Read: Dieu passe pres de nous - Partie 2 - Chapitre 12


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DIEU PASSE PRES DE NOUS

Shoghi Effendi

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2ième Période: Ministère de Bahá'u'lláh (1853-1892)

CHAPITRE XII: Emprisonnement de Bahá'u'lláh à 'Akká (suite)

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Tandis que Bahá'u'lláh et le petit groupe de compagnons qui l'entouraient étaient soumis aux rudes épreuves d'un bannissement destiné à les effacer de la surface de la terre, la communauté de ses fidèles, en extension constante dans son pays natal, endurait une persécution plus violente et de plus longue durée que les épreuves dont lui-même et ses compagnons furent les victimes. Les actes effroyables et meurtriers perpétrés plus tard par un ennemi insatiable et inflexible, quoique moins nombreux que ceux commis au moment de la naissance de la foi, baptisée par des bains de sang, et où, en une seule année, atteste 'Abdu'l-Bahá, "plus de quatre mille hommes furent massacrées, et quantité de femmes et d'enfants restèrent sans protection ni soutien", furent d'une envergure tout aussi grande, et atteignirent un degré de férocité encore plus grand.

Le sháh Nàsiri'd-Din, flétri par Bahá'u'lláh comme le "Prince des oppresseurs", comme celui qui avait "commis ce qui a provoqué les lamentations des habitants des cités de justice et d'équité", était, à l'époque considérée, en pleine maturité, et avait atteint au sommet du pouvoir despotique. Seul arbitre des destinées d'une nation "solidement ancrée dans les traditions immémoriales de l'Orient", entouré de ministres "intéressés, astucieux et faux", qu'il pouvait élever ou abaisser à volonté, chef d'une administration dans laquelle " chaque agent était, selon le cas, tour à tour le suborneur ou le suborné", allié, dans son antagonisme contre la foi, à un ordre sacerdotal qui constituait une véritable "Eglise d'Etat", soutenu par un peuple d'une abominable cruauté, connu pour son fanatisme, sa bassesse, sa cupidité et ses pratiques corrompues, ce capricieux monarque, ne pouvant plus se saisir de la personne de Bahá'u'lláh, dut se contenter d'essayer d'écraser, sur ses propres Etats, les restes d'une communauté hautement redoutée qui venait de ressusciter. Après le sháh, rang et pouvoir revenaient à ses trois fils aînés auxquels, en vue de l'administration intérieure du pays, il avait pratiquement délégué son autorité et qu'il avait placés à la tête de toutes les provinces de son royaume. Il avait confié la province de l'Adhirbàyjàn au faible et timide Muzaffari'd-Din Mirzá, héritier du trône, qui était tombé sous l'influence de la secte shaykhi et manifestait un respect marqué aux mullàs. Sous l'autorité sévère et brutale du rusé Mas'ùd Mirzá, couramment appelé Zillu's-Sultán, son fils aîné survivant, dont la mère était d'origine plébéienne, le sháh avait placé plus des deux cinquièmes de son royaume, y compris les provinces du Yazd et d'Isfàhàn, tandis que, à la tête des provinces de Gilàn et du Mazindaràn, il avait placé Kàmràn Mirzá, son fils préféré, généralement appelé par son titre de nàyibu's-saltanih*, et l'avait nommé gouverneur de Tihrán, ministre de la guerre et commandant en chef de son armée. Telle était la rivalité entre ces deux derniers princes qui se disputaient les faveurs de leur père, que chacun d'eux, aidé des chefs mujtahids relevant de sa juridiction, tâchait d'éclipser l'autre par des efforts bien intentionnés pour chasser, piller et exterminer les membres d'une communauté sans défense, laquelle, sur l'ordre de Bahá'u'lláh, avait cessé d'offrir une résistance armée, même en cas de légitime défense, et appliquait son mot d'ordre qu' "il vaut mieux être tué que de tuer".

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Dans le clergé, les provocateurs de discorde, Hàji Mullà 'Aliy-i-Kani et Siyyid Sàdiq-i-Tabàtabà'i, les deux principaux mujtahids de Tihrán, ainsi que leur collègue d'Isfàhàn, Shaykh Muhammad-Bàqir et Mir Muhammad Husayn, l'imàm-jum'ih de cette ville, n'étaient pas non plus disposés à laisser passer la moindre occasion de frapper, avec toute la force et l'autorité dont ils disposaient, un adversaire dont ils avaient encore plus de raisons que le souverain lui-même de craindre les influences libérales.

Est-il étonnant que, face à une situation aussi remplie de périls, la foi ait été contrainte à demeurer dans l'ombre, et que les arrestations, interrogatoires, emprisonnements, invectives, spoliations, tortures et exécutions aient été les traits marquants de son développement pendant cette période parsemée de crises? Les pèlerinages qui avaient débuté à Andrinople et qui prirent plus tard, à 'Akká, des proportions impressionnantes, de même que la mise en circulation des tablettes de Bahá'u'lláh et des rapports enthousiastes de la part de ceux qui avaient atteint sa présence servirent, qui plus est, à exciter l'animosité du clergé autant que des laïques qui s'étaient sottement imaginé que la brèche ouverte à Andrinople, dans les rangs des adhérents de la foi, et la sentence de bannissement à vie rendue ensuite contre son chef scelleraient irrémédiablement son destin.

A Àbàdih, un certain Ustàd 'Ali-Akbar fut appréhendé, à l'instigation d'un siyyid de la localité, et rossé avec une telle brutalité qu'il fut couvert, de la tête aux pieds, par son propre sang. Dans le village de Tàkur, les propriétés des habitants furent pillées sur l'ordre du sháh; Hàji Mirzá Ridà-Quli, un demi-frère de Bahá'u'lláh, fut arrêté, conduit à la capitale et jeté dans le Siyáh-Chàl où il resta un mois tandis que le beau-frère de Mirzá Hasan, un autre demi-frère de Bahá'u'lláh, était saisi et marqué aux fers rouges; après quoi, le village voisin de Dàr-Kalà fut livré aux flammes.

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Aqà Buzurg du Khuràsàn, l'illustre "Badi"' (Merveilleux), converti à la foi par Nabil, surnommé la "Fierté des martyrs", le messager de dix sept ans qui porta la tablette adressée au sháh Nàsiri'd-Din, celui qui, affirma Bahá'u'lláh, " reçut le souffle de l'esprit de puissance et de force", fut arrêté et soumis pendant trois jours consécutifs à des brûlures*; sa tête fut réduite en bouillie avec la crosse d'un fusil et son corps jeté dans un puits qu'on recouvrit de terre et de pierres. Après avoir rendu visite à Bahá'u'lláh dans la caserne, au cours de la seconde année de sa réclusion, il s'était mis en route avec un empressement étonnant pour porter cette tablette, tout seul et à pied, jusqu'à Tihrán, et pour la remettre entre les mains du souverain. Un voyage de quatre mois l'avait mené dans cette ville, et après avoir passé trois jours à jeûner et à veiller, il avait rencontré le sháh qui se rendait à une partie de chasse à ShimIrán*. Il s'était approché calmement, et avec respect, de sa Majesté, en s'écriant: "0 Roi! je suis venu vers toi de Sheba* avec un message important." Le souverain ordonna alors de lui prendre le tablette et de la remettre aux mujtahids de Tihrán, en leur commandant de répondre à cette épître, ordre qu'ils négligèrent d'exécuter, conseillant de mettre plutôt le messager à mort. Plus tard, le sháh envoya cette tablette à l'ambassadeur de Perse à Constantinople, espérant que sa lecture aviverait davantage encore l'animosité des ministres du sultán. Pendant trois années, Bahá'u'lláh continua à célébrer, dans ses écrits, l'héroïsme de ce jeune homme, caractérisant ce sublime sacrifice, dans les allusions qu'il en faisait, comme le "sel de mes tablettes".

