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Source : www.bahai-biblio.org
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LE PRISONNIER DE ST JEAN D'ACRE
Par André Brugiroux


"Celui-là, en vérité, est un homme qui, aujourd'hui se consacre au service de la race humaine tout entière." (Baha'u'llah, 1817-1892)

Table des matières

PROLOGUE
I - ON S'EST MOQUÉ DE MOI !
II - LA TERRE N'EST QU'UN SEUL PAYS
III - LA PAIX EST-ELLE POSSIBLE ?
IV - L'UNITÉ: CLEF DE LA PAIX
V - UNE ANNÉE PAS COMME LES AUTRES
VI - IRAN
VII - LE PRISONNIER QUI ÉCRIVAIT AUX ROIS !
VIII - BAHA'I ?
IX - UNE NOUVELLE TERRE
X - SCIENCE ET RELIGION
XI - LE CANCER, MALADIE DU SIÈCLE
XII - MARX, MAO OU UN AUTRE? (CHAPITRE REDIGE AVANT LA CHUTE DE L'URSS)
XIII - FEMME
XIV - MESSIE
XV - MON CHEMIN
XVI - LE GRAND PLAN
XVII - POGROM SECRET
XVIII -CATASTROPHE
XIX - ...OU ESPOIR ?
BIBLIOGRAPHIE

PROLOGUE

O ami, comment ne pas être mondialiste ?

La gloire, proclamait au siècle dernier un prisonnier persan de l'empire ottoman, n'est pas pour celui qui aime son pays, mais pour celui qui aime le monde entier.

La loyauté de l'homme aujourd'hui ne peut plus s'arrêter à la patrie.

Chaque période de l'histoire semble régie par un esprit-principe; le notre s'appelle mondialisme.
Les inventions du XIXe siècle, en bouleversant les notions fondamentales d'espace et de temps, ont modifié insensiblement les relations humaines au sein de notre planète. Elles entraînent, a son insu, l'humanité à la recherche de l'unité. La nature est désormais maîtrisée, l'homme n'affronte plus que lui-même. Par méconnaissance de sa nature profonde, il ne sait pas respecter la globalité universelle.

Le temps est révolu où la violence peut servir à la promotion de sa personne.
Non, monsieur Mao de la longue marche, le pouvoir n'est plus au bout du fusil.
Le progrès va nous forcer à utiliser une autre méthode: la paix !

Affirmer que les temps ont radicalement changé est un lieu commun Les rythmes s'accélèrent, laissant l'homme de plus en plus déphasé.

Au début du siècle dernier, un savant allemand du nom de Gauss pensa que les hommes pourraient peut-être communiquer plus vite qu'en utilisant les relais postaux. Il mit au point un nouveau moyen de communication qui supprimait les distances: le télégraphe électrique. Mais il ne put le faire qu'en utilisant les découvertes d'autres savants étrangers à son pays. Volta l'Italien, Oersted le Danois, Ampère et Arago les Français et Faraday l'Anglais entre autres. Quelques années plus tard, dans un pays encore plus lointain, dans le Nouveau Monde, Samuel Morse, reprenant ces idées, construisait le premier télégraphe électrique pratique et créait le fameux système qui porte son nom.

Ce jour-là, le 24 mai 1844, Morse allait envoyer le premier télégramme officiel de l'histoire le long des câbles reliant Washington à Baltimore. C'était inouï pour l'époque, la presse avait annoncé cet événement comme un miracle moderne, miracle capable de rétrécir d'un seul coup les dimensions de la planète. Au moment d'appuyer sur le manipulateur de son nouvel instrument, l'inventeur hésita.
Quel message pourrait-il bien envoyer?

Aux Etats-Unis, depuis l'arrivée des puritains du Mayflower, la Bible est partout à portée de main. Morse, embarrassé, en ouvrit une au hasard dans son bureau de Washington et se mit à envoyer dans les airs la première phrase qui lui tomba sous les yeux, une phrase du Livre des Nombres:
"Qu'est-ce que Dieu a forgé?"

En observant les bouleversements sans précédents connus par l'humanité depuis, on peut, en effet, se demander ce que Dieu a forgé.

Du même auteur :

La Route (1986)
Les Chemins de la Paix (1986)

Aux éditions Robert Laffont :
La terre n'est qu'un seul pays (1975). Collection "Vécu"
La Route et ses Chemins (1978)

A Youssef Ghadimi, martyr
A Ali Nakhjavani, membre de la maison universelle de Justice
A Nika Ramzi-Sabet et à tous les amis précieux qui m'encouragent.


I - ON S'EST MOQUÉ DE MOI !

