Read: Dieu passe pres de nous - Partie 1 - Chapitre 05


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DIEU PASSE PRES DE NOUS

Shoghi Effendi

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1ère Période: Ministère du Bab (1844-1853)

CHAPITRE V: Attentat à la vie du sháh et conséquences

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La foi qui avait remué toute une nation jusqu'au fond d'elle-même, pour laquelle des milliers d'âmes héroïques et de haute valeur avaient été immolées, et dont celui qui en fut l'auteur avait, sur son autel, sacrifié sa vie, cette foi se trouvait maintenant soumise à la tension et à la pression d'une autre crise encore, extrêmement violente, et dont les conséquences devaient être d'une grande portée. Ce fut l'une de ces crises périodiques qui se produisirent au cours de tout un siècle et qui réussirent à éclipser momentanément la splendeur de la foi, disloquant presque la structure de ses institutions organiques. Toujours soudaines, souvent inattendues et apparemment fatales à la fois à son esprit et à sa vie, ces inévitables manifestations de l'évolution mystérieuse d'une religion mondiale excessivement vivante, audacieuse en ses revendications, révolutionnaire par ses principes, en lutte avec des forces supérieures écrasantes, ont été, soit suscitées à l'extérieur par la malveillance de ses adversaires avoués, soit provoquées à l'intérieur par l'imprudence de ses amis, l'apostasie de ses partisans ou la défection de certains des plus haut placés parmi les parents et connaissances de ses fondateurs. Si déconcertants qu'ils fussent pour la grande masse de ses fidèles adeptes, et si bruyamment tambourinés qu'ils aient été par ses adversaires comme des symptômes de son déclin et de sa disparition prochaine, ces revers et ces reculs reconnus, dont la foi a souffert de temps à autre si tragiquement, n'ont pas réussi, lorsqu'on les considère avec le recul du temps, à entraver sa marche ni à entamer son unité. Certes, lourd est le tribut qu'ils ont exigé, indicibles les agonies qu'ils ont engendrées, et la consternation qu'ils provoquèrent fut générale et eut un effet paralysant pour quelque temps. Malgré tout, examinés sous leur angle propre, chacun d'eux peut être assurément qualifié de bienfait déguisé, ayant fourni un moyen providentiel pour libérer un nouvel afflux de force céleste, une préservation miraculeuse contre des calamités imminentes et encore plus terribles, une voie permettant l'accomplissement des prophéties du passé, un agent pour purifier et revivifier la communauté, une impulsion pour élargir le cercle et accroître l'influence de cette communauté, et enfin une preuve irrésistible de l'indestructibilité de sa force de cohésion, Parfois, au plus fort de la crise elle-même, mais plus souvent après, la signification de ces épreuves s'est révélée d'elle-même aux yeux des hommes, et la nécessité de pareilles expériences a été démontrée partout et sans l'ombre d'un doute, 'aux amis comme aux ennemis. Rarement, pour ne pas dire jamais, le mystère dissimulé sous ces bouleversements funestes, envoyés par Dieu, demeura caché; rarement aussi, leur objectif et leur sens profond restèrent voilés à l'intelligence des hommes.

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C'est d'une sévère épreuve de ce genre que la foi du Báb, encore dans les premières étapes de l'enfance, allait commencer l'expérience. Diffamée et pourchassée dès l'instant où elle naquit, privée dès les premiers jours du soutien de la majorité de ses principaux défenseurs, foudroyée par la disparition tragique et soudaine de son fondateur, vacillant sous les coups cruels et successifs reçus à Mázindarán, Tihrán, Nayriz et Zanjàn, une foi cruellement persécutée allait être soumise, par l'acte honteux d'un Bábí fanatique et irresponsable, à une humiliation qu'elle n'avait encore jamais subie. Aux épreuves déjà encourues s'ajoutait maintenant le fardeau oppressant d'une autre calamité d'une gravité sans précédent, déshonorante par son caractère et dévastatrice en ses conséquences immédiates.

Obsédé par la douloureuse tragédie du martyre de son maître bien aimé, poussé par une frénésie désespérée à tirer vengeance de cet acte odieux, et s'imaginant que l'auteur et instigateur de ce crime n'était autre que le sháh lui-même, un certain Sàdiq-i-Tabrizi, employé dans une confiserie de Tihrán, accompagné de son complice, un jeune homme également inconnu nommé Fathu'lláh-i-Qumi, se rendit un jour du mois d'août (15 août 18 5 2), à Niyávaràn*, où l'armée impériale avait établi ses campements et où le souverain se trouvait en résidence. Arrivé là, il attendit au bord de la route, apparemment comme un innocent badaud, puis déchargea son pistolet sur le sháh, peu après que celui-ci, monté sur son cheval, eut débouché des jardins du palais pour faire sa promenade matinale. L'arme employée par l'assaillant montre à coup sûr le caractère insensé du geste de ce jeune homme à demi-fou, et prouve nettement qu'aucun homme doué d'un jugement sain n'aurait pu perpétrer un acte aussi stupide.

Tout le village de Niyávaràn, où s'étaient rassemblées la cour et les troupes impériales, fut plongé, par suite de cet attentat, dans un tumulte inimaginable. Frappés d'horreur, les ministres de l'Etat, ayant à leur tête Mirzá Àqà Khàn-i-Nùri, l'i'timàdù'd-dawlih*, successeur de l'amirnizàm, se précipitèrent aux côtés de leur souverain blessé. La sonnerie des trompettes, le roulement des tambours et le son strident des fifres appelèrent de tous côtés l'armée de Sa Majesté Impériale. La suite du sháh, les uns à cheval, les autres à pied, envahit l'enceinte du palais. Une scène d'un désordre indescriptible s'ensuivit, chacun donnant des ordres que personne n'entendait ni ne comprenait et auxquels personne n'obéissait. Ardishir Mirzá, gouverneur de Tihrán, avant déjà, entre-temps, ordonné à ses troupes de patrouiller dans les rues désertes de la capitale, fit fermer les portes de la citadelle ainsi que celles de la ville, fit charger ses batteries et, en toute hâte, dépêcha un messager pour s'informer de la véracité des rumeurs extravagantes qui circulaient dans la foule, et pour demander des instructions spéciales.

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A peine cet acte fut-il commis que son ombre s'étendit sur le corps tout entier de la communauté Bábí. Une tempête générale d'horreur, d'aversion et de ressentiment, amplifiée par l'hostilité implacable de la mère du jeune souverain, balaya la nation, excluant toute possibilité de se livrer même à la plus élémentaire enquête sur les origines et les promoteurs de l'attentat. Un signe, un murmure étaient suffisants pour compromettre un innocent et déchaîner sur lui les calamités les plus abominables. Une armée d'ennemis - ecclésiastiques, fonctionnaires de l'Etat et gens du peuple, unis dans une haine implacable, et guettant une occasion de discréditer et d'annihiler un adversaire redouté - avait enfin trouvé le prétexte tant désiré. Elle pouvait désormais réaliser ses desseins malveillants. Bien que, dès sa naissance, la foi ait désavoué toute intention d'usurper les droits et les privilèges de l'Etat, bien que ses représentants et ses disciples se soient appliqués à éviter tout acte qui pourrait les faire soupçonner du moindre désir d'entamer une guerre sainte, ou faire croire à une attitude agressive de leur part, ses ennemis, malgré tout, ignorant délibérément les nombreuses preuves de l'évidente mesure manifestée par les fidèles d'une religion persécutée, se révélèrent capables d'atrocités aussi barbares que celles qui resteront à jamais associées aux épisodes sanglants de Mázindarán, Nayriz et Zanjàn. Dans quels abîmes d'infamie et de cruauté ce même ennemi était-il prêt à descendre, maintenant qu'un acte aussi perfide et aussi téméraire avait été commis? Quelles accusations ne s'empresserait- il pas de lancer, et quel traitement n'infligerait-il pas à ceux qu'il pourrait associer, sans aucune justification pourtant, à un crime aussi odieux contre celui dont la personne représentait le premier magistrat du royaume et le mandataire de l'Imàm caché?

Le règne de terreur qui s'ensuivit fut révoltant au-delà de toute expression. L'esprit de vengeance animant ceux qui avaient déchaîné ses horreurs paraissait insatiable. Ses répercussions eurent des échos jusque dans la presse européenne, échos qui flétrirent d'infamie ses protagonistes assoiffés de sang. Le grand vizir, désireux de réduire les occasions de vengeances sanglantes, partagea l'exécution des sentences de mort entre les princes et les nobles, ses principaux ministres, les généraux et les officiers de la cour, les représentants du clergé et des commerçants, les artilleurs et les fantassins. Au sháh lui-même fut attribuée une victime à exécuter, quoique, pour sauver la dignité de la couronne, il déléguât à l'intendant de sa maison le soin de tiret le coup fatal à sa place. De son côté, Ardishir Mirzá fit installer une rangée de piquets d'hommes aux portes de la capitale, en ordonnant à ses gardes d'examiner attentivement les visages de ceux qui tenteraient de la quitter. Convoquant le kalantar* ' le dàrùghih* et les kad-khudàs*, il leur ordonna de rechercher et d'arrêter toute personne suspectée d'être Bábí Un jeune homme nommé 'Abbás, ancien serviteur d'un fidèle bien connu de la foi, fut forcé, sous menace d'une torture inhumaine, de parcourir les rues de Tihrán et de montrer du doigt tous ceux qu'il reconnaissait comme étant Bábí. Il fut même contraint de dénoncer toute personne qu'il supposait disposée et capable de payer une grosse somme d'argent pour préserver sa liberté.