Abà-Basir et Siyyid Ashraf, dont les pères avaient été tués pendant le combat de Zanjàn, furent décapités le même jour dans cette ville; le premier, agenouillé et en prières, alla jusqu'à donner des indications à son bourreau sur la meilleure manière de lui porter son coup; le second, après avoir été battu si brutalement que le sang jaillissait sous ses ongles, fut décapité au moment où il tenait dans ses bras le corps de son compagnon martyrisé. C'est la mère de ce même Ashraf qui, mise en prison dans l'espoir qu'elle persuaderait son fils unique de renier sa foi, l'avait averti qu'elle le désavouerait s'il abjurait; elle lui avait commandé de suivre l'exemple d'Abà-Basir, et l'avait même regardé expirer sans qu'aucune larme voile ses yeux. Le riche et distingué Muhammad-Hasan Khàn-i-Kàshi fut, à Burùjird*, bastonné de façon si impitoyable qu'il en succomba. A Shiráz, Mirzá Àqày-i-Rikàb-Sàz, Mirzá Rafi'-i-Khayyát et Mashhadi Nabi furent simultanément étranglés en pleine nuit, sur l'ordre du mujtahid de la ville, et la populace, profanant ensuite leurs tombes, entassa des immondices par-dessus. A Kàshàn. Shavkh Abu'l-Qàsim-i-Màzkàni, qui avait refusé de boire l'eau qu'on lui offrait avant sa mort, affirmant qu'il était assoiffé de la coupe du martyre, reçut un coup fatal sur la nuque, au moment où il se prosternait pour prier.

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Mirzá Bàqir-i-Shirázi, qui avait copié les tablettes de Bahá'u'lláh à Andrinople avec un dévouement infatigable, fut tué à Kirmàn. A Ardikàn*, Gul-Muhammad, âgé et infirme, fut attaqué par une populace en furie, jeté à terre, et piétiné à tel point par les bottes cloutées de deux siyyids que ses côtes furent écrasées et ses dents brisées; on emporta alors son corps dans la banlieue de la ville et on l'enfouit dans un puits, mais pour l'en extraire le jour suivant, le traîner à travers les rues, et finalement l'abandonner dans un terrain vague. Dans la ville de Mashhad, célèbre pour son fanatisme effréné, on lacéra, de la taille à la gorge, le corps de Hàji 'Abdu'l-Majid, père de Badi', ci-dessus mentionné, âgé de quatre-vingt-cinq ans - l'un des survivants du combat de Tabarsi, qui après le martyre de son fils, avait rendu visite à Bahá'u'lláh et s'en était retourné, brûlant de zèle, à Khuràsàn -, et l'on exposa sa tête, sur une plaque de marbre, aux regards d'une multitude insultante de spectateurs qui, après avoir odieusement traîné son corps à travers les bazars, le laissèrent à la morgue pour que ses parents viennent l'y réclamer.

A Isfàhàn, Mullà Kàzim fut décapité par ordre du Shaykh Muhammad Bàqir, et 1 on fit passer un cheval au galop sur son cadavre qui fut ensuite livré aux flammes, tandis qu'on tranchait les oreilles de Siyyid Àqà Jàn et qu'on le conduisait, attaché par un licou, à travers les rues et les bazars. Un mois plus tard, dans cette même ville, éclatait la tragédie des deux illustres frères, Mirzá Muhammad-Hasan et Mirzá Muhammad Husayn, les "brillantes lumières jumelles' , surnommés respectivement "Sultánu'sh-shuhadà" (Roi des martyrs) et "Mahbùbu'sh-shuhadà" (Bien-aimé des martyrs), réputés pour leur générosité, leur loyauté, leur bonté et leur piété. Leur martyre eut lieu à l'instigation du méchant et malhonnête Mir Muhammad-Husayn, l'imàm-jum'ih, que Bahá'u'lláh flétrit comme le "serpent femelle" et qui, s'étant fortement endetté dans ses tractations avec eux, combina de se libérer de ses obligations en les dénonçant comme des Bábis, ce qui entraîna leur mort. Leurs maisons somptueusement meublées et même les arbres et les fleurs de leurs jardins furent pillés, et le reste de leurs biens fut confisqué. Shaykh Muhammad Bàqir, qualifié de "loup" par Bahá'u'lláh, prononça leur condamnation à mort, et Zillu's-Sultán ratifia cette décision. On enchaîna alors les deux frères qui furent' décapités, puis traînés sur la maydàn-i-Sháh* et là, livrés aux outrages nombreux d'une population féroce et avilie. "Le sang de ces deux frères fut versé de telle façon ", écrit 'Abdu'l-Bahá, " que, ce jour-là, le prêtre chrétien de Julfà en poussa des cris, se lamenta et pleura. " Pendant plusieurs années, Bahá'u'lláh continua à les citer dans ses tablettes, exprimant son chagrin de leur mort et célébrant leurs vertus.

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Mullà 'Ali Jàn fut conduit à pied, de Mázindarán à Tihrán. Les sévices qu'il subit en route furent si terribles, que son cou portait des blessures et que son corps enfla des pieds à la taille. Le jour de son martyre, il demanda de l'eau, fit ses ablutions, récita ses prières et fit don d'une somme considérable à son bourreau; il était encore en prière lorsqu'on lui trancha la gorge avec un poignard; on souilla ensuite son corps de crachats, on le couvrit de boue, le laissa exposé dehors pendant trois jours, et à la fin, on le découpa en morceaux. A Namiq*, on attaqua brutalement, à coups de pioche, Mullà 'Ali, converti à la foi au temps du Báb, et on lui brisa les côtes avec une telle violence qu'il en mourut sur le coup. Mirzá Ashraf fut tué à Isfàhàn; son corps fut piétiné par Shaykh Muhammad Taqiy-i-Najafi, le "fils du loup", et par ses élèves, puis sauvagement mutilé et livré à la populace pour être brûlé; ses os calcinés furent enterrés au pied d'un mur en ruines qui fut abattu sur eux.

A Yazd, à l'instigation du mujtahid de cette ville, et sur ordre du jalàlu'd-dawlih*, l'insensible gouverneur Mahmùd Mirzá, fils de Zillù'Sultán, sept bahá'is furent mis à mort en un seul jour, dans d'épouvantables conditions. Le premier d'entre eux, un jeune homme de vingt-sept ans, 'Ali-Asghar, fut étranglé, et son corps livré aux mains de quelques juifs qui obligèrent les six compagnons du mort à venir avec eux. Ces juifs traînèrent le corps à travers les rues, accompagnés du bas peuple et des soldats battant du tambour et jouant de la trompette. Arrivés près du bureau du télégraphe, ils décapitèrent Mullà Mihdi, âgé de quatre vingt-cinq ans, et le traînèrent de la même manière dans un autre quartier de la ville où, à la vue d'une grande foule de spectateurs excités par les accents vibrants de la musique, ils exécutèrent Àqà 'Ali de la même façon. De là, se dirigeant vers la demeure du mujtahid de la ville, et emmenant avec eux les quatre survivants, ils coupèrent la gorge de Mullà 'Aliy-i-Sabzivàri qui s'était adressé à la foule en se glorifiant de son proche martyre; son corps fut haché en morceaux avec une bêche, alors qu'il était encore en vie, et son crâne fut réduit en bouillie à coups de pierres. Dans un autre quartier, près de la porte Mihriz, ils tuèrent Muhammad-Bàqir puis, sur la maydàn-i-Khàn*, tandis que la musique se déchaînait et couvrait les hurlements des gens, ils décapitèrent les derniers survivants, deux frères d'une vingtaine d'années, 'Ali-Asghar et Muhammad-Hasan. Ils éventrèrent ce dernier, lui arrachèrent le cœur et le foie puis, empalant sa tête avec une lance et la brandissant en l'air, ils parcoururent les rues de la ville au son de la musique, et ils la suspendirent à un mûrier où une foule de gens lui lancèrent des pierres. Ils jetèrent son corps devant la porte de la maison de sa mère où, délibérément, des femmes entrèrent pour danser et s'amuser. On emporta même des morceaux de chair de ces jeunes gens pour les utiliser comme médicaments. Finalement, la tète de Muhammad-Hasan fut attachée à la partie inférieure de son corps qu'on transporta, avec les têtes des autres martyrs, sur le pourtour de la ville où elles furent bombardées de pierres avec une telle violence que les crânes en furent brisés; puis on contraignit les juifs à emporter les restes et à les jeter dans un puits de la plaine de Salsabil. Le gouverneur accorda un jour de fête au peuple, toutes les boutiques furent fermées sur son ordre, la ville fut illuminée le soir, et des réjouissances annoncèrent la consommation d'un des actes les plus barbares commis aux temps modernes.