L'histoire sur les bancs de l'école n'a rien de drôle. Suite interminable de dates plus ou moins faciles à mémoriser, dates de batailles, de traités, de batailles, d'édits, de batailles et encore de batailles. J'en ai gardé l'image d'un long carnage décousu et sans but. Certes, il y avait quelques images amusantes: Attila cuisant ses biftecks à cheval en les plaçant sous ses fesses en guise de selle (peut-être pour adoucir les furoncles des longues chevauchées), le vase de Soissons, le "Cauchon" d'évêque qui condamna Jeanne la Pucelle, la carapace de tortue servant de berceau à Henri IV ce roi baptisé au vin blanc. Pas désagréable non plus, ce cours entier sur les maîtresses de Louis XIV. Mais, à part cela, c'était plutôt pénible à absorber, et je n'y comprenais pas grand-chose. De cet enseignement haché de dates rébarbatives, il ressortait finalement que nous étions les plus beaux, les plus doués, une nation faite pour guider le monde.

A la fin de ma scolarité, je voyais la France telle la statue de la liberté à New York : sans le flambeau de la culture française, le monde serait dans les ténèbres! Cette statue-symbole que, nous la France, "pays de la liberté", avions eu l'honneur d'offrir au nouveau continent. Quelle chance incroyable d'être né porteur de la lumière! Je me sentais si fier.

Dans mes livres d'histoire, des chapitres m'arrachaient des larmes: "Tout homme a deux pays, sa patrie et la France!", "il n'est presque aucune grande idée, aucun grand principe de civilisation qui, pour se répandre, n'ait d'abord passé par la France", "C'est qu'il y a dans le génie français quelque chose qui se propage avec plus de facilité et d'énergie que le génie de tout autre peuple", "C'est le chevalier français qui me plaît, disait il y a huit cents ans, ce Frédéric Ier Barberousse, qui avait vu toute l'Europe et était notre ennemi", etc. Du "cocorico" à tous les chapitres. "Pourvu que ce pays ne tombe pas dans la ruine Que l'en préserve", concluait superbement mon manuel d'histoire de classe de troisième, "le Christ qui aime les Francs!"

Plus tard, je découvrirai au Mexique de braves campesinos ignorant totalement l'existence d'un pays nommé France. Francia, donde esta? Pour eux, je suppose, il ne doit y avoir qu'une seule patrie!

Mon professeur de géographie, pour ne pas être de reste, abondait dans le même sens: la France est en rose sur les cartes du monde parce que la vie y est douce, elle est variée dans ses climats et ses paysages. Nous avons tout, de la mer à la montagne. Nos sols produisent en abondance, notre position géographique centrale est unique. Quelle chance, encore une fois.

Vive la France de Michelet, de Duruy ou de Lavisse !

Vive la patrie chérie d'André et Julien ! (Les deux orphelins du Tour de France par deux enfants de Bruno, best-seller des manuels scolaires qui a encensé la "Patrie chérie" a des générations de Français depuis Jules Ferry; "elle a tous les aspects, tous les climats presque toutes les productions...")

Et notre littérature, j'allais oublier cette littérature hors pair ; nous sommes une race de poètes.

Charlemagne était français Hourra ! Un empereur aussi grand. Je veux bien que l'on claironne de telles fanfaronnades, mais il faudrait y ajouter la logique des Soviétiques consistant à ne pas laisser sortir le citoyen pour vérifier. Car j'ai noté en Allemagne, quelques années plus tard, que le Grand-Empereur-à-la-Barbe-Fleurie était allemand. En fouillant un peu plus, j'ai découvert que l'auguste époux de Berthe-aux-grands-pieds disait n'être ni français ni allemand

Et notre Napoléon ! Ce caporal corse, n'a-t-Il pas remporté les victoires les plus brillantes au point d'en couvrir 'imposant Arc de Triomphe d'une des plus prestigieuses avenues du monde? Pourquoi, débarquant à Londres, suis-je tombé chez un peuple assez mesquin pour ne glorifier que ses défaites? Ce n'était plus la gare d'Austerlitz, c'était celle de Waterloo. Plus de place Wagram, mais le grand square Trafalgar. Le gamin que j'étais alors n'a pas compris.

Pire, je suis resté interdit, un soit, dans une de ces salles de cinéma britanniques où le film se devine à travers un épais nuage de fumée de cigarettes, parmi les craquements de "mandibules" sur bonbons, pop-corn et autres douceurs: le documentaire montrait un affrontement entre Anglais et Français dans je ne sais plus quel coin du globe. Difficile à se rappeler, ils se sont battus partout pour se tailler un empire. Documentaire anglais, je précise. Jamais, je n'aurai imaginé que le Français pouvait être aussi ridicule! J'avais beau ouvrir les yeux, je ne reconnaissais pas mes concitoyens. Bêtes à ce point, ce n'est pas possible. J'ai pensé aux Peaux-Rouges que les westerns ridiculisent de la même façon et j'ai eu honte. Je me suis souvenu des bandes illustrées de la guerre où le "boche" était un simplet, ça me faisait rire et j'étais fier des bulles du genre: "il faut dix Allemands pour valoir un Français". A l'époque, je n'ai pas pensé à faire le calcul. Puisqu'ils nous battaient, cela devait faire un peuple de quatre cent millions d'habitants pour le moins! Ces dessins ont l'excuse de la propagande dans un pays occupé, mais que dire des "aventures de Tintin" que je dévorais d'un bout à l'autre sans souffler. Aventures où le héros se joue des Jaunes, des Noirs et autres Moldaviens, comme si ces derniers étaient de simples crétins. Aujourd'hui, le succès d'Astérix n'est-il pas dû, en partie, au fait qu'il sensibilise la fibre locale du "c' est nous les invincibles" ?