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Le premier à souffrir en ce jour funeste fut l'infortuné Sàdiq qui fut immédiatement tué sur le lieu de son attentat criminel. Son corps fut attaché à la queue d'une mule et traîné tout le long du chemin jusqu'à Tihrán; là, il fut sectionné en deux, chaque moitié étant suspendue et exposée aux regards du public, tandis que les autorités de la ville invitaient le peuple à monter sur les remparts pour contempler le cadavre mutilé " On versa du plomb fondu dans la gorge de son complice, après l'avoir torturé avec des pinces rougies et lui avoir brisé les membres. Un de ses camarades, Hàji Qàsim, fut dépouillé de ses vêtements; des chandelles allumées furent enfoncées dans des trous pratiqués dans sa chair, et il fut exhibé aux yeux de la foule qui criait et le maudissait. D'autres eurent les yeux arrachés, furent sciés en deux, étranglés, projetés par la bouche d'un canon, coupés en morceaux, tailladés à la hache ou avec des massues, ferrés comme les chevaux, transpercés à la baïonnette ou lapidés. Les marchands de supplices rivalisaient entre eux dans la course aux brutalités, tandis que les mains de la population, à laquelle on livrait le corps des victimes sans défense, se refermaient sur leurs proies et les mutilaient au point d'effacer toute trace de leur forme originelle. Les bourreaux, bien qu'accoutumés à leur macabre besogne, demeuraient stupéfaits devant la monstrueuse cruauté de la foule. On pouvait voir des femmes et des enfants conduits à travers les rues par leurs bourreaux, la chair en lambeaux, des chandelles allumées plantées dans leurs plaies, et qui chantaient d'une voix vibrante devant les spectateurs silencieux: " En vérité, nous venons de Dieu et vers Lui nous retournons! " Comme quelques-uns des enfants expirèrent en route, leurs tortionnaires lancèrent leurs corps sous les pieds de leurs pères et de leurs sœurs qui, les piétinant fièrement, ne daignaient même pas jeter sur eux un second coup d'œil. Selon le témoignage d'un écrivain français distingué, plutôt que d'abjurer sa foi, un père préféra s'étendre à terre et voir trancher, contre sa poitrine, la gorge de ses deux jeunes fils déjà couverts de sang, cependant que l'aîné, un garçon de quatorze ans, réclamant avec force son droit de priorité, demandait à être le premier à donner sa vie.

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Un officier autrichien, le capitaine von Goumoens, alors au service du sháh, fut si horrifié, affirme-t-on de source sûre, par les cruautés dont il était le témoin forcé, qu'il donna sa démission. "Ecoutez bien ceci mon ami ", écrit ce même capitaine deux semaines après l'attentat en question, et dont la lettre fut publiée dans le "Soldat en freund', "vous qui vantez la sensibilité et la morale européennes. Pensez à ces infortunés qui, les yeux arrachés, sont obligés de manger toutes chaudes, sur la scène de l'action, leurs propres oreilles coupées, ou à ceux dont les dents sont arrachées avec une violence inhumaine par la main du bourreau, ou à ceux dont les crânes dénudés sont simplement défoncés à coups de marteau; ou encore, imaginez le bazar illuminé par de malheureuses victimes dont la poitrine et les épaules, creusées de chaque côté de trous profonds, portent des mèches allumées, insérées dans les plaies. J'en ai vues qu'on traînait, enchaînées, à travers le bazar, précédées d'un orchestre militaire, dans lesquelles ces mèches avaient brûlé si profondément, que la graisse crépitait par à-coups dans les blessures, comme une lampe qui charbonne. Il n'est pas rare que l'infatigable ingéniosité de l'oriental parvienne à trouver de nouvelles tortures. Ainsi, ils écorcheront la plante des pieds du Bábí et tremperont ses blessures dans l'huile bouillante, ou bien, ferrant ses pieds comme les sabots d'un cheval, ils forceront la victime à courir. Nul cri ne s'échappe de la poitrine du supplicié; la torture est supportée dans un silence de mort par les sens engourdis du fanatique; maintenant il lui faut courir; le corps ne peut endurer ce que l'âme a supporté et il tombe. Qu'on lui donne le coup de grâce Qu'on le délivre de sa douleur! Mais non! Le bourreau brandit son fouet et j'ai dû moi-même être témoin de cela - la malheureuse victime cent fois torturée se met à courir. C'est le commencement de la fin. Pour ce qui est de la fin elle-même, elle consiste à suspendre le corps roussi et troué à un arbre, et la tête en bas, par les mains et par les pieds; chaque persan peut alors exercer à son gré son adresse au tir, à une distance déterminée, mais pas trop proche du noble gibier mis à sa disposition. J'ai vu des cadavres déchirés par près de cent cinquante balles." "En relisant ce que j'ai écrit", continue-t-il, "je suis assailli par l'idée que les gens de votre entourage, dans notre Autriche bien-aimée, douteront peut-être de l'entière véracité de cette description et m'accuseront d'exagérer. Plût à Dieu que je n'aie jamais vécu pour voir cela! Mais par les devoirs de ma profession, j'étais malheureusement souvent par trop souvent - témoin de ces abominations. Actuellement je ne quitte jamais ma maison, afin de ne pas rencontrer de nouvelles scènes d'horreur ... Toute mon âme se révolte contre de telles infamies . . ., aussi, je ne veux pas conserver plus longtemps ma charge sur la scène de pareils crimes." Il n'est pas étonnant qu'un homme aussi célèbre que Renan ait, dans son livre "Les Apôtres", qualifié de "journée peut-être sans parallèle dans l'histoire du monde", la hideuse boucherie qui eut lieu en un seul jour, au cours du grand massacre de Tihrán.

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La main qui s'était abattue pour asséner un coup si sévère aux adeptes d'une foi douloureusement éprouvée ne se limita pas à la simple masse des fidèles persécutés du Báb. Avec une fureur et une détermination égales, elle se leva pour abattre, avec une même force, les quelques chefs qui avaient survécu aux vents contraires de l'adversité, vents qui avaient déjà terrassé un si grand nombre de défenseurs de la foi. Tàhirih, l'immortelle héroïne qui, déjà, avait jeté un impérissable éclat, à la fois sur son sexe et sur la cause qu'elle avait épousée, fut entraînée et finalement engloutie par la tempête déchaînée. Siyyid Husayn, le secrétaire du Báb, compagnon de son exil, dépositaire éprouvé de ses dernières volontés et témoin des prodiges, qui accompagnèrent son martyre, tomba également victime de sa fureur. Cette main eut même la témérité de se lever contre la personne sublime de Bahá'u'lláh. Mais, bien qu'elle se soit emparée de lui, elle ne réussit pas à l'abattre. Elle mit sa vie en péril, imprima sur son corps les marques indélébiles d'une impitoyable cruauté, mais elle fut impuissante à briser une carrière destinée, non seulement à entretenir la flamme de l'esprit allumée par le Báb, mais à provoquer une conflagration qui allait, en même temps, parachever et éclipser les gloires de sa révélation.

Pendant ces sombres jours d'agonie où le Báb n'était plus, où les sources de lumière qui avaient brillé au firmament de sa foi avaient été successivement éteintes, où son remplaçant nominal,' un "fugitif désorienté, déguisé en derviche, portant un kashkùl* (corbeille à aumônes) à la main", errait dans les montagnes et les plaines du voisinage de Rasht*, Bahá'u'lláh, en raison de ses actes passés, apparaissait aux yeux d'un ennemi vigilant comme son plus redoutable adversaire, et comme l'unique espérance d'une hérésie encore incomplètement exterminée. Sa capture et son exécution étaient maintenant devenues une impérieuse nécessité. C'était celui qui, trois mois à peine après la naissance de la foi, avait reçu des mains de l'envoyé du Báb, Mullà Husayn, le parchemin qui lui apportait les premières nouvelles d'une révélation proclamée depuis peu, celui qui avait reconnu immédiatement son authenticité et s'était levé pour soutenir sa cause. C'est vers la ville natale de celui-ci que les pas de cet envoyé se dirigèrent d'abord, vers l'endroit qui recelait "un mystère d'une sainteté tellement transcendante que ni Hijàz ni Shiráz ne pouvaient espérer rivaliser avec lui." C'est le compte rendu fait par Mullà Husayn sur le contact ainsi établi, compte rendu si réconfortant et accueilli par le Báb avec une joie triomphante, qui décida enfin ce dernier à entreprendre son pèlerinage projeté à La Mecque et à Médine.