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Les juifs et les parsis récemment convertis à la foi et habitant, les premiers à Hamadàn et les autres à Yazd, ne furent pas davantage à l'abri des assauts des ennemis dont la fureur s'exaspérait en voyant la lumière de la foi pénétrer dans les quartiers qu'ils avaient naïvement imaginés hors de son atteinte. Même dans la ville d'Ishqàbàd, la communauté shi'ah établie depuis peu, envieuse du prestige croissant des fidèles du Báb qui vivaient au milieu d'eux, poussa deux bandits à attaquer Hàji Muhammad-Ridày-i-Isfàhàni, âgé de soixante-dix ans; en plein jour et au milieu du bazar, ces bandits le frappèrent d'au moins trente-deux coups de poignard, lui ouvrant le foie, lui déchirant la poitrine et lui lacérant l'estomac. Une cour de justice militaire fut envoyée par le tsar à 'Ishqàbàd; après une longue enquête, elle établit la culpabilité des shi'ahs, condamna deux d'entre eux à mort et bannir les six autres. Cette condamnation, ni le sháh Nàsiri'd-Din ni les 'ulamà de Tihrán, de Mashhad et de Tabriz, sollicités d'intervenir, ne purent en atténuer la sévérité; mais les délégués de la communauté opprimée réussirent, par leur intercession magnanime - ce qui surprit énormément les autorités russes -, à faire commuer cette sentence en punition plus légère.

Ces faits ne sont que quelques exemples typiques des traitements que, pendant le bannissement de Bahá'u'lláh à 'Akká, les adversaires de la foi infligèrent à la communauté fraîchement régénérée de ses fidèles, traitements qui, on peut le dire honnêtement, tantôt relèvent de la " brute sans entrailles", tantôt manifestent "l'habileté du démon".

L' "inquisition et les tortures effroyables" qui suivirent l'attentat contre le sháh Nàsiri'd-Din avaient déjà donné à la foi, comme l'exprime un observateur de la valeur de Lord Curzon de Kedleston, "une vitalité que nulle autre impulsion n'aurait pu lui fournir". Cette recrudescence de persécutions, cette nouvelle effusion du sang des martyrs servirent à vivifier encore plus les racines que cet arbre sacré avait déjà plantées dans sa terre natale. Insoucieux de la politique de feu et de sang qui tendait à les anéantir, imperturbables malgré les coups tragiques qui s'abattaient sur un chef emmené si loin d'eux, incorruptibles malgré les actes infâmes et séditieux commis par le fieffé briseur du covenant du Báb, les adeptes de Bahá'u'lláh se multipliaient et reprenaient tranquillement les forces nécessaires qui allaient leur permettre, par la suite, de relever la tête en toute liberté et d'édifier la structure de leurs institutions.

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Peu après sa visite en Perse, pendant l'automne de 1889, Lord Curzon de Kedleston écrivit, entre autres attestations destinées à dissiper l' "erreur" et la "grande confusion" qui régnaient au sujet de la foi parmi les auteurs européens, et surtout les écrivains anglais", que " dix neuf Bábis sur vingt sont maintenant devenus, semble-t-il, des bahá'is convaincus." Déjà, écrivant en 1865, le comte de Gobineau déclarait ce qui suit: "L'opinion générale est que les Bábis sont répandus dans toutes les classes de la population et parmi tous les religionnaires de la Perse, sauf les nusayris* et les chrétiens; mais ce sont surtout les classes éclairées, les hommes pratiquant les sciences du pays qui sont donnés comme très suspects. On pense, et avec raison, ce semble, que beaucoup de mullàs, et parmi eux des mujtahids considérables, des magistrats d'un rang élevé, des hommes qui occupent à la cour des fonctions importantes et qui approchent de près la personne du roi sont des Bábis. D'après un calcul fait récemment, il y aurait à Tihrán cinq mille de ces religionnaires, sur une population de quatre-vingt mille âmes à peu près."' Et plus loin: - ... Le Bábisme a pris une action considérable sur l'intelligence de la nation persane et, se répandant même au-delà des limites du territoire, il a débordé dans le pachalik de Baghdád et passé aussi dans 1'lnde." Et encore: " ... Un mouvement religieux tout particulier dont l'Asie centrale, c'est-à-dire la Perse, quelques points de l'Inde et une partie de la Turquie d'Asie, aux environs de Baghdád, est aujourd'hui vivement préoccupée, mouvement remarquable et digne d'être étudié à tous les titres. Il permet d'assister à des développements de faits, à des manifestations, à des catastrophes telles que l'on n'est pas habitué à les imaginer ailleurs que dans les temps reculés où se sont produites les grandes religions."

"Ces divergences cependant", écrit encore Lord Curzon, faisant allusion à la déclaration de la mission de Bahá'u'lláh et à la rébellion de Mirzá Yahyá, "n'ont aucunement découragé sa propagation4; elles semblent au contraire l'avoir stimulée, car elle a progressé avec une rapidité inexplicable pour ceux qui ne peuvent voir en elle qu'une forme grossière d'activité politique, ou même d'effervescence métaphysique. D'après les estimations minimum, le nombre actuel de Bábis en Perse s'élève à un demi-million. J'incline à croire qu'il approche plutôt du million, d'après mes conversations avec des personnes bien placées pour en juger.

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"Il y en a", ajoute-t-il, "dans tous les milieux, depuis les ministres et les nobles de la cour jusqu'aux balayeurs des rues ou aux valets, le milieu ecclésiastique musulman lui-même n'étant pas le dernier à entrer dans le champ de leur activité." "Du fait que, dans les premières années", déclare-t-il encore, "le Bábisme s'est trouvé en conflit avec les pouvoirs civils et que les Bábis ont commis un attentat contre la vie du sháh, on en a conclu à tort que le mouvement avait une origine politique et un caractère nihiliste ... A présent, les Bábis font preuve de la même loyauté que tous les autres sujets de la couronne. Il semble qu'il ne soit pas plus juste de taxer si délibérément cette jeune croyance de socialisme, de communisme et d'immortalité. Le seul communisme connu qu'ai pu recommander le Báb est celui du Nouveau Testament et de l'Eglise chrétienne primitive, c'est-à-dire le partage des biens entre les membres de la foi, la pratique des aumônes et d'une large charité. L'accusation d'immortalité semble être née, en partie des inventions méchantes des adversaires, et en partie de la liberté plus grande réclamée par le Báb pour les femmes, ce qui, pour l'esprit oriental, n'est guère séparable de la légèreté de conduite." Et pour finir, ce pronostic tombe de sa plume: "Si le Bábisme continue à progresser au rythme actuel, on peut imaginer qu'un temps viendra où il évincera l'islamisme de la Perse. je crois que cela n'arriverait probablement pas s'il se présentait sous l'emblème d'une foi hostile. Mais étant donné que ses adhérents se recrutent parmi les meilleurs soldats de la garnison qu'il attaque, les raisons de croire qu'il prévaudra en définitive sont d'autant plus grandes."

La réclusion de Bahá'u'lláh dans la prison fortifiée d'Akká, les nombreuses tribulations qu'il endura, l'épreuve prolongée que subit la communauté de ses fidèles en Perse n'arrêtèrent point, et ne pouvaient même pas entraver le moins du monde, le flot puissant de la révélation divine qui, sans interruption, coulait de sa plume, et dont dépendaient directement l'orientation future, l'intégrité, l'expansion et l'affermissement de sa foi. Effectivement, par leur portée et par leur volume, ses écrits, parus au cours de ses années de réclusion dans la plus grande prison, dépassèrent, tant à Andrinople qu'à Baghdád, les torrents déversés par sa plume. Plus remarquable que le changement radical des conditions de sa vie même à 'Akká, d'une portée supérieure, par ses conséquences spirituelles, à la campagne de répression poursuivie sans répit par les ennemis de sa foi dans son pays natal, cette extension sans précédent dans la variété de ses oeuvres doit placer cette période de relégation dans cette prison parmi l'une des plus vivifiantes et des plus fructueuses pour le développement de sa foi.

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Les vents d'orage qui soufflèrent sur la foi au début du ministère de Bahá'u'lláh, le froid d'hiver et la désolation qui accueillirent le commencement de sa carrière prophétique peu après son bannissement de Tihrán furent suivis, pendant la seconde partie de son séjour à Baghdád, parce qu'on peut considérer comme les années printanières de sa mission, années qui virent s'épanouir en une activité manifeste les forces inhérentes à cette graine divine, forces restées en sommeil depuis la fin tragique de son précurseur. Avec son arrivée à Andrinople, et à la suite de la proclamation de sa mission, le soleil de sa révélation s'était pour ainsi dire élevé jusqu'à son zénith et, comme en témoignent le style et le ton de ses écrits, il resplendissait dans la plénitude de sa gloire estivale. C'est pendant la période d'incarcération de Bahá'u'lláh à 'Akká qu'un lent processus de développement fut mené à son terme, et que les fruits de choix de cette mission furent finalement récoltés.

