien, ne pouvant dire que cela s'applique au futur, ils disent que comme le jour de la Résurrection est absolument certain, Gabriel parle au présent, le considérant comme déjà arrivé.
Combien ils sont stupides et sans discernement ! Ils n'ont pu comprendre la trompette de Muhammad pourtant si claire; ils se sont privés de ce divin appel, et ils attendent toujours la trompette du Séraphin de Dieu qui n'est qu'un de ses serviteurs.
Ce Séraphin lui-même, l'ange du jour du Jugement, ainsi que ses semblables, ont-ils d'autre existence que par le Verbe de Muhammad ?
Dis : quoi ! échangerez-vous ce qui est bon pour ce qui vous fait du mal ? Pitoyable est ce que vous avez échangé ! Vous êtes vraiment des gens mauvais qui ont subi une grande perte.
La trompette dont il s'agit dans le Qur'an est celle de la révélation de Muhammad qui a résonné pour tout le monde; et le jour de la Résurrection est arrivé lorsqu'il s'est levé pour proclamer la cause de Dieu.
Les négligents, enfermés dans leur corps comme dans la tombe, reçurent de lui le nouveau manteau de la foi. Il les fit vivre de la nouvelle et merveilleuse vie.
C'est en voulant parler des mystères de la Résurrection, du Jugement, du Paradis et de l'Enfer que cette unique beauté, sous l'inspiration de Gabriel, révéla se verset : "Ils secoueront la tête et te demanderont : quand cela aura-t-il lieu ? Dis : il se peut que ce soit prochainement."
N'est-ce pas suffisant pour quiconque réfléchit ? Dieu tout-puissant ! Combien ces gens étaient encore égarés lorsque Muhammad arriva, et avec lui le jour du Jugement, lorsque ses signes éclatants brillèrent sur le monde !

Ils se moquaient de lui alors et continuaient à adorer les idoles que leurs prêtres avaient créées dans leurs pensées stériles et vaines, ne prêtant aucune attention au soleil de la bonté divine ni à la rosée de la merci de Dieu !
Hélas ! Le scarabée ne pourra jamais sentir le parfum de sainteté éthérée du vrai savoir et la chauve-souris fuira toujours le soleil !
Et les mêmes faits se sont reproduits lors de l'apparition de chaque Manifestation.
Comme l'a dit Jésus : "Vous devrez renaître à nouveau", et ailleurs : "Celui qui n'est pas né de l'eau et de l'esprit n'entrera pas dans le Royaume de Dieu, car celui qui est né de la chair est chair, et celui qui est né de l'esprit est esprit".
Autrement dit, quiconque est né du souffle de l'esprit des saintes Manifestations lors de leurs apparitions est vivant, ressuscité; il entre dans le divin paradis d'amitié; sinon, la mort, la privation, le feu de l'infidélité, la colère de Dieu l'attendent.
Dans toutes les Ecritures sacrées, nous voyons que ceux qui n'avaient pas bu aux coupes éthérées du vrai savoir, et dont le coeur n'avait pas reçu les grâces du Saint-Esprit au temps des Manifestations, ont été considérés comme morts, livrés à la géhenne, privés de vue, de coeur, d'entendement.
Nous vous rappelons ce verset déjà cité : "Les hommes ont des coeurs avec lesquels ils ne comprennent rien."
Dans les Evangiles, il est écrit qu'un jour un des disciples du Christ, qui avait perdu son père, vint lui demander la permission d'aller l'enterrer et de revenir ensuite. Cette essence du détachement dit : "Laissez les morts enterrer les morts" (saint Luc, IX, 60).
On raconte aussi que deux habitants de Kúfih vinrent trouver 'Ali, Commandeur des croyants; l'un voulait vendre sa maison à l'autre qui désirait l'acheter; ils avaient décidé de s'en remettre à lui pour la rédaction et l'exécution du contrat.

'Ali, l'interprète de la loi de Dieu, dicta au scribe : "Un mort a acheté d'un autre mort une maison dont les quatre côtés sont : le premier le cercueil, le second le tombeau, le troisième le pont, le quatrième le paradis ou l'enfer."
Si ces deux hommes s'étaient éveillés à la trompette vivifiante d'Ali, et s'ils avaient été ressuscités des tombes de négligence par l'amour de la Manifestation, ils n'auraient pas été traités de morts.
Et à chaque âge, les Prophètes de Dieu n'ont eu d'autre but que d'affirmer la signification spirituelle des mots : "Vie", "Résurrection" et "Jugement".
Si les hommes méditaient un peu dans leur coeur sur ces paroles d'Ali, ils découvriraient certainement tous les mystères cachés dans ces termes : "cercueil", "tombe", "pont" et "enfer".
Hélas ! tous les hommes sont enfouis dans la tombe de leur être propre et dans le cercueil de leurs désirs terrestres !
Mais si vous buvez quelques gouttes de l'eau claire de la connaissance divine, vous saurez que la vraie vie est celle de l'esprit, non celle du corps.
Car la vie de la chair est commune aux hommes et aux animaux, et seuls vivent véritablement les possesseurs d'un coeur éclairé qui boivent à la mer de la foi et cueillent les fruits de la certitude.
Cette vie-là ne comporte pas de mort: cette immortalité est éternelle; "le Croyant est vivant dans ce monde et dans l'autre", dit la Tradition.
Si cela se rapportait à la vie corporelle, cela n'aurait pas de sens, car il est certain que le croyant doit un jour mourir.
- D'autres paroles, également dans les Ecritures, ont trait au même sujet. Tels, par exemple, ces versets sacrés au sujet de Hamzih, le Prince des Martyrs, et d'Abu-Jahl (oncles de Muhammad) : "Celui qui était mort et à qui nous avons donné la vie, à qui nous avons donné la lumière pour marcher au milieu des hommes, sera-t-il semblable à celui qui marche dans les ténèbres et qui n'en sortira point ?"

On sait que Hamzih avait revêtu la robe bénie de la fidélité, tandis qu'Abú-Jahl s'était maintenu dans l'infidélité et la contradiction.
De la source de l'omnipotence et de la sainteté éternelle est descendue pour Hamzih l'immortalité, et Abú-Jahl a été jugé mort.
Alors s'accrut l'infidélité des infidèles, et les brises de l'éloignement continuèrent à souffler.
Ils s'écrièrent : "Quand donc Hamzih a-t-il été mort, et quand est-il né à nouveau ? A quel moment cette vie lui a-t-elle été donnée ?"
Et ne comprenant pas ces saintes paroles, et ne s'en tenant pas aux discours des interprètes de la Cause pour obtenir quelques gouttes du Kawthar de l'explication, ils remplirent le monde de troubles.
Tu as pu le constater également de nos jours; les hommes qui avaient auprès d'eux le Soleil spirituel ont préféré, grands aussi bien que petits, suivre les ignorants et les méprisables manifestations de Satan, à qui ils continuèrent de poser leurs questions embarrassantes;
ceux-ci, dans leur ignorance, s'efforçaient uniquement de ne pas leur dire des choses susceptibles de nuire à leurs intérêts.
Il est clair que le moucheron ne recherche pas les souffles embaumés du musc éternel, et ne s'envole pas au jardin des fleurs divines.
Comment pourrait-il alors respirer les essences parfumées et les faire ensuite respirer aux autres ? Tels ils sont et tels ils resteront.
Nul n'atteindra à la connaissance du Verbe de Dieu s'il n'a cru en lui et s'il ne s'est détourné des manifestations de Satan.
Ainsi, par la plume de gloire, sur les tablettes cachées dans les tentes majestueuses, Dieu a réaffirmé les lois du jour de sa révélation.

Si tu considères les sens exotérique et ésotérique de ces explications, toutes les questions difficiles qui empêchent en ce jour les hommes de comprendre la signification du jour du jugement, te paraîtront claires.
Et tu n'auras plus rien à demander. Dieu fasse qu'il en soit ainsi ! Je souhaite que tu ne retournes jamais, des rives de la mer divine, assoiffé et pauvre, et que tu ne reviennes jamais de la terre sacrée éternellement désirée sans en rapporter des richesses innombrables; nous verrons ensuite ce dont tes efforts et ton intelligence seront capables !
Quoi qu'il en soit, l'objet de ce discours était de te montrer ce qu'il faut entendre par la puissance du Roi des rois.
Cette puissance qui, par une seule parole, une seule lettre, peut disposer de tout, vaincre et dominer toutes choses, n'est-elle pas plus grande que la puissance des rois de la terre qui, en dépit de leur sollicitude pour leurs sujets et de leur assistance à ceux qui sont dans le besoin, arrivent tout juste à se faire obéir mais ne sont au fond jamais aimés ni respectés ?
La vraie puissance, au contraire, avec une seule parole, a soumis le monde entier et a conféré l'existence à tous les êtres. "Quelle différence il y a entre la poussière terrestre et le Roi des rois !" En effet, comment les comparer ? Rien ne peut être mis en parallèle avec le saint royaume, dont les plus humbles serviteurs sont les véritables rois de l'univers.
Nous t'avons donné cette explication de la puissance, selon ce que les hommes sont aptes à en connaître.
Quant à la Cause première de tous les êtres, à l'aspect merveilleux, bien d'autres puissances lui appartiennent, que cet opprimé ne peut pas révéler encore, car les hommes n'en sont pas dignes.
Gloire soit à lui qui est plus puissant qu'on ne sait et plus glorieux qu'on ne peut dire !
Je te ferai simplement observer que s'il s'agissait d'une puissance et d'une domination purement terrestres, qui soumettraient tout le monde, et qui feraient que les croyants recevraient mille honneurs et vivraient dans la paix tandis que les infidèles seraient abandonnés à leurs misères, une pareille puissance ne saurait être celle du Dieu de gloire, dont chacun cependant reconnaît la grandeur.

Ne vois-tu pas en effet combien de territoires appartiennent encore aux incroyants qui agissent tous contre ses désirs et se détournent de lui, négligeant ses instructions et faisant ce qu'il a défendu ?
Et ses amis n'ont-ils pas été les victimes de la tyrannie de ses ennemis ?
Tout cela est aussi évident que le jour. Sache donc, ô chercheur de la vérité, que Dieu et ses élus ne tiennent en aucune façon à cette puissance terrestre, et n'y tiendront jamais.
De plus, s'il s'agissait d'une conquête et d'une suprématie terrestres, alors comment expliquerais-tu qu'il soit écrit : "Nos armées leur procurent la victoire", et ailleurs : "Ils veulent éteindre la lumière de Dieu avec leur bouche; mais Dieu ne veut que rendre sa lumière plus parfaite, dussent les infidèles en concevoir du dépit." Et ailleurs : "Il a la victoire sur toutes choses." Presque tout le Qur'an est conçu en ces termes.
S'il fallait accepter l'interprétation des ignorants et des pervers, nous en viendrions à renier toutes ces paroles sacrées et ces signes éternels.
Car il n'y a pas eu de guerrier plus près de Dieu que Husayn, fils d'Ali, et sur terre il n'eut pas son semblable. Et vous savez ce qui lui est arrivé ! "Que la malédiction de Dieu soit sur les infidèles !"
Si vous expliquez ces paroles matériellement, elles ne s'appliquent pas le moins du monde aux élus et à leurs armées, car Husayn dont l'héroïsme était aussi évident que le soleil, au dernier degré de l'oppression et de la misère, fut martyrisé dans le pays de Taf (Karbila).
Reportons-nous encore aux passages du Qur'an que nous venons de citer.
Si nous traduisons ces passages matériellement, comment les comprendre, car dans le monde matériel, la lumière de Dieu a souvent été obscurcie, et les lampes éternelles ont été éteintes bien des fois.
Où trouver alors la victoire de Dieu et que signifie : Dieu ne veut que rendre sa lumière plus parfaite ?
Ainsi que nous l'avons vu, l'inimitié des infidèles était si grande qu'aucun de ces astres divins n'a pu trouver le repos ni boire à la coupe de la tranquillité.

L'oppression de ces essences de l'Etre était si grande que n'importe qui les faisait souffrir selon son bon vouloir. Tout le monde en a témoigné.
Comment donc de telles personnes peuvent comprendre et expliquer ces paroles de Dieu, ces versets éternellement glorieux ?
Mais le sens de ces versets n'est pas celui qu'ils ont imaginé : victoire, puissance, domination ont trait à tout autre chose que ce qu'ils pensent.
Vois par exemple quelle a été la victoire remportée par les gouttes du sang de Husayn, coulant sur la terre ! et comment, ensuite, la poussière même du sol acquit la victoire et l'influence sur le corps et l'esprit des hommes !
Cette poussière guérissait les malades; le croyant qui en rapportait un peu chez lui voyait en elle une protection pour tous ses biens, tant était grande l'influence qu'on lui attribuait !
Et si je t'expliquais tous les mystères de cette influence, tu dirais que je lui donne la puissance du Très-Haut, et que je suis maintenant du nombre des infidèles !
Vois aussi : bien qu'on l'ait martyrisé avec la plus grande cruauté, que personne ne se soit trouvé là pour venir à son secours ni pour lui rendre les derniers honneurs et l'ensevelir, de tous les points du monde les gens accourent aujourd'hui en foule en pèlerinage appuyer leur tête sur le seuil de sa dernière demeure ! N'est-ce pas encore ici la victoire et le pouvoir célestes, la grandeur et la force divines ?
Et ne va pas dire que tout cela ne survint qu'après sa mort, et qu'il n'en retira aucun profit, car, au contraire, il vit toujours de la vie divine, il siège au divan inaccessible de l'approche, à l'ombre des arbres élevés de la rencontre !
Les joyaux de l'existence sont tous prêts à sacrifier leur vie, leurs biens, leur âme, dans le chemin du Bien-Aimé; et aucune condition n'a pour eux plus d'attrait que celle-là.
L'amant ne désire que le plaisir de l'amante, et ne recherche que sa rencontre !

Si je voulais t'expliquer tant soit peu les mystères du martyre de Husayn et ses fruits, il est certain que ces lignes ne sauraient y suffire.
Je souhaite que Dieu fasse souffler les brises de sa merci, et que le printemps divin pare l'arbre de l'existence de la robe d'une vie nouvelle : nous pourrons alors comprendre les secrets de la sagesse divine et, grâce à sa bonté nous saurons nous passer de tout enseignement.
Jusqu'ici nous n'avons découvert que quelques êtres sans aucun renom qui ont atteint cette condition. Plus tard nous verrons ce qui arrivera, selon les jugements divins, et ce qui s'élèvera de la tente des commandements !
Ainsi, nous t'expliquons les merveilles de la cause de Dieu, et nous t'apportons les chants du Paradis, afin que tu atteignes la parfaite connaissance, et que tu en reçoive les fruits.
Saches donc d'une façon certaine que si ces soleils élevés semblent assis dans la poussière, ils résident sur le trône glorieux; s'ils paraissent être dans la plus grande pauvreté, ils s'envolent aux seuils de la richesse; quand ils sont affligés aux mains des ennemis, ils reposent dans la puissance et la victoire; lorsqu'ils sont dans la pire humiliation, ils règnent dans les palais de la gloire éternelle; et lorsqu'ils semblent réduits à la plus grande incapacité, ils reçoivent les attributs d'une souveraineté invincible.
C'est ainsi que Jésus, fils de Marie, s'asseyant un jour au milieu de ses disciples leur dit, sous l'inspiration du Saint-Esprit : "O peuple, ma nourriture consiste uniquement dans les plantes sauvages avec lesquelles j'apaise ma faim; mon lit est le sol de la terre; ma lampe, la nuit, est la lumière de la lune; je n'ai pas d'autre monture que mes pieds; et pourtant qui sur terre est plus riche que moi ?"
Je jure par Dieu que cent mille trésors enveloppent une telle pauvreté, et cent mille royaumes de gloire attendent cette humiliation.
Et si tu obtenais seulement une parcelle de la signification de ce discours, tu renoncerais à ce monde de possessions et, comme le phénix, tu donnerais ta vie pour qu'elle soit consumée dans le feu immortel.

On raconte de même qu'un jour Sadiq (un des douze Imams) répondit à un de ses disciples qui se plaignait à lui de sa pauvreté : "Tu es riche, et tu as bu du vin de la fortune."
Le pauvre homme se demandait ce que voulait dire cet esprit éclairé. "Comment ! je suis riche, et je n'ai pas la moindre monnaie ! - N'as-tu pas mon amour ? - Oui, ô descendant du Prophète ! - L'échangerais-tu pour mille dinars ? - Pour tout le monde et son contenu je ne le donnerais pas ! - Celui qui possède une telle richesse peut-il se dire pauvre ?"
La pauvreté, la richesse, l'humiliation, la gloire, la puissance et tout ce à quoi les ignorants attachent de l'importance deviennent pur néant dans cette cour. Car il est dit : "O hommes, vous êtes des indigents ayant besoin de Dieu, et Dieu est riche."
La richesse consiste donc à être détaché de tout ce qui n'est pas Dieu; la pauvreté est au contraire la privation des bienfaits de Dieu.
Un jour, comme les juifs avaient demandé à Jésus, fils de Marie, d'avouer qu'il était le Messie et le Prophète, afin de pouvoir le condamner comme infidèle à la peine de mort, lui qui était l'astre de la révélation divine, ils l'amenèrent devant Pilate et devant Caïphe, le grand prêtre d'alors, assemblés avec les plus éminents docteurs.
Un nombreux public assistait à la séance, raillant et maudissant Jésus. Aux questions réitérées de ses juges, il garda le silence.
Enfin, un maudit d'entre les hommes vint en face de lui et dit : "N'as-tu pas dit; Je suis le Messie, le Roi des rois, ma parole est le Verbe de Dieu, le destructeur du Sabbat ?"
Alors Jésus releva la tête et dit : "Ne voyez-vous pas le Fils de l'homme assis à la droite du pouvoir et de la toute puissance ?" Et cependant, en apparence, il n'avait d'autre pouvoir que le pouvoir intérieur venant de Dieu, qui se trouve dans tout ce qui est au ciel et sur la terre !
Tu sais ce qu'on fit de lui et comment on le traita après qu'on eut entendu sa réponse. On finit par le martyriser et le tuer, et il est ainsi monté au quatrième ciel.