Ce documentaire m'a ouvert les yeux. J'ai compris soudain combien on se moquait de nous, combien l'enseignement de l'histoire, où qu'il soit, est frauduleux. Ça commençait bien, la Grande-Bretagne était mon premier pays étranger. Je décidai, a partir de ce moment-là, d'approfondir l'histoire par moi-même.

A Cordoue, plus tard, j'assistais à la projection en espagnol du film de Sacha Guitry. Si Versailles m'était conté... Le cinéma est un bon moyen pour apprendre une langue. Il faut savoir que la fête nationale espagnole commémore le 8 mai 1808, jour où les Espagnols se révoltèrent contre les troupes napoléoniennes. La séquence qui montre les paysans brandissant leurs fourches contre les grognards fit dresser la salle comme un seul homme. Debout, poings tendus, on hurlait des Viva Espana ! Surpris par ce mouvement spontané, je restais seul assis. Mais jugeant la situation quelque peu dangereuse, je me levai en vociférant de mon meilleur accent un retentissant Viva Espana !

Ce genre d'exemple est sans fin. J'entends encore les petits Congolais, pieds nus, têtes crépues, taper en cadence sur le pupitre à l'école de la mission, ânonnant "nos ancêtres les Gaulois" !

Au Canada, je ne fus plus surpris de voir que Français et Anglais n'apprenaient pas la même histoire, celle des uns se terminant là où commençait celle des autres. Ce patriotisme impudent, qui empoisonne l'esprit des hommes des leur plus jeune âge, n'est pas uniquement une spécialité française.

Un Iranien m'a raconté qu'en Irak, il s'est trouvé être le seul élève iranien dans une classe d'Arabes. Les Européens distinguent mal Irak et Iran. Ce dernier n'est pas un pays arabe; d'ailleurs, la pire insulte pour un Iranien est de se faire traiter d'Arabe! Cet Iranien, qui devait avoir alors une douzaine d'années, fut tout ébahi d'entendre l'instituteur vanter la grande victoire de Qadessieh (640 A.D), jour suprême où les armées arabes battirent les Perses. Alors que, chez lui, on pleurait ce jour de honte. Il n'en revenait pas. Plus tard, lors de ses études en France, il entendra transformer la défaite de l'Islam à Poitiers en grande victoire pour l'Occident, ce jour mémorable où Charles Martel sauva la culture occidentale face à une bande de barbares (Contrairement au mythe, ce n'est pas Chartes Martel qui battit les Arabes mais ceux-ci qui se retirèrent la nuit jugeant les marais poitevins insalubres au peuplement.)

A chacun son Austerlitz, à chacun son Waterloo.

Cette date de 640 est d'une grande importance pour la Perse, puisqu'elle marque son entrée dans l'Islam. Ne serait-il pas plus judicieux de noter dans les manuels scolaires de la région que cette prétendue défaite était une victoire déguisée? Les vainqueurs de Qadessieh, les Arabes de l'époque, étaient des rustres comparés au monde civilisé et raffiné de l'empire sassanide. Mais cet empire décadent était corrompu au plus haut point. Le souffle et la vigueur des Arabes permirent, en définitive, à la brillante culture perse de se répandre dans le monde islamique, de l'Espagne jusqu'en Inde, ce qu'elle eût été incapable de faire par elle-même.

On peut trouver l'équivalent dans notre histoire occidentale: la défaite de la Grèce par Rome. Le dynamisme des vainqueurs ne servit qu'à répandre la culture des vaincus sur un territoire beaucoup plus vaste. Et aujourd'hui, que font les Américains avec leur toute puissance ? Sinon diffuser la culture européenne.

Victoires et défaites sont des mots à bannir si l'on veut promouvoir l'histoire et cicatriser le coeur des peuples. La victoire de Poitiers fut-elle vraiment un bienfait pour l'Occident ?

Les hommes se sont tellement battus que chaque peuple peut se glorifier de quelques victoires. Au lieu de chercher à comprendre la marche de l'humanité, le plan d'ensemble, chaque nation s'arrête aux détails qui lui conviennent, à des faits d'armes qu'elle grossit pour se valoriser. La France n'échappe pas à cette règle.

Certains croiront que je caricature. Il n'est qu'à voir pourtant les touristes français partir à la "conquête" du monde en cette fin de siècle, imbus de leur supériorité. Mon meilleur ami, au moment d'épouser une Bretonne, eut toutes les difficultés du monde à convaincre les beaux-parents bigoudins de l'emmener résider en Italie où il travaille:

- L'Italie, c'est loin, c'est pas civilisé... on ne sait jamais ce qui peut se passer avec ces gens-là...