Si l'on examine attentivement l'immense domaine qu'embrassent les oeuvres de Bahá'u'lláh au cours de cette période, on s'aperçoit que ces oeuvres appartiennent à trois catégories différentes. La première comprend les écrits qui font suite à la proclamation de sa mission à Andrinople. La seconde contient les lois et les ordonnances de sa dispensation qui, pour la plus grande part, sont consignées dans le Kitáb-i-Aqdas, son très saint Livre. Dans la troisième catégorie doivent se ranger les tablettes qui, d'une part, formulent et de l'autre réaffirment les principes essentiels et les préceptes fondamentaux de cette dispensation.

Comme on l'a déjà constaté, la proclamation de sa mission était particulièrement adressée aux rois de la terre sur lesquels reposait, en vertu du pouvoir et de l'autorité qu'ils détenaient, la responsabilité exclusive et inéluctable du sort de leurs sujets. C'est vers ces rois, autant que vers les chefs religieux du monde qui exerçaient une influence non moins profonde sur la masse de leurs partisans, que le prisonnier d'Akká dirigea ses appels, ses avertissements et ses exhortations, pendant les premières années de son emprisonnement dans cette ville. " En arrivant dans cette prison ", affirme-t-il, " Nous nous proposâmes de transmettre aux rois les messages de leur Seigneur, le Tout-Puissant, le très glorifié. Bien que, dans plusieurs tablettes, - Nous leur ayons transmis ce qui nous était commandé, Nous le faisons cependant une fois encore, en signe de la grâce de Dieu."

Aux rois d'Orient comme à ceux d'Occident, musulmans et chrétiens, qui avaient déjà été, tous ensemble, prévenus et mis en garde dans la Sùriy-i-Mùlùk révélée à Andrinople, et qui avaient été appelés avec tant de véhémence par le Báb dans le premier chapitre du Qayyùmu'l-Asmà', la nuit même de la déclaration de sa mission, Bahá'u'lláh envoya, pendant les heures les plus sombres de sa détention à 'Akká, quelques-uns des plus nobles passages de son très saint Livre.

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Dans ces extraits, il les invite à s'attacher avec fermeté à la "plus grande loi", proclame qu'il est lui-même "le Roi des rois" et "le Désir de toutes les nations", leur déclare qu'ils sont ses "vassaux" et "les emblèmes de sa souveraineté", dénie toute intention de porter la main sur leurs royaumes, et leur ordonne d'abandonner leurs palais et de se hâter d'obtenir l'accès à son royaume; il exalte le roi qui se lèvera pour soutenir sa cause et l'appelle "l'oeil même de l'humanité"; finalement, il leur reproche tout ce qu'il a enduré par leur faute.

Dans sa Tablette à la reine Victoria, il invite en outre ces rois à maintenir fermement au moins une "paix imparfaite" puisqu'ils ont refusé la "paix suprême"; il les exhorte à se réconcilier entre eux, à s'unir et à réduire leurs armements; il leur ordonne de s'abstenir d'imposer des fardeaux excessifs à leurs sujets qui sont, leur apprend-il, leurs "protégés" et leurs "trésors"; il stipule que, si l'un d'entre eux prenait les armes contre un autre, tous devraient se soulever contre lui; enfin, il leur recommande de ne pas le traiter comme l'ont fait le "roi de l'islám " et ses ministres.

A l'empereur des Français, Napoléon 111, le souverain le plus en vue et le plus influent de l'Occident à cette époque, qu'il distingua comme le "principal souverain" et qui avait, selon ses propres termes, "jeté à terre" la tablette révélée pour lui à Andrinople, Bahá'u'lláh envoya une seconde tablette pendant sa détention à la caserne militaire, par l'intermédiaire du représentant français résidant à 'Akká. Dans cette tablette, il annonce la venue de "Celui qui est exempt de toute contrainte", dont le but est de " vivifier le monde" et d'unir les peuples, affirme sans équivoque que Jésus Christ fut le héraut de sa mission, et annonce la chute des "étoiles du firmament de la connaissance" qui se sont détournées de lui; il met à jour le manque de sincérité de ce monarque et prédit nettement que son royaume sera "jeté dans le trouble", que son "empire lui échappera", et que des "commotions ébranleront tous les habitants de ce pays " s'il ne se lève pas pour soutenir la cause de Dieu et suivre celui qui en est l'Esprit.

Dans des passages mémorables du Kitáb-i-Aqdas, adressés aux "gouvernants de l'Amérique et aux présidents de ses républiques", il convie ceux-ci à ~ ' embellir le temple de l'autorité avec les parures de la justice et de la crainte de Dieu, et à orner le dôme de ce temple avec la couronne du souvenir" de leur Seigneur; il déclare que "le Promis" a été manifesté, il leur conseille de mettre à profit le "jour de Dieu", leur ordonne d' "apporter réparation aux êtres brisés, avec les mains de la justice", et d' "écraser" l' "oppresseur" avec "le sceptre des commandements de leur Seigneur, l'Ordonnateur suprême, le très-Sage ".

A Nicolas Alexandre 11, le tout-puissant tsar de Russie, il envoya, de la caserne où il était prisonnier, une épître dans laquelle il annonce l'avènement du Père promis, que "la langue d'Esaïe a célébré", et "dont le nom est l'ornement de la Thora* comme de l'Evangile"; il lui commande de "se lever ... et de convoquer les nations devant Dieu", lui conseille de prendre garde afin que sa souveraineté ne le retienne pas loin de "Celui qui est le Souverain suprême"; il reconnaît l'aide qu'il a reçue de son ambassadeur à Tihrán, et l'invite à ne pas perdre la place que Dieu lui a destinée.

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A la même époque, il adressa à la reine Victoria une épître dans laquelle il l'invite à prêter l'oreille à la voix de son Seigneur, le Seigneur de toute l'humanité, lui ordonne de " rejeter tout ce qui est sur la terre" et de tourner son cœur vers son Seigneur, l'Ancien des jours; il affirme que "tout ce qui est écrit dans l'Evangile s'est réalisé"; il l'assure que Dieu la récompensera pour avoir "interdit le commerce des esclaves", si elle se conforme à ce qu'il lui a envoyé, la félicite d'avoir " remis les rênes de la délibération entre les mains des représentants du peuple " qu'il encourage à "se considérer comme les représentants de tout ce qui est sur terre", et à juger entre les hommes selon la "pure justice ".

Dans un passage célèbre du Kitáb-i-Aqdas, adressé à Guillaume il,, roi de Prusse, récemment proclamé empereur d'une Allemagne unifiée, il ordonne à ce souverain d'écouter sa voix, la voix de Dieu lui-même, le met en garde afin que son orgueil ne l'empêche pas de reconnaître "l'aurore de la révélation divine", et l'exhorte à se "souvenir de celui" (Napoléon 111) " dont la puissance dépassait" sa puissance, et qui " s'est écroulé dans la poussière avec pertes et fracas ". Plus loin, dans ce même livre, parlant des " rives du Rhin", il prédit que "les épées du châtiment" seront tirées contre elles et que "les lamentations de Berlin" s'élèveront, bien qu'en ce moment cette ville soit dans une "gloire évidente".

Dans un autre passage remarquable de ce même livre, qui s'adresse à François-Joseph, empereur d'Autriche et héritier du Saint Empire romain, Bahá'u'lláh reproche à ce souverain d'avoir négligé de s'informer à son sujet, pendant son pèlerinage à Jérusalem. Il prend Dieu à témoin qu'il l'a trouvé " accroché à la Branche, mais insoucieux de la Racine", s'afflige de constater sa nature capricieuse, et lui ordonne d'ouvrir les yeux pour contempler "la lumière qui brille au-dessus de cet horizon lumineux".