De même, dans l'évangile de saint Luc, il est écrit qu'un jour Jésus, visitant un juif paralytique étendu sur son lit, fut immédiatement reconnu par ce dernier qui lui demanda de le guérir. Jésus répondit : "O homme, tes péchés ont été pardonnés."
Ceux qui avaient assisté à l'entretien se révoltèrent : "Qui d'autre que Dieu a le pouvoir de pardonner les péchés ?" Jésus se retourna et dit : "Qu'est-ce qu'il est plus difficile de dire : lève-toi et emporte ton lit, ou bien, tes péchés te sont pardonnés ?"
Et afin que vous sachiez que le Fils de l'homme a sur la terre l'autorité de pardonner les péchés, "lève-toi, dit-il au juif, et emporte ton lit"; et en même temps il emporta son lit. Tels sont la réelle puissance et le pouvoir des élus de Dieu.
En te donnant ces différents exemples, je veux te faire comprendre la signification des symboles employés par les élus de Dieu, afin que tu te sentes rassuré, que l'inquiétude ne saisisse pas ton coeur.
Ainsi d'un pas ferme nous pourrons avancer sur le chemin de la certitude afin que la brise de la satisfaction de Dieu souffle du jardin de l'acceptation, et que les hommes atteignent le royaume de la gloire éternelle. Alors tu comprendras ce que veut dire royaume dans les Saintes Ecritures.
Et tu verras comment, de même que les juifs et les chrétiens, s'en tenant à l'interprétation erronée de leurs Livres, se sont élevés contre Muhammad, de même et pour les mêmes raisons les hommes de nos jours qui suivent le Qur'an se révoltent contre le Point du Bayan (Que tous les habitants du royaume des révélations divines soient sacrifiés pour lui !)
Quels ignorants ! ils répètent aujourd'hui, sans le savoir, les mêmes choses que les juifs autrefois !
Ces paroles de Dieu à leur égard ne sont-elles pas admirables ? "Laisse-les se divertir par leurs frivoles discours." "Par ta vie, ó Muhammad, ils sont comme étourdis dans leur ivresse."

Quand l'Eternel invisible, l'Identité immortelle a fait surgir le soleil de Muhammad de l'horizon du savoir, une des raisons dont les prêtres juifs se servaient pour le contredire était qu'après Moïse aucun Prophète ne devait plus venir :
"ll est écrit dans le Livre, disaient-ils, qu'une Manifestation doit se produire, mais uniquement pour promouvoir le peuple de Dieu, Moïse et sa Loi, jusqu'à ce que la religion de la Bible devienne universelle. Telle est la parole divine."
Le Roi de Gloire éternelle a rapporté ainsi dans son livre les paroles erronées de ces égarés : "Les juifs disent : La main de Dieu est enchaînée. Que leurs mains soient enchaînées à leur cou; qu'ils soient maudits pour prix de leurs blasphèmes ! Loin de là, les deux mains de Dieu sont ouvertes", et aussi : "La main de Dieu est posée sur leurs mains."
Les commentateurs les plus érudits ne sont pas d'accord sur les circonstances de la révélation de ces versets.
Mais considérez-en l'esprit : Ce n'est pas, ainsi que les juifs l'ont cru, qu'après avoir créé Moïse et en avoir fait un Prophète, Dieu ait fermé sa main et se soit interdit d'en envoyer un autre après lui.
Quelle interprétation insignifiante ! comme elle est loin du chemin de la sagesse et de l'intelligence !
Aujourd'hui, cependant, tout le monde raisonne ainsi sur ces paroles imagées qu'on lit depuis plus de mille ans.
Et depuis plus de mille ans qu'on critique les juifs, on dit en public et en particulier les mêmes choses qu'eux.
De même qu'ils disaient : Toutes les Manifestations sont terminées, les portes de la miséricorde sont closes, aucun soleil n'apparaîtra plus de l'aurore spirituelle, aucune vague ne surgira plus de la mer éternelle, aucune Manifestation ne sortira plus des tentes invisibles de Dieu..., de même les ignorants parlent aujourd'hui.
Tel est le degré de compréhension de ces petits esprits méprisables. Ils ont imaginé que le flot de la bonté et de la miséricorde universelles, dont la cessation est inimaginable, s'est tari.
Endossant la robe de la tyrannie ils essaient de toutes parts d'éteindre le feu du Buisson ardent avec l'eau amère de leurs vaines imaginations, oubliant que le globe du pouvoir protège de son abri la lampe de Dieu.

Ils se complaisent dans leur basse condition qui les prive de la reconnaissance du but essentiel et qui les éloigne de la compréhension du mystère et de la substance de Dieu.
Le plus grand bien réservé aux hommes est de "parvenir à la présence de Dieu" et de le reconnaître, bien auquel chacun peut prétendre; et c'est la meilleure récompense de Dieu, et sa suprême bonté à l'égard de ses créatures.
Nul de ces ignorants n'a obtenu ces bienfaits, nul n'en a reçu l'honneur.
Alors que tant de passages dans les Ecritures viennent démontrer la vérité de ce que nous avons dit, ils continuent à le nier et à maintenir leurs explications personnelles.
"Ceux qui ne croient pas aux paroles de Dieu et à la comparution devant lui désespèrent de sa miséricorde. Un supplice douloureux leur est réservé." "Ils pensent qu'un jour ils reverront leur Seigneur et qu'ils retourneront auprès de lui."
"Ceux qui crurent qu'au jour dernier ils verraient la face de Dieu dirent alors : O ! combien de fois par la permission de Dieu une troupe nombreuse fut vaincue par une petite troupe !"
"Quiconque espère paraître un jour devant son Seigneur, qu'il pratique le bien et qu'il n'associe aucune autre créature dans l'adoration due au Seigneur."
"Il manie les affaires de l'Univers et fait voir distinctement ses signes. Peut-être finirez-vous par croire avec certitude qu'un jour vous serez en présence de votre Seigneur." Toutes ces paroles qui témoignent indiscutablement de "l'accès à la divine présence" ont été plus ou moins reniées par ces gens, alors qu'il n'y en a pas de plus énergiquement affirmées dans toutes les Ecritures.
C'est ainsi qu'ils se sont privés d'un état glorieux et d'un rang élevé.
Quelques-uns ont contesté que, par "accès à la divine présence", on doive entendre la "Révélation" de Dieu au jour de la "Résurrection".

S'ils affirmaient que la "Révélation" de Dieu signifie une "Révélation universelle", il est clair qu'une telle révélation existe en toutes choses créées, en ce sens, comme nous l'avons démontré, que toute chose reçoit et révèle les splendeurs du Roi de réalité et que les signes de la révélation de ce soleil, qui est la source de toute splendeur, existent et se manifestent dans le miroir des êtres.
Oui, si guidé par un discernement divin, l'homme contemplait toutes choses, il reconnaîtrait aisément que rien n'existe qui ne révèle la splendeur de Dieu, le Roi suprême.
Considère avec quelle éloquence tous les êtres créés attestent la révélation de cette lumière cachée au plus intime d'eux-mêmes.
Les portes du paradis ne sont-elles pas ouvertes partout, dans les villes de l'instruction et de la sagesse, à l'accès des chercheurs, de ceux qui sont arrivés aux jardins du savoir et du pouvoir, où les attend l'épouse spirituelle parée des plus beaux ornements ?
Presque tous les versets du Qur'an sont remplis d'images analogues. "Y a-t-il une seule chose qui ne glorifie pas le Seigneur ?" Ce verset témoigne de mes paroles. Comme aussi celui-ci où Il dit : "Nous avons compté et inscrit toutes choses."
Donc si, par "accès à la présence de Dieu", il faut entendre accès à la connaissance d'une telle révélation, alors chacun de nous a déjà comparu devant la Face éternelle du Roi sans pareil; et elle n'a rien de spécial au jour de la Résurrection.
Si, au contraire, il s'agit d'une "Révélation spécifique de Dieu, "dans son essence même, dans la majesté éternelle de son savoir, ainsi que le croient certains súfis qui appellent cette Manifestation celle de "la Plus-Sainte Effusion", admettons-le pour un instant.
Alors la comparution n'aurait jamais lieu pour les hommes, car cette manifestation n'existe que dans l'identité invisible à laquelle nul ne peut accéder.
"Le chemin est fermé et la question est interdite", disent les Traditions.

Les coeurs des hommes les plus purs ne peuvent s'envoler jusque-là; comment les coeurs obscurcis des hommes inférieurs le pourraient-ils ?
Mais si, par "présence divine", il faut entendre une "Révélation secondaire" de Dieu, que les súfis appellent celle de la Sainte Effusion, on peut admettre qu'elle se passe dans le monde créé, c'est-à-dire dans le royaume de la Manifestation originelle de Dieu.
Cette manifestation est réservée aux Prophètes et aux élus de Dieu, car il n'y a rien de plus grand qu'eux dans le monde, ainsi que chacun le reconnaît; ils sont les dépositaires des noms et attributs divins dont ils sont l'expression sensible; ils sont les miroirs parfaits qui réfléchissent avec fidélité la lumière divine.
Tout ce qui s'applique à eux est en réalité applicable à Dieu qui est à la fois le visible et l'invisible.
On ne peut comprendre et atteindre celui qui est à l'origine des causes sans comprendre ces êtres lumineux qui procèdent du Soleil de vérité.
Alors la comparution devant ces saints personnages est la comparution devant Dieu, leur savoir est le savoir divin, leur face, la face de Dieu; tout, en ces essences du détachement, tend à démontrer que Dieu est "le premier et le dernier, le visible et le caché".
Par conséquent, tous ceux qui ont reçu les brillantes lumières de ces soleils resplendissants, chaque fois qu'ils sont apparus, ont été en "présence de Dieu", et sont entrés déjà dans la ville de la vie éternelle.
Arriver en cette présence n'est possible qu'au jour de la résurrection, qui est ce jour où Dieu lui-même apparaît dans sa révélation universelle. C'est le sens de l'expression "le Jour de la Résurrection" dont parlent toutes les Ecritures saintes et annoncé à tous.
Peut-on imaginer un jour plus précieux, plus grand et plus glorieux que ce jour de la grande manifestation ?
Pourtant, les hommes ne s'en soucient pas et se privent des bienfaits que la miséricorde divine verse sur nous comme une ondée printanière !

Alors qu'il a été prouvé de toutes les façons possibles que ce jour sera le plus grand, et cette cause la plus importante, comment l'homme désespère-t-il en se laissant gagner par le doute des sceptiques ?
En dehors de ces arguments irréfutables pour ceux qui réfléchissent, ne connais-tu pas la fameuse Tradition : "La résurrection aura lieu à l'arrivée du Qa'im" ?
Les Imams qui sont la lumière de direction ont expliqué également, en l'attribuant à l'apparition du Qa'im, ce verset du Qur'an : "Les hommes attendent-ils que Dieu vienne à eux dans les ténèbres des nuages ?", lequel, de l'avis général, s'applique à ce qui se passera au jour de la résurrection, c'est-à-dire au Qa'im et à sa manifestation.
O mon frère, pénètre-toi donc du sens de la résurrection et débarrasse-toi des explications que donnent les renégats.
Si tu te détachais tant soit peu des choses de ce monde, tu verrais qu'on ne peut imaginer un jour plus important ni une résurrection plus impressionnante.
En ce jour, une seule bonne action vaut toutes celles qui ont été accomplies en des milliers de siècles. Et Dieu me pardonne ma définition, car il est impossible d'estimer la valeur d'une bonne action en ce jour !
Les malheureux ignorants qui n'ont pu comprendre le sens de la "résurrection" et de la "divine présence" se sont pour toujours privés des bienfaits divins.
Alors que le but de toute étude et recherche consiste précisément à connaître cette condition élevée, ils demeurent confinés dans les connaissances matérielles qui ne leur donnent aucun répit, et ils renoncent à l'essence des connaissances, à celui qui est l'objet de toutes leurs quêtes.
On dirait qu'ils n'ont pas même bu une gorgée de la mer des connaissances divines, et qu'ils n'ont pas reçu une seule goutte des nuages de la miséricorde céleste.
Si quelqu'un, au jour de la Manifestation de Dieu, n'arrive pas à recevoir la bénédiction de sa rencontre et les bienfaits de son instruction, peut-on dire de cette personne que c'est un homme instruit, quand bien même il aurait passé mille années dans les écoles, et y aurait acquis toutes les connaissances possibles ? Non, bien entendu.

Si, au contraire, un homme qui n'a fréquenté aucune école obtient cet honneur insigne, il acquerra par cela même une érudition divine, car il aura reçu le summum du savoir :
c'est là précisément l'un des signes caractéristiques du jour de la révélation car il est dit : "Il élève les humbles, et il abaisse les grands." Et ailleurs : "Nous avons voulu combler de nos faveurs les habitants opprimés du pays; nous avons voulu les choisir pour chefs spirituels et les établir héritiers du pays."
Aujourd'hui, combien d'ecclésiastiques qui se sont détournés de Dieu ont été réduits à la plus extrême ignorance et leurs noms ont été effacés à jamais de la liste des érudits !
Et combien d'ignorants, en acceptant la vérité, sont montés au suprême savoir : Leurs noms ont été inscrits par la plume du pouvoir sur les tables de la sagesse ! "Dieu abroge ou confirme ce qu'il veut, car il possède la source de la Révélation."
C'est ainsi qu'il est dit : "La preuve ne devient-elle pas inutile une fois qu'elle est faite, et a-t-on besoin de rechercher l'instruction quand on l'a obtenue ?"
Ecoutez, ô peuples de la terre, un Adolescent embrasé du feu divin a parcouru les déserts de l'Esprit pour vous annoncer la venue de la lampe de Dieu, et pour attirer votre attention sur sa cause qui, bien que cachée sous les voiles de l'ancienne splendeur, brille en Iraq à l'horizon de l'éternelle sainteté.
O mon ami, si tu t'élèves dans le ciel de la révélation du Qur'an et si tu étudies la divine instruction qui y est répandue, combien de portes du savoir s'ouvriront alors pour toi !
Tu verras, à n'en plus douter, que ce qui de nos jours a privé les hommes des rivages de la mer éternelle a également, au temps du Qur'an, privé les peuples de reconnaître et de suivre Muhammad, et tu comprendras les mystères de la résurrection et des Prophètes.

Tu séjourneras ainsi dans les palais sublimes de la certitude et de la tranquillité.
Au temps du Qur'an, il arriva que la foule des renégats de la beauté incomparable, à jamais exclus du temple éternel, dit en plaisantant : "Dieu nous a promis que nous ne serons tenus de croire à un prophète que lorsque ce prophète présentera une offrande que le feu du ciel consumera aussitôt."
Ces ignorants prétendaient que nous ne devons croire que dans les prophètes qui accomplissent les miracles de Caïn et Abel. Muhammad répondit : "Il vous est venu des prophètes qui ont fait des miracles, et même celui dont vous parlez; pourquoi donc les avez-vous tués ? dites-le, si vous êtes véridiques."
Songes-y, ces hommes du temps du Qur'an n'avaient pu connaître ce qui s'était passé des milliers d'années auparavant, au temps d'Adam; pourquoi leur attribuer alors le meurtre des prophètes ?
Ou bien Muhammad était injuste et futile, ou bien cela signifie que les misérables assassins des prophètes ont été les mêmes de tout temps.
Réfléchis un peu, et les souffles embaumés de la connaissance divine te parviendront de la terre de miséricorde, et ton esprit atteindra le jardin de la compréhension à l'aide des douces explications du Bien-Aimé.
Comme les hommes négligents n'ont jamais compris la valeur de ces hautes paroles, et n'ont pas trouvé que la réponse était satisfaisante, ils taxèrent ces Essences du savoir et de la compréhension d'ignorance et de stupidité.
C'est ainsi que Muhammad protesta contre les gens de son époque : "Auparavant, ils priaient Dieu de leur accorder la victoire sur les infidèles.
Et quand vint vers eux celui qu'ils connaissaient, ils ont refusé de le suivre. Que la malédiction de Dieu atteigne les infidèles !" Les hommes du temps de Muhammad n'étaient-ils pas semblables à ceux des temps anciens qui, pour prêcher la cause de Dieu, ne trouvaient pas de meilleur moyen que de se battre et se disputer ? Et cependant ce n'était plus ceux du temps de Jésus.

De plus, celui qu'ils connaissaient était Moïse, le révélateur de la Bible, ou Jésus, le révélateur des Evangiles; pourquoi dire alors qu'ils connaissaient Muhammad, et qu'ils ont refusé de le suivre, puisqu'il portait un autre nom, venait d'une autre ville, parlait une autre langue, proclamait une autre loi ? Que veulent dire ces versets ?
Comprends donc maintenant ce qu'est le "retour" : combien sa signification apparaît clairement dans le Qur'an lui-même, bien que jusqu'ici personne ne l'ait comprise !
Ne trouves-tu pas que Muhammad était le "retour" des Prophètes antérieurs, et ses disciples, les anciens disciples revenus ? Si tu le nies, tu renies le Livre qui est la plus grande preuve.
De même, comprends le sens des mots "retour", "révélation" et "résurrection" tel qu'en témoignent les jours des Manifestations de l'essence divine, afin que tu puisses contempler de tes propres yeux le "retour" des âmes saintes dans des corps sanctifiés.
Alors avec l'eau miséricordieuse du savoir tu purifieras de la poussière d'ignorance l'âme qui en est obscurcie, et par le pouvoir céleste de la lumière divine tu distingueras le chemin qui conduit à l'aurore de la direction, de celui qui mène à la nuit de l'erreur.
De plus, il est évident pour toi que les confidents de Dieu se présentent aux hommes comme les révélateurs d'une cause nouvelle et les porteurs d'un message nouveau.
Puisque ces oiseaux du trône céleste viennent tous du ciel de la volonté de Dieu et ne s'élèvent que pour proclamer sa foi irrésistible, on les considère comme une seule et même personne. Car ils boivent tous à la coupe de l'amour de Dieu et prennent leur part du fruit de l'arbre de l'unité.
ll y a deux façons de considérer les Manifestations de Dieu : la première consiste à envisager leur condition abstraite, pure et sans mélange, la condition de l'unité incomparable; dans cette condition, on peut appeler les Prophètes d'un seul nom et les qualifier tous d'une seule manière.