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Bahá'u'lláh seul était l'objet et le centre des allusions secrètes, des apologies ardentes des prières ferventes, des joyeuses nouvelles et des avertissements terribles enregistrés à la fois dans le Qayyùmu'l-Asmà' et dans le Bayán, tous deux destinés à être, respectivement, le premier et le dernier des témoignages écrits à la gloire dont Dieu allait bientôt l'investir. C'est lui qui, par sa correspondance avec l'auteur de la foi nouvellement fondée, et par son association intime avec les plus distingués de ses disciples tels que Vahid, Quddùs, Mullà Husayn et Tàhirih, fut à même de favoriser sa croissance, d'éclaircir ses principes, de renforcer ses bases morales, de pourvoir à ses besoins immédiats, d'éviter certains dangers pressants qui la menaçaient, et de participer efficacement à son développement et à sa consolidation. C'est à lui, "le seul objet de notre adoration et de notre amour", que le prophète-pèlerin fit allusion à son retour à Bùshihr lorsque, en congédiant Quddùs, il lui annonça qu'il aurait la double félicité d'atteindre à la présence de leur Bien-Aimé et de boire le calice du martyre. C'est celui qui, dans la fleur de l'âge, rejetant toute considération de renommée terrestre, de richesse ou de situation, insoucieux du danger et risquant le blâme de sa caste, se leva, à Tihrán, et plus tard dans sa province natale de Mázindarán, pour s'identifier avec la cause d'une secte obscure et proscrite; il gagna à cette cause un grand nombre de fonctionnaires et de notables de Nùr*, y compris ses propres parents et ses associés; il exposa, sans crainte et d'une manière persuasive, les vérités de cette cause aux disciples de l'illustre mujtahid Mullà Muhammad, enrôla sous son étendard les représentants attitrés du mujtahid, s'assura par cet acte la fidélité sans réserve d'un grand nombre de dignitaires ecclésiastiques, de membres du gouvernement, de paysans et de commerçants, et réussit à en imposer au mujtahid lui-même, au cours d'une entrevue mémorable. C'est seulement grâce au pouvoir du message écrit qu'il confia à Mullà Muhammad Mihdiy-i-Kandi, qui fut remis au Báb alors dans le voisinage du village de Kulayn, que l'âme en peine du prisonnier fut capable de se débarrasser, à une heure d'incertitude et d'expectative, de l'angoisse qui s'était emparée d'elle depuis son arrestation à Shiráz. C'est lui qui, dans l'intérêt de Tàhirih et de ses compagnons emprisonnés, se soumit volontairement à une détention humiliante de plusieurs jours - la première qu'il eut à souffrir - dans la maison de l'un des kad-khudàs de Tihrán. C'est grâce à sa prudence, à sa prévoyance et à son habileté que Tàhirih put s'enfuir de Qazvin, échapper à ses adversaires et parvenir, saine et sauve, à la demeure de Bahá'u'lláh, d'où elle partit plus tard pour un lieu sûr, près de la capitale, et ensuite pour Khuràsàn. C'est en sa présence que Mullà Husayn fut secrètement introduit dès son arrivée à Tihrán, entrevue suivie de son départ pour l'Adhirbàyjàn où il rendit visite au Báb, alors interné dans la forteresse de Màh-Kù. C'est lui qui discrètement et infailliblement, dirigea les débats de la conférence de Badasht, lui qui hébergea Quddùs, Tàhirih et les quatre-vingt-un disciples rassemblés à cette occasion, lui qui révéla chaque jour une tablette et donna à chaque participant un nom nouveau, lui qui, sans aucune aide, affronta l'assaut d'une foule de plus de cinq cents villageois à Niyálà*, qui protégea Quddùs contre la fureur de ses assaillants, lui enfin qui réussit à faire restituer une partie des biens que l'ennemi avait pillés, et qui veilla à la protection et à la sécurité de Tàhirih, constamment harcelée et souvent maltraitée.

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C'est contre lui que s'alluma la colère du sháh Muhammad qui, en raison des rapports répétés des semeurs de discorde, fut à la fin amené à ordonner son arrestation et à le convoquer dans la capitale, convocation destinée à ne pas avoir de suite à cause de la mort soudaine du souverain. C'est à ses conseils et à ses exhortations, adressés aux occupants de Shaykh-Tabarsi qui l'avaient accueilli avec tant d'amour et de vénération lors de sa visite à ce fort, qu'il faut attribuer, pour une part appréciable, le courage montré par ses héroïques défenseurs, et en même temps c'est grâce à ses instructions explicites que ces défenseurs obtinrent la libération miraculeuse de Quddùs qui, en conséquence, se joignit à eux et prit part aux exploits émouvants qui ont immortalisé le combat de Mázindarán. C'est à cause de ces mêmes défenseurs - qu'il avait l'intention de rejoindre - qu'il eut à subir son second emprisonnement, cette fois dans le masjid d'Amul* où il fut conduit, à travers une foule tumultueuse d'au moins quatre mille spectateurs; c'est pour eux qu'il fut bastonné dans le namàz-khànih* du mujtahid de cette ville au point d'en avoir les pieds en sang puis, plus tard, qu'il fut interné dans la résidence privée du gouverneur; c'est à cause d'eux qu'il fut dénoncé avec acrimonie par le mullà en chef, et insulté par la foule qui, assiégeant la résidence du gouverneur, le cribla de pierres, lui jetant au visage les plus immondes injures. C'est à lui et à lui seul que Quddùs fit allusion quand, arrivant au fort de Shaykh-Tabarsi, aussitôt descendu de cheval et appuyé contre le tombeau*, il prononça le verset prophétique: "le Baqiyyatu'Lláh (la Pérennité de Dieu) sera ce qu'il y a de mieux pour vous si vous êtes de ceux qui croient". Lui seul fut l'objet de cette prodigieuse apologie, de cette magistrale interprétation du Sàd de Samad, écrite en partie dans ce même fort, par ce même jeune héros, dans les circonstances les plus pénibles, oeuvre atteignant six fois le volume du Qur'án. C'est à la date de sa révélation imminente que la Lawh-i-Hurùfat, révélée à Chihriq par le Báb en l'honneur de Dayyán, fit une allusion cachée, dévoilant le mystère de "Mustaghàth". C'est vers Bahá'u'lláh que le Báb lui-même attira expressément l'attention d'un autre disciple, Mullà Bàqir, une des Lettres du Vivant, afin qu'il atteigne à sa présence. C'est exclusivement à Bahá'u'lláh que furent confiés, conformément aux instructions que le Báb avait données avant son départ de Chihriq, ses documents, son plumier, son sceau et ses bagues en agate, ainsi qu'un rouleau de parchemin sur lequel il avait écrit, sous la forme d'un pentacle, au moins trois cent soixante dérivés du mot Bahá. C'est sur sa seule initiative, et strictement en accord avec ses instructions, que les précieux restes du Báb furent transférés sans incident de Tabriz jusqu'à la capitale et qu'ils furent cachés et préservés, dans le plus grand secret et avec le plus grand soin, pendant les années troublées qui suivirent son martyre. Et c'est lui enfin qui, au cours des journées précédant l'attentat contre la vie du sháh, contribua, pendant son séjour à Karbilà, à répandre les enseignements de son chef disparu - avec le même enthousiasme et la même habileté qui avaient présidé à ses premiers exploits à Mázindarán-, à sauvegarder les intérêts de sa foi, à ranimer le zèle de ses fidèles accablés de chagrin, et à organiser les forces de ses adeptes dispersés et désorientés.

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Un tel homme, nanti d'un tel record d'exploits, ne pouvait passer inaperçu et, en fait, n'échappa pas à l'attention d'un ennemi vigilant et pleinement averti. Brûlant, dès les premiers jours, d'un enthousiasme sans réserve pour la cause qu'il avait embrassée, ne craignant pas, de toute évidence, de prendre la défense des droits des opprimés, dans la pleine fleur de sa jeunesse, pourvu d'immenses possibilités, d'une éloquence sans égale, doué d'une énergie inépuisable et d'un jugement pénétrant, possédant la richesse et jouissant au maximum de l'estime, du pouvoir et du prestige joints à une éminente et enviable position sociale, méprisant néanmoins toutes pompes, récompenses, vanités et possessions de ce monde, étroitement associé d'une part, par sa correspondance régulière, avec l'auteur de la foi dont il s'était fait le champion, et très au courant d'autre part des espoirs, des craintes, projets et activités de ses principaux interprètes, s'avançant parfois, au vu et au su de tous, pour assumer un rôle de chef reconnu, à la tête des forces luttant pour l'émancipation de cette foi, se retirant délibérément, avec une discrétion parfaite à d'autres moments afin de remédier, avec une efficacité plus grande, à une situation embarrassante ou dangereuse, sans cesse vigilant, dispos et infatigable en ses efforts pour conserver l'intégrité de cette foi, résoudre ses problèmes, défendre sa cause, galvaniser ses fidèles et confondre ses adversaires, Bahá'u'lláh, à cette heure infiniment critique des destinées de la foi, s'avançait enfin au centre même de la scène quittée si tragiquement par le Báb, scène sur laquelle il était destiné à jouer, pour une période d'au moins quarante ans, un rôle jamais atteint en majesté, pathétique et splendeur, par n'importe lequel des grands fondateurs de religion dans l'histoire.