Au pacha 'Ali, grand vizir du sultán de Turquie, il envoya, quelque temps après son arrivée à 'Akká, une seconde tablette dans laquelle il le blâme pour sa cruauté "qui a fait flamber l'enfer et se lamenter l'Esprit", énumère ses actes tyranniques, le condamne comme l'un de ceux qui, depuis des temps immémoriaux, ont traité les prophètes d'agitateurs malfaisants, et prophétise sa déchéance; il expose ses propres souffrances et celles de ses compagnons d'exil, célèbre leur courage et leur détachement, prédit que la " colère déchaînée " de Dieu fondra sur lui et sur son gouvernement, que la "sédition sera attisée" parmi eux et que leurs "possessions seront démembrées",- enfin, il lui affirme que, s'il se réveillait, il abandonnerait tous ses biens et "choisirait comme demeure l'une des pièces délabrées de cette suprême prison". Dans la Lawh-i-Fu'ad, en faisant allusion à la mort prématurée du pacha Fu'àd, ministre des Affaires étrangères du sultán, il confirme la prédiction de cette manière: "Bientôt, Nous destituerons celui" (le pacha 'AH) " qui était semblable à lui et -Nous nous emparerons de leur chef Il (le sultán 'Abdu'l-'Aziz) " qui gouverne le pays, et je suis, en vérité, le Tout-Puissant, l'Irrésistible."

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Les messages que Bahá'u'lláh adressa aux chefs ecclésiastiques de toutes dénominations dans le monde ne sont ni moins énergiques ni moins librement exprimés. Dans ces messages - quelques-uns inclus dans le cours de tablettes spécifiques, d'autres intercalés dans ses écrits -, il leur dévoile, clairement et sans réserves, les revendications de sa révélation, les invite à tenir compte de son appel et dénonce, dans certains cas particuliers, leur perversité, leur arrogance extrême et leur tyrannie.

Dans d'immortels passages de son Kitàb-i-Aqdas et d'autres tablettes, il ordonne à tous ces chefs ecclésiastiques de " craindre Dieu Il, de - retenir II leur plume, de " rejeter les idées vaines et les futiles imaginations, et de se tourner vers l'horizon de certitude"; il leur recommande de "ne pas peser le livre de Dieu" (Kitáb-i-Aqdas) "selon les normes et les connaissances qui ont cours" chez eux, qualifie ce même livre de "balance juste assignée aux hommes", et se lamente devant leur aveuglement et leur obstination; il affirme la supériorité de ses vues, de sa perspicacité, de ses paroles et de sa sagesse, déclare que sa science est innée et qu'elle vient de Dieu, les invite à "ne pas recouvrir les yeux des hommes par un nouveau voile" alors que lui-même a " déchiré les voiles Il, les accuse d'être " responsables du reniement de la foi dès sa naissance" et les adjure "d'examiner attentivement, avec justice et impartialité, ce qui a été révélé" par lui, et de ne pas "anéantir la vérité" à l'aide de ce qu'ils possèdent.

Au pape Pie IX, chef incontesté de la plus puissante des églises de la chrétienté, détenant à la fois un pouvoir temporel et une autorité spirituelle, lui, le prisonnier des casernes de la colonie pénitentiaire d'Akká, envoya une épître fort importante dans laquelle il annonce que "celui qui est le Seigneur des seigneurs est venu, parmi les ombres des nuages* Il, et que "la parole que le Fils a cachée est apparue Il. 11 l'enjoint aussi à ne point discuter avec lui comme les pharisiens d'autrefois l'ont fait avec Jésus-Christ, l'invite à laisser ses palais à ceux qui les désirent, "à vendre tous les somptueux ornements" qu'il possède et à "en dépenser le montant dans la voie de Dieu", à abandonner son royaume aux rois, "à se lever ... parmi les peuples de la terre" et à les appeler à sa foi. Le considérant comme l'un des soleils dans le ciel des noms de Dieu, il lui recommande de prendre garde à ce que "l'ombre n'étende pas ses voiles Il sur lui; il lui demande d' " exhorter les rois Il à " traiter les hommes avec équité" et lui conseille de marcher sur les traces de son Seigneur et de suivre son exemple.

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Aux patriarches de l'Eglise chrétienne, il lança un appel particulier dans lequel il annonce la venue du Promis, les exhorte à "craindre Dieu" et à ne pas suivre "les vaines imaginations des superstitieux"; il les engage à abandonner les choses qu'ils possèdent et à "s'accrocher solidement à la tablette de Dieu, par sa souveraine puissance". Aux archevêques de cette Eglise, il déclare de même que " celui qui est le Seigneur de tous les hommes est apparu", qu'ils sont "comptés au nombre des morts", et que grande est la bénédiction de celui que "ranime la brise de Dieu et qui, à ce Nom explicite, s'est levé parmi les morts". Dans des passages adressés aux évêques de cette Eglise, il annonce que "le Père éternel appelle à haute voix entre les cieux et la terre", décrète qu'ils sont les étoiles tombées du ciel de sa connaissance, et affirme que son corps "aspire à la croix" et que sa tête "désire ardemment la lance sur le chemin du très-Miséricordieux". A la communauté des prêtres chrétiens, il ordonne de "laisser les cloches" et de sortir de leurs églises, les exhorte à "proclamer à haute voix le très grand Nom parmi les nations", les assure que quiconque appellera les hommes en son nom "manifestera ce qui dépasse le pouvoir de tout ce qui est sur la terre Il, les avertit que le "jour du règlement est arrivé", et leur conseille de tourner leurs cœurs vers leur "Seigneur, le Clément, le Généreux". Dans de nombreux passages adressés à la "communauté des moines", il leur ordonne de ne pas s'enfermer dans les églises et les cloîtres, mais de s'occuper de ce qui apportera un profit à leurs âmes et aux âmes des hommes, et il leur enjoint de se marier; il leur affirme que, s'ils décident de le suivre, il fera d'eux les héritiers de son royaume, mais que s'ils transgressent son commandement, dans sa longanimité, il le supportera patiemment.

Et enfin, dans plusieurs passages adressés à tous les croyants en Jésus Christ, il s'identifie lui-même avec le "Père"* dont a parle Esaïe, avec le "consolateur" dont le covenant fut établi par celui qui est l'Esprit (jésus), et avec " l'Esprit de vérité Il qui les conduira " dans toute la vérité "; il déclare que son jour est le jour de Dieu, annonce l'union du Jourdain avec le "très grand Océan", souligne la négligence des chrétiens et affirme en même temps qu'il leur a ouvert lui-même "les portes du royaume', assure que le "temple" promis a été construit "par les mains de la volonté" de leur Seigneur, le Puissant, le Généreux, leur ordonne de "déchirer les voiles" et d'entrer en son nom dans son royaume; il leur rappelle les paroles de jésus à Pierre et leur garantit que, s'ils acceptent de le suivre, il fera d'eux les "animateurs du genre humain".

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A l'ensemble des ecclésiastiques musulmans, Bahá'u'lláh consacra spécialement d'innombrables passages de ses livres et tablettes dans lesquels, en un langage véhément, il dénonce leur cruauté, condamne leur orgueil et leur arrogance, les invite à laisser de côté les choses qu'ils possèdent, à se taire et à écouter les paroles qu'il a prononcées; il affirme qu'en raison de leurs actes, "la condition élevée du peuple a été rabaissée, que l'étendard de l'islám a été renversé et que son trône puissant s'est effondré". A la "confrérie des ecclésiastiques persans", il adressa plus particulièrement des paroles de réprobation stigmatisant leurs actes, prédisant qu'a leur "gloire succéderait l'humiliation la plus pitoyable " et qu'ils verraient le châtiment qui leur sera infligé, "selon le décret de Dieu, Celui qui commande, le très Sage ".

Il annonça par ailleurs au peuple juif que la loi suprême a été donnée, que "la Beauté ancienne règne sur le trône de David' - qui proclame et invoque son nom à haute voix -, que, "de Sion, est apparu ce qui était caché " et que, " de Jérusalem, on entend la voix de Dieu, l'Unique, l'Incomparable, l'Omniscient ".

Aux "grands prêtres" de la foi zoroastrienne, il déclara que l' "Ami incomparable" s'est manifesté, que "le salut se trouve dans ce qu'il dit", que "la main de l'Omnipotence est tendue à travers les nuages" et que les signes de sa majesté et de sa grandeur sont visibles; et il ajouta qu' "en ce jour, les actes ne seront acceptés de la part d'aucun être humain s'il ne renonce pas au monde et à tout ce que possèdent les hommes, et ne tourne pas son visage vers l'Omnipotent".