Il est dit : "Nous ne faisons aucune distinction entre les prophètes de Dieu." Car tous attirent les hommes à l'unité de Dieu, et leur donnent les bonnes nouvelles de la miséricorde infinie; tous ils ont endossé la robe glorieuse du prophétisme.
C'est ce qu'a dit Muhammad : "Je suis tous les prophètes", et aussi : "Je suis Adam, Noé, Moïse, Jésus." Les mêmes paroles soulignant l'identité essentielle de ces Messagers de l'Unité ont été prononcées par toutes les sources des paroles éternelles, et par tous les trésors de perles de la connaissance divine, et elles sont contenues dans les Ecritures.
Ces êtres sont les bénéficiaires des commandements divins et les aurores de sa révélation. Cette révélation est exaltée au-dessus des voiles de la pluralité et de l'exigence des nombres.
"Notre cause est une", dit-il. Et de même que la Cause est une, les Manifestations qui en sont les interprètes sont unes et identiques.
Les Imams ont dit : "Notre commencement, notre milieu, notre fin, tout est Muhammad."
Tu sais donc, à n'en pas douter, que les différents Prophètes sont les temples de la cause de Dieu, apparus sous des aspects différents.
Et si tu y fais attention tu verras qu'ils habitent tous dans le même tabernacle, planent dans les mêmes hauteurs, sont assis sur le même trône, parlent le même langage, proclament les mêmes lois.
Telle est l'unité de ces essences de l'existence et de ces soleils incommensurables. Si l'une de ces saintes Manifestations dit : je suis le retour de tous les Prophètes, Elle dit vrai, et il est certain que chaque apparition est le retour de la précédente.
Et si, selon les Ecritures, le retour des Prophètes est certain, il en est d e même de celui des élus; cela se passe de commentaire.
Ainsi, quand Dieu, par exemple, envoya Noé sur la terre, et qu'il apparut de l'horizon divin, investi du don de prophétie et inspiré par l'esprit de Dieu pour proclamer sa Cause, tous ceux qui crurent en lui reçurent une vie nouvelle, merveilleuse et toute spirituelle.

Auparavant, ils étaient retenus par les soins de ce monde, par leurs femmes, leurs enfants, leurs besoins matériels, etc., au point qu'ils étaient uniquement préoccupés d'acquérir les biens mortels.
De plus, avant de pénétrer dans les profondeurs de la mer de la foi, ils étaient tellement ancrés dans les usages de leurs ancêtres dont ils suivaient les coutumes superstitieuses et les lois, que la menace de la mort ne les leur aurait pas fait abandonner. Chacun répétait : "Nous avons trouvé nos pères suivant ce culte et nous marchons sur leurs pas."
Cependant, malgré tous les différents voiles qui les enveloppaient et tous les préjugés dont nous avons parlé, aussitôt qu'ils eurent bu le vin de la foi à la coupe de certitude que leur tendait la Manifestation de Dieu, ils changèrent à un tel point leurs habitudes qu'ils auraient pu, pour lui plaire, renoncer à leurs femmes, à leurs enfants, à leurs biens, à leurs vies, à leurs croyances même, enfin à tout ce qui n'est pas Dieu;
ils connurent l'attraction des joies éternelles, ne considérant le monde et son contenu que comme un fétu de paille. N'étaient-ils pas alors créés à nouveau ?
Considère également qu'avant d'obtenir les bienfaits de la nouvelle et merveilleuse providence divine, ces hommes cherchaient par tous les moyens à protéger leurs vies.
Ils gémissaient pour une piqûre de ronce et s'enfuyaient devant un renard ! Mais après avoir reçu le plus grand bienfait de la Providence, ils eussent avec joie sacrifié mille fois leur vie.
Leurs âmes languissaient dans la prison de leurs corps, et leur courage permettait à un seul d'entre eux de lutter contre une tribu entière.
- Il faut vraiment que ces gens aient été changés du tout au tout pour accomplir des actes aussi contraires à leur ancienne condition et à leur instinct naturel.
Il est évident que, sans l'oeuvre de Dieu, jamais un pareil changement de caractère n'aurait pu être constaté chez les mêmes individus.

Par l'effet de l'élixir divin qui, en un instant, métamorphose l'âme humaine, leur inquiétude fut changée en repos, leur doute en certitude, leur crainte en courage.
Certains croient que le cuivre n'est que de l'or qui, se solidifiant trop rapidement, n'est pas arrivé à son entier perfectionnement et que, si la matière qui forme le cuivre pouvait être mise, pendant soixante-dix ans, à l'abri de la solidification, elle deviendrait de l'or.
Quoi qu'il en soit, l'élixir idéal changerait instantanément le cuivre en or, sans qu'il soit besoin de soixante-dix années. Pourrions-nous dire, après cette transformation, que l'or est toujours du cuivre, alors que la pierre de touche nous prouverait le contraire ?
De même ces hommes, par l'élixir divin, sont instantanément passés du monde de poussière dans celui de la sainteté, et d'un seul coup d'aile, de la contingence ils se sont envolés dans l'infini.
Mais il faut de nombreux efforts pour obtenir cet élixir qui transporte subitement de l'occident de l'ignorance à l'orient du savoir, transforme la nuit obscure en jour lumineux, conduit aux sources de l'approche et de la certitude celui qui est égaré dans les déserts de l'éloignement, et fait entrer les mortels aux jardins de l'immortalité !
Si on croit que le cuivre est de l'or, on peut aussi penser que ces gens sont les mêmes avant et après avoir reçu la foi.
O mon frère, les mystères de la Renaissance, du Retour et de la Résurrection, tu les vois maintenant sans aucun voile à travers ces différentes explications, complètes, suffisantes et inattaquables.
Que Dieu, par son invisible confirmation, te fasse dépouiller l'ancien vêtement, et t'accorde la nouvelle et immortelle parure !
Ceux qui, à chaque nouvelle manifestation, ont acquis sur tous les autres la supériorité de la foi, qui ont bu l'eau pure de l'instruction de la beauté divine, et sont parvenus au plus haut degré de foi et de certitude, ceux-là nous pouvons dire qu'ils sont les mêmes que ceux qui, lors des manifestations antérieures, ont été dans les mêmes conditions par leurs noms, leurs paroles, leurs actes et leur rang.

Ainsi, par exemple, qu'une rose fleurisse en Orient ou en Occident, c'est toujours une rose. Ce qui importe, ce n'est pas la forme extérieure de la fleur mais bien plutôt le parfum qu'elle exhale.
Ecarte donc de tes yeux tous les voiles terrestres afin que ces hommes t'apparaissent comme les soutiens d'un même nom, les diffuseurs d'une même cause, les manifestations du même Etre, et les révélateurs d'une même vérité, ce qui te permettra de comprendre le "retour" mystique des Verbes de Dieu.
Vois comment les disciples de Muhammad sous son influence sont devenus purs et saints, détachés de toutes les vanités humaines, de tous les désirs égoïstes de l'âme et de tout ce qui n'est pas Dieu, et comment, avant tout autre peuple de la terre, ils ont obtenu sa rencontre qui équivaut à celle de Dieu.
Ils se sont fait remarquer parmi toutes les nations par l'entrain avec lequel, pour lui, ils ont sacrifié leur vie.
Aujourd'hui, la même attitude inébranlable et le même détachement se retrouvent chez les disciples du Premier Point du Bayan (le Bab). Par la merveilleuse bonté du Seigneur, ils ont arboré le drapeau du détachement sur les cimes inaccessibles !
Toutes ces différentes lumières sont émanées de la même lampe, tous ces fruits viennent du même arbre; aucune différence n'existe entre eux. Ce sont les résultats de la bonté du Seigneur envers ses créatures.
Avec l'aide de Dieu nous garderons des terres du reniement, et nous nous dirigerons vers les mers de l'aveu, et d'un regard écartant les discordances, nous saurons reconnaître les mondes de l'unité et de la diversité, de la variation et de l'unicité, de la limitation et du détachement; nous nous envolerons alors vers le plus haut sanctuaire de la signification interne du Verbe de Dieu.

Donc, si une Manifestation apparaît à la "fin qui ne connaît pas de fin >: et proclame une cause qui fut proclamée par une autre Manifestation au "commencement qui n'a pas de commencement", nous pourrons dire que la première et la dernière ne sont qu'une seule et même Manifestation car elles soutiennent une seule et même cause.
C'est ainsi que le Bab (que mon âme lui soit sacrifiée !) a tiré sa comparaison du soleil, en disant que du commencement infini à la fin également infinie, c'est toujours le même soleil qui se lève. Nous pouvons alors dire que ce soleil est le même qu'autrefois, ou également que c'est le retour de celui d'autrefois.
Et de même, dès le début, les Manifestations ont pu s'appeler du nom de "dernier des Prophètes". C'est pour la même cause que le dernier est apparu et qu'est venu le premier.
Et combien tout cela est clair pour ceux qui sont doués d'entendement ! Combien de gens pourtant, ne le comprenant pas, se sont trouvés privés de tous les bienfaits, à cause du nom de "Sceau des Prophètes".
N'a-t-il pas dit lui-même, ainsi que nous l'avons vu : "Je suis tous les Prophètes, je suis Adam, Noé, Moïse et Jésus." De même qu'il a dit : je suis le premier Adam, il a pu dire : je suis le dernier Adam. Car s'il se regarde lui-même comme le "Premier des Prophètes" - c'est-à-dire Adam - il peut aussi se donner le titre de "Sceau des Prophètes". Il est bien évident qu'étant le "Premier des Prophètes" il en est de même le "sceau".
Dans cette Révélation, le mystère de ce thème a été une épreuve pour toute l'humanité. Nombreux sont ceux qui, s'attachant à ces paroles, n'ont pas cru en celui qui les leur a vraiment révélées.
C'est pour une chose aussi simple que, de nos jours, tous les peuples de la terre sont mis à l'épreuve, et nombreux sont ceux que cette phrase empêche de croire à la nouvelle Manifestation !

Et comment comprennent-ils le commencement et la fin par rapport à Dieu ? (Gloire soit à son Nom !) Si c'est un commencement et une fin matériels, le monde n'est pas encore arrivé à cette fin. Mais ici, le commencement et la fin sont les mêmes.
Et de même que dès le commencement infini, Dieu, le Maître des choses visibles et invisibles, pouvait s'appeler le dernier, comme il pouvait s'appeler aussi le premier, de même ses Manifestations peuvent s'appeler premières, alors qu'elles arrivent à la fin.
Des esprits intuitifs comprendraient que les révélations du commencement ou de la fin, du visible et de l'invisible, du premier ou du sceau, sont ces êtres saints, ces âmes divines, essence du détachement.
Si tu t'envoles dans les hauteurs du "Dieu était avant toute chose" tu verras que tous ces noms n'ont aucune importance pour lui, et tu ne t'arrêteras plus à de tels obstacles.
Quelle sublime condition tu atteindras alors ! Gabriel lui-même n'y parviendrait pas sans guide; et le Saint-Esprit ne pourrait pas s'y envoler sans aide !
Maintenant tu peux comprendre les paroles de 'Ali, Commandeur des Croyants, lorsqu'il parla de "soulever sans le secours d'aucun signe les plus grands voiles".
Parmi les plus grands voiles qui empêchent les hommes de voir, il faut compter les prêtres et les docteurs du temps de la Manifestation de Dieu qui, manquant de compréhension, et tout à leur amour du pouvoir matériel, ne se rendent pas à la Cause de Dieu.
Non seulement ils n'entendent pas la voix divine, mais "ils se bouchent les oreilles". Et les hommes, les prenant pour guides, au lieu de Dieu, attendent d'être repoussés ou acceptés par ces bonzes entêtés; ils n'ont ni oreilles, ni yeux, ni coeur pour reconnaître le vrai du faux !
Tandis que tous les Prophètes, les élus et les maîtres nous recommandent, sur l'ordre de Dieu, de voir avec nos propres yeux et d'entendre avec nos propres oreilles, les hommes ne s'en soucient nullement et ils continuent à suivre leurs prêtres.

Qu'un homme d'une humble condition, sans instruction, vienne leur dire : "O mes concitoyens, croyez à ces Envoyés", ils répondent, ne comprenant pas comment un pauvre misérable aurait plus de savoir que tous les puissants docteurs réunis : "Tant de prêtres et de docteurs, munis de tant de diplômes et richement vêtus, n'ont pu distinguer le vrai du faux, et vous, vous le reconnaîtriez ?"
Si le nombre et les décorations extérieures étaient un signe de savoir et d'autorité, alors ils auraient raison. Mais on sait que de tout temps, lors des Manifestations, les prêtres ont retenu les peuples loin du chemin de Dieu : toutes les Ecritures en font foi.
Aucun Prophète n'a été envoyé qui n'ait eu à subir la haine, le reniement, la désobéissance des prêtres. Que Dieu les punisse pour ce qu'ils ont fait dans l'Antiquité et depuis !
Quel voile plus grand que ces êtres d'aberration ? Je jure par Dieu que rien n'est plus difficile ni plus méritoire que de découvrir ce voile ou de le déchirer.
Que Dieu vous aide, ô peuples de l'Esprit, à accomplir cette oeuvre dans le temps voulu, afin que vous ne soyez pas privés de comparaître devant lui, en ces jours !
Ainsi, le nom de Sceau des Prophètes, toutes ces choses que nous avons vues, sont de grands voiles qu'il s'agit de soulever devant les ignorants, car ce sont de pareilles subtilités qui ont toujours impressionné les hommes.
N'as-tu pas entendu l'oiseau d'unité, l'Imam 'Ali, dire : "J'ai épousé mille Fatimas qui étaient toutes les filles de Muhammad fils de Abdu'llah, le Sceau des Prophètes" ?
Combien mystérieuses sont les tentes du savoir divin ! Combien de perles de sagesse demeurent encore enfouies dans ses trésors inviolables !
Si tu médites sur ces choses, tu comprendras que la création n'a ni commencement ni fin, que les secrets de Dieu sont insondables et que les voies de la Providence échappent à l'esprit de l'homme.
La création a toujours existé et existera indéfiniment, Les manifestations de la beauté divine ont existé de toute éternité et dureront jusqu'à la fin infinie.

Les hommes judicieux comprennent le sens du verset que nous citons plus haut, ainsi que le chant suave de l'éternelle beauté, Husayn fils d'Ali, qui disait à Salman : "Je fus avec mille Adams qui se sont succédé chacun à cinquante mille ans d'intervalle, et, à chacun d'eux, j'ai annoncé l'autorité de mon père."
Puis après quelques explications, il ajoutait : "J'ai fait mille guerres saintes dans les sentiers de Dieu, dont la moindre était aussi terrible que la bataille de Khaybar dirigée par mon père."
Tu commences à voir à travers ces deux Traditions ce qu'il faut entendre par fin, retour et commandement infinis.
O mon ami, la parole de la Divinité ne peut être limitée par la compréhension de l'humanité; comment l'humble fourmi pourrait-elle arriver à la présence du Très-Glorieux ?
Les ignorants et les incapables, ne comprenant pas, se bornent à nier, et traitent d'apocryphes ces Traditions. Seuls, les possesseurs d'intelligence en saisissent le sens.
Dites : "Il est la fin qui n'a pas de fin et qui n'a pas d'origine. Voyez, ô peuples de la terre, les splendeurs de la fin, révélées dans les manifestations du commencement !"
N'est-il pas étrange que les hommes, lorsque leur opinion est conforme aux paroles révélées du Qur'an, acceptent ces dernières, ainsi que les Traditions des possesseurs de la certitude sans la moindre hésitation, tandis qu'ils rejettent entièrement tout ce qui leur est contraire ? "Pouvez-vous croire à certains passages du Livre, et rejeter les autres ?" Comment pouvez-vous juger ce que vous ne comprenez pas ?
Le Seigneur des créatures, dans le Livre indiscutable, après avoir parlé de la fin, disant : "Muhammad est l'Envoyé de Dieu et le Sceau des prophètes", a promis à tous les peuples la comparution finale, dans de nombreux versets dont quelques-uns ont déjà été mentionnés.
Dieu l'Unique est témoin que rien n'est plus sublime ni plus incontestable dans tout le Qur'an que tout ce qui a trait à la comparution. Heureux ceux qui l'ont obtenue dans les jours où, comme tu le vois, presque tout le monde s'en détourne !