Voilà ce qui, inconsciemment, m'a projeté sur la route. Je suis parti en 1955, le lendemain du dernier jour d'école, poussé par une irrésistible curiosité d'esprit pour voir enfin de mes propres yeux. Pendant dix-huit ans, j'ai parcouru le monde de fond en comble, à pied, en stop (Voir La terre n'est qu'un seul pays et La Route et ses chemins du même auteur aux Editions Robert Laffont). J'ai travaillé dans plusieurs pays, appris des langues. J'ai fait le tour des hommes. Et j'ai appris laborieusement. J'ai découvert que l'on m'avait menti et que chaque pays ment à "ses" nationaux de façon aussi tragique.

En Grande-Bretagne, les lois géographiques perdent leurs droits, on a l'impression que le monde ne tourne pas autour de l'axe des pôles, mais de Londres. "English, the best" ("L'empire britannique est, après la Providence, la plus grande force de bien qui soit au monde" (Lord Curzon)), a quoi j'avais envie de répondre "of course de cheval".

Aux USA, on est chez les bons garçons. Quel privilège d'être né sous de tels cieux! Ils sont persuades que le monde entier n'a qu'un seul désir : venir y vivre. Tous ceux qui ne sont pas de leur côté sont les méchants, comme dans les films de cow-boys. Dans le monde, il y a les bons et les méchants, c'est simple. Combien n'ai-je pas vu de jeunes volontaires américains du Corps de la Paix, fort surpris, pleurer d'amertume a l'étranger sous les sarcasmes et les insultes, alors qu'ils s'attendaient à être reçus à bras ouverts (le bon oncle Sam n'aide-t-il pas tous ces petits neveux déshérités ?)

En Russie, on a tout inventé. C'est merveilleux. Si bien que ce pays juge inutile de donner des passeports pour aller autre part, hors des frontières barbelisées. A quoi bon? "Tout peuple puissant doit croire qu'en lui seul réside le salut du monde", selon Dostoïevski.

Quant aux Chinois, chers amis français, j'ai une nouvelle : notre f1ambeau de la culture ne serait qu'un vulgaire ver luisant! Il n'existe, à leurs yeux, qu'une seule culture. La chinoise, bien entendu. Les autres peuples sont tout simplement des barbares et ne se civilisent que dans la mesure où ils se rapprochent de la culture chinoise. Le Blanc est encore le "barbare aux poils roux."

Chaque pays a ainsi son dada.

Le Canada, lui, est le deuxième pays du monde par la superficie. Vous ne le saviez peut-être pas, mais eux en tirent leur fierté ; vous y apprendriez que vous, les "maudits Français", êtes à l'étriqué chez vous, que vous vous marchez pratiquement sur 1es pieds! Que vous êtes des "petits soldats poudres et parfumés", une bande d'efféminés.

L'histoire apprise ainsi, sur place, a de quoi surprendre. Tel pays a inventé le yoghourt, tel autre le cuirassé, tel autre l'alphabet et que sais-je encore? Le plus amusant est de constater qu'ils sont plusieurs à briguer la même invention. S'ils avaient tous un coq pour emblème, le monde serait une basse-cour insupportable.

M. Garaudy, dans son excellent ouvrage Pour un dialogue des civilisations, parle de son tour du monde des célébrités. Celles-ci cristallisent, peut-être, le meilleur d'un pays, mais j'ai préféré, pour ma part, voir le peuple. Les chefs d'État qui vont déguster du caviar a droite et a gauche et ne foulent que des tapis rouges, que voient-ils réellement d'un pays ?

J'ai maudit cette éducation chauvine qui, tout au long de mon voyage, me faisait croire meilleur et supérieur. J'en avais honte et je devais m'appliquer pour essayer de mater ces bouffées d'orgueil national inculquées à un âge sans défense. N'aurait-Il pas été plus judicieux de me "programmer" différemment, de façon plus réaliste ?

Ne serait-il pas plus honnête et pratique de nous programmer tous de façon universelle?

Un enfant est comme une bande magnétique vierge, il enregistre tout ce qu'on lui présente. Les gouvernements s'étonnent de voir les jeunes contester, se rebeller. Ils oublient que ces mêmes jeunes, grâce à l'amplitude des médias, a la facilité des voyages et a leur réceptivité aux idées dune ère nouvelle, s'aperçoivent vite qu'on leur ment.

A dix, douze ans, j'ai accepte tout en pleine confiance la France est le meilleur pays. Soit ! Après la guerre, on reconstruisait, la télévision n'introduisait pas encore le monde dans nos salons, personne n'allait se "balader" pour vérifier, si bien que je l'ai cru sincèrement.

On ne m'a pas mentionné que la littérature la plus abondante du monde était la chinoise, que le pays de la poésie par excellence était sans doute la Perse que les Mayas sculptaient des bas-reliefs exquis alors que nous n'ébauchions encore que des têtes grossières, que l'Afrique avait de brillantes civilisations avant que nous allions la saccager, que l'Inde fleurissait pendant que nous étions encore pratiquement dans les arbres! On a passé sous silence la stupéfaction de Cortez s'apercevant que les Aztèques étaient aussi civilisés que les Espagnols, que la société indienne, au nord, était politiquement plus évoluée que l'européenne (par la participation des femmes aux décisions et le rôle dévolu à chacun dans la communauté notamment), que l'organisation de la confédération iroquoise a servi de modèle aux colonies américaines pour fonder une nouvelle nation, etc.