Certains des passages les plus importants de son épître à la reine Victoria s'adressent aux membres du corps législatif britannique, l'ancêtre de tous les parlements, aussi bien qu'aux représentants élus des peuples d'autres pays. Dans ces passages, il affirme que son but est de - vivifier le monde et d'unir les peuples. Il fait allusion au traitement qui lui a été infligé par ses ennemis; il exhorte les législateurs à "se consulter mutuellement" et à se préoccuper uniquement "de ce qui profite à l'humanité ", et il affirme que "le remède souverain" pour la ",guérison du monde entier" est " l'union de tous ses peuples en une cause universelle, une foi commune ", ce qui ne peut, " en aucune façon, être obtenu sinon par le pouvoir d'un médecin habile, tout puissant et inspiré". Dans son très saint Livre, il a recommandé en outre de choisir un langage unique et d'adopter une écriture courante, utilisable sur toute la terre, recommandation qui, mise en pratique, serait, comme il l'affirme dans ce livre, l'un des signes de " la maturité de la race humaine ".

Non moins importantes sont les paroles qu'il adressa séparément au "peuple du Bayán" aux sages de ce monde, à ses poètes, ses hommes de lettres, ses mystiques et même ses commerçants, et par lesquelles il les exhorte à être attentifs à sa voix, à reconnaître son jour et à suivre son commandement.

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Tels sont, en résumé, les caractères qui ressortent des dernières paroles de cette proclamation historique, dont les premiers échos résonnèrent pendant la seconde période de l'exil de Bahá'u'lláh à Andrinople et qui s'acheva dans les premières années de sa détention dans la prison fortifiée d'Akká. Les rois et les empereurs, chacun en particulier et tous ensemble, les principaux magistrats des républiques du continent américain, les ministres et les ambassadeurs, le souverain pontife lui-même, le vicaire du prophète de l'islám, le dépositaire* royal du royaume de l'Imàm caché, les monarques de la chrétienté, ses patriarches, archevêques, évêques, prêtres et moines, les chefs reconnus des ordres sacerdotaux sunnite et shi'ah, les grands prêtres de la religion zoroastrienne, les philosophes, les chefs ecclésiastiques, les sages et les habitants de Constantinople - siège altier du sultanat et du califat -, la communauté tout entière des croyants déclarés des religions zoroastrienne, juive' chrétienne et musulmane, le peuple du Bayán, les sages du monde, ses hommes de lettres, ses poètes, ses mystiques, ses commerçants, les représentants élus des peuples et les compatriotes mêmes de Bahá'u'lláh, tous, dans des livres, épîtres et tablettes, furent, à un moment donné, directement instruits des exhortations, des avertissements, appels, déclarations et prophéties qui constituent le thème de son appel solennel aux dirigeants de l'humanité, appel qui reste sans parallèle dans les annales de toutes les religions passées, et auprès duquel les messages que le prophète de l'islám adressa à quelques-uns des gouvernants de son époque n'offrent qu'une ressemblance lointaine.

"Jamais, depuis le commencement du monde", affirme Bahá'u'lláh, "le message n'a été proclamé aussi ouvertement." " Chacune d'entre elles", écrit-il, faisant spécialement allusion aux tablettes qu'il adressa aux souverains de la terre - tablettes qu' 'Abdu'l-Bahá célébra comme un "miracle" -, "a été désignée par un nom particulier. La première e a été appelée le Grondement, la seconde le Souffle, la troisième l'Inévitable, la quatrième la Plaine, la cinquième la Catastrophe, et les autres, le Son assourdissant de la Trompette, l'Evénement proche, la grande Terreur, la Trompette, le Clairon et ainsi de suite, de sorte que tous les peuples de la terre peuvent savoir avec certitude, et être témoins, avec leurs jeux de chair et ceux de l'âme que celui qui est le Seigneur des noms a dominé et continuera à dominer, en toutes circonstances, sur tous les humains." Les plus importantes parmi ces tablettes ainsi que la célèbre Sùriy-i-Haykal (la Sùrih du Temple) furent, sur son ordre, écrites sous forme de pentacles* symbolisant le temple de l'homme, temple qu'il identifia, lorsqu'il s'adressa aux adeptes de l'Evangile dans l'une de ses tablettes, avec le "temple" mentionné par le prophète Zacharie, et qu'il désigna comme "le resplendissant lieu de l'apparition du trés-Miséricordieux ", temple que " les mains du pouvoir de Celui qui est la Cause des causes" a construit.

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Si unique, si stupéfiante que fut cette proclamation, elle s'avéra n'être qu'un prélude à une manifestation encore plus extraordinaire du pouvoir créateur de son auteur, et à ce qui peut prendre place comme l'acte le plus significatif de son ministère: la promulgation du Kitáb-i-Aqdas. Dépositaire principal de cette loi prévue par le prophète Esaïe, et que l'auteur de l'Apocalypse a décrite comme le "nouveau ciel " et la "nouvelle terre'', comme le "tabernacle de Dieu", la "cité sainte", l' "épousée", la "nouvelle Jérusalem venue du ciel', ce "très saint Livre", auquel le Kitáb-i-Iqán fait allusion, dont les clauses doivent rester inviolées pendant au moins un millénaire, et dont le plan directeur englobera la planète entière, peut être considéré comme la plus brillante conception sortie de l'esprit de Bahá'u'lláh, comme le livre-mère de sa dispensation, la charte du nouvel ordre mondial.

Révélé peu après Je transfert de Bahá'u'lláh dans la maison d'Udi Khammàr (vers 1873), à une époque où il était encore assailli d'épreuves et d'afflictions dues aux actes de ses ennemis et des prétendus adhérents à sa foi, ce livre, ce trésor contenant les gemmes inestimables de sa révélation se détache, en vertu des principes qu'il inculque, des institutions administratives qu'il prescrit, et de la fonction dont il investit le successeur désigné de son auteur, comme une oeuvre unique et incomparable entre toutes les Ecritures sacrées du monde. Car, à la différence de l'Ancien Testament et des livres sacrés qui l'ont précédé, et dans lesquels les véritables préceptes prononcés par le prophète lui-même ne sont pas mentionnés, contrairement aux Evangiles dans lesquels les quelques propos attribués à Jésus-Christ ne fournissent aucune indication claire concernant l'administration future des affaires de sa foi, contrairement au Qur'an même qui, bien qu'explicite en ce qui concerne les lois et ordonnances formulées par l'Apôtre de Dieu, se tait sur la question primordiale de la succession, le Kitáb-i-Aqdas, révélé, du commencement à la fin, par l'auteur de la dispensation lui-même, non seulement préserve pour la postérité les lois et ordonnances fondamentales sur lesquelles doit reposer la structure de son futur ordre mondial, mais en plus du rôle d'interprète donné à son successeur, prescrit les institutions nécessaires qui, seules, peuvent garantir l'intégrité et l'unité de sa foi.

Dans cette charte de la future civilisation mondiale, l'auteur - à la fois juge, législateur, unificateur et rédempteur de l'humanité - annonce aux rois de la terre la promulgation de la "plus grande loi"; il déclare que ces rois sont ses vassaux, se proclame lui-même "Roi des rois", dénie toute intention de porter la main sur leurs royaumes, et se réserve le droit de "saisir et de posséder les cœurs des hommes"; il recommande aux chefs ecclésiastiques du monde de ne pas peser le "livre de Dieu" selon les normes admises chez eux, et affirme que le livre lui-même est la "balance juste" assignée aux hommes. Dans ce livre, il ordonne formellement de fonder la "Maison de Justice", définit ses fonctions, fixe ses revenus et désigne ses membres comme les "Hommes de justice", les "représentants de Dieu", les "administrateurs du très-Miséricordieux"; il fait allusion au futur Centre de son covenant et lui décerne le droit d'interpréter ses écrits sacrés, et il anticipe d'une manière implicite l'institution du Gardiennat; il se porte garant de l'effet révolutionnaire de son ordre mondial, formule la doctrine de " l'infaillibilité absolue " de la manifestation de Dieu, affirme que cette infaillibilité est le droit inhérent et exclusif du prophète, et écarte la possibilité de la venue d'une autre manifestation avant un délai d'au moins un millénaire.