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Déjà, un personnage aussi éminent et aussi remarqué, à cause des accusations lancées contre lui, avait provoqué la colère du sháh Muhammad qui, après avoir entendu ce qui s'était passé à Badasht, avait ordonné son arrestation, dans plusieurs farmàns* adressés aux khàns* de Mázindarán, et exprimé son intention de le faire mettre à mort. Hàji Mirzá Àqàsi, déjà brouillé avec le vazir* (père de Bahá'u'lláh), et furieux de son échec personnel à s'approprier, par la fraude, une propriété appartenant à Bahá'u'lláh, avait voué une haine éternelle à celui qui avait si brillamment réussi à déjouer ses mauvais desseins. L'amir-nizàm, pleinement au courant par ailleurs de l'influence profonde d'un adversaire aussi énergique, l'avait accusé, en présence d'une assemblée distinguée, d'avoir fait perdre, par ses activités, au moins cinq kurùrs* au gouvernement, et l'avait formellement prié, en un moment critique pour la foi, de transférer momentanément sa résidence à Karbilà. Mirzá Àqà Khàn-i-Nùri, qui succéda à l'amir-nizàm, s'était efforcé, dès le début de son ministère, d'amener une réconciliation entre son gouvernement et celui qu'il considérait comme le plus doué des disciples du Báb. Il n'est pas étonnant que, plus tard, lorsqu'un acte aussi grave et aussi téméraire fut commis, un soupçon contre Bahá'u'lláh, aussi affreux que sans fondement, se soit aussitôt glissé dans l'esprit du sháh, dans celui des membres de son gouvernement, de sa cour et de son peuple. En tête venait la mère du jeune souverain qui, folle de colère, le dénonçait ouvertement comme le soi-disant meurtrier de son fils.

Lors de l'attentat contre la vie du souverain, Bahá'u'lláh se trouvait à Lavàsàn*. Il était l'invité du grand vizir et séjournait dans le village d'Afchih* lorsque ces graves nouvelles lui parvinrent. Refusant de suivre les conseils du frère du grand vizir, Ja'far-Quli Khàn, son hôte, et de rester quelque temps caché dans les environs, et se passant des bons offices du messager spécialement envoyé pour assurer sa sécurité, il se rendit à cheval, le matin suivant, avec un calme courage, au quartier général de l'armée impériale alors en garnison à Niyávaràn, dans la province de ShimIrán. Au village de Zarkandih, Mirzá Majid, son beau-frère, vint à sa rencontre et l'emmena chez lui. Ce dernier, alors secrétaire du ministre russe, le prince Dolgorouki, habitait une maison contiguë à celle de son supérieur. Apprenant l'arrivée de Bahá'u'lláh, les serviteurs du hàjibu'd-dawlih*, Hàji 'Ali Khàn, en informèrent aussitôt leur maître qui, à son tour, l'annonça à son souverain. Le sháh, très étonné, envoya ses officiers de confiance à la légation, demandant que l'accusé lui soit livré sur-le-champ. Refusant de satisfaire au désir des envoyés royaux, le ministre russe pria Bahá'u'lláh de se rendre au domicile du grand vizir, à qui il demanda officiellement d'assurer la sécurité du personnage que le gouvernement russe confiait à sa garde. Ce projet ne fut pas réalisé néanmoins, en raison de la crainte du grand vizir de perdre sa place s'il accordait à l'accusé la protection réclamée pour lui.

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Livré aux mains de ses ennemis, hautement redouté et vigoureuse ment attaqué, cet illustre interprète d'une foi poursuivie sans relâche allait maintenant goûter au calice que celui qui avait été son chef reconnu avait bu jusqu'à la lie. De Niyávàràn, il fut conduit "à pied, enchaîné, tête nue et pieds nus", sous les rayons implacables du soleil de plein été, jusqu'au Siyáh-Chàl de Tihrán. En route, il fut dépouillé à plusieurs reprises de ses vêtements de dessus, couvert de ridicule et criblé de pierres. Quant au cachot souterrain dans lequel il fut jeté, et qui avait servi, dans le temps, de réservoir d'eau pour l'un des bains publics de la capitale, laissons à ses propres paroles, écrites dans son Epître au Fils du Loup, le soin de témoigner de l'épreuve qu'il endura dans ce trou pestilentiel: " Nous fûmes enfermé pendant quatre mois dans un lieu immonde au-delà de toute comparaison ... A notre arrivée, Nous fûmes d'abord conduit le long d'un couloir noir comme du 'goudron, d'où Nous descendîmes trois volées de marches en pente raide jusqu'au lieu de réclusion qui nous était assigné. L'obscurité la plus complète régnait dans ce cachot, et nos compagnons de captivité, près de cent cinquante hommes, se composaient de voleurs, d'assassins et de bandits de grand chemin. Bien que bondé, ce lieu n'avait pas d'autre issue que le couloir par lequel Nous étions entré. La plume est impuissante à décrire cet endroit, et aucune langue ne peut définir sa répugnante odeur. La plupart de ces hommes n'avaient ni vêtements ni literie pour s'étendre. Dieu seul sait ce qui nous est arrivé dans ce lieu, le plus lugubre et nauséabond qui soit." Les pieds de Bahá'u'lláh furent placés dans des ceps*, et l'on attacha à son cou des chaînes de Qarà-Guhar* d'un poids si écrasant que leur empreinte resta imprimée sur son corps pendant toute sa vie. " Une lourde chaîne fut placée ", comme l'atteste 'Abdu'l-Bahá lui-même, " autour de son cou, chaîne par laquelle il fut lié à cinq autres Bábís; ces chaînes furent réunies par de gros boulons et de solides écrous. Ses vêtements furent mis en lambeaux ainsi que son calot. Il resta dans cette terrible condition pendant quatre mois." Durant trois jours et trois nuits, on lui refusa toute nourriture et toute boisson. Il lui était impossible de dormir. Le lieu était froid et humide, sale, fiévreux, infesté de vermine, et dégageait une odeur infecte. Aminés d'une haine inflexible, ses ennemis allèrent jusqu'à intercepter sa nourriture et à l'empoisonner, dans l'espoir de gagner les faveurs de la mère de leur souverain, sa plus implacable ennemie, tentative qui échoua, bien qu'elle altérât sa santé pour des années. "'Abdu'l-Bahá", écrit le Dr J. E. Esslemont dans son livre, "raconte comment, un jour, il fut autorisé à entrer dans la cour de la prison, et à voir son père bien-aimé qui venait faire sa promenade quotidienne. Bahá'u'lláh avait terriblement changé; il était si malade qu'il pouvait à peine marcher; ses cheveux et sa barbe étaient hirsutes, son cou écorché et enflé par la pression d'un lourd collier d'acier, son corps courbé sous le poids de ses chaînes."

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Tandis que Bahá'u'lláh était soumis, d'une manière aussi odieuse et aussi cruelle, aux épreuves et aux tribulations inhérentes à ces jours troublés, une autre lumière de la foi, la vaillante Tàhirih, succombait rapidement à leur pouvoir dévastateur. Sa carrière de météore, commencée à Karbilà et parvenue à son apogée à Badasht, était maintenant sur le point d'atteindre sa consommation finale, dans un martyre qui peut passer pour l'un des épisodes les plus émouvants de la période la plus tumultueuse de l'histoire bahá'i.

Descendant de la famille hautement réputée d'Hàji Mullà Sàlih-i Baraqàni, dont les membres occupaient une position enviable dans la hiérarchie ecclésiastique de Perse, homonyme de l'illustre Fàtimih, appelée Zarrin-Tàj (Couronne d'or) et Zakiyyih (Vertueuse) par sa famille et ses proches, née la même année que Bahá'u'lláh, considérée depuis l'enfance par ses concitoyens comme un prodige, à la fois par l'intelligence et la beauté, hautement estimée avant sa conversion, même par quelques-uns des plus hautains et des plus savants 'ulamà de son pays, pour l'éclat et la nouveauté des théories qu'elle avançait, saluée sous le nom de Qurratu'l-'Ayn (Consolation de mes yeux) par son maître admiratif Siyyid Kàzim, dénommée Tàhirih (la Pure) par la "Langue du pouvoir et de la gloire", elle était la seule femme enrôlée par le Báb parmi les Lettres du Vivant. Un rêve, signalé dans les pages précédentes, lui avait apporté son premier contact avec une foi qu'elle continua de répandre jusqu'à son dernier souffle et à l'heure la plus périlleuse, avec toute l'ardeur de son esprit indomptable. Nullement découragée par les protestations véhémentes de son père, méprisant les malédictions de son oncle, impassible sous les pressantes exhortations de son mari et de ses frères, nullement intimidée par les mesures prises, d'abord à Karbilà, puis à Baghdád et plus tard à Qazvin, par les autorités ecclésiastiques pour restreindre ses activités, elle soutint la cause Bábí avec une énergie passionnée. Par ses éloquents plaidoyers, par ses dénonciations hardies, par ses dissertations, ses poèmes et ses traductions, ses commentaires et ses correspondances, elle persévéra, enflammant l'imagination et gagnant la loyauté des Arabes comme des Persans envers la nouvelle révélation, condamnant la perversité de sa génération, et prêchant une transformation révolutionnaire des habitudes et des coutumes du peuple.