En somme, tout concourait à me faire croire que rien n'était à la hauteur de notre civilisation dite chrétienne. Les instituteurs me l'ont tant vantée, mais sans jamais mentionner le nom de son fondateur, le Christ. Mes chers livres d'histoire, au nom de la laïcité, omettaient la vie et l'enseignement de cet éducateur universel, tout en regorgeant d'un luxe de détails sur ce que les hommes en avaient fait: des Cathares aux croisades sans oublier l'inquisition, les savants brûles, les autodafés, les excommunications, les extravagances papales...

Quand je suis parti, nous étions une puissance mondiale. Les bancs de la classe n'étaient pas assez larges pour contenir mon orgueil à cette idée. Une puissance mondiale, rien de moins! Et cette "place" était due à notre empire colonial (défunt depuis). Les Anglais qui nous battaient d'un rang se vantaient, à l'époque, que le soleil ne se couchait jamais sur l'empire britannique. Ceci est toujours vrai. Le soleil ne risque plus de s'y coucher, il n'y a plus d'empire!

Je n'arrivais pas à comprendre comment la France allait faire des colonies en vantant les idées de la révolution, la déclaration des droits de l'homme et de la liberté des citoyens. Est-ce cela le pays de la raison, de la logique?

Pour couronner cette éducation d'homme "civilisé", le catéchisme de l'église romaine, catholique, une et indivisible n'était pas en reste: "En dehors de l'Eglise, pas de salut!" C'était clair Ciel, une nouvelle fois, quel bonheur d'être né en France. Je ne comprenais toutefois pas pourquoi le Chinois était condamné d'avance. Il n'avait pas plus choisi son lieu de naissance que moi, après tout. L'Evangile disait pourtant que nous étions TOUS les enfants du Bon Dieu. Même la religion se servait de la logique française !

"Le corps du Christ était monté au ciel." Pourquoi pas ? Cela me paraissait étrange, mais l'on m'avait expliqué qu'il s'agissait d'un mystère. Alors, comme pour le reste, j'acquiesçais. Et je devenais de plus en plus fier d'être blanc, catholique et français. NORMAL, en somme !

J'ai quitté l'église Saint-Medard avec la certitude que le Christ, c'était le Fils de Dieu, le seul, l'unique. Que Mahomet était un charlatan qui avait tout copie et répandu ses idées à coups de sabre. Que Bouddha, lui, si loin (avant les charters et la télévision), devait être quelque fakir innocent influençant des esprits faibles. Quant à Gandhi, même avec ses belles idées de non-violence, il ne pouvait être canonisé, il n'appartenait pas à la "romaine".

Je me souviens avec quelle crainte d'être frappé par la foudre divine ou d'être transforme en statue de sel, j'ai osé pénétrer, défiant tous mes tabous à l'âge de quatorze ans, dans un temple protestant à Strasbourg. J'avais l'impression de braver le sanctuaire de l'impie et redoutais d'en sortir couvert de pustules ou tremblant de la fièvre bubonique. Déjà, c'était plus fort que moi, il fallait que "j'aille voir". Rien ne s'est passé, et j'ai poussé un ouf de soulagement en quittant cette bâtisse discrète et dépouillée. Par quelle aberration d'enseignement, m'avait-on conduit a croire de telles choses ? Plus tard, au Canada, je condescendais à assister à un office protestant comme si le simple fait de ma présence allait sanctifier cet assemblage de brebis égarées.

Maudit, encore une fois maudit, cet enseignement qui m'a sépare de mes frères, les hommes.

Car, au fond de moi, dans le temple protestant, j'ai senti un lieu de recueillement tout aussi valable que "mon" église Saint-Médard. A cet office de "renégats" luthériens ou calvinistes, j'ai senti vibrer la même fibre de dévotion, le même lien mystique que chez nous, les supposés détenteurs de la vérité.

Ces propos peuvent surprendre la jeune génération, dont la mentalité contestataire est bien différente. Elle n'accepte plus n'importe quoi sans questionner. Un prêtre de quartier avouait dernièrement ne plus savoir que dire!

L'enseignement religieux m'avait convaincu de la supériorité de l'église tout en me bourrant de craintes et de tabous.

Par la suite, au fil des kilomètres, j'ai compris combien, là aussi, on m'avait menti.

Le premier musulman faisant sa prière dans la rue à Niamey, front dans le sable, tourné vers La Mecque, m'a fortement impressionné. Je ne vois guère de chrétiens se recueillir, même chez eux.

J'ai noté au cours de mon long périple, chez les musulmans et chez les bouddhistes, la même dévotion que chez les chrétiens. Une morale identique. La seule différence est d'avoir trouvé ces gens-là plus hospitalier que nous.