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Toujours dans ce livre, il prescrit les prières obligatoires, fixe l'époque et la durée du jeûne, interdit la prière rituelle, sauf pour les enterrements détermine le qiblih, institue le Huqùqu'lláh* (droit de Dieu), définit les règles de succession, ordonne la construction du Mashriqu'l-Adhkár, institue les fêtes des Dix-Neuf jours, détermine les jours fériés bahá'i et les jours intercalaires*, abolit le sacerdoce, interdit l'esclavage, l'ascétisme, la mendicité, la vie monastique, la pratique des pénitences, l'utilisation des chaires pour prêcher et l'usage du baise-main; il prescrit la monogamie, condamne la cruauté envers les animaux, l'oisiveté et la paresse, la médisance et la calomnie, blâme le divorce, interdit les jeux d'argent, l'usage de l'opium, du vin et autres boissons alcooliques; il énumère les sanctions pour meurtre, incendie volontaire, adultère et vol, souligne l'importance du mariage et fixe ses conditions essentielles; il impose à chacun l'obligation de s'adonner à quelque commerce ou profession, et il élève cette occupation au rang d'acte d'adoration; enfin, il insiste sur la nécessité d'éduquer les enfants, il assigne à tous le devoir de faire un testament écrit et celui d'obéir strictement au gouvernement.

En dehors de ces dispositions, Bahá'u'lláh exhorte ses fidèles à fréquenter dans l'entente et l'amitié, et sans faire de distinction, les adeptes de toutes les religions, les met en garde contre tout fanatisme, sédition, orgueil, querelles et controverses, leur inculque des principes d'hygiène impeccable, d'absolue sincérité, de chasteté sans tache, d'honnêteté, d'hospitalité, fidélité, courtoisie, endurance, justice et impartialité; il leur conseille de se comporter "comme les doigts d'une seule main et les membres d'un même corps", les invite à se lever pour servir sa cause et leur promet son aide indéfectible.

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Par ailleurs, il souligne l'instabilité des affaires humaines, déclare que la vraie liberté réside dans la soumission de l'homme à ses commandements, leur recommande de ne pas être faibles en appliquant ses règlements, prescrit ces deux devoirs inséparables: Reconnaître "l'aube de la révélation de Dieu" et observer toutes les ordonnances qu'il a révélées, car aucune, affirme-t-il, ne peut être acceptée sans les autres.

Les appels significatifs, adressés aux présidents des républiques du continent américain, d'avoir à saisir leur chance, au jour de Dieu, et de soutenir la cause de la justice, l'injonction faite aux membres des parlements à travers le monde, les pressant d'adopter un langage et une écriture uniques pour tous, ses avertissements à Guillaume i-, le vainqueur de Napoléon 111, les reproches qu'il adressa à François-Joseph, l'empereur d'Autriche, son allusion aux "lamentations de Berlin", quand il interpelle "les rives du Rhin", sa condamnation du "trône de la tyrannie'' établi à Constantinople, l'annonce qu'il fit de la fin de sa " splendeur visible" et des adversités qui allaient s'abattre sur ses habitants, les paroles d'encouragement et de réconfort qu'il adressa à sa ville natale, lui affirmant que Dieu l'a choisie pour être "la source de joie de toute l'humanité", sa prophétie selon laquelle "la voix des héros du Khuràsàn'' s'élèvera pour glorifier leur Seigneur, son affirmation que des hommes "doués d'une grande vaillance" seront suscités dans le Kirmàn et parleront de lui, et enfin son assurance magnanime donnée à un frère perfide, qui lui avait apporté tant de tourments, qu'un Dieu "très généreux et toujours clément" lui pardonnerait ses iniquités si seulement il se repentait, tout ceci contribue à enrichir encore le contenu d'un livre que son auteur désigna comme la source de la vraie félicité ", la " balance juste ", la " voie droite " et l' " animateur de l'humanité".

En outre, Bahá'u'lláh a caractérisé les lois et ordonnances qui constituent le sujet principal de ce livre par des expressions spécifiques telles que - " le souffle de vie en toutes choses créées ", " la plus puissante forteresse ", les 'fruits " de son " arbre ", " les moyens suprêmes pour maintenir l'ordre du monde et la sécurité de ses Peuples ", " les lampes de sa sagesse et de sa bienveillante providence ", " le doux parfum de son vêtement ", les " clefs " de sa " miséricorde " envers ses créatures. "Ce livre", déclare-t-il, "est un firmament que Nous avons paré des étoiles de nos commandements et de nos interdictions." "Béni soit l'homme qui le lira", a t-il dit aussi, "et qui méditera ses versets révélés par Dieu, le Seigneur du pouvoir, le Tout-Puissant. Dis, ô vous, les hommes! Saisissez-le avec les mains de la résignation ... Par ma vie! Il a été envoyé d'une manière qui stupéfie l'esprit de l'homme. Il est vraiment mon témoignage le plus puissant pour toute l'humanité, et la preuve donnée par le très-Miséricordieux à tous ceux qui sont au ciel et à tous ceux qui sont sur terre. " Et de nouveau: " Béni soit le palais qui goûte à sa douceur, et le regard pénétrant qui discerne le trésor qu'il recèle, et le cœur réceptif qui comprend ses allusions et ses mystères. Par Dieu! La majesté de ce qu'il décrit est telle, et si terrible est la révélation de ses allusions cachées, que l'on tremble en essayant de les dévoiler. Le Kitáb-i-Aqdas est révélé de telle sorte qu'il se relie aux dispensations divinement prescrites et qu'il les comprend toutes.

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Bénis sont ceux qui le lisent attentivement! Bénis ceux qui en perçoivent le sens! Bénis ceux qui le méditent! Bénis ceux qui approfondissent sa signification! Si vaste est son champ d'action qu'il s'est saisi de tous les hommes avant qu'ils ne s'en aperçoivent. Bientôt, son pouvoir souverain, son influence pénétrante et l'immensité de sa force seront manifestés sur la terre."

Après avoir formulé, dans son Kitáb-i-Aqdas, les lois fondamentales de sa dispensation, Bahá'u'lláh, à mesure que sa mission approchait de son terme, énonça certains préceptes et principes qui résident au cœur même de sa foi, réaffirma les vérités qu'il avait antérieurement proclamées, élabora et clarifia certaines des lois déjà données, révéla de nouvelles prophéties et d'autres avertissements, et il institua des ordonnances secondaires destinées à compléter les clauses de son très saint Livre Toutes ces instructions ont été enregistrées dans d'innombrables tablettes qu'il continua à révéler jusqu'aux derniers jours de sa vie terrestre. Citons parmi les plus remarquables les Ishràqàt (Splendeurs), les Bishàràt (Bonnes Nouvelles), les Taràzàt (Ornements), les Tajalliyát (Révélations), les Kalimàt-i-Firdawsiyyih (Paroles de Paradis), la Lawh-i-Aqdas (Très-Sainte Tablette), la Lawh-i-Dunyá (Tablette du Monde), la Lawh-i-Maqsùd (Tablette de Maqsùd). Ces tablettes - ultimes et puissantes émanations de sa plume infatigable - doivent prendre place parmi les oeuvres de choix issues de son esprit, et marquent la consommation de son long ministère de quarante années.

De tous les principes que renferment ces tablettes, le plus nécessaire la vie est le principe de l'unité et de l'intégrité de la race humaine, qu'on peut considérer comme la marque distinctive de la révélation de Bahá'u'lláh et le pivot de ses enseignements. Le principe de l'unité est d'une importance si essentielle qu'il est expressément mentionné dans le livre de son covenant, et que Bahá'u'lláh proclame, sans réserve aucune, qu'il es le but dominant de sa foi. " Vraiment", déclare-t-il, " Nous sommes vent pour unir et souder ensemble tout ce qui est sur la terre." "Si puissante est la lumière de l'unité", dit-il encore, "qu'elle peut éclairer la terre entière." " Parfois", écrit-il, parlant de ce thème dominant de sa révélation, "Nous employons le langage du législateur, une autrefois celui du chercheur de vérité et du mystique; néanmoins, notre but principal et notre plus grand désir ont toujours été de mettre en lumière la gloire et la suprême élévation de cette condition." L'unité déclare-t-il, est le but qui "prévaut sur tous les buts"; c'est une aspiration qui est "la reine de toutes les aspirations." "Le monde", proclame-t-il, "est lit seul pays dont tous les hommes sont les citoyens." 11 affirme aussi que l'unification de l'humanité, la dernière étape de son évolution vers la maturité, es inévitable, que "bientôt, l'état de choses actuel sera révolu et qu'un nouvel ordre, sera déployé à sa place ", que " toute la terre est actuellement en état gestation " que le jour approche où elle produira ses fruits les plus magnifiques, où elle portera les arbres les plus élancés, les fleurs les plus ravissantes, les plus grands bienfaits du ciel.