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C'est elle qui, à Karbilà - principale citadelle de l'islám shi'ah - avait été amenée à adresser de longues épîtres à chacun des 'ulamà résidant dans cette ville; ces 'ulamà reléguaient les femmes à un rang à peine supérieur à celui des animaux et leur déniaient même l'existence d'une âme. Dans ses épîtres, elle défendait habilement son grand idéal et mettait à jour les desseins malveillants de ces 'ulamà. C'est elle qui, défiant ouvertement les coutumes des habitants fanatiques de cette même ville, négligea avec audace l'anniversaire du martyre de l'Imàm Husayn commémoré avec un cérémonial recherché dans les premiers jours de muharram* - et célébra, à la place, l'anniversaire de la naissance du Báb, qui tombait le premier jour de ce mois. C'est par son éloquence prodigieuse et par la force étonnante de ses arguments qu'elle confondit les représentants délégués par les notables shi'ah, sunnite, chrétiens et juifs de Baghdád, qui s'étaient efforcés de la dissuader de répandre, selon son intention ouvertement reconnue, les prémices du nouveau message. C'est elle qui défendit sa foi avec un art consomme et qui justifia sa conduite, dans la demeure et en la présence de l'éminent juriste -shaykh Mahmùd-i Alùsi, mufti* de Baghdád et qui, plus tard, eut des entrevues historiques avec les princes, les 'ulamà et les fonctionnaires du gouvernement résidant à Kirmànsháh*, au cours desquelles le commentaire du Báb sur la sùrih du Kawthar fut publiquement lu et traduit, entrevues qui se terminèrent par la conversion de l'amir (gouverneur) et de sa famille. C'est cette femme aux dons remarquables qui entreprit la traduction du long commentaire du Báb sur la sùrih de joseph (le Qayyùmu'l-Asmà') pour le bien de ses coreligionnaires persans, et qui s'évertua de son mieux pour répandre la connaissance et clarifier la substance de ce livre capital. C'est par son intrépidité, son habileté, ses talents d'organisatrice et son enthousiasme intarissable qu'elle consolida ses récentes victoires dans un centre aussi hostile que celui de Qazvin, centre qui se glorifiait de ne pas compter dans ses murs moins d'une centaine de chefs ecclésiastiques les plus en vue de l'islám. C'est elle qui, dans la demeure de Bahá'u'lláh, à Tihrán, au cours de sa mémorable entrevue avec le fameux Vahid, l'interrompit soudain au milieu de son savant discours sur les signes de la nouvelle manifestation, et - tout en tenant 'Abdu'l-Bahá, encore enfant, sur ses genoux - qui l'engagea avec véhémence à se lever pour prouver par des actes d'héroïsme et de sacrifice personnel la profondeur et la sincérité de sa foi. C'est vers sa maison, alors qu'elle était à l'apogée de sa renommée et de sa popularité à Tihrán, qu'afflua la fleur de la société féminine de la capitale pour écouter ses brillants exposés sur les principes hors de pair de sa foi. C'est la magie de ses paroles qui, lors de la fête donnée pour le mariage du fils de Mahmùd Khàn-i-Kalantar* dans la maison duquel elle était recluse -, attira les invités à l'écart et les rassembla autour d'elle, avides de boire chacune de ses paroles. C'est son affirmation passionnée et catégorique des droits et des traits distinctifs de la nouvelle révélation, faite pendant sa réclusion dans cette même maison, au cours de ses sept entretiens avec les envoyés du grand vizir chargés de l'interroger, qui accéléra finalement sa condamnation à mort. C'est de sa plume que coulèrent des odes attestant, dans un langage qui ne trompe pas, non seulement sa foi dans la révélation du Báb, mais encore son acceptation de la mission élevée de Bahá'u'lláh, non dévoilée jusqu'alors. Enfin, dernier fait mais non le moindre, c'est sur son initiative, au cours de la conférence de Badasht, que les conséquences implicites les plus hardies d'une dispensation révolutionnaire, confusément comprises jusque-là, furent exposées à ses condisciples, et que l'ordre nouveau fut définitivement détaché des lois et institutions de l'islám. Des réalisations si merveilleuses allaient maintenant recevoir leur couronnement et atteindre leur consommation dernière dans son martyre, au milieu de la tempête qui faisait rage dans toute la capitale.

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Une nuit, ayant conscience que l'heure de sa mort était proche, elle revêtit la parure d'une mariée, se parfuma, puis, envoyant chercher l'épouse du kalantar, elle l'informa du secret de son martyre imminent et lui confia ses dernières volontés. S'enfermant ensuite dans ses appartements, elle attendit, dans la prière et la méditation, l'heure qui allait voir sa réunion avec son Bien-Aimé. Elle allait et venait dans sa chambre, psalmodiant une litanie qui exprimait à la fois le chagrin et le triomphe, lorsque les farràshs d'Aziz Khàn-i-Sardàr arrivèrent en pleine nuit pour la conduire au-delà des portes de la ville, dans le jardin d'Ilkhani qui devait être le lieu de son martyre. Lorsqu'elle arriva, le sardàr* et ses lieutenants étaient en train de s'enivrer et riaient comme des forcenés. Le sardàr ordonna avec désinvolture qu'elle soit étranglée immédiatement et jetée dans un puits. Avec ce même mouchoir de soie que, par intuition, elle avait conservé dans ce but, et qu'elle remit en ses derniers instants au fils du kalantar qui l'accompagnait, le meurtre de cette immortelle héroïne s'accomplit. On jeta son corps dans un puits qu'on remplit ensuite de terre et de pierres, ainsi qu'elle l'avait elle-même souhaité.

Ainsi se termina la vie de cette grande héroïne Bábí, la première martyre pour le suffrage des femmes qui, à l'heure de sa mort, se tournant vers celui à la garde duquel elle avait été confiée, avait hardiment déclaré: "Vous pouvez me tuer quand vous voudrez, mais vous ne pouvez empêcher l'émancipation des femmes." Sa carrière fut aussi éblouissante que brève, aussi tragique que remplie d'événements. A la différence de ses condisciples dont les exploits demeurèrent, pour la plus grande part, inconnus, et qui ne furent pas célébrés par leurs contemporains de l'étranger, la renommée de cette femme immortelle retentit au loin, et se propageant avec une remarquable rapidité jusqu'aux capitales de l'Europe occidentale, souleva l'admiration enthousiaste et suscita les louanges ardentes d'hommes et de femmes de diverses nationalités, professions et cultures. Il n'est pas étonnant qu'Abdu'l-Bahá ait uni son nom à ceux de Sarah, d'Assia*, de la Vierge Marie et de Fàtimih qui, au cours des dispensations successives, en raison de leur valeur personnelle et de leur position unique, se sont élevées bien au-dessus de la masse des femmes. "Par l'éloquence", a écrit 'Abdu'l-Bahá lui-même, "elle fut la calamité de l'époque, et par le raisonnement, la confusion du monde." Il l'a décrite encore comme "un sarment enflammé de l'amour de Dieu" et comme "une lampe allumée par la bonté de Dieu ".

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En fait, l'histoire merveilleuse de sa vie se propagea aussi loin et aussi vite que celle du Báb lui-même, source directe de son inspiration. " Prodige de science, mais aussi prodige de beauté", tel est l'hommage que lui rend un commentateur connu de la vie du Báb et de ses disciples. "La Jeanne d'Arc persane, le chef de file de l'émancipation des femmes d'Orient ... qui ressemble à la fois à l'Héloïse du moyen âge et à l'Hypathie* néo-platonicienne." C'est ainsi que la salue un auteur dramatique connu, à qui Sarah Bernhardt avait précisément demandé d'écrire une version théâtrale de sa vie. "L'héroïsme de la ravissante mais infortunée poétesse de Qazvin, Zarrin-Tàj (Couronne d'or)...", déclare lord Curzon de Kedleston, "est un des épisodes les plus touchants de l'histoire moderne." ", L'apparition d'une femme comme Qurratu'l-'Ayn", écrit le Pr E. G. Browne, orientaliste bien connu, "est un phénomène rare en tous temps et dans n'importe quel pays, mais dans une contrée telle que la Perse, c'est un prodige, que dis-je, presque un miracle ... La religion Bábí n'aurait-elle d'autre titre de gloire que celui-là, ce serait suffisant ... qu'elle ait produit une héroïne comme Qurratu'l-'Ayn." "La moisson semée dans la terre islamique par Qurratu'l-'Ayn", affirme d'une manière significative le théologien anglais réputé, Dr T. K. Cheyne, dans l'un de ses ouvrages, "commence maintenant à lever ... Cette noble femme ... a l'honneur d'inaugurer le registre des réformes sociales en Perse..." "Assurément l'une des manifestations les plus frappantes et les plus intéressantes de cette religion", dit le comte de Gobineau, diplomate français bien connu et brillant écrivain, faisant allusion à Qurratu'l-'Ayn. "A Qazvin", ajoute-t-il, "on la considérait à juste titre comme un prodige." "Bien des gens", écrit-il encore, "qui l'ont connue et entendue à différentes périodes de sa vie, m'ont invariablement raconté ... que lorsqu'elle parlait, on se sentait remué au tréfonds de l'âme, rempli d'admiration et touché jusqu'aux larmes." "Nul souvenir", écrit Sir Valentin Chirol, "n'est plus profondément vénéré et n'allume un plus grand enthousiasme que sa mémoire, et l'influence qu'elle exerça durant sa vie continue d'aguerrir les femmes." " 0 Tàhirih", s'exclame le grand auteur et poète turc, Sulaymàn Nazim Bey, dans son livre sur les Bábís, "vous valez mille fois mieux que le sháh Nàsiri'd-Din! " "Le plus grand idéal féminin a été Tàhirih", dit à sa louange la mère d'un des présidents d'Autriche, Mme Marianna Hainisch ... J'essaierai de faire pour les femmes d'Autriche ce qu'elle a fait en donnant sa vie pour les femmes de Perse."