Et dire que c'est par une des paroles de Dieu que les hommes sont privés de comprendre sa parole même !
La comparution est cependant prédite dans le Livre, pour les derniers jours, et nous avons vu que la résurrection a lieu lors de la nouvelle Manifestation de la cause de Dieu.
La comparution doit donc consister dans la rencontre de la Beauté divine sous la forme de la Manifestation. Nul ne peut la voir autrement, tandis que Dieu voit chacun de nous.
Et les hommes inconscients, s'en tenant au mot "sceau", se sont privés du Créateur du "sceau" au jour de sa Rencontre.
"Si Dieu voulait châtier les hommes de leur perversité, Il ne laisserait aucune créature vivante sur la terre; mais il leur accorde un délai jusqu'au terme marqué."
Il est certain que si les hommes avaient bu les douces eaux du "Dieu fait et ordonne ce qu'il veut", ils ne commettraient pas d'action perverse vis-à-vis des Manifestations, dont les commandements, les discours et les actes sont dans la main puissante de Dieu.
"Tout ce qui existe est emprisonné dans ses mains. Et en vérité cela lui est facile." Il fait ce qu'il veut et accomplit ce qu'il désire; quiconque en doute commet un blasphème.
Et si les hommes étaient tant soit peu conscients, ils mourraient plutôt que d'agir comme ils le font, ou d'eux-mêmes ils se précipiteraient dans le feu, leur demeure naturelle.
"On ne lui demandera point compte de ses actions." Après de telles paroles, comment peut-on s'occuper de discussions futiles ? Hélas ! l'ignorance des hommes est si grande qu'ils ont accepté leurs propres pensées et les désirs des prêtres, et se sont détournés de la volonté et du désir de Dieu. (Gloire à lui) !
Mais sois juste : si ces hommes se laissaient convaincre par les éclatantes paroles et les signes sacrés, de façon à être persuadés que "Dieu fait ce qu'il veut", resteraient-ils attachés à ces absurdités flagrantes ? Ou n'obéiraient-ils pas au contraire de tout coeur aux commandements ?

Je jure par Dieu que, si ce n'était le fait de la divine prédestination et de l'éternelle sagesse, la terre elle-même détruirait de tels hommes. Mais Dieu remet cela au jour marqué.
Quoi qu'il en soit, 1280 années se sont écoulées depuis l'apparition du Point du Qur'an (Muhammad), et ces ignorants qui lisent le Qur'an tous les matins n'en ont pas encore compris une seule ligne. Ils lisent des versets qui prouvent la réalité des saintes et glorieuses Manifestations; pourtant, ils ne les comprennent pas.
Ils ne sont même pas persuadés que la seule raison de lire et de relire les Ecritures est d'arriver à en comprendre les mystères, et qu'autrement cette lecture devient inutile.
Un jour que je m'entretenais avec un ami avide de recevoir mon enseignement, la conversation vint à tomber sur les signes des derniers jours, de la résurrection, de l'assemblée et du jugement; il me demandait avec insistance comment il se faisait que, dans cette nouvelle Manifestation, le jour du jugement fût venu sans que nul ne s'en fût aperçu.
Quand je lui eus expliqué, selon ses capacités intellectuelles, certaines vérités de la science et de la sagesse ancienne, je lui demandai : "N'avez-vous jamais lu le Qur'an, et n'y avez-vous jamais trouvé ces versets : "Ce jour-là on n'interrogera plus les hommes et les esprits sur leurs péchés" ? Et n'avez-vous pas compris que cela voulait dire que Dieu ne poserait pas de question, et qu'on n'aurait pas à lui répondre ?"
- Après ce verset, Dieu dit : "Les criminels seront reconnus par leurs marques : on les saisira par les chevelures et par les pieds." C'est-à-dire que les hommes seront jugés par leur attitude; et leur fidélité, leur incroyance et leur iniquité seront ainsi connues.
Aujourd'hui, c'est aussi par ces signes qu'on reconnaît ceux qui sont dans l'erreur de ceux qui suivent la direction divine.

Et si les hommes, désirant sincèrement le bon plaisir de Dieu, lisaient attentivement les Ecritures, ils y trouveraient tout ce qu'ils y cherchent, et ils y verraient, dépouillées de leurs voiles, toutes les questions, générales ou spéciales, qui ont trait à cette Manifestation.
Même l'envoi en exil des Manifestations des noms et attributs de Dieu, la révolte des peuples et des rois, la résidence de l'universelle Manifestation en un pays spécialement désigné à l'avance, tout est écrit dans les Livres ! Mais seul, le possesseur d'entendement sait l'y trouver !
Nous terminerons ces lignes en parlant de ce qui est arrivé autrefois à Muhammad, et par ces versets aux senteurs de musc, je te conduirai aux jardins sublimes de la lumière.
"Dieu appelle au Séjour de paix et dirige celui qu'Il veut vers le sentier droit." "Une demeure de paix leur est réservée près de Dieu; Il sera leur protecteur en récompense de leurs oeuvres." Que la bonté divine parvienne à toutes les créatures, et louange à Dieu, Maître de l'univers !
Nous avons développé notre discours de façon que chacun, grand ou petit, selon ses capacités, puisse en prendre sa part et trouver dans une explication ce qu'il n'a pas compris dans l'autre, "afin que chaque homme connaisse le lieu où il doit se désaltérer".
Par Dieu ! cet oiseau céleste, vivant maintenant dans la poussière, peut chanter des milliers d'autres chants que ces mélodies et dévoiler encore d'innombrables mystères dont le moindre détail est encore plus sublime que tout ce qui est jamais venu sous notre plume !
Mais nous les réservons pour le temps où la volonté divine fera sortir les épouses spirituelles des palais mystiques, et les fera entrer sans voiles sur la terre de l'existence !
Car tout dépend de sa permission, tout est soumis à sa puissance, et il n'y a pas d'autre Dieu que Lui : Les créatures et les causes lui appartiennent, et par ses commandements chaque chose révèle les mystères de l'Esprit !

Nous avons vu plus haut qu'il y a deux façons différentes de considérer les soleils qui surgissent des divins horizons : l'une, avons-nous dit, consiste à voir en eux l'unité incomparable. "Nous ne faisons aucune distinction entre les prophètes de Dieu." L'autre a trait au contraire à leur diversité.
Dans ce second cas, nous considérons les Prophètes comme limités par leur création, comme enfermés dans les frontières de l'humanité;
chaque Manifestation possède une individualité propre, a une mission spéciale, une Révélation prédestinée, et des limites fixées.
Ainsi chacune porte un nom qui la qualifie personnellement, accomplit une mission précise et apporte une révélation particulière.
"Nous élevâmes les prophètes les uns au-dessus des autres. Les plus élevés sont ceux à qui Dieu a parlé. Nous avons envoyé Jésus, fils de Marie, accompagné de signes évidents et nous l'avons fortifié par le Saint-Esprit."
Selon leurs différents degrés d'élévation et leur mission, les paroles qui coulent de ces sources de savoir divin semblent plus ou moins différer. Seuls ceux qui savent les mystères des questions divines comprennent que toutes ces Manifestations ont une seule origine.
Mais la plupart des gens, étonnés par leurs divergences et incapables de reconnaître dans les Manifestations, identiques par leur essence, leurs divers degrés d'élévation, sont plongés dans la perplexité.
Nous savons cependant que la différence de leurs paroles tient à la différence de leur élévation; mais, dans l'unité et dans les hauteurs de l'abstraction, ces perles de l'existence s'appellent Autorité, Divinité, Unité et Identité sans mélange; car toutes siègent sur le trône de la révélation de Dieu, et toutes se tiennent sur les hauteurs divines de l'Invisible.
C'est-à-dire que Dieu apparaît par leur apparition; Sa beauté brille dans leur beauté. C'est ainsi que la parole de Dieu Lui-même est sortie des lèvres de ces Etres d'Unité.
Envisagées sous le rapport de leur diversité, de leur limitation et de leurs caractéristiques, les Manifestations font preuve d'une servitude, d'un dévouement et d'une renonciation sans égaux : "Je suis le serviteur de Dieu, et je ne suis qu'un être humain comme vous."

Telle est la réponse à tes questions, et je souhaite que tu t'affermisses dans la religion de Dieu, de façon à ne pas te laisser troubler par les différences que tu constateras dans les paroles des Prophètes et des Elus.
Si une des Manifestations universelles dit : "Je suis Dieu", c'est exact; car nous avons démontré qu'avec leurs révélations, les noms et qualités de Dieu deviennent visibles sur terre.
Ainsi il est dit : "Quand tu lances un trait, ce n'est pas toi qui le lances, c'est Dieu, et aussi : "Ceux qui, en se donnant la main, te prêtent serment de fidélité, le prêtent à Dieu; la main de Dieu est posée sur leurs mains."
Si au contraire la Manifestation dit : "Je suis le Prophète de Dieu", c'est également juste et hors de doute : "Muhammad n'est le père d'aucun homme parmi vous, il est le prophète de Dieu."
Et toutes ces Manifestations viennent de la présence du Roi de Réalité et de l'Identité éternelle.
Quand bien même chacune dirait : "Je suis le Sceau des Prophètes", cela est également incontestable, car elles n'ont toutes qu'une identité, une âme, un esprit, un être, une révélation; et elles sont toutes l'apparition de l'origine et de la fin, de l'alpha et de l'oméga, du visible et de l'invisible, de l'Esprit de tous les esprits, et de l'Essence des essences éternelles.
Si le Prophète dit au contraire : "Je suis le serviteur de Dieu", ceci n'est pas moins exact, car extérieurement, il apparaît au dernier degré de servitude, et nul ne peut être aussi humble que cette perle de l'existence enfouie dans les mers de sainteté éternelle, élevée dans l'essence spirituelle du Roi de Vérité, dont chaque parole est une parole d'autorité, l'appel de Dieu Lui-même.
Avec un peu d'attention, tu comprendras que, vis-à-vis de l'Etre absolu, les Manifestations de Dieu sont pour ainsi dire dans le dernier degré de mortalité et d'annihilation, au point qu'elles se considèrent presque comme inexistantes en face de celui qui pénètre toutes choses : l'Incorruptible.

Elles vont même jusqu'à regarder comme un acte d'infidélité la simple mention de leur propre nom devant Dieu, car ce serait alors se considérer comme existant, et commettre un grave péché.
Si telle est leur condition, quelle devrait être alors celle des autres hommes dont le coeur, l'âme, l'esprit sont uniquement absorbés par les choses terrestres, dont les yeux voient d'autres beautés, les oreilles entendent d'autres chants que la beauté et les chants divins, et dont les pieds avancent dans des sentiers autres que ceux de Dieu !
En ce jour, les brises divines ont soufflé, et l'Esprit de Dieu enveloppe le monde; la plume s'arrête et la langue est silencieuse.
Cette condition permet aux Prophètes de se présenter comme étant la voix de la Divinité, alors que leur condition d'Envoyés en fait les Messagers de Dieu.
A chaque fois leur langage était conforme aux exigences de la situation, et toutes leurs déclarations, allant du monde de la Révélation au monde de la création, du domaine de la Divinité à celui de l'existence terrestre, s'appliquaient à eux-mêmes. Lorsqu'ils prononcent les mots de Divinité, d'Autorité, de Prophétie, de Messager, d'Apôtre, de Maître, de Protecteur, de Servitude, ils doivent être crus, et leurs paroles ne peuvent être mises en doute.
Tire de tout cela les conséquences qu'il convient, et ne te laisse plus troubler par les différents termes dont se sont servies les Manifestations de la Sainteté invisible.
Il faut savoir comprendre les paroles des soleils de réalité; sinon, il faut interroger ceux qui possèdent les trésors du savoir et qui sont chargés de résoudre les difficultés, et ne pas chercher à résoudre soi-même ce qu'on est incapable de saisir.
Lorsque l'explication ne satisfait pas tes idées, il ne faut pas te mettre à renier et à contredire. C'est ce que font tous les prêtres et les érudits d'aujourd'hui, assis dans les chaires du savoir et de l'intelligence, et qui au fond ne sont que des ignorants et des méchants.

S'ils interrogent les soleils de réalité sur les conceptions qu'ils se font des Ecritures, et qu'ils ne les trouvent pas conformes à la vérité, ils se mettent à renier la sagesse de la mine du savoir et de la source de la science. Tout cela s'est reproduit à chaque Manifestation.
Quand Muhammad, interrogé sur les phases de la lune, par l'ordre de Dieu répondait : "Ce sont les époques fixées pour l'utilité de tous les hommes", ceux qui le questionnaient nièrent son savoir. De même quand il dit à propos de l'Esprit : "C'est le commandement de mon Seigneur", ils se mirent à crier : "Hélas, hélas ! l'ignorant, qui ne sait même pas ce qu'est l'Esprit, veut nous faire croire qu'il a la science infuse !"
Les gens d'aujourd'hui acceptent ces réponses parce qu'ils s'honorent du nom de Muhammad et suivent leurs ancêtres qui lui obéissaient déjà. Mais si aujourd'hui ils entendaient une pareille réponse, sûrement ils en renieraient l'auteur et agiraient exactement comme au temps de Muhammad. C'est d'ailleurs ce qu'ils ont fait.
Mais ces Essences de l'existence sont au-dessus de ces fantaisies et de ces bavardages; elles sont trop sublimes pour être comprises par les intelligences des hommes dont le faible savoir devient erreur en face de leur savoir, et la raison sottise.
Le vrai savoir n'émane que de ces mines de la sagesse divine et de ces trésors de science éternelle.
Tout ce que nous disons confirme les fameuses Traditions : "Le savoir n'était qu'un point; les ignorants en ont fait une montagne", et aussi : "Le savoir est une lumière que Dieu a mise dans le coeur de ceux qu'Il veut."
Comme les hommes n'ont pas compris ce qu'était le savoir, et qu'ils ont appelé science les stupidités forgées par leur intelligence, ils ont renié le Créateur du savoir.
A ce propos, je te dirai qu'ayant entendu parler du livre d'un de ces savants docteurs, des plus célèbres parmi son peuple, qui rejetait toutes les doctrines des dépositaires du vrai savoir, et dont la renommée était venue jusqu'à moi, le désir me vint de connaître quelques-uns de ses écrits.

Et, bien que je ne tienne pas à critiquer les oeuvres d'autrui, comme certaines personnes m'avaient interrogé à son égard, je dus prendre connaissance de ses livres pour pouvoir répondre avec certitude aux questions qu'on me posait.
Personne ne put se procurer ses ouvrages en arabe, lorsqu'un jour on trouva dans ce pays un livre intitulé Guide pour les gens ignorants, titre qui sentait l'orgueil et la vanité, l'auteur traitant les hommes d'ignorants, et se considérant sans doute comme fort supérieur; véritablement, il devait marcher dans le chemin des plaisirs et des désirs personnels, et résider dans les déserts d'ignorance et d'aveuglement !
Il avait sans doute oublié la fameuse Tradition : "La science est l'ensemble de toutes les connaissances; et le pouvoir et la gloire ne sont le monopole de personne."
Je demandai le livre qu'on m'apporta un certain jour. J'en lus peut-être deux pages et, par hasard, je tombai sur un passage où l'auteur traitait de l'ascension de Muhammad. Je vis qu'il disait que, pour comprendre cette Ascension, il fallait posséder à tout prix une vingtaine de sciences au moins, de sorte que celui qui ne saurait pas à fond la philosophie, l'alchimie, la magie et toutes ces sciences réprouvées, ne pourrait comprendre le saint et immortel mystère !
Grand Dieu ! Avec sa théorie, combien suspects il rend les possesseurs du savoir divin et infini ! "Vous soupçonnez ceux que Dieu a faits les dépositaires des trésors de son septième ciel." Et dire qu'aucun philosophe, aucun savant n'a relevé de pareilles hérésies, alors que tout le monde sait que ces sciences ont toujours été interdites par Dieu !
Comment de telles choses peuvent-elles être nécessaires pour comprendre les mystères de l'ascension, alors que Muhammad lui-même ne s'en est jamais préoccupé, et que son coeur brillant a toujours été exempt de pareilles impuretés ?
Combien sont belles les paroles du poète : "Les savants sont montés sur un âne boiteux, mais Dieu chevauche sur les vents, et file aussi rapide que la flèche !".

Celui qui voudrait comprendre les mystères de l'ascension aurait beau posséder toutes ces connaissances, je jure que, si le miroir de son coeur est recouvert de cette vaine poussière, il sera obligé de s'en purifier entièrement avant de voir le moindre rayon de ces mystères se réfléchir en lui.
De nos jours, ceux qui ont bu aux coupes du savoir éternel et qui sont chargés de guider les gens interdisent de pareilles études, et, Dieu merci, leur coeur est affranchi de semblables suggestions et est au-dessus de pareils voiles.
Ces sciences, pour lesquelles il est dit : "La science est le plus grand voile", nous les avons détruites par le feu de l'amour du Bien-Aimé, et nous avons dressé une autre tente.
Nous nous glorifions en rendant grâces à Dieu d'avoir consumé le plus grand voile par le feu de la beauté du Bien-Aimé, et de n'avoir laissé aucune place dans les coeurs pour ce qui n'est pas le désir du Bien-Aimé !
Nous ne tenons qu'à un seul savoir : le sien; à une seule connaissance : l'apparition de sa lumière.
Pour en revenir à notre livre, je ne trouvai dans ces lignes que le désir de l'auteur de faire comprendre à ses lecteurs que lui-même possédait toutes ces connaissances. Et cependant je prends Dieu à témoin qu'il n'a jamais perçu le moindre souffle du divin savoir, et qu'il n'a jamais compris la première lettre des mystères de la sagesse. Au point que, si nous lui apprenions la signification du savoir, il perdrait tout repos, et son être en serait mortellement ébranlé ! Jamais je n'ai vu tant de prétention accompagner une oeuvre aussi vide et aussi insignifiante.
Grand Dieu ! Comment les hommes ont-ils pu écouter et suivre un pareil individu, se détournant du Seigneur des seigneurs pour se contenter de la poussière, se satisfaisant du croassement du corbeau et du bavardage de la pie, et négligeant la mélodie du rossignol et la beauté de la rose ?