<p208>

Il déplore l'imperfection de la situation qui règne, dénonce l'insuffisance du patriotisme en tant que force capable de diriger et de maîtriser la société humaine, et considère que l' "amour de l'humanité" et le service consacré à ses intérêts sont les objectifs les plus louables et les plus dignes des efforts de l'homme. 11 se lamente également de voir que "la force de la croyance en Dieu est en train de disparaître dans tous les pays", et que la "face du monde " soit tournée vers " l'obstination et l'incroyance "; il proclame que la religion est "une lumière radieuse et une forteresse inexpugnable, destinée à la protection et au bien-être des peuples", et qu'elle est "le principal moyen pour établir l'ordre dans le monde ", affirme que son but fondamental est de promouvoir l'union et la concorde parmi les hommes, et leur recommande de ne pas en faire "une source de dissension, de discorde et de haine "; il ordonne que les principes religieux soient enseignés aux enfants dans toutes les écoles, d'une façon qui ne donne pas naissance aux préjugés ni au fanatisme, attribue " l'entêtement de l'impie " au " déclin de la religion ", et prédit des "Convulsions d'une gravité telle, que "les membres du genre humain en trembleront".

Bahá'u'lláh encourage, sans aucune restriction, le principe de la sécurité collective, recommande la réduction des armements nationaux, et déclare nécessaire et inévitable la convocation d'un rassemblement mondial dans lequel rois et gouvernants de la terre se consulteront, en vue d'établir la paix entre les nations.

Il célèbre la justice comme la "lumière des hommes", comme leur "gardienne", comme "la révélatrice des secrets du monde de l'existence et le porte-flambeau de l'amour et de la bonté"; il déclare que sa splendeur est incomparable, affirme que, sur elle, doit reposer "l'organisation du monde et la tranquillité des humains". Il caractérise les "deux piliers" de la justice "Punition et récompense" - comme "les sources de vie " pour la race humaine, avertit les peuples de secouer leur apathie en prévision de son avènement, et prophétise qu'après une période de grand trouble et de cruelle injustice, son étoile du jour brillera dans toute sa splendeur et dans toute sa gloire.

Par ailleurs, il inculque le principe de "modération en toutes choses", déclare que tout ce qui "dépasse les limites de la modération", que ce soit "liberté, civilisation et choses semblables", "exerce" forcément "une influence pernicieuse sur les hommes", constate que la civilisation occidentale a sérieusement perturbé et alarmé les peuples, et prédit que le jour est proche où la "flamme" d'une civilisation "poussée à l'excès" "dévorera les villes".

<p209>

Il décrète que la consultation est l'un des principes fondamentaux de sa foi, la représente comme " la lampe pilote ", " l'instrument de compréhension ",
et comme l'un des deux "flambeaux" du "ciel de la sagesse divine". La connaissance, déclare-t-il, figure "les ailes de la vie humaine", c'est comme "une échelle qui permet à l'homme de s'élever"; il estime que c'est "pour tous une obligation" de l'acquérir, considère que les "arts, les métiers et les sciences" sont favorables à l'élévation du monde des vivants, approuve l'acquisition de la richesse dans l'exercice de son métier ou de sa profession, reconnaît la dette des peuples envers les savants et les artisans, et déconseille l'étude de ces sciences qui ne profitent pas aux hommes, celles qui "commencent avec des mots et finissent par des mots".

Bahá'u'lláh appuie de nouveau sur le commandement qui enjoint de "fréquenter tous les hommes dans un esprit d'amitié et de camaraderie", et il déclare que ce genre de relations contribue à "l'union et à la concorde", lesquelles sont, affirme-t-il, les bases génératrices d'ordre dans le monde et les forces stimulantes des nations. Il insiste à plusieurs reprises sur la nécessité de choisir une langue et une écriture identiques pour tous, déplore la perte de temps due à l'étude de plusieurs langues, affirme qu'avec l'adoption d'une langue et d'une écriture communes, toute la terre sera considérée comme "une seule ville, un seul pays ", et il déclare qu'il possède cette double science et qu'il est prêt à la transmettre à quiconque le lui demandera.

Aux administrateurs de la Maison de justice, il confie la tâche de légiférer sur les questions qui ne sont pas formellement prévues dans ses écrits, et promet que Dieu "les inspirera selon sa volonté". Il recommande comme un exploit méritoire d'établir une forme de gouvernement constitutionnel, dans lequel l'idéal républicain et la majesté de la royauté qu'il caractérise comme "l'un des signes de Dieu " - seront réunis; il insiste pour qu'une attention particulière soit accordée à l'agriculture; il fait une allusion spéciale à "la publication rapide des journaux" qu'il représente comme "le miroir du monde" et comme "un phénomène étonnant et puissant", et il décrète que tous ceux qui sont responsables de leur composition doivent être exempts de toute malveillance, passion et préjugé, se montrer juste et impartial, mener avec soin leurs enquêtes et s'informer de tous les faits dans chaque cas.

Bahá'u'lláh élabore aussi la doctrine de la suprême infaillibilité; il réaffirme l'obligation qui incombe à ses fidèles de " se conduire avec loyauté, honnêteté et sincérité vis-à-vis du gouvernement du pays où ils résident", insiste à nouveau sur l'interdiction de se livrer à la guerre sainte et de détruire les livres; enfin, il distingue les hommes de science et les sages et, dans un hommage spécial, les glorifie comme les "Yeux" du genre humain et comme les "plus grands cadeaux" offerts au monde.

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Un compte rendu des caractéristiques frappantes des écrits de Bahá'u'lláh (parus au cours de la dernière période de son bannissement à 'Akká) ne saurait manquer de faire une référence à la Lawh-i-Hikmat (Tablette de la Sagesse), dans laquelle il pose les fondements de la vraie philosophie, ni à la Tablette de la Visitation, révélée en l'honneur de l'Imàm Husayn dont il célèbre les louanges en termes chaleureux, ni aux Questions et Réponses qui apportent des éclaircissements sur les lois et ordonnances du Kitáb-i-Aqdas, ni à la Lawh-i-Burhàn (Tablette de la Preuve) dans laquelle sont sévèrement condamnés les actes commis par le Shavkh Muhammad-Bàqir surnommé "Dhi'b " (Le Loup) -, et par Mir Muhammad Husayn, l'imàm-jum'ih d'Isfàhàn - surnommé "Raqshà" (Serpent femelle) -, ni à la Lawh-i-Karmil (Tablette du Carmel) dans laquelle l'auteur mentionne explicitement la "cité de Dieu qui est descendue du ciel', et prophétise que, "sous peu, Dieu conduira son arche" sur cette montagne, et "manifestera le peuple de Bahá". Finalement, il faut citer son épître au Shaykh Muhammad-Taqi, surnommé "Ibn-i-Dhi'b" (Fils du Loup), la dernière tablette(L'Epître au Fils du Loup) importante sortie de la plume de Bahá'u'lláh, dans laquelle il conjure ce prêtre féroce de se repentir de ses actes, cite quelques passages les plus caractéristiques et les plus célèbres de ses propres écrits, et apporte des preuves établissant la validité de sa cause.

Avec ce livre, révélé un an environ avant son ascension, on peut dire que l'oeuvre prodigieuse de l'auteur d'une centaine de volumes, recueils des perles inestimables de sa révélation, était pratiquement terminée. Ces volumes sont remplis d'innombrables exhortations, de principes révolutionnaires, de lois et ordonnances destinées à façonner le monde, de terribles avertissements et de sinistres prophéties ainsi que de prières et de méditations pour l'élévation de l'âme, de commentaires et d'interprétations lumineuses, d'homélies et de discours pleins d'ardeur, le tout entremêlé, d'adresses ou d'allusions destinées aux rois, aux empereurs et aux ministres orientaux et occidentaux, aux ecclésiastiques de toutes dénominations et aux dirigeants des diverses sphères de l'activité de l'homme: intellectuelle, politique, littéraire, mystique, commerciale et humanitaire.

"En vérité", écrit Bahá'u'lláh, de sa suprême prison, passant en revue, au soir de sa vie, le champ tout entier de cette immense et puissante révélation, "Nous n'avons pas été inférieur dans notre tâche d'exhorter les hommes et de leur faire connaître ce qui m'a été ordonné par Dieu, le Tout-Puissant, l'infiniment Loué." "Existe-t-il une excuse pour quiconque à l'égard de cette révélation", dit-il encore. " Non, par Dieu, le Seigneur du puissant trône! Mes signes ont fait le tour de la terre, et mon pouvoir a enveloppé toute l'humanité."

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