Nombreux et divers sont ses admirateurs fervents qui, de par les cinq continents, sont avides d'en connaître davantage à son sujet. Nombreux sont ceux dont la conduite fut ennoblie par son exemple encourageant, qui ont appris par cœur ses odes incomparables ou mis ses poèmes en musique. La vision de son indomptable esprit brille devant leurs yeux. Leur cœur garde un amour et une admiration que le temps ne pourra jamais assombrir, et dans leur âme brûle la détermination de marcher, avec autant d'énergie et avec la même fidélité, dans le chemin qu'elle choisit pour elle-même et dont elle ne s'écarta jamais, du jour de sa conversion jusqu'à l'heure de sa mort.

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Le furieux déchaînement de persécutions qui avait jeté Bahá'u'lláh dans un cachot souterrain et exterminé Tàhirih, cette lumière, régla aussi le sort du distingué secrétaire du Báb, Siyyid Husayn-i-Yazdi, surnommé 'Aziz, qui avait partagé sa captivité à Màh-Kù 'et à Chihriq. Homme d'une vaste expérience et d'un grand mérite, très versé dans les enseignements de son maître et jouissant de son entière confiance, il refusait toutes les offres de délivrance faites par les personnalités officielles de Tihrán, aspirant sans cesse au martyre qui lui avait été refusé le jour où le Báb avait sacrifié sa vie dans la cour de la caserne de Tabriz. Compagnon de captivité de Bahá'u'lláh dans le Siyáh-Chàl de Tihrán, il trouva inspiration et réconfort auprès de lui en évoquant le souvenir des jouis précieux passés en compagnie de son maître dans l'Àdhirbàyjàn; il fut finalement frappé, dans des circonstances d'une odieuse cruauté, par ce même 'Aziz Khàn-i-Sardàr qui avait porté le coup fatal à Tàhirih.

Une autre victime des horribles tortures infligées par un implacable ennemi fut Hàji Sulaymàn Khàn, homme influent, courageux et d'esprit élevé. Il était tenu en si grande estime que l'amir-nizàm s'était vu obligé, dans le passé, d'ignorer ses attaches avec la foi qu'il avait embrassée, et d'épargner sa vie. Les troubles qui bouleversèrent Tihrán à la suite de l'attentat contre la vie du souverain hâtèrent toutefois son arrestation et entraînèrent son martyre. Le sháh n'ayant pas réussi - par l'intermédiaire du hàjibu'd-dawlih - à le persuader d'abjurer, ordonna de le mettre à mort de la manière qu'il choisirait lui-même. A sa demande expresse, neuf trous furent pratiqués dans sa chair, et dans chacun d'eux on plaça une chandelle allumée. Comme le bourreau répugnait à accomplir une tâche aussi horrible, Hàji Sulaymàn Khàn essaya de lui prendre le couteau des mains afin de le plonger lui-même dans son propre corps. Craignant qu'il ne l'attaque, le bourreau s'y opposa et ordonna à ses hommes d'attacher les mains de la victime dans son dos; là-dessus, le courageux supplicié les pria de percer deux trous dans sa poitrine, deux sur ses épaules, un dans sa nuque et quatre autres dans son dos, désir qui fut satisfait. Debout, droit comme une flèche, les yeux étincelants d'une stoïque endurance, impassible à la vue de la foule hurlante ou de son propre sang ruisselant de ses blessures, et précédé par les ménestrels et les tambours, il conduisit la foule qui se pressait autour de lui jusqu'à l'emplacement final de son martyre. Il s'arrêtait constamment au bout de quelques pas pour adresser aux spectateurs ahuris des paroles glorifiant le Báb et exaltant la signification de sa propre mort. Lorsque ses yeux se posaient sur les chandelles qui oscillaient dans leurs alvéoles sanglantes, il éclatait sans retenue en exclamations de joie. Si l'une d'entre elles tombait de son corps, il la ramassait lui-même, la rallumait aux autres et la remettait en place. "Pourquoi ne danses-tu pas", lui demanda le bourreau pour se moquer, " puisque tu trouves la mort si plaisante ? " - " Danser ", s'écria le supplicié. "Dans une main la coupe de vin, dans l'autre les boucles de l'Ami! Danser ainsi, au milieu de la place du marché, voilà mon désir!" Il était encore dans le bazar quand un coup de vent, activant la combustion des bougies qui, à présent, brûlaient profondément dans sa chair, fit grésiller celles-ci, sur quoi il s'emporta en s'adressant aux flammes qui dévoraient ses plaies: "Vous avez perdu votre dard depuis longtemps ô flammes, et votre pouvoir de me faire souffrir vous a été ravi. Hâtez-vous, car je puis, de vos langues de feu mêmes, entendre la voix qui m'appelle vers mon Bien-Aimé." Dans une flambée de lumière, il marchait, comme un conquérant aurait pu s'avancer vers le lieu de sa victoire. Au pied de la potence, il éleva la voix une fois de plus pour adresser un dernier appel à la multitude des assistants. Il se prosterna ensuite dans la direction du tombeau de 1'lmàm-Zàdih-Hasan, murmurant quelques mots en arabe. "Mon travail est terminé", cria-t-il au bourreau, "venez faire le vôtre". La vie s'attardait encore en lui tandis que son corps était scié en deux moitiés, et la louange de son Bien-Aimé s'échappait encore de ses lèvres mourantes. Les restes roussis et sanglants de son cadavre furent, selon ses dernières volontés, suspendus de chaque côté de la porte de Naw, témoins muets de l'inextinguible amour que le Báb avait fait naître dans le cœur de ses disciples.

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La violente conflagration qui s'était allumée à la suite de la tentative d'assassinat du souverain ne pouvait rester circonscrite à la capitale. Elle envahit les provinces avoisinantes, ravagea Mázindarán, la province natale de Bahá'u'lláh, et entraîna la confiscation, le pillage et la destruction de tous ses biens. Au village de Tàkur, dans la province de Nùr, sa demeure somptueusement meublée, héritée de son père, fut complètement pillée, sur l'ordre de Mirzá Abù-Tàlib Khàn, neveu du grand vizir. Ordre fut donné de détruire tout ce qui ne pouvait pas être emporté tandis que les salles, plus somptueuses que celles des palais de Tihrán, étaient saccagées d'une façon irréparable. Même les maisons des villageois furent rasées; après quoi, tout le village fut incendié.

La perturbation qui avait atteint Tihrán et avait donné naissance à la campagne de violences et de spoliations de Mázindarán s'étendit jusqu'aux villes de Yazd*, de Najriz et de Shiráz, secouant les hameaux les plus éloignés et rallumant la flamme des persécutions. Une fois encore, les gouverneurs avides et leurs perfides subordonnés rivalisèrent entre eux pour dépouiller les innocents, massacrer les non-coupables et déshonorer les plus nobles représentants de leur race. Il s'ensuivit un carnage qui renouvela les atrocités déjà commises à Nayriz et à Zanjàn. "Ma plume", écrit le chroniqueur des sanglants épisodes relatifs à la naissance et au développement de notre foi, "recule d'horreur en essayant de décrire ce qu'il est advenu à ces hommes et à ces femmes pleins de vaillance ... Ce que j'ai tenté de raconter sur les horreurs du siège de Zanjàn ... pâlit devant la férocité inouïe des atrocités perpétrées quelques années plus tard à Nayriz et à Shiráz." Les têtes d'au moins deux cents des victimes de ces éclats de fanatisme féroce furent empalées à l'extrémité de baïonnettes, puis portées en triomphe de Shiráz à Àbàdih*. Quarante femmes et enfants furent carbonisés et réduits en cendres dans une cave où l'on avait entassé une grande quantité de bois sec; on enduisit celui-ci de pétrole, puis on y mit le feu. Trois cents femmes furent obligées de monter, deux par deux, sur le dos de chevaux non sellés pour aller jusqu'à Shiráz. Dépouillées de presque tous leurs vêtements, elles furent conduites entre les rangées de têtes qui avaient été coupées sur les cadavres de leurs maris, de leurs fils, de leurs pères et de leurs frères. On leur lança d'innommables insultes, et leurs souffrances furent telles qu'un grand nombre d'entre elles périrent.