Les résultats d'un pareil livre n'ont pas tardé à se faire sentir; la plume a honte de les raconter, et ils ne méritent pas qu'on s'y arrête. Mais si la pierre de touche était connue, les hommes sauraient distinguer la vérité de l'erreur, le jour de la nuit, le soleil de l'ombre.
Une des sciences que cet homme prétendait connaître est l'alchimie. Je voudrais qu'un roi ou un homme suffisamment autorisé lui demandât de prouver ses affirmations autrement que par des paroles, par des actes;
et moi, pauvre ignorant qui ne prétends pas à un tel savoir, et qui ne juge pas la science d'un homme sur de pareilles connaissances, j'entreprendrais la même épreuve et l'on verrait de quel côté se trouve la vérité.
Mais à quoi bon ? Je n'ai jamais reçu de mes contemporains que des coups de lance, et ils ne m'ont abreuvé que de poisons mortels : la marque de la chaîne est toujours sur mon cou, et les cruautés dont j'ai été victime sont visibles sur tout mon corps !...
Dans le Livre où tout est écrit, on peut trouver ce que sont le savoir ou l'ignorance, l'instruction, l'assurance d'un tel homme. "L'arbre de Zaqqoum sera la nourriture du coupable."
Plus loin, il est écrit : "Goûte ceci, tu es le Puissant, l'Illustre !" Ces versets ne s'appliquent-ils pas admirablement à cet homme qui, pour faire preuve d'humilité, avait signé son livre : "Un coupable serviteur" ? Coupable dans le Livre de Dieu, puissant parmi les ignorants, il s'appelait "Illustre".
Lis les versets bénis jusqu'à ce que tu comprennes qu'"il n'y a pas un brin vert ou desséché qui ne soit inscrit dans le Livre évident". Malgré tout, un grand nombre de gens, croyant en cet homme, se détournèrent du Moïse de savoir et de justice, pour suivre le Samiri de l'ignorance, et, sans la moindre hésitation, renoncèrent au Soleil spirituel qui brille dans les cieux éternels.

O mon frère, les perles du divin savoir ne se trouvent qu'au fond de la mer divine, l'arôme de la fleur mystique ne parfume que les jardins célestes de la réalité; les lis de l'ancienne sagesse ne s'épanouissent que dans la ville d'un coeur sans tache. "Dans un bon sol, les plantes germent abondamment avec la permission de Dieu; dans un mauvais, elles poussent clairsemées."
Puisqu'il a été clairement démontré que seuls ceux qui sont initiés aux mystères divins peuvent comprendre les mélodies chantées par l'oiseau céleste, il incombe à tous et à chacun de rechercher des éclaircissements auprès de ceux dont le coeur est éclairé et auprès des trésors des mystères divins en ce qui concerne les points difficiles de la foi de Dieu.
Alors la confirmation et la miséricorde divine résoudront les problèmes, et non le savoir acquis. "Demandez-le aux hommes qui possèdent les Ecritures, si vous ne le savez pas."
Mais, mon frère, le chercheur qui veut s'engager dans les chemins qui conduisent à la connaissance de l'Eternel, doit purifier son coeur de la noire poussière de la science humaine et des insinuations sataniques; car c'est dans son coeur que les divins et invisibles mystères apparaissent.
Il doit le purifier de toute souillure, car c'est le sanctuaire de l'amour éternel du Bien-Aimé; il lui faut affranchir son âme de tout ce qui est l'eau et la boue des choses sans réalité, des ombres vaines, afin de ne conserver en lui aucune trace d'amour ou de haine : Car l'amour risque de le conduire dans le mauvais chemin, et la haine de l'empêcher de suivre la bonne voie.

De nos jours, n'est-ce pas l'amour ou la haine qui ont privé bien des gens de la face éternelle de la majesté divine, et qui les retiennent sans pasteur dans les déserts de perdition et d'oubli ?
Le chercheur doit aussi s'en remettre à chaque instant de sa vie à Dieu, se détourner des hommes, se séparer du monde de poussière pour s'unir au Seigneur des seigneurs, ne se préférer à nul autre, effacer de son coeur l'orgueil et la fierté, s'armer de patience et d'endurance, et suivre la loi du silence pour se garder de vaines paroles.
Car la langue est un feu qui couve, et l'abus des paroles est un poison mortel; et tandis que le feu naturel consume les corps, le feu de la langue consume les esprits et les coeurs. Celui-là ne laisse aucune trace après une heure, tandis que celui-ci dure des siècles !
Le chercheur doit savoir que la médisance est une grave erreur, et s'en garder à jamais; car elle éteindrait la lampe brillante de son coeur, et détruirait la vie de l'âme.
Il doit se contenter de peu, et ne jamais demander plus qu'il n'a.
Il doit chercher à s'allier à ceux qui sont détachés des choses de ce monde et éviter les vaniteux.
Il doit prier dès l'aurore, s'efforcer de tout son pouvoir de trouver le Bien-Aimé, et lutter contre sa négligence à l'aide du feu de l'amour et de la prière. Il doit passer, aussi rapide que l'éclair, loin de tout ce qui n'est pas Lui, et donner tous ses soins aux malheureux afin de leur faire partager les bénédictions qu'il possède. Il doit être bon pour les animaux, encore meilleur pour son semblable, l'homme, qui a le don de la parole.
Pour l'amour du Bien-Aimé, il ne doit pas tenir à la vie, et les critiques des gens ne doivent pas le détourner de la vérité.
Il ne doit pas faire à autrui ce qu'il n'aime pas qu'on lui fasse.
Il ne doit pas promettre ce qu'il ne pourra tenir.
Il doit éviter de se lier avec les pécheurs et implorer pour eux le pardon de Dieu.
Il ne doit pas mépriser les méchants, car nul ne sait qui sera jugé bon.
Combien de méchants avant de mourir recevront l'essence de la foi, goûteront le vin immortel et s'envoleront au royaume suprême ! Et combien de fidèles qui, au moment de l'ascension de leur esprit, auront changé d'attitude et résideront dans les derniers degrés de la géhenne !

Le but de toutes ces explications et de ces claires paroles est de faire savoir au chercheur que tout ce qui n'est pas Dieu est mortel, et que rien n'existe que l'Adoré.
Celui-là seul qui se conforme à ces règles de conduite sera un homme d'une haute spiritualité. Nous les avons déjà mentionnés à propos des exigences que doit remplir celui qui avance sur le chemin de la connaissance positive.
Lorsque le voyageur, sincère et détaché, réunit ces qualités, qui sont implicites dans le verset : "Quiconque fait un effort pour nous", il jouira de la bénédiction conférée par ces mots : "En vérité nous le guideront dans nos chemins."
Car s'il allume dans son coeur la lampe de la recherche, des efforts, de l'amour, de la passion et de l'extase et si la brise de la miséricorde divine souffle sur lui, la nuit de l'erreur, du doute et de la crainte ne tardera pas à disparaître pour faire place à la lumière du savoir et de la certitude.
Alors le Messager spirituel de la cité divine se lèvera comme l'aurore, avec son cortège de bonnes nouvelles, et réveillera par la trompette d'instruction l'âme, le coeur et l'esprit, endormis sur les couches de négligence !
C'est ainsi que la bonté et le secours invisible de L'éternel Saint-Esprit donnent une vie nouvelle; au point que le chercheur se découvrira de nouveaux yeux, un nouvel entendement, un nouveau coeur et une âme nouvelle, avec lesquels il verra les signes évidents du monde et les obscurs secrets de l'âme, et il comprendra que dans le moindre atome se trouve une porte par laquelle on entre dans le domaine de l'évidence, de la certitude et de la conviction.
Dans chaque chose, il verra le mystère de la révélation divine et l'évidence d'une manifestation éternelle.
Je jure que si celui qui marche dans le sentier de direction et qui cherche à escalader les hauteurs de la droiture arrive à cette condition sublime, il reconnaîtra les parfums de Dieu des lieux les plus éloignés; il verra le superbe matin de direction dans toutes les aurores, le moindre atome le conduira au Bien-Aimé !

Il saura distinguer le bien du mal comme le soleil de l'ombre. Si les brises divines soufflent de l'Orient, il les reconnaîtra même de l'Occident.
Il saura trouver les signes de Dieu dans ses paroles merveilleuses, ses oeuvres puissantes, ses actes inimitables, et il les distinguera des paroles et des actes des hommes, comme le lapidaire distingue la pierre précieuse de la roche, et comme l'homme distingue le printemps de l'automne, la chaleur du froid.
Lorsque son esprit sera affranchi des choses humaines, alors il entrera dans la terre sainte où se trouve la cité de certitude merveilleuse de la majesté divine.
Là, les arbres, par le mouvement de leurs feuilles, lui révéleront les sciences cachées; et il entendra la poussière de cette ville chanter des hymnes de glorification à Dieu; il verra avec les yeux de l'esprit les mystères de la résurrection.
Comment décrire les impressions, les signes, les apparitions, que la volonté du Roi des noms et attributs a réservés pour cette cité merveilleuse ?
Dans cette cité, il n'aura nul besoin d'eau pour apaiser sa soif, ni de flamme pour attiser le feu de son amour.
Là dans chaque plante se trouvent cachés les secrets de la sagesse suprême; sur les branches de chaque rosier des milliers de rossignols chantent la séduction et la joie; dans ses merveilleuses anémones apparaît le mystère du Buisson ardent; dans ses brises embaumées se retrouve le souffle de l'Esprit messianique.
La richesse n'y est pas mesurée par de l'or, et la mort n'y est pas la condition de l'immortalité !
Dans chaque feuille est caché un paradis, et dans chaque chambre sont conservés les trésors de mille sagesses.
Les chercheurs de Dieu qui se sont détachés des choses de la terre connaissent si bien cette cité qu'ils ne la quittent Pas une seconde, et qu'ils reçoivent la preuve décisive des parfums embaumés de l'iris.

Pour eux, la beauté de la rose et le chant du rossignol sont l'argument péremptoire, dans cette cité qui se renouvelle et s'embellit tous les mille ans environ.
O mon ami, efforce-toi de l'atteindre, cette cité, et par la merci et la générosité divines, écarte les grands voiles !
Alors, d'un coeur assuré, tu sacrifieras ta vie languissante dans les chemins du nouveau Bien-Aimé, et tu feras cent mille prières pour obtenir cette bénédiction !
Cette cité n'est autre que le Verbe de Dieu : la Bible au temps de Moïse; l'Evangile au temps de Jésus; sous Muhammad le Prophète de Dieu, le Qur'an; de nos jours le Bayan, et au temps de "Celui que Dieu manifestera", son Livre qui sera le complément de tous les autres qu'il dominera de toute sa supériorité !
Dans cette cité on trouve en abondance de la nourriture spirituelle et des plaisirs incorruptibles. Cette nourriture est le pain céleste et l'esprit qu'elle accorde est un don impérissable.
Aux hommes détachés elle donne les bienfaits de l'unité, les bénédictions à ceux qui sont privés des biens de la terre, et la coupe de savoir à ceux qui errent dans les déserts de l'ignorance.
La direction, la bonté, la science, la foi, la certitude de tout ce qui est sous la coupe des cieux et de la terre sont précieusement gardées dans ses murs.
Ainsi pour les peuples de Muhammad, le Qur'an était le plus solide rempart, à l'abri duquel ceux qui l'avaient franchi se trouvaient préservés des traits sataniques, des doutes dévorants et des insinuations perfides de l'ennemi, et derrière lequel ils se nourrissaient des fruits de sagesse de l'arbre divin, buvaient les eaux embaumées de l'instruction et les vins du mystère de l'unité divine. En un mot, tous les besoins des peuples, dans l'ordre des commandements divins, ont été prévus dans ce jardin merveilleux.
Ce livre est la preuve immortelle qui a subsisté pour les peuples après le départ de Muhammad; car tout ce qui y est écrit doit arriver.

Aussi chacun a-t-il reçu l'ordre de lui obéir jusqu'à l'avènement de la merveilleuse Manifestation de Dieu qui devait survenir en l'an 60.
Dans cette cité (le Qur'an), le chercheur atteint le jardin de la rencontre et les tentes de l'approche. C'est la preuve forte et l'argument sublime.
A côté de cette preuve, les relations de la vie des Prophètes, de tous les livres et les Traditions pâlissent, car n'est-ce pas des Ecritures sacrées que les Traditions et les autres écrits tirent leur autorité ? De plus, les Traditions diffèrent souvent beaucoup entre elles et sont parfois obscures.
Comme l'a dit le Point du Qur'an sur la fin de ses jours : "Je vous laisse deux grandes choses, le Livre de Dieu et mes descendants." Alors que déjà de nombreuses Traditions avaient été révélées, Muhammad ne parle ici que du Livre qu'il a toujours considéré comme la chose la plus élevée et la plus grande preuve pour le chercheur, la direction pour les hommes jusqu'aux jours de la Résurrection.
Considère le Qur'an que tous, grands ou petits, reconnaissent; et avec équité, d'un coeur et d'une âme purifiés, dis-moi si ce n'est pas le guide le plus sûr que Dieu ait fixé pour nous ?
Ne devons-nous pas tous nous en rapporter au Livre pour distinguer le bien du mal, et connaître la direction ? Il n'y a que deux choses dont parle Muhammad : le Livre et les descendants. Eh bien ! que reste-t-il aujourd'hui des descendants ? Seul le Livre subsiste au début duquel il est écrit : "A. L. M. ('Alif, Lam, Mim.) Voici le livre sur lequel il n'y a point de doute; c'est la direction de ceux qui craignent le Seigneur."
Dans les différentes lettres séparées qui se trouvent dans le Qur'an est celé le mystère de l'identité, et dans cette nacre sont gardées les perles de l'unité que nous n'avons pas ici le temps d'expliquer.
En apparence, ces lettres se rapportent à Muhammad lui-même, et Dieu a dit : "O Muhammad, ce Livre qui est descendu du ciel de l'unité ne contient aucune chose douteuse ni troublante. C'est une direction pour les justes."

Ainsi Dieu a fait du Qur'an le guide de tous les peuples de la terre, et cette invisible unité témoigne elle-même de sa valeur jusqu'au dernier jour.
Peut-on, après cela, mettre formellement en doute, ainsi que le font les infidèles, ce que le Seigneur lui-même a certifié d'une façon absolue ? Peut-on se détourner de ce qui doit faire atteindre aux hommes l'essence de l'instruction, et rechercher autre chose ?
Peut-on mettre tout en question par des paroles vaines et dire : "Tel homme a dit autrement"... ou : "Cela n'est pas encore arrivé... ?"
S'il existait pour la conduite des hommes un guide aussi sûr que les Livres divins, le verset que nous avons cité le mentionnerait certainement.
Nous ne devons pas non plus chercher à fuir le commandement véritable de Dieu ni à éviter la destinée contenue dans les versets, en refusant de croire aux Livres, car en les rejetant nous rejetons le Qur'an. C'est ainsi que celui qui ne croit pas au Qur'an ne croit pas non plus aux Livres qui l'ont précédé.
Cela se lit entre les lignes de ce verset; et si je t'expliquais son sens ésotérique, en vérité je n'en finirais pas, cela ne suffirait pas à en épuiser le sens et nul être au monde ne saurait le comprendre. Mais Dieu est témoin de mes paroles.
Dans un autre passage, on trouve : "Si vous avez des doutes sur le Livre que nous avons envoyé à notre serviteur, produisez un chapitre au moins pareil à ceux qu'il renferme, et appelez, si vous êtes sincères, vos témoins, ceux que vous invoquez à côté de Dieu."
Combien alors les paroles de Dieu sont élevées, et combien grande est leur valeur, puisque l'argument suprême, le pouvoir tout-puissant, la volonté accomplie et la preuve parfaite y sont contenus !
Et le Roi de l'unité qui a révélé cette preuve n'en a pas créé de seconde, car aux autres arguments et preuves, la parole divine est ce que le soleil est aux étoiles; c'est pour les peuples la preuve irréfutable de l'Essence suprême.

Son excellence est sans égale et rien ne la dépasse; c'est le trésor des perles divines et la réserve des mystères de l'unité. C'est le fil solide, la corde incassable, le manche inébranlable et la lumière inextinguible. Les flots de l'instruction divine en découlent, et la sagesse éternelle y réside. C'est une flamme qui, à la fois, réchauffe le fidèle du feu de l'amour et glace l'ennemi dans sa négligence.
O mon ami, ne négligeons pas les commandements de Dieu, contentons-nous de sa preuve et obéissons; car cette preuve est plus forte que dans ma faiblesse je ne saurais dire.
"Et Dieu dit vrai : C'est lui qui nous conduit vers le chemin, Il est le Maître de l'univers, Il est Tout-Puissant et Miséricordieux." On trouve également dans le Qur'an : "Ce sont les paroles de Dieu, nous te les récitons en toute vérité; à quoi donc croiront les infidèles s'ils rejettent Dieu et ses signes ?"
Si tu comprenais la signification de ces versets, tu saurais qu'il n'y a jamais eu et qu'il n'y aura jamais aucune Manifestation plus grande que les Prophètes ni aucun argument plus sublime que les paroles révélées, à moins que Dieu n'en décide autrement.
Plus loin, Il dit : "Malheur à tout menteur criminel qui entend la lecture des enseignements de Dieu, et persévère néanmoins dans l'orgueil, comme s'il ne les entendait pas ! Annonce donc à celui-là un châtiment cruel."
Ces versets suffiraient si les hommes les lisaient attentivement. Mais tu vois qu'aujourd'hui, lorsqu'on lit à haute voix les paroles sacrées, nul n'écoute, comme s'il s'agissait d'une chose méprisable; tandis qu'il n'y a et n'y aura jamais rien de plus sublime.
Dis : O négligents, vous faites comme vos pères : S'ils ont reçu les fruits de l'arbre d'aberration, vous les recevrez également, et bientôt vous vous retrouverez avec eux dans la géhenne. "Le feu est leur demeure, et quelle horrible demeure est réservée aux méchants !"