J'ai vu de splendides pagodes, des mosquées magnifiques tout aussi belles que nos majestueuses cathédrale. Le Taj Mahal n'a pas à rougir devant Notre-Dame.

Alors, ai-je pensé, comment le charlatan et le fakir peuvent-ils produire le même effet que le Seul vrai et unique? Pourquoi chacun est-il persuadé que SEUL son prophète est bon, sa culture valable ? Partout Chacun croit avoir raison. Le monde m'apparaissait comme un puzzle difficile à reconstituer. Où était le lien entre les hommes, les religions, les cultures?

Ce fut ma recherche.

Je suis allé ouvrir des yeux candides sur "l'astéroïde terre" et me suis vite aperçu que l'enseignement officiel ne correspondait pas à la réalité, que l'on m'avait endoctriné pour faire de moi un vaillant défenseur de la patrie et de l'église en cas d'attaque des sauvages, c'est-à-dire des autres. Que l'on s'était tout simplement moqué de moi!

Le jour de ma naissance, je n'avais pas de préjugés. A dix-sept ans, je n'avais plus que cela.

Dans les crèches des écoles internationales, petits Blancs, Noirs et Jaunes, chrétiens, juifs et musulmans jouent et s'amusent sans le moindre problème. Le petit Blanc ne pense pas que la peau du Noir va déteindre sur lui. Ce dernier ne voit rien d'anormal dans les yeux bridés du petit Jaune. Pourquoi, à vingt ans, ces mêmes enfants se traitent-ils de "sales Juifs" et de "fainéants de Noirs"?

Regrettable éducation!

Je suis donc parti, sans le savoir, faire mes humanités et j'ai découvert un monde malade. Pas besoin d'ailleurs de se déplacer pour établir ce diagnostic; les journaux, la radio et la boite magique vous apportent les agitations du monde directement dans votre fauteuil, au chaud et à chaud, comme un feuilleton à sensations.

Mais ce malaise, je l'ai vécu dans ma chair.

J'ai souffert avec les hommes du monde entier, entendu les Africains geindre au fond de leur case par manque de médicaments, écouté les grenades exploser et les mitrailleuses crépiter au Viêt-nam, au Cambodge, en Jordanie, fréquenté les prisons surchargées et les bidonvilles écoeurants, visité d'abominables camps de réfugiés, ce produit de notre siècle. J'ai fait attention à ne pas écraser les bébés traînant sur les trottoirs en Inde (pas de beaux poupons joufflus et roses comme chez nous) et à ne pas culbuter des "guenilleux" dormant sur la selle de leur vélo-taxi à Djakarta. J'ai côtoyé les Indiens et les aborigènes qu'on achève au whisky, les Noirs grillagés de l'apartheid, j'ai vu les Russes qui occupent, les Américains qui exploitent, les populations qui se taisent apeurées par des tyrans, des enfants déformés à dessein pour mendier, des femmes d'Amérique latine anéanties par d'incessantes maternités.

Je suis rentré en Europe, la misère dans les yeux. En ouvrant le journal, j'ai trouvé d'impudiques pages de publicité prônant l'amaigrissement tandis que le reste du monde meurt de faim. Immobilisé dans les embouteillages parisiens, j'ai repensé à cette vieille Ethiopienne parcourant des miles à pied écrasée sous une énorme jarre d'eau, ce péruvien en sueur trottinant péniblement de village en village sous une pyramide de paniers. En passant devant une banque rutilante, je me suis souvenu de ces yankees aux rires gras et aux cigares baveux dilapidant des billets de cent dollars dans les casinos de Las Vegas pour "s'amuser" pendant que des enfants sales et malades, des adultes désespérés, tendent la main par milliers en d'autres lieux pour de simples centimes. Je ne peux oublier le Zaïrois mangeant le pain moisi que je lui avais donné pour ses poules, ni les coups assénés sur un pauvre mulâtre sud-américain par un propriétaire terrien, cela au nom du respect de la race blanche, pas plus que mille autres images qui ont fait hurler mon sens de la justice.

Déformé mais pas encore structuré par de fallacieuses théories et par un certain intellectualisme étouffant où les arbres des grands mots cachent la forêt de la réalité, j'ai fait mon investigation. Même si les zigzags de mon parcours font penser à la bohème, je n'ai pas vagabondé. La route a été mon université. J'ai essayé, grâce à elle, de trouver ce que Dieu a forgé dans notre époque, pour le moins extraordinaire.

Le drame de nos institutions d'enseignement et celles du vaste monde en général est d'instruire, mais de ne pas éduquer. Aucun individu n'est formé pour devenir un citoyen universel, sinon les problèmes contemporains s'effaceraient d'eux-mêmes.

L'instruction est un bienfait pour l'humanité, mais, sans formation morale, elle est vaine et peut conduire au pire.

L'instruction informe, seule l'éducation forme.

La lettre passe avant l'esprit. On donne les connaissances mais pas la connaissance, on parle à l'intellect mais pas au coeur.