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Ainsi se termina un chapitre qui rend compte à la postérité de la période la plus sanglante, la plus tragique et la plus héroïque du premier siècle bahá'i. Les torrents de sang qui se déversèrent, au cours de ces années désastreuses et pleines d'événements, peuvent être considérés comme la fertile semence de cet ordre mondial qu'une révélation toute proche, et encore plus importante, allait proclamer et établir. Les hommages rendus à la noble armée de héros, de saints et de martyrs de cet âge primitif, par ses ennemis comme par ses amis, depuis Bahá'u'lláh lui-même jusqu'aux observateurs les plus désintéressés des pays lointains, et depuis sa naissance jusqu'à présent, apportent un témoignage impérissable à la gloire des actions qui ont rendu cet âge immortel.

"Le monde entier", déclare Bahá'u'lláh, apportant son témoignage sans
égal dans le Kitáb-i-Iqán, " s'est émerveillé de la manière dont ils se sont sacrifiés... L'esprit est confondu devant leurs actes, et l'âme s'étonne de leur force morale et de leur endurance Physique....Quelle époque fut jamais le témoin d'événements aussi considérables? " Et il continue: " Depuis les jours d'Adam, le monde a-t-il Jamais été témoin d'un tel tumulte, d'un bouleversement aussi violent? ... Il me semble que la patience n'a été révélée qu'en vertu de leur force d'âme, et que la fidélité elle-même a été engendrée par leur seuls actes." "Par le sang qu'ils ont versé", affirme-t-il d'une manière significative, dans une prière faisant allusion plus spécifiquement aux martyrs de la foi, "la terre a été imprégnée des révélations merveilleuses de ta puissance et des signes, précieux comme des joyaux, de ta glorieuse souveraineté. D'ici peu, elle fera connaître ses bonnes nouvelles lorsque le temps fixé sera venu."

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A qui d'autre pourraient s'appliquer les paroles lourdes de sens de
Muhammad, l'apôtre de Dieu, paroles que cita Quddùs en s'adressant à ses compagnons dans le fort de Shaykh T bars!, sinon à ces héros de Dieu qui, de leur sang, ont inauguré le jour promis? "0 combien je suis impatient de contempler le visage de mes frères, mes frères qui paraîtront à la fin du monde ! Béni sommes-Nous, bénis sont-ils; plus grande que la nôtre est leur bénédiction." A qui d'autre pourrait faire allusion cette tradition connue sous le nom de Hadith-i-jàbir, enregistrée dans le Kàfi* et reconnue authentique par Bahá'u'lláh dans le Kitáb-i-Iqán, et qui, en un sûr langage, expose les signes d'apparition du Qà'im promis? " Ses saints seront humiliés en son temps, et leurs têtes seront échangées à titre de présents, de même que les têtes des Turcs et des Daylamites sont échangées comme des cadeaux; ils seront mis à mort et brûlés; ils seront saisis de crainte, d'effroi et de consternation; la terre sera rougie de leur sang; les plaintes et les lamentations seront le lot de leurs femmes; ceux-là sont vraiment mes saints."

"Des récits empreints d'un héroïsme magnifique", déclare Lord Curzon de Kedleston dans ses écrits, illuminent les pages tachées de sang de l'histoire Bábí ... Les bûchers de Smithfield* n'allumèrent pas de plus noble courage que celui qui affronta et défia les tortionnaires plus raffinés de Tihrán. Certes il ne faut pas mésestimer les principes d'une croyance capable d'éveiller chez ses partisans un esprit de sacrifice personnel aussi rare et aussi beau. L'héroïsme et le martyre de ses fidèles (fidèles du Báb) séduira bien des gens qui ne peuvent trouver de phénomènes semblables dans les annales contemporaines de l'islám." "Le babisme", écrit le Pr J. Darmesteter, "qui, en moins de cinq ans, se répandit d'un bout à l'autre de la Perse, qui, en 1852, baigna dans le sang de ses martyrs, a progressé et s'est propagé silencieusement. Si la Perse doit jamais être régénérée, ce sera grâce à cette nouvelle foi." "Des milliers de martyrs ", atteste Renan dans " Les Apôtres ", " sont accourus pour lui (le Báb) avec allégresse, au-devant de la mort. Un jour sans pareil peut-être dans l'histoire du monde fut celui de la grande boucherie qui se fit des Bábís à Tihrán." "Une de ces étranges explosions d'enthousiasme, de foi, de dévotion fervente et d'héroïsme indomptable...", déclare le Pr E. G. Browne, orientaliste bien connu, "la naissance d'une foi qui pourrait bien gagner sa place parmi les grandes religions du monde." Et encore: "L'esprit qui anime les Bábís est tel qu'il rie peut guère manquer de toucher d'une manière très puissante tous ceux qui se sont soumis à son influence ... Que ceux qui n'ont rien vu ne me croient pas s'ils ne veulent pas; mais si cet esprit se révélait à eux une seule fois, ils feraient l'expérience d'une émotion qu'ils n'oublieraient point de sitôt." "J'avoue même", affirme le comte de Gobineau dans son livre, "que si je voyais en Europe une secte d'une nature analogue au babisme se présenter avec des avantages tels que les siens: foi aveugle, enthousiasme extrême, courage et dévouement éprouvés, respect inspiré aux indifférents, terreur profonde inspirée aux adversaires, et de plus, comme je l'ai dit, un prosélytisme qui ne s'arrête pas, et dont les succès sont constants dans toutes les classes de la société, si je voyais, dis-je, tout cela exister en Europe, je n'hésiterais pas à prédire que, dans un temps donné, la puissance et le sceptre appartiendront de toute nécessité aux possesseurs de ces grands avantages."

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"A vrai dire", répondit paraît-il 'Abbás-Quli Khàn-i-Làrijàni - dont la balle causa la mort de Mullà Husayn - à une question que lui posa le ' prince Ahmad Mirzá, en présence de plusieurs témoins, "celui qui n aurait pas vu Karbilà, non seulement comprendrait ce qui s'y est passé en voyant Tabarsi, mais encore cesserait d'étudier cette question. Et s'il avait vu Mullà Husayn de Bushrùyih*, il aurait été convaincu que le chef des martyrs (l'imàm Husayn) était revenu sur terre. Et s'il avait été témoin de mes actes, il aurait certainement déclaré: "C'est -Shimr* revenu avec l'épée et la lance ..A la vérité, je ne sais pas ce qu'on avait montré à ces gens ou ce qu'ils avaient vu pour aller au combat avec autant d'empressement et de joie ... La véhémence de leur courage et de leur bravoure dépasse l'imagination humaine."

Ce qu'on peut se demander c'est quel a été en définitive, le sort de cette équipe infâme qui, poussée par la méchanceté, l'avidité et le fanatisme, chercha à éteindre la lumière que le Báb et ses adeptes avaient diffusée à travers leur pays et parmi son peuple. Bientôt, et avec une inflexible rigueur, le glaive du châtiment divin s'abattit, n'épargnant ni le premier magistrat du royaume, ni ses ministres et conseillers, ni les dignitaires ecclésiastiques de la religion indissolublement liés au gouvernement, ni les gouverneurs qui le représentaient, ni les chefs de ses forces armées qui, à des degrés divers, soit de propos délibéré, soit par crainte ou négligence, contribuèrent aux épreuves terrifiantes auxquelles une foi naissante était si injustement soumise. Le sháh Muhammad lui-même, souverain à la fois bigot et irrésolu, qui refusa de satisfaire à la demande d'audience du Báb dans la capitale, pour lui permettre de démontrer la vérité de sa cause, et qui céda aux sollicitations opiniâtres d'un ministre malveillant, succomba, à quarante ans, aux complications de sa maladie, après un revers de fortune brutal; ainsi fut-il condamné à ce "feu de l'enfer" qui, "au jour de la résurrection", devait inévitablement le dévorer, d'après le serment fait par l'auteur du Qayjdmu'i-Asmd'. Son mauvais génie, le tout-puissant Hàji Mirzá Àqàsi, autorité dissimulée derrière le trône et principal instigateur des violences exercées contre le Báb, y compris son emprisonnement dans les montagnes de l'Adhirbàyjàn, fut renversé du pouvoir dix-huit mois à peine après son intervention entre le sháh et son prisonnier, privé de ses richesses mal acquises, disgracié par son souverain, et contraint à chercher refuge contre la colère croissante de ses concitoyens dans le mausolée du sháh 'Abdu'l-'Azim, Plus tard, honteusement banni à Karbilà et rongé de chagrin, il sombra dans la maladie et la pauvreté, pitoyable justification de cette tablette accusatrice dans laquelle son prisonnier dénonçait son infamie et prédisait son destin. Quant à l'amir-nizàm, cet infâme Mirzá Taqi Khàn, d'obscure naissance, dont la première année d'un ministère de courte durée fut entachée d'opprobre par l'attaque féroce des défenseurs du fort de Tabarsi, qui autorisa et encouragea l'exécution des Sept-Martyrs de Tihrán, déchaîna l'assaut contre Vahid et ses compagnons, fut directement responsable de la condamnation à mort du Báb et précipita le grand conflit de Zanjàn, il fut dépouillé, par l'inexorable jalousie de son souverain et la vengeance des intrigants de la cour, de tous les honneurs dont il avait joui. Par ordre du roi, on le mit traîtreusement à mort en lui ouvrant les veines dans son bain, au palais de Fin, près de Kàshàn. "Si l'amir-nizàm", déclara Bahá'u'lláh d'après Nabil, "s'était rendu compte de ma véritable position, il se serait certainement emparé de moi. Il fit tous ses efforts pour découvrir la situation réelle, mais il n'y réussit pas. Dieu a désiré qu'il ignorât.'' Mirzá Aqà Khàn, qui avait pris une part si active aux cruautés effrénées commises à la suite de l'attentat contre la vie du souverain, fut relevé de ses fonctions et placé sous une stricte surveillance à Yazd où il termina ses jours dans la honte et le désespoir.