Ailleurs, ll dit : "Et s'ils apprennent quelques-uns de ces enseignements, ils les tournent en dérision. Ces hommes-là auront le supplice ignominieux pour partage."
Une des railleries des infidèles consistait à s'écrier : "Faites-nous un autre miracle, et apportez-nous une autre preuve." Ou encore : "Fais donc tomber sur nos têtes une portion du ciel", ou aussi : "Si le Qur'an est la vérité, fais pleuvoir du ciel les pierres sur nos têtes."
De même les Juifs, au temps de Moïse, renoncèrent au souper céleste pour de vulgaires repas terrestres; ils voulaient, à l'aide de leurs pensées impures, changer les paroles révélées.
Aujourd'hui, nous voyons que le souper spirituel est descendu du ciel de la miséricorde divine et des nuages de bonté de Dieu, que les mers fécondes roulent leurs vagues aux rives du paradis du coeur sur l'ordre du Créateur; et cependant, comme des chiens, les hommes se réunissent autour d'une charogne et se contentent de la coupe amère d'eau saumâtre.
Grand Dieu ! Comment les hommes peuvent-ils demander une preuve, alors qu'est hissé le drapeau de "Celui qui est prouvé", et tenir à leur vaine science après l'apparition de la Manifestation ?
Autant demander au soleil la preuve de sa lumière, ou bien demander aux pluies d'avril si elles sont bienfaisantes !
La preuve du soleil est précisément sa lumière qui rayonne sur le monde entier, et les pluies d'avril se reconnaissent précisément à ce que leur influence bienfaisante revêt la terre d'une nouvelle parure.
Il est vrai que l'aveugle ne perçoit du soleil que les brûlures, et que la roche inféconde ne ressent aucun bienfait des pluies d'avril.
"Il n'y a rien d'étonnant à ce qu'ils ne connaissent du Qur'an que la couverture : L'aveugle reçoit-il du soleil autre chose que la chaleur ?" Dans le Qur'an on trouve : "Lorsqu'on leur récite nos versets évidents, que disent-ils ? Ils disent : Faites donc revenir à la vie nos pères, si vous dites la vérité."
Quels piteux arguments ils opposaient à ces êtres miséricordieux, en se moquant des paroles divines dont pourtant une seule lettre est aussi sublime que toute la création et suffit à rappeler à la vie, par l'esprit de la foi, les hommes morts dans les plaisirs et la recherche de leur satisfaction !

Ils disaient : "Ressuscitez nos pères !" tant étaient grands leur aberration et leur orgueil !
Chacun de ces versets est une preuve solide et suffisante pour tous les peuples du monde. C'est là que sont enfouis les perles des mystères et le remède à toutes les maladies.
Ne prête nulle attention aux discours de ceux qui disent : "Le Livre de Dieu ne peut être compris par les gens d'une condition modeste"; alors que, au contraire, le Qur'an est destiné au monde entier, de l'Orient à l'Occident.
Comment Dieu l'aurait-il destiné à chacun si tous ne pouvaient le comprendre ? A en croire les ignorants, il deviendrait impossible de croire en Dieu, car c'est là chose encore plus difficile que de comprendre le Livre.
Ce ne sont que discours futiles et méprisables qui dénotent l'orgueil et la vanité de ceux qui veulent éloigner les peuples du jardin du bon plaisir de Dieu pour assurer leur propre autorité.
Au contraire, les hommes de modeste condition sont bien plus chers à Dieu que leurs chefs qui les détournent de lui.
Pour saisir les paroles divines et comprendre les explications des colombes spirituelles, point n'est besoin d'être un érudit. Il suffit d'avoir un coeur pur, une âme chaste et un esprit libre de préjugés; la preuve en est aujourd'hui les gens qui n'ont jamais rien appris de science humaine et qui reposent sur les divans du savoir.
Les nuages de la divine bonté ont fait pousser dans leur coeur les roses de la sagesse et les anémones de la compréhension. Bénis sont les purs et les sincères pour la part qu'ils ont de la lumière du plus grand jour !
"Ceux qui ne croient point aux Verbes de Dieu et à la comparution devant lui désespèrent de sa miséricorde. Un supplice douloureux leur est réservé." - "Ils disaient : Abandonnerons-nous nos dieux pour un fou de poète ?"

Ces versets se passent de commentaires. Pense un peu aux paroles des hommes après la révélation du Livre ! Ils traitaient Muhammad de poète et raillaient ses discours en disant : ce sont de vieilles fictions qu'il reprend et attribue à Dieu !
Aujourd'hui, les hommes, à propos de notre cause, ne disent-ils pas aussi que nos écrits sont des pastiches ou des mystifications ? En vérité ce sont là de bien graves paroles prononcées par des gens bien insignifiants !
En plus de ces arguties, ils disent qu'après Moïse et Jésus, il ne doit pas venir un Prophète qui changera la loi; mais que, d'après le Livre, le Prophète attendu doit au contraire confirmer la religion actuelle.
Ils oublient ces versets bénis qui prouvent que la bonté de Dieu ne tarira jamais : "Joseph était déjà venu au milieu de vous, accompagné de signes évidents, mais vous n'avez cessé de douter de leur vérité jusqu'au moment où il mourut. Vous disiez alors : Dieu ne suscitera plus de prophètes après sa mort. C'est ainsi qu'Il égare les transgresseurs et ceux qui doutent."
Sois donc assuré que, de tout temps, les peuples, s'en tenant à un verset du Livre, ont déclaré qu'après leur Prophète aucune Manifestation ne devait plus venir.
De même les prêtres chrétiens, s'en tenant aux Evangiles, disent qu'ils ne doivent jamais être remplacés, et que la Manifestation qui viendra les répandra sur toute la terre.
La plupart des peuples souffrent d'une semblable maladie spirituelle. Les Musulmans, eux, sont arrêtés par le nom de Sceau des Prophètes, tandis qu'ils devraient reconnaître que "il n'y a que Dieu qui en connaisse l'interprétation, et les hommes d'une science solide".
Quand l'explication donnée par "celui qui possède la science", qui en est la "mère", l'"âme", l'"essence", leur déplaît tant soit peu, vois ce que disent les hommes, et ce qu'ils font !
Tout cela est le résultat de l'oeuvre des prêtres qui prennent leurs désirs pour leur dieu, et qui n'ont d'autre religion que celle de l'or.
Ils sont sortis du chemin, par l'aberration de la science, ainsi qu'il est dit clairement : "Voyez-vous celui qui fait son dieu de ses passions et que Dieu a égaré au milieu de la science, sur l'ouïe et le coeur duquel il a mis un sceau, et dont il a couvert la vue avec un bandeau ? Qui pourrait diriger un tel homme après que Dieu l'a égaré ? N'y réfléchirez-vous pas ?"

Comprends la signification de : Dieu l'a égaré au milieu de la science ! Cela ne s'applique-t-il pas aux prêtres d'aujourd'hui qui se sont détournés de la Beauté de Dieu, et s'accrochent à leur science qui ne sert que leurs désirs et leurs passions, pour contredire le message de Dieu et sa cause ?
"Le message est un message grave, et vous dédaignez de l'entendre." Ailleurs, il est dit : "Lorsqu'on leur récite nos enseignements, ils disent : Cet homme ne veut que nous détourner des divinités qu'adoraient nos pères."
Entends la voix divine et la merveilleuse mélodie; quel avertissement et quelle semonce pour ceux qui nient les paroles sacrées de Dieu !
Comme ils sont loin du Kawthar de l'approche ceux qui contredisent et s'enorgueillissent en face de la sainte beauté !
Tandis que Muhammad, cette Essence de bonté et de générosité, conduisait les êtres immortels aux jardins de l'Ancien et les pauvres aux saintes rives de la richesse, on le traitait de blasphémateur, et l'on disait qu'il détournait les gens de la rivière de la religion et de la foi; d'autres l'appelaient fou, ou l'accablaient d'injures, ainsi que tu l'as vu ! De même aujourd'hui, quelles erreurs et quelles fautes n'a-t-on pas attribuées à cette perle d'immortalité !
Quelles immondices indicibles n'a-t-on pas jetées sur celui qui est la source de pureté !
Pourtant, à chaque page de son Livre, Dieu menace les hommes qui le traitent de menteur et qui se détournent de la révélation, et donne au contraire de bonnes nouvelles aux croyants.
Malgré cela, vois combien de chicaneries ils ont opposées aux versets envoyés du nouveau ciel de l'éternelle sainteté de Dieu !
L'univers cependant n'a jamais vu ni éprouvé une bonté comparable à celle qui émane aujourd'hui des Paroles divines, comme les pluies d'avril des nuages du Miséricordieux;

car les plus grands Prophètes, dont le caractère divin et la gloire brillent comme le soleil, n'ont apporté qu'un seul Livre dont les versets sont connus de tous. Tandis que, de ce nuage de la miséricorde divine, il a été révélé tellement d'ouvrages que nul ne peut les compter.
On n'en connaît jusqu'ici qu'une vingtaine de volumes, mais combien y en a-t-il qui ne nous sont pas parvenus, ou qui sont tombés entre les mains des ennemis qui en ont fait ce que personne ne sait !
O mon frère ! réfléchis et demande protection aux Manifestations divines, afin de tenir compte du clair avertissement du Livre, de t'éveiller aux avis contenus dans les Tablettes sacrées, de ne pas contredire le récepteur des paroles divines, d'accepter la cause de tout ton coeur, et d'obéir aux commandements avec toute ton âme, afin d'entrer dans l'atmosphère de la miséricorde et de résider sur les rives de la bonté.
Car, en vérité, Il est le pardon et la miséricorde de ses serviteurs. "Dis à ceux qui ont reçu l'Ecriture : Allez-vous nous désavouer parce que nous croyons en Dieu, à ce qui nous a été donné d'en haut, et à ce qui a été envoyé antérieurement, et parce que la plupart d'entre vous sont impies ?"
Ces versets sont bien explicites, et prouvent la valeur de ce qui est descendu d'en haut.
Ils ont été révélés alors que les infidèles accusaient les disciples de Muhammad d'être des négateurs de Dieu et les partisans d'un magicien imposteur; c'était au début de l'Islam, avant que la cause ne se fût fortifiée, et alors que partout les musulmans étaient l'objet de persécutions multiples.
Ainsi les fidèles répondaient aux idolâtres, et affirmaient n'être coupables que de croire dans la nouvelle et merveilleuse révélation de Muhammad comme dans celles des anciens Prophètes, de croire que toutes venaient de Dieu, et de leur obéir. Ainsi Dieu fortifiait ses serviteurs !
Est-il alors permis de se détourner de la nouvelle révélation qui a enveloppé l'Orient et l'Occident, et de continuer à se dire fidèle ?

Et peut-on au contraire refuser de compter au nombre des fidèles, malgré la parole de Dieu lui-même, ceux qui ont cru dans le nouveau Prophète ?
Comme ce serait mal connaître la volonté de Dieu que de se figurer qu'il chasse de sa merci ceux qui croient dans les paroles d'unité, ou qu'il intimide ceux qui ont pris en main l'argument solide !
Car, en vérité, ce sont ses paroles qui établissent la vérité et ses signes qui prouvent la cause. Et vraiment il est le Tout-Puissant !
"Quand même nous ferions descendre du ciel le Livre écrit tout entier sur un rouleau, quand même les infidèles le toucheraient de leurs mains, ils diraient encore : C'est de la magie pure !"
La plupart des versets du Qur'an abondent dans le même sens, mais je me contente d'indiquer celui-là.
Dans le Livre entier les paroles divines ne sont-elles pas considérées comme la preuve unique qui doit nous faire connaître et accepter la beauté d'une Manifestation ?
Toujours les renégats et les railleurs ont été menacés de la géhenne, ainsi que tu le sais.
Et si aujourd'hui un homme arrive avec des millions de versets, de tablettes et de prières, qui prouvent une érudition qu'il n'a pourtant reçue d'aucun maître, quelle raison a-t-on de le contredire, et de se détourner de son immense bonté ?
Quand leur esprit aura quitté leur corps obscurci, que répondront-ils à Dieu, les renégats ?
Diront-ils qu'ils s'en tenaient aux Traditions, mais qu'ils n'ont pas compris leur signification réelle, et qu'ils ont ainsi contredit la Manifestation de la cause et se sont éloignés de la religion de Dieu ?
Ne sais-tu pas que ce qui rend les Prophètes irréfutables, c'est précisément la révélation d'un Livre ?
Comment alors le premier ignorant venu qui réunit quelques discours sceptiques peut-il contredire le possesseur du Livre, insuffler le doute dans les coeurs, tromper et perdre les hommes, devenir le Satan de son siècle ? Comment peut-on suivre un tel individu et se priver du soleil de la bonté divine ?

Bien plus, si l'on se détourne d'aussi saintes et divines âmes, vers qui se tournera-t-on ?
Oui, "chacun a une région du ciel vers laquelle Dieu le tourne". Mais en vérité nous t'avons montré les deux chemins; c'est à toi de choisir celui où tu marcheras. Telle est la parole de Dieu en dehors de laquelle il n'y a qu'aberration.
Ce qui prouve encore en faveur de cette cause, c'est que, en général, chaque fois que l'Identité invisible est apparue dans un corps humain, certains hommes humbles et sans réputation ont obtenu la rencontre de Dieu.
Ils ont reçu l'éclat de la lumière du soleil prophétique, et ont été conduits par la lune de direction.
Les prêtres au contraire, ou les puissants, les tournaient en dérision, ainsi qu'il est dit à propos de Noé : "Les chefs du peuple, incrédules, lui dirent : Tu n'es qu'un homme comme nous, et nous ne voyons que la vile populace qui t'ait suivi sans réflexion. Vous ne possédez aucun mérite qui vous rende supérieur à nous. Bien plus, nous vous regardons comme un imposteur."
Ils disaient à la sainte Manifestation qu'elle n'était suivie que par les gens du commun, et que les prêtres et les grands ne croyaient pas en elle. Ils croyaient ainsi prouver l'imposture de ce juste !
- Aujourd'hui, au contraire, dans cette sublime Manifestation, un grand nombre de prêtres élevés, de docteurs accomplis, d'érudits incontestés ont bu à la coupe de l'approche et de la rencontre, et ont reçu le plus haut bienfait.
Dans le chemin du Bien-Aimé, ils ont sacrifié leur vie et leurs biens. Certains de leurs noms que tu connais encourageront les indécis et tranquilliseront ceux dont l'âme est inquiète.
L'un d'eux, Mulla Husayn, reçut l'éclat de la Manifestation : "Sans lui, Dieu ne se serait pas assis sur le siège de sa miséricorde, trône de sa gloire éternelle."

Siyyid Yahya fut incomparable et unique dans son temps.
Vous citerai-je aussi Mulla Muhammad Aliy-i'Zanjani, Mulla-'Aliy-i-Bastami, Mulla Sa'id-i-Barfurúshi, Mulla Ni'matu'llah-i-Mazindarani, Mulla Yúsuf-i-Ardibili, Mulla Mihdiy-i-Khu'i, Siyyid Husayn-i-Turshizi, Mulla Mihdiy-i-Kandi et son frère Mulla Baqir, Mulla Abdu'l-Khaliq-i-Yazdi, Mulla Aliy-i-Baraqani et tant d'autres, près de 400, dont les noms sont écrits dans les Tablettes préservées de Dieu ?
Ils ont tous été attirés par ce Soleil divin et lui ont obéi au point d'abandonner biens et familles pour obéir aux désirs du Très-Glorieux : Leurs coeurs se sont levés pour le Bien-Aimé.
Ils ont sacrifié tout ce qu'ils possédaient; leur sein est devenu une cible pour les flèches des ennemis et leur tête un ornement pour les lances des idolâtres; au point qu'il n'y a pas un coin de terre qui n'ait bu le sang de ces êtres sublimes, pas une épée qui n'ait été essuyée sur leur cou. Pour prouver la justesse de leurs paroles, leurs actes ont suffi.
Le témoignage de ces âmes bénies, qui à l'admiration du monde entier ont sacrifié leur vie dans le chemin du Bien-Aimé, ne peut-il être opposé au souvenir de ceux qui ont renié leur foi pour un denier, préférant la vie à l'immortalité, l'eau amère au Kawthar de l'approche, et qui, uniquement attirés par les séductions terrestres, à jamais éloignés de l'Eternel, n'ont songé qu'à dépouiller leurs semblables ?
Peuvent-ils nous convaincre ceux qui ont conformé leurs actes à leurs paroles, qui n'ont eu qu'une seule règle de conduite, séduisant les peuples par leurs actions, émerveillant les âmes par leur endurance et leur patience ?
Ou bien feras-tu plutôt créance aux renégats qui ne respirent que l'égoïsme, qui sont toujours emprisonnés dans le doute et l'erreur, qui ne se lèvent le matin que pour lutter pour les biens de ce monde, et qui, le soir, ne songent qu'à comploter de la façon la plus grossière; qui ne pensent qu'à eux-mêmes, négligeant la divine destinée; qui, le jour, ne cherchent qu'à vivre comme des animaux et la nuit qu'à satisfaire leurs passions luxurieuses ?

Y a-t-il une loi qui justifierait le peuple de se laisser guider par de tels gens, négligeant l'exemple de ceux qui ont sacrifié leur vie, leurs biens, leur nom, leurs honneurs, dans le chemin du bon plaisir de Dieu ?
Autrefois ne disait-on pas que nul n'était plus grand que le Prince des Martyrs, qu'aucune Manifestation ne pouvait lui être comparée pour la fermeté de son attitude ? Et cependant son martyre n'a duré qu'une journée, tandis que depuis dix-huit ans les calamités tombent comme la pluie sur quelques-uns de ces êtres glorieux !
Avec quel amour, quelle affection, quel éclat, quelle joie, ils ont donné leur vie dans le chemin du Seigneur !
Cela n'est-il donc rien ? Y a-t-il jamais eu à travers l'histoire des événements aussi considérables ?
Si ces disciples ne sont pas les véritables croyants, qui alors sera croyant ? Ont-ils recherché la gloire, le pouvoir, la fortune ? Avaient-ils d'autre ambition que la satisfaction de Dieu ?
Si, malgré toutes leurs actions admirables, et leur conduite éclatante, ils ont eu tort, qui donc aura raison ? Je prends Dieu à témoin que leur attitude serait une preuve suffisante et un argument irrésistible pour tous les peuples de la Terre, si seulement ils réfléchissaient aux mystères de la Cause.
"Ceux qui attaquent les premiers apprendront un jour quel sort leur est réservé."
Le Livre permet d'ailleurs de reconnaître le bien du mal; et c'est à cette pierre de touche divine qu'il faut éprouver les prétentions de chacun, afin de distinguer le juste de l'imposteur "Désirez la mort si vous dites la vérité", dit le Qur'an.