Nos livres d'histoire ne sont finalement que des chroniques de détails arrangées à la sauce patrie, ne donnant aucune idée du grand plan suivi par l'humanité ni du chemin vers la noblesse de ce bipède appelé homme.

Quant à l'enseignement religieux, il défend une doctrine, une institution, au lieu d'aider l'homme à chercher la vérité.

Et pourtant, malgré tout, à l'école comme à l'église, par "devoir", on m'avait dit: le coeur de l'homme est universel.

Après avoir erré à travers plus de cent soixante pays, je peux en témoigner. Il n'y a plus "d'étrangers" pour moi aujourd'hui, partout je regarde l'homme dans son coeur et son esprit. J'ai compris que nos différences étaient belles à vivre, nécessaires, indispensables mêmes.

"Celui qui sait et ne dit rien est un malfaiteur", disait Bertold Brecht. Je voudrais essayer de ne pas l'être.

Chacun ne connaît-il pas la peine et la joie? Ne cherche-t-il pas l'affection, la sécurité, le confort et le bonheur? Il n'y a aucune différence dans le coeur d'un Esquimau, d'un Japonais, d'un Zoulou, d'un Américain ou d'un Français. C'est seulement la façon dont s'exprime ce coeur qui est différente.

Au contact des peuples, chaque jour, j'ai appris ma leçon. Lentement, péniblement J'ai appris que la terre n'est qu'un seul pays et que nous en sommes tous les citoyens


II - LA TERRE N'EST QU'UN SEUL PAYS

La terre n'est qu'un seul pays : rêve, utopie ou réalité?

J'en ai la profonde conviction.

C'est la conclusion de mon long voyage, cependant je m'aperçois que cette idée est accueillie très différemment. Je ne peux oublier l'expression incrédule de l'un de mes voisins lors de mon retour à Brunoy.

- Comment, me dit-il éberlué, tu vas te "crever" à faire tous ces kilomètres, visiter tous ces pays, rencontrer tous ces gens si différents et maintenant tu me soutiens que la terre n'est qu'un seul pays!

Les Français sont réputés dans le monde pour être vifs d'esprit et "cultivés". Malgré cela, le cher voisin ne comprenait pas.

Lorsque je dis à un Congolais dénudé au milieu de la forêt vierge que la terre n'est qu'un seul pays, il acquiesce sans hésitation. Il saisit tout de suite cette notion: nous sommes tous frères et il ne peut y avoir qu'une seule terre. Mais le Congolais ne prétend pas tout savoir, lui, il n'est pas cultivé, "civilisé". Là est la différence. L'intellectualisme ne lui a pas desséché le cœur.

Au Québec, lors d'une causerie dans un CES, un jeune chevelu, genre hippie diraient certains, après m'avoir écouté patiemment, se leva en m'objectant avec son accent inimitable:

- Ah ben alors, "touâ", tu rêêêves en couleurs !

La terre n'est qu'un seul pays est devenu la réalité d'aujourd'hui.

Les incroyables inventions techniques depuis le temps où Samuel Morse se préparait à envoyer son curieux message dans les airs ont effectivement réduit la terre à la grosseur d'un pays. Grâce à l'électricité notamment, nous sommes tous en quelques années devenus solidaires. Aucune personne sensée ne peut nier cette évidence. Nous sommes tous reliés, le seuil de chaque humain est désormais à notre portée.

Les bergers solitaires du Sahel portent en bretelle le transistor. Même les tribus réputées les plus inaccessibles possèdent aujourd'hui cette merveilleuse petite boîte sonore qui grésille dans les cases et donne en permanence les nouvelles du monde entier. Ces primitifs ne sont plus isolés. Ils savent ce qui se passe ailleurs, heure par heure, au même titre que nous, les nantis. Ils lèvent la tête vers le ciel et ne s'émeuvent nullement de voir passer au-dessus des grands arbres et des épineux un Boeing.

Ce Boeing, qui déplace des milliers de gens à des milliers de kilomètres en quelques heures et les emmène aux antipodes en un jour seulement, est un puissant moyen de brassage des peuples. De ce fait, nous nous trouvons de plus en plus confrontés aux "étrangers". Les grandes villes n'ont jamais été aussi cosmopolites. J'ai rencontré des Français partout dans le monde. De nos jours, il n'existe guère de villages sans son "étranger".

Le transistor et le Boeing constituent, à mes yeux, les facteurs les plus importants du grand rassemblement général, mais il en est d'autres tout aussi importants. Le téléphone, par exemple. En moins d'une minute, de Paris, je peux converser avec mes amis du Canada, du Sénégal, etc. Je les entends si clairement, j'ai toujours l'impression qu'ils se trouvent dans la pièce voisine. Ainsi l'homme de Tokyo, de Londres, de San Francisco, de Buenos Aires est relié instantanément à ses semblables. De quoi faire rêver M. Morse!

Etonnant aussi, ces téléscripteurs faisant tomber les nouvelles dans toutes les salles de rédaction du monde entier au fur et à mesure de l'événement!