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Husayn Khàn, le gouverneur de Shiráz, flétri sous le nom d' "ivrogne" et de "tyran", le premier qui se leva pour maltraiter le Báb, qui le réprimanda publiquement et ordonna à son serviteur de le frapper violemment au visage, fut contraint, non seulement d'endurer le terrible désastre qui s'abattit si soudainement sur lui, sur sa famille, sa ville et sa province, mais encore, plus tard, à voir toute son oeuvre anéantie et à vivre obscurément les derniers jours de sa vie jusqu'à ce qu'il s'avance, chancelant, vers sa tombe, abandonné par ses amis comme par ses ennemis. Le hàjibu'd-dawlih, ce monstre altéré de sang, qui avait pourchassé avec acharnement un si grand nombre de Bábís innocents et sans défense, tomba victime, à son tour, de la furie des terribles Lurs* qui, après l'avoir dépouillé de ses biens, lui coupèrent la barbe et le forcèrent à la manger, puis l'ayant sellé et bridé, montèrent sur son dos et le promenèrent devant la population. Enfin, on se livra à des atrocités honteuses sur les femmes et les enfants appartenant à sa famille. L'odieux, fanatique et féroce sa'idu'l-'ulamà, mujtahid de Bàrfurùsh, dont l'hostilité insatiable avait déversé tant d'insultes et attiré tant de souffrances sur les héros de Tabarsi, fut victime, peu après avoir perpétré ses abominations, d'une étrange maladie; pris d'une soif inextinguible et grelottant de froid, ni les fourrures dont il s'enveloppait ni le feu brûlant continuellement dans sa chambre ne parvenaient à alléger ses maux. Le spectacle de sa demeure, autrefois luxueuse, tombée en ruines, et utilisée de façon déplorable comme dépôt à immondices par les habitants de la ville, fit une telle impression sur les gens de Mázindarán que, dans leurs mutuelles invectives, chacun souhaitait souvent aux autres que leurs foyers subissent le même sort que celui de cette demeure maudite. L'ambitieux et perfide Mahmùd Khàn-i-Kalantar, chargé de garder Tàhirih avant son martyre, encourut, neuf ans plus tard, la colère de son maître royal; il fut attaché et traîné par les pieds à travers les bazars jusqu'en un lieu situé au-delà des portes de la ville où il fut pendu à la potence. Mirzá Hasan Khàn, qui procéda à l'exécution du Báb, sur ordre de son frère l'amir-nizàm, fut soumis, deux ans après cet acte impardonnable, à un châtiment terrible dont il mourut.

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Le shaykhu'l-islám de Tabriz, l'insolent, avare et tyrannique Mirzá 'Ali Asghar qui, devant le refus du garde du corps du gouverneur de cette ville d'infliger la bastonnade au Báb, appliqua, de sa propre main, onze coups de bâton sur les pieds de son prisonnier, fut frappé de paralysie en cette même année, et après avoir enduré la plus atroce des épreuves, mourut de façon misérable. Sa mort fut bientôt suivie de l'abolition de la fonction de shaykhu'l-islám dans cette ville. L'arrogant et perfide Mirzá Abù-Tàlib Khàn qui, sans tenir compte des conseils de modération donnés par Mirzá Aqà Khàn, le grand vizir, ordonna le pillage et l'incendie du village de Tàkur ainsi que la destruction de la maison de Bahá'u'lláh, fut atteint de la peste un an plus tard et périt misérablement, abandonné même par ses proches. Mihr-'Ali-Khàn, le shujà'u'l-mulk qui, après l'attentat contre la vie du sháh, persécuta si sauvagement les survivants de la communauté Bábí de Nayriz, tomba malade, comme l'attesta son propre petits-fils, et fut frappé d'un mutisme qui l'affligea jusqu'au dernier jour de sa vie. Son complice, Mirzá Na'im, tomba en disgrâce; frappé par deux fois de lourdes amendes, il fut destitué de ses fonctions et soumis à des supplices raffinés. Le régiment qui, dédaignant le miracle qui avait averti Sàm Khàn et ses hommes de se dissocier de toute nouvelle tentative contre la vie du Báb, se porta volontaire à leur place et qui cribla son corps de balles, ce régiment-là perdit, dans la même année, au moins deux cent cinquante de ses officiers et soldats dans un terrible tremblement de terre, entre Ardibil et Tabriz, deux ans plus tard, les cinq cents survivants furent fusillés sans pitié à Tabriz pour s'être mutinés. La population, contemplant leurs corps mutilés qui étaient exposés, et se souvenant de leur acte sauvage, se permit de telles expressions d'étonnement et de réprobation, que les chefs mujtahids durent la faire taire et la punir. Le chef de ce régiment, Àqà Jàn Big, perdit la vie six ans après le martyre du Báb, pendant le bombardement de Muhammarih* par les forces navales britanniques.

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L'arrêt de Dieu, qui frappa d'épreuves si sévères et si impitoyables ceux qui prirent une part prépondérante ou active aux crimes commis contre le Báb et ses fidèles, n'infligea pas de rétributions moins sévères à la masse du peuple plus fanatique que les juifs du temps de jésus -, peuple bien connu pour sa grande ignorance, sa bigoterie farouche, sa perversité obstinée et sa sauvage cruauté, peuple mercenaire, avare, égoïste et poltron. je ne puis faire mieux que de citer ce que le Báb lui même a écrit dans le Dalà'il-i-Sab'ih (Sept Preuves), pendant les derniers jours de son ministère: " Remémore-toi les premiers jours de la révélation. Que nombreux sont ceux qui moururent du choléra! Ce fut certes l'un des prodiges de la révélation; et pourtant, nul ne le reconnut. Pendant quatre ans, le châtiment fit rage parmi les musulmans shi'ah sans qu'aucun d'entre eux en saisisse la signification." "Quant à la grande masse de son peuple (le peuple de Perse)", rapporte Nabil dans son immortelle narration, "qui assista avec une morne indifférence à la tragédie qui se jouait sous ses yeux, et qui ne leva même pas un doigt pour protester contre l'horreur de ces cruautés, elle tomba à son tour victime d'une misère que ni les ressources du pays ni l'énergie de ses hommes d'Etat ne furent capables d'enrayer ... Du jour même où la main de l'assaillant se leva contre le Báb..., épreuves sur épreuves brisèrent le courage de ce peuple ingrat et l'amenèrent au bord même de la banqueroute nationale. Des épidémies dont ils ignoraient pour ainsi dire les noms exacts - mises à part quelques références générales dans les livres couverts de poussière que bien peu prenaient le temps de lire se déchaînèrent sur eux avec une furie telle que nul ne pouvait y échapper. Ce châtiment sema la dévastation partout où il sévit. Princes et paysans sentirent sa morsure et se courbèrent sous son joug. Il maintint la population sous son étreinte et refusa de relâcher son emprise. Aussi pernicieuses que la fièvre qui décima la province de Gilàn, ces afflictions subites continuèrent à dévaster le pays. Si graves qu'aient été ces calamités, le courroux vengeur de Dieu ne s'arrêta pas devant les malheurs qui s'abattaient sur un peuple perverti et sans foi. Il frappa chaque être vivant qui respirait à la surface de cette terre éprouvée. Il affecta la vie des plantes comme celle des animaux, et fit sentir aux humains la profondeur de leur détresse. La disette ajouta son horreur à la charge épouvantable de malheurs sous lesquels gémissait le peuple. Le spectre décharné de la famine s'avança à grands pas parmi les habitants, tandis que la perspective d'une mort lente et douloureuse hantait leur pensée... Le peuple et le gouvernement soupiraient après un soulagement qu'ils ne pouvaient trouver nulle part. Ils burent la coupe du malheur jusqu'à la lie, complètement insoucieux de la Main qui l'avait approchée de leurs lèvres et de la Personne pour laquelle ils avaient à souffrir."

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