Considère maintenant tous ces augustes témoins qui, s'appuyant sur le Livre, ont sacrifié vie, fortune, femme, enfants et tout ce qu'ils possédaient pour monter au plus haut paradis; ces âmes détachées, ces hommes sublimes ne prouvent-ils pas en faveur de cette Révélation glorieuse ?
Peut-on au contraire croire à ceux qui ont renié la lumière resplendissante pour de l'argent, qui, afin de conserver leurs honneurs, ont répudié celui qui est le plus honoré ?
On les connaissait bien, et l'on savait qu'ils ne renonceraient à aucune de leurs puissances terrestres dans le sentier de la religion de Dieu, bien loin de sacrifier leur vie ou leurs biens !
Comme la divine pierre de touche du Livre les stigmatise bien ! Les hommes ne l'ont tout de même pas compris, et continuent à dormir dans leur négligence, désireux des biens de ce monde et du pouvoir terrestre !
"O fils de l'homme ! que de jours ont passé pendant lesquels tu t'es occupé à satiété de superstitions et d'imagination ! Combien de temps resteras-tu encore endormi sur ce lit de mensonge ? Réveille-toi, car le soleil qui s'est levé brille au zénith, et va t'inonder des rayons de sa beauté !"
Il est juste de dire que ces prêtres et ces savants dont nous avons parlé et qui ont suivi le Bayan ne faisaient pas tous partie du haut clergé, car on verra rarement des hommes puissants et célèbres dans leur temps, assis sur le trône du commandement et sur les divans de l'ordre, suivre la voie de Dieu, à moins qu'il n'en ordonne autrement.
"Qu'il y a peu d'hommes reconnaissants parmi mes serviteurs !" Les prêtres qui occupaient une haute situation n'ont donc pas accepté la cause, et, de toute la force de leur haine, ils ont tenté au contraire de la détruire à l'aide de procédés dont on n'avait jamais entendu parler jusque-là, et que personne n'avait encore vus.

Le Seigneur suprême, le Bab (que l'âme de chacun lui soit sacrifiée !) avait pourtant écrit en particulier aux grands prêtres de chaque ville, expliquant clairement à chacun d'entre eux les raisons qui les faisaient se détourner de Dieu ! "Profitez de cet exemple, hommes doués d'intelligence."
Que ceci serve de leçon au peuple du Bayan, afin que, lorsque apparaîtra "Celui que Dieu manifestera", dans la prochaine résurrection, s'il n'est pas suivi par les prêtres, il ne soit pas contredit par ceux qui évoqueraient le souvenir des prêtres du temps du Bab !
Pour le reste, nous prenons refuge en Dieu, si volontairement les hommes se privent de sa beauté.
- Oui, parmi les fidèles, se trouvaient quelques modestes prêtres qui tous, par la miséricorde divine, étaient détachés des biens de ce monde. "Dans sa bonté, il donne à qui il veut."
Il y a une autre preuve, brillante parmi les preuves; j'entends parler de la fermeté qu'a montrée, dans la cause de Dieu, cette Beauté éternelle, le Bab, alors qu'il n'était qu'un adolescent, et que sa Manifestation se heurtait contre tout ce qui existait, contre les idées de chacun, des humbles, des nobles, des riches, des pauvres, des puissants, des méprisés, des rois comme de leurs sujets.
Nul ne lui fit peur, à nul il ne prêta attention ! De telles choses peuvent-elles se passer sans le commandement de Dieu et le divin vouloir ? Je jure qu'il y a là de quoi faire réfléchir !
Même avec le courage du monde entier, qui oserait se risquer à pareille aventure, s'il n'en avait la permission de Dieu, et s'il ne sentait dans son coeur la miséricorde et dans son âme la bonté divines ?
Comment expliquer cette fermeté ? Dira-t-on que c'était un fou, comme on l'a dit des anciens Prophètes ? Ou bien était-ce un ambitieux, désireux d'acquérir les biens de ce monde ?
Grand Dieu ! Au début de son livre intitulé Quayyúm-mu'l-Asma, qui est, en même temps que le premier, son plus grand ouvrage, il a prophétisé son martyre, et textuellement il dit : "O toi, Manifestation de Dieu, je me sacrifie entièrement pour toi, et j'accepte les injures dans ton chemin. Je désire uniquement être tué pour ton amour. Dieu Tout-Puissant, le Protecteur Eternel, me suffit !"

Dans son livre intitulé L'explication de Ha, il affirme désirer le martyre : "J'entends au tréfonds de moi-même une voix qui m'appelle, disant; sacrifie ce que tu as de plus cher dans le chemin de Dieu, comme Husayn (que sur lui soient les bienfaits de Dieu !) s'est sacrifié pour moi.
Et si tout mon esprit n'était pas tourné vers ce sacrifice mystérieux qui existe déjà virtuellement, par l'Unique qui tient mon âme dans ses mains, tous les rois de la terre ne pourraient m'atteindre, à plus forte raison leurs indignes sujets qui sont réprouvés de tous."
Puis il ajoute : "Et ainsi chacun connaîtra l'état de ma patience, de ma résignation, de mon désir de me sacrifier dans le chemin de Dieu."
Peut-on dire que celui qui exprimait de telles pensées ne marchait pas dans le chemin, et recherchait autre chose que le plaisir de Dieu ?
Ces lignes sont tellement imprégnées par les brises du détachement qu'elles devraient faire désirer la mort à tous ceux qui les lisent.
Combien les hommes sont avilis et ingrats envers Dieu, de se détourner de cette gloire pour suivre les corps sans vie de ceux qui font gémir sous leur domination tous les fidèles, et d'abreuver au contraire de calomnies ces Aurores de Sainteté !
Telles sont les actions des infidèles qui se sont détournés de la rencontre de Dieu au jour de la résurrection. Dieu les a punis par le feu de leur propre incroyance, et il a préparé pour eux dans l'autre monde une punition qui brûlera leur corps et leur esprit; car ils ont osé dire que Dieu était impuissant et que sa main était fermée à la bonté !
La fermeté dans la cause est donc un solide argument et une preuve sublime;
Muhammad n'a-t-il pas dit que ce qui l'avait fait vieillir avant l'âge, c'était son inébranlable fermeté ? "Persévère, suivant l'ordre de Dieu."
Considère maintenant cet arbre de la cause de Dieu, ce tout jeune homme, le Bab qui s'est levé pour la proclamer; de quelle fermeté il fit preuve !

Des peuples entiers s'efforcèrent en vain de le faire reculer ! Plus ils amoncelaient les calamités sur cet arbre de sainteté (arbre du Paradis), plus son ardeur augmentait, plus le feu de son amour se développait, ainsi que chacun a pu le voir. A la fin, il donna sa vie et son âme s'envola dans l'au-delà.
Et parmi les preuves de la vérité de sa manifestation on peut citer l'autorité, le pouvoir transcendant et la suprématie que lui, qui est le révélateur et la Manifestation de l'Adoré, a révélés, seul et sans aide, au monde entier.
La Beauté Eternelle apparut à Shiraz en l'an 60 où elle déchira les voiles.
En peu de temps, dans tout le pays, les marques de la victoire, du pouvoir et de l'autorité de cette Essence des essences et de cette Mer des mers étaient manifestées; partout la cause recrutait des adhérents à ce soleil d'identité.
Combien de nobles et purs coeurs prirent exemple sur lui, et combien de gouttes de savoir se répandirent sur tout l'univers, de cette mer de sagesse divine !
Dans chaque ville pourtant, les prêtres et les nobles s'efforçaient de le combattre par la haine, l'injustice et la jalousie !
Combien d'hommes saints, essences de justice, furent mis à mort comme des criminels; combien d'êtres purs, conformant leurs actes à leur doctrine, furent tués dans les plus affreux tourments ! Ce qui ne les empêcha pas jusqu'à la fin d'évoquer le souvenir de Dieu, et de s'envoler dans les hauteurs de la résignation et du consentement.
Ces hommes étaient à ce point transformés qu'ils ne s'occupaient que de la volonté du Bab et n'acceptaient d'autres ordres que les siens. Se soumettant à son bon plaisir, leurs âmes étaient unies à son souvenir.

Un tel pouvoir a-t-il appartenu à qui que ce soit sur terre ? Qui aurait pu ainsi faire se hâter vers la mort ces âmes saintes et ces esprits élevés ?
Jamais une parole de reproche ne sortit de leur bouche qui ne proférait que des actions de grâce; et, dans les pires tourments, malgré la haine et les cruautés dont ils étaient victimes, ils ne voyaient que la volonté divine.
Dire que les infidèles croyaient que leur meurtre était agréable à Dieu, et pensaient mériter la prospérité et le bonheur !
Depuis Adam jusqu'à nos jours, de semblables clameurs ont-elles été poussées ?
Malgré toutes les tortures et les afflictions qu'ils subirent, ils devinrent l'objet de l'opprobre universel.
Il semble que leur courage ait révélé ce qu'est la patience et que de leurs actes soit née la fidélité.
Je souhaite que tu puisses voir à travers toutes ces luttes et ces calamités la grandeur et le caractère sublime de cette révélation.
Alors, par la bonté du Miséricordieux, l'esprit de la foi s'insufflera en ton être et tu te reposeras sur le trône de certitude.
Dieu Un est témoin que si tu réfléchis tant soit peu, tu comprendras qu'en dehors de toutes les preuves dont nous avons parlé, rien n'établit mieux la justice de la cause de ces héros de la résignation et du détachement, que les mauvais traitements et les oppositions auxquels ils furent en butte de la part de tous les peuples de la Terre.
Et chaque fois que tu constateras les contradictions émanant des prêtres, des savants ou des ignorants, cela ne fera que raffermir ta foi dans cette cause; car tout ce qui est arrivé avait été prédit par la source de l'intuition et par le lieu des commandements éternels.
Je ne veux pas ici rappeler toutes les Traditions; mais quelques-unes se rapportent plus spécialement à cette condition. Et bien qu'il soit maintenant presque inutile de les citer, puisque tout ce que nous vous avons dit est une preuve suffisante, et que le mystère de tous les Livres est expliqué dans ce livre, j'en dirai néanmoins quelques-unes.

Car si tu voulais réfléchir, c'est dans nos propres paroles que tu trouverais l'explication des mystères des Verbes de Dieu et de ce qui est arrivé à ce Roi de réalité.
Pour ceux qu'elles n'auraient pas convaincus, voici les paroles sacrées qui raffermiront leur âme troublée, tranquilliseront leur esprit inquiet, et compléteront l'argument divin pour tous les peuples de la terre.
Il est dit : "Quand l'étendard de Dieu sera levé, les peuples de l'Est et de l'Ouest le maudiront." Bois un peu du vin du détachement, et réside dans les palais de l'abstinence, sache "qu'une heure de réflexion vaut mieux que soixante-dix années de prières", et tu verras alors l'explication de ces affreux événements; tu sauras pourquoi des hommes qui, autrefois, cherchaient Dieu et qui montraient leur dévotion jusqu'au jour où il est apparu se sont mis alors à maudire son peuple. Les Traditions nous l'expliquent. La suppression des lois, des institutions et des coutumes par une nouvelle Manifestation est la cause de l'égarement des peuples.
Pourquoi faut-il que si la Manifestation ne suit pas les errements habituels, et ne donne pas aux occupations du peuple une entière approbation, de pareils troubles prennent naissance ?
Ce verset du Qur'an nous le fait entendre, "Le jour où l'ange chargé d'appeler les hommes les appellera à quelque chose de terrible..."
Comme le Héraut céleste appelle les hommes au détachement de tous leurs biens, et que cet appel divin est contraire à leurs aspirations, ces terribles épreuves et ces violentes agitations sont le lot des peuples.
Vois quelle est leur condition : songent-ils aux Traditions bien établies qui toutes ont été vérifiées ? Ils s'en tiennent plutôt à des textes douteux, et ils se demandent pourquoi ils n'ont pas été accomplis.
Cependant, ils ont pu voir ce qui est arrivé, que le signe de vérité brille comme un soleil au milieu du ciel, et malgré cela ils continuent à voyager dans les déserts de l'ignorance et de la non-compréhension, à attendre la Manifestation promise qui leur confirmera les lois de Muhammad !

Combien de versets du Qur'an, combien de Traditions reconnues indiquent clairement une nouvelle religion, une nouvelle loi et une nouvelle révélation ! Et les juifs et les chrétiens continuent à raisonner de même.
Parmi les Traditions prophétisant la nouvelle cause se trouve la prière de Nudbih : "Où est le Promis qui renouvellera les préceptes et les lois, et où est celui qui a l'autorité pour transformer la religion et ses disciples ?" Dans la prière Ziyarat, on trouve : "Paix à la nouvelle vérité !"
On raconte également que Abú-Abdu'llah qu'on interrogeait sur ce que ferait l'Imam Mihdi répondit : "Il fera comme le Sceau des Prophètes; il détruira ce qui existait avant lui, comme Muhammad a détruit les façons de ceux qui l'ont précédé."
Avec toutes ces Traditions, comment les hommes peuvent-ils croire à la pérennité des commandements, alors que le but de chaque Manifestation est précisément la transformation et le perfectionnement de l'humanité, changement qui doit affecter sa vie intérieure et ses conditions extérieures.
Car si le caractère de l'humanité n'était pas transformé il serait inutile que les Manifestations apparussent.
Dans le 'Avalim, livre respecté entre tous, il est écrit : "Des Bani-Hashim (les descendants de Muhammad) naîtra un enfant, qui révélera un nouveau Livre et une nouvelle Loi, et ses plus grands ennemis seront les prêtres."
Ailleurs, on trouve ces paroles de Sadiq fils de Muhammad, l'un des Imams : "En vérité; un enfant des Bani-Hashim apparaîtra et ordonnera au peuple de lui prêter serment de fidélité, Il est le possesseur du nouveau Livre qui le fera suivre par les peuples, et formelle est sa révélation pour les Arabes. Si vous entendez parler de lui, courez vite à sa rencontre."

Comme les peuples ont bien suivi les commandements des Imams de la religion et des lampes de certitude ! Ils ont taxé le descendant de Bani-Hashim d'infidélité, et ils ont osé dire que ce Seigneur de l'univers était un renégat ! Ils ne se sont hâtés vers cette lumière que l'épée hors du fourreau et le coeur plein de haine !
Tout cela est prédit dans le Livre, et malgré les claires Traditions dont les prophéties se sont trouvées accomplies les hommes demeurent privés de l'essence pure du savoir et de l'explication, et ils ont accepté l'aberration et l'erreur grossière.
Ils ont continué à affirmer ce qui leur convenait, et ils ont taxé d'infidèle cette Essence de vérité disant : "C'est contraire aux Imams et aux Lumières infaillibles, tout cela n'est pas dans la religion."
Voyez maintenant comment tout avait été prophétisé ! Dans l'Arba'in, il est écrit : "Il naîtra des Bani-Hashim un enfant qui appellera les hommes aux nouveaux commandements. Nul ne lui répondra. Ses ennemis sont les prêtres qui refuseront de lui obéir, disant : C'est contraire à ce que nous tenons des Imams de la religion..., etc."
N'est-ce pas ce qui se dit aujourd'hui, sans que l'on ait compris qu'il est assis sur le trône de "Il fait ce qu'il veut", et repose sur le siège de "ll ordonne ce qui lui plaît" ?
Aucune intelligence ne peut saisir la nature de sa révélation, aucune instruction ne suffit à faire connaître sa cause en entier.
Tout ce qu'il dit est la vérité, tout ce qui existe a besoin de lui. Tout ce qui n'est pas lui n'existe que par son ordre. Il est la Manifestation du mystère de Dieu, l'exégète de la sagesse éternelle et invisible.
L'on trouve dans le Biharu'l-Anvar, dans l'Avalim, et le Yanbú, que Sadiq fils de Muhammad a dit : "La science est composée de vingt-sept lettres, et tout ce que les Prophètes ont apporté se résume à deux seules lettres qui composent jusqu'à aujourd'hui la somme des connaissances. Ce n'est que lorsque le Qa'im arrivera qu'il révélera les vingt-cinq autres."

Si les Prophètes, depuis Adam jusqu'au "Sceau", n'ont révélé que deux lettres sur les vingt-sept dont se compose la science, et si c'est le Qa'im qui doit nous apporter les autres, tu peux par là juger l'importance de son rang qui est supérieur à celui de tous les Prophètes et au-dessus de la compréhension de tous leurs élus.
Les ignorants, avec leur faible intelligence, voudraient contrôler ce que les Prophètes, les maîtres, les élus n'ont pas su, ou ce que, soumis à la volonté divine, ils n'ont pas révélé !
Si ces choses ne leur paraissent pas conformes à leur jugement, ils se contentent de les nier ! "Crois-tu que la plupart d'entre eux entendent ou comprennent ? Ils sont comme des brutes, et même pires que des brutes, éloignés du droit chemin."
Et comment expliquent-ils ces Traditions que nous avons vues, lesquelles indiquent si clairement la venue, aux jours de Sa Majesté, du nouvel ordre de choses qui doit causer des divergences si profondes parmi les peuples, que les prêtres et les érudits ordonneront la mise à mort de la Manifestation et de ses disciples ? N'y est-il pas dit que tous les peuples se révolteront ?
Dans le Kafi, dans la Tablette de Fatimih, Jabir dit à propos du Qa'im : "Il aura la perfection de Moïse, la gloire de Jésus, la patience de Job. Ses disciples seront méprisés durant sa vie; et leurs têtes seront envoyées à titre de présents, ainsi qu'on envoie aujourd'hui les têtes des Turcs et des Daylamites. Ils seront massacrés et brûlés. Ils seront épouvantés, terrorisés; la terre sera rougie de leur sang; les lamentations et les gémissements seront le lot de leurs femmes. En vérité ils sont mes élus." Y a-t-il une seule lettre de cette Tradition qui n'ait pas été confirmée par les événements ?
En combien d'endroits le noble sang des disciples a-t-il été répandu ? Quelle est la ville qui ne les a pas tenus prisonniers ? Quel est celui qui n'a pas brûlé quelques-uns d'entre eux ?
Et pourtant nul n'a songé que, si le Promis, le Qa'im, avait dû être envoyé dans la sphère d'une ancienne religion et d'une ancienne loi, les Traditions n'auraient pas prophétisé tant de calamités. Y aurait-il eu de telles divergences entre les peuples, qui en sont venus à invoquer le devoir pour s'entre-tuer, et qui ont fini par croire que la torture de ces esprits sublimes était pour eux le moyen d'atteindre les hauteurs de l'approche ?