Tel "l'oeil" obsédant de Victor Hugo "poursuivant jusque dans la tombe", Spoutniks et Telstars espionnent la planète en quatre vingt minutes, le temps d'une orbite. Les photos retransmises, d'une remarquable précision, avertissent du moindre mouvement des hommes.

Et merveille des merveilles: l'écran magique, la boule de cristal populaire, appelée télé, tévé, tivou selon la latitude, qui, au moment du journal parlé, fait défiler chez vous plusieurs pays en quelques secondes. On saute du Liban à l'Afrique du Sud, de la lune à Zanzibar sans sourciller.

Ecoutons un instant ces nouvelles: une guerre éclate en Israël. Que se passe-t-il aussitôt? Un Russe et un Américain, chacun distant de milliers de kilomètres, proposent de se rencontrer à Paris, distant aussi de milliers de kilomètres, pour en discuter. Un président du Sénégal ou de la côte - d'Ivoire, un Birman situés dans des régions sans rapport avec le conflit, éloignés à des mois de diligence, s'offrent instantanément comme "bons offices" pour régler le problème. De son côté, le secrétaire des Nations Unies, un péruvien séjournant à New York, décide de se rendre à Genève pour jouer les médiateurs. Chaque soir, le journal télévisé fourmille ainsi de ce genre de pirouettes planétaires. Il n'y a plus de distance, c'est indéniable.

Au "Mundial", une superstar shoote et marque un but en Argentine. Aussitôt, on exulte dans les chaumières allemandes, on se tape sur l'épaule à grandes claques, on ingurgite une chope de plus, et l'on pleure, gémit et grince des dents dans la bella Italia! On n'y fait plus attention, certes, et pourtant, n'avons-nous pas devant les yeux une terre qui vibre à l'unisson?

Dans tous les domaines, il en est ainsi. Tout a changé, prenant la dimension du merveilleux, de l'incroyable, de l'impossible.

Tout est devenu mondial, même l'économie. Les Arabes coupent le pétrole, les Européens grelottent Cela a fortement frappe les imaginations récemment. Les exemples abondent à ce sujet.

L'humanité est un tout. Comme un corps humain, lorsqu'une partie souffre, le reste en pâtit. Un simple mal de dent donne un malaise général. Les Américains, par exemple, ont fait la guerre au Viêt-nam. En détruisant consciencieusement ce pays, ils se sont aperçus qu'ils détérioraient en même temps, par une espèce de système d'osmose, la fibre de leur propre société. Le Viêt-nam ne jouxte pourtant pas les USA.

Plus récemment, des groupes palestiniens opposés ont cherché à régler leurs différents en plastiquant des villes aussi diverses que Londres, Koweït, Paris et Islamabad, villes éloignées du Proche-Orient et sans grands rapports avec leurs querelles. Le terrorisme, c'est notoire est devenu supranational.

Le banditisme international fait intervenir l'Interpol, organisme coordonnant cent soixante et une polices nationales, car même les agents sont à l'heure du mondialisme!

En cas de conflit, plus personne n'est à l'abri. Les bombes peuvent désormais atteindre n'importe quel objectif avec précision.

Sans chercher si loin, regardons tout bonnement les rayons des supermarchés: des produits originaires de toutes les contrées de l'univers s'offrent à nous. Du King Crab de l'Alaska aux lichees de la Chine, des avocats israéliens au mouton néo-zélandais, du whisky écossais aux chemises de Taïwan ou de Singapour, etc. Toutes choses que nous considérons comme normales alors que mon père, lui, se plait à dire qu'il a mangé sa première banane à vingt ans. Les oranges au début du siècle n'étaient pas courantes sur les tables parisiennes. Pendant mon enfance, dans les années Quarante, qui connaissait avocat et chorizo? Aujourd'hui, cela fait partie du menu au même titre que le camembert.

Du Bureau International du Travail au jamboree des boy-scouts, les exemples de mondialisme sont légion. Chacun pourrait m'en donner. Ceux que je cite, connus de tous, suffisent à montrer que la terre n'est qu'un seul pays: ce n'est pas une utopie ou un rêve, mais la réalité d'aujourd'hui. Nouvelle réalité à laquelle il faut faire face, qu'on le veuille ou non.

Mais la réalité technique seulement.

Car, malheureusement, les hommes n'en sont pas encore conscients et continuent à vivre avec la même mentalité qu'au XIXe siècle, époque où l'on se déplaçait à dos de mulet ou de cheval. Tout a radicalement changé depuis.

L'histoire s'est accélérée (on ne fait plus les guerres en cent ans mais en six jours!)

En visitant tous les recoins de notre planète rétrécie, j'ai senti que les hommes désiraient tous la même chose, partout, qu'ils soient sous un ciel ou un autre, d'une culture ou d'une autre, de telle ou telle idéologie, ils désiraient ce dont nous avons le plus besoin aujourd'hui effectivement: la PAIX.

Mais la paix est-elle possible?


III - LA PAIX EST-ELLE POSSIBLE ?

"On a toujours fait la guerre, y'a pas de raison pour que ça change!"

Tout le monde s'accorde quand même pour dire