Dans le Rawdiy-i-Kafi, il est également écrit, à propos de Zawra : "Mu'aviyih fils de Vahhab raconte que Abú Abdu'llah lui demandait un jour s'il connaissait Zawra. Il répondit : que je sois votre sacrifice, on prétend que c'est Baghdad. - Non, dit-il.
Etes-vous allé à Rayy ? - Oui. - Etes-vous allé au marché aux bestiaux ? - Oui. - Avez-vous vu la montagne noire à droite de la rue ? C'est Zawra. Quatre-vingts fils y seront tués, et chacun d'eux pourtant serait digne d'avoir le Califat. - Qui les tuera ? - Les fils de la Perse." Peut-il y avoir allusion plus claire aux terribles événements des dernières années en Perse, et aux martyrs que tout le monde connaît maintenant ?
Comment ces êtres, rebut de l'humanité, n'ont-ils pas compris ces Traditions qui étaient pourtant aussi claires que le soleil en plein midi, et ne se sont-ils pas soumis à la vérité ?
S'en détournant, au contraire, et invoquant d'autres Traditions qu'ils ne comprenaient pas davantage, ils n'ont pas reconnu la Révélation de Dieu et sa beauté. Ils ont choisi la géhenne pour demeure.
Tout cela est dû aux prêtres et aux savants. C'est ce qui faisait dire à Sadiq fils de Muhammad : "Les savants de ce temps-là étaient les pires individus de la terre et ce furent eux qui suscitèrent tous les troubles."
Je demande aux prêtres et aux savants du Bayan de ne pas suivre leurs traces, et de ne pas faire à l'Essence divine, à l'Eternité pure, à la Manifestation parfaite, au temps où elle viendra, ce qu'on a fait de nos jours; de ne pas résister à cette Essence du savoir et de la sagesse, en s'en tenant à leur propre intelligence et à leurs idées préconçues.

Malgré tous ces avertissements, je sais qu'un chef à l'oeil borgne se lèvera pour faire la guerre la plus violente; et que dans chaque ville on ne songera qu'à supprimer la Beauté bénie.
Les disciples de ce Roi de l'existence et de cette Essence désirée en seront réduits à fuir au fond des montagnes et des déserts, pour se soustraire aux mains des infidèles. Quelques-uns, s'en remettant à Dieu, d'un esprit détaché, sacrifieront leur vie.
Et déjà je vois qu'un homme célèbre par sa dévotion et son honorabilité, au point que tout le monde considérera comme un devoir de lui obéir, et comme une nécessité de se soumettre à son commandement, se lèvera pour déraciner l'arbre divin; de toutes ses forces il dirigera contre lui la troupe des contradicteurs !
Espérons que le peuple du Bayan fera preuve d'intelligence et s'envolera pour résider dans l'atmosphère de l'esprit, qu'il saura distinguer la vérité de l'erreur, et démasquer les imposteurs.
En ces jours le vent de jalousie et d'envie est en train de souffler, et je jure, par l'Educateur de tout ce qui existe, que depuis le commencement du monde qui n'a jamais commencé, jusqu'à nos jours, il n'y a jamais eu jalousie pareille à celle qu'on voit en ce moment.
Des hommes qui n'ont jamais respiré le parfum de la justice ont brandi contre nous le drapeau de la révolte; de tous côtés les épées sont tirées, les flèches sont lancées.
Je ne me suis jamais mis en avant ni au-dessus de qui que ce soit, je me suis au contraire toujours considéré comme le compagnon et le très humble et fidèle ami de chacun.
Avec un pauvre j'ai toujours été comme un pauvre, avec les savants et les nobles je me suis toujours tenu sur la réserve.
Et malgré tout, je jure par Dieu qui est Un, que tout ce que j'ai eu à subir des ennemis et des docteurs n'est rien à côté de ce que j'ai eu à supporter de la part de ceux qui se disent mes amis: si je le racontais, pas un de ceux qui ont l'esprit équitable ne pourrait le supporter !

Et c'est parce que je savais ce qui allait se passer qu'en arrivant ici il y a quelques années, je résolus de me confiner dans la solitude; je demeurai ainsi deux ans tout seul, dans les déserts abandonnés.
Les larmes d'anxiété coulaient de mes yeux, et dans mon coeur saignant s'agitait l'océan d'une douleur mortelle : combien de nuits ai-je passées à jeun, et combien de journées sans repos !
Malgré toutes ces calamités et ces afflictions continuelles, je jure par celui qui tient mon âme entre ses mains que je n'ai jamais été plus heureux.
J'ai connu le vrai bonheur et la joie parfaite, car je n'avais pas le spectacle des joies et des malheurs, de la santé et des maladies de chacun.
Réfugié en moi-même, oublieux du monde et de tout ce qu'il contient, je ne savais pas que les mailles de la destinée divine sont plus serrées que ne le pensent les mortels, et que les flèches de la prédestination ne peuvent être évitées.
L'homme ne peut s'affranchir de la volonté de Dieu, et il n'a que la ressource de se soumettre.
En ce temps, je t'assure que je n'avais nul désir de revenir, et que je ne songeais pas à terminer mes pérégrinations; je ne désirais qu'une seule chose, ne pas être l'objet des discussions des croyants, la cause de la révolte des disciples et la raison des souffrances ou des tristesses de qui que ce fût. C'était là mon unique pensée, malgré tout ce qu'on avait pu dire ou croire.
Mais de la source mystique me vint l'ordre de revenir, et, soumis, je revins ici.
Ma plume est impuissante a dire ce que je vis alors; et voici maintenant plus de deux ans que mes ennemis emploient tous leurs efforts à essayer de me faire périr, ainsi que chacun le sait, sans qu'aucun ami ne se soit levé pour m'aider ou seulement me montrer de la sympathie !
Au contraire, comme la pluie du ciel, les déceptions causées par les paroles et les actions de tous tombent sur moi les unes après les autres.

Avec la plus entière soumission, j'ai placé ma vie dans ma main, afin que, par la miséricorde divine, cette lettre manifeste et révélée soit sacrifiée dans le chemin du Premier Point et du Verbe sublime ! Si tel n'était pas mon voeu, par celui qui manifeste l'Esprit, je ne resterais pas une seconde de plus dans cette ville ! Et le témoignage divin me suffit.
Il n'y a pas de pouvoir ou de puissance qui n'émane de Dieu; nous venons de lui et nous retournons à lui !
Les hommes intelligents qui ont bu le vin de l'amour, et qui ne nourrissent aucun espoir égoïste dans leur coeur, comprendront comment tous les arguments et toutes les preuves concordent en faveur de cette cause merveilleuse et de cette sublime Manifestation divine, plus claire que le soleil dans les cieux.
Malgré cela, les peuples se détournent de la beauté de Dieu, et recherchent leurs propres plaisirs;
en dépit de tous les versets et de toutes les preuves qui sont le plus précieux dépôt de Dieu parmi les êtres humains, et des Traditions qui se passent d'explications, ils ne prêtent nulle attention à ces choses, préférant arguer de la signification incomprise de certaines paroles. A jamais ils sont privés de la source du vin du Très-Glorieux et de l'eau éternelle de la Beauté suprême !
L'année de l'apparition de cette quintessence de lumière a d'ailleurs été également signalée, ce qui n'a pas arrêté un seul instant les hommes sur la pente de leurs plaisirs.
Ainsi, dans la Tradition de Mufaddal, ce dernier demande à Sadiq : "O mon Seigneur, quand viendra la Manifestation." En l'an 60, sa cause apparaîtra et sa révélation sera répandue."
C'est un perpétuel sujet d'étonnement que malgré tout cela les hommes continuent à se détourner de la vérité.
Tout ce qui devait arriver à cet être sublime a été écrit; dans le Bihar on trouve : "En vérité notre Qa'im aura les signes de quatre Prophètes, Moïse, Joseph, Jésus et Muhammad. Comme Moïse il sera dans l'inquiétude. Comme Joseph il sera emprisonné. Comme Jésus il sera persécuté. Comme Muhammad il laissera un livre semblable au Qur'an."

Cette Tradition, qui prédit tout ce qui devait se passer, n'a rendu personne attentif; aura-t-elle ce résultat plus tard ?
Tout dépend de la volonté de Dieu. En vérité, ll fera entendre ceux qu'il voudra, et je ne puis faire entendre les morts !
Tu sais donc que les colombes éternelles et les oiseaux célestes parlent deux langages. L'un exotérique, sans aucun symbole et sans obscurité, sert à guider les hommes et à les attirer vers les hauteurs sublimes et les lieux de la rencontre, ce sont les claires Traditions et les versets évidents que nous avons cités.
L'autre langage est voilé; il sert à éprouver les méchants et à les faire connaître tels qu'ils sont. C'est ainsi que Sadiq fils de Muhammad dit : "Je jure par Dieu que vous serez tentés et jugés."
C'est la balance divine et la pierre de touche éternelle, avec laquelle les serviteurs sont éprouvés; et nul ne comprend ce langage, hormis ceux dont le coeur détaché est en repos, dont l'âme est satisfaite et dont l'esprit est détaché de tout sauf de lui. Ce dernier langage ne doit pas être interprété à la lettre.
"Pour chaque science il y a soixante-dix chemins et les hommes n'en connaissent qu'un; le Qa'im montrera les autres." On dit également : "Nous parlons un langage qui exprime soixante-dix significations." De sorte que si l'une des significations d'une Tradition ne te paraît pas s'être vérifiée, n'en sois pas troublé, pense que tu n'as pas compris; car nul ne peut savoir quelle était l'intention des Imams de la religion.
Il appartient aux fidèles de ne pas se priver de la bonté divine par de telles questions dont les réponses doivent venir des serviteurs de Dieu.
Mais y a-t-il vraiment sur terre un seul chercheur sincère qui, dans ses perplexités, se confie à la Manifestation divine ?

Chacun habite au pays de l'oubli, et suit les infidèles et les tyrans !
Dieu traitera tout le monde suivant son mérite, et, de même que les uns ont négligé sa rencontre en ses jours, de même Il saura oublier les ingrats. Ainsi en a-t-il été décidé pour les infidèles, et il en sera ainsi pour tous ceux qui désavouent les signes !
Je termine ces lignes par les Paroles de Dieu; "Celui qui se détournera de mes avertissements mènera une vie misérable." "Celui qui cherchera à se soustraire aux exhortations du Très-Haut, nous lui attacherons Satan avec une chaîne; il sera son compagnon inséparable."
Telles sont les paroles qui sont descendues autrefois de Dieu; si vous êtes de ceux qui comprennent !
révélé par le "ba" et le "ha" et paix à tous ceux qui écoutent les mélodies de la divine colombe sur le Sadratu'l-muntaha gloire à notre Seigneur le Très-Haut !

==== FIN DU TEXTE ====
Livre de la certitude
Introduction à l'édition de 1986
Traduire un texte en rendant le sens exact et le style originel est une tâche ardue et, pour tout dire, impossible. C'est encore plus vrai si le texte est religieux, considéré comme révélé. Alors, la précision du sens est considérée comme capitale, la beauté du texte passant parfois au second plan.
La traduction entreprise, au début du siècle, par Hippolyte Dreyfus est à tout point de vue une réussite. Aucun traducteur n'a su, depuis, rendre comme lui, en un français élégant et harmonieux, poétique parfois, les écrits de Bahá'u'lláh.
Pourtant il lui manquait, pour traduire certains passages rendus difficiles par la différence des langues persane, arabe et française, les directives de Shoghi Effendi. Celui-ci, en sa qualité de Gardien de la Foi bahá'íe, avait l'autorité pour trancher entre diverses traductions possibles, autorité soutenue par sa profonde connaissance du persan, de l'arabe et de l'anglais.
C'est pourquoi l'Assemblée spirituelle nationale des Bahá'ís de France a Jugé bon de faire réviser la traduction d'Hippolyte Dreyfus sur la base du texte anglais de Shoghi Effendi qui fait autorité.
Cette révision s'est faite dans l'esprit suivant : le texte d'Hippolyte Dreyfus a été conservé dans toute la mesure du possible pour la qualité et l'élégance de l'écriture. Dans la mesure où le sens n'en était pas affecté du tout, plusieurs passages différents de l'anglais furent laissés tels quels; ce sont surtout des expressions poétiques difficiles à reproduire en français. Enfin, les phrases et les mois trop éloignés de la traduction de Shoghi Effendi furent corrigés, aux dépens quelques fois de la beauté du style. Lorsqu'il fallut choisir, c'est toujours le sens qui fut préféré. Les nombreux extraits du Qur'an contenus dans l'ouvrage sont indiqués par un astérisque.
Ainsi rapprochée du texte original de Bahá'u'lláh cette présente édition peut toujours être légitimement signée par Hippolyte Dreyfus. Elle permettra aux Bahá'ís, aux étudiants et aux chercheurs d'appréhender la richesse, la profondeur, la clarté, la précision et, quelque peu, la poésie des écrits révélés par Bahá'u'lláh.
Pierre Spierckel
Préface de la première édition de 1904 (extraits)
Mirza Husayn'Ali Núri, révéré maintenant sous le nom de Bahá'u'lláh, la Gloire de Dieu, naquît à Tihran (Téhéran) le deuxième jour du mois Muharram 1233 (novembre 1817). D'une haute famille de Núr qui, pendant de longues années, avait fourni des hommes d'Etat à la dynastie régnante, il était âgé d'environ 27 ans lorsque le Bab déclara sa mission à Shiraz; et quoique ne s'étant jamais rencontré avec le jeune réformateur, il fut un des premiers à embrasser la Cause. Sa parole éloquente, la science des Ecritures dont il faisait preuve dans les discussions avec les docteurs, valurent à la Foi babie de nombreux adhérents. Emprisonné à Tihran après la tentative d'assassinat contre le Shah, bien qu'aucune charge de complicité n'ait pu être relevée contre lui, il dut la vie à l'intercession de l'ambassadeur de Russie, et fut, avec les siens, exilé à Baghdad. Son esprit élevé, la noblesse de son âme, comme aussi sa piété, firent de lui en peu de temps le véritable chef de la communauté. Et lorsque, plus tard, il déclara ouvertement être Celui qu'on attendait, la grande Manifestation de Dieu promise dans les Livres pour les derniers jours, il n'eut même pas à convaincre des disciples qui déjà croyaient en lui, et il négligea de lutter contre une infime minorité de dissidents de jour en jour moins nombreux, que l'affection ou l'intérêt retenaient autour de Subh-i-Azal, jusque-là considéré comme le successeur du Bab.
Effrayé des progrès que faisait la nouvelle religion, dans cette province périodiquement fréquentée par des milliers de musulmans se rendant en pèlerinage aux sanctuaires de Karbila, ou traversant Baghdad pour aller à La Mecque, le Sultan décida d'envoyer les Persans à Constantinople où du moins il pourrait surveiller de plus près les effets de leur propagande. Mais cette mesure n'ayant pas réussi à entraver les progrès de la Foi bahá'íe, il les exila d'abord à Andrinople, puis finalement dans la ville forte de Saint-Jean-d'Acre, où ils arrivèrent à la fin d'août 1868.
C'est là que Bahá'u'lláh mourut le 29 mai 1892, après avoir établi les bases de la nouvelle religion dans de nombreux ouvrages et dans des lettres pieusement conservées par leurs destinataires, et après avoir vu sa Cause non seulement s'implanter définitivement en Perse où aujourd'hui les bahá'ís se rencontrent partout, mais encore franchir les limites du monde musulman, et recruter des adeptes dans toutes les parties du monde.
Le Kitab-i-Iqan, dont nous publions aujourd'hui la traduction, est une des premières oeuvres de Bahá'u'lláh. Plusieurs passages du Livre indiquent qu'il le composa à Baghdad vers 1862, alors qu'il n'avait encore déclaré sa Mission qu'à quelques intimes, sa déclaration publique n'ayant eu lieu qu'en 1866 à Andrinople. Un membre de la famille du Bab, un de ses oncles, ayant demandé à Mirza Husayn'Ali comment un homme pouvait se dire prophète, et comment son propre neveu avait pu prétendre être le Qa'im, l'Imam Mahdi, dont le retour prédit par les Tradition devait précéder la venue du jour du Jugement et de la Manifestation de Dieu, il lui répondit par l'épître connue sous le nom de Kitab-i-Iqan, dans laquelle, examinant l'oeuvre de Moïse, de Muhammad et de Jésus, analysant certains passages des Ecritures, il explique la nature de la mission d'un Prophète, et montre l'unité qui relie entre elles toutes les Manifestations divines. L'ouvrage, sous les dehors d'un symbolisme mystique particulier aux formes de la pensée musulmane, est conçu dans un style poétique et énergique, où perce parfois la violence d'un anticléricalisme qu'on croirait né sous d'autres cieux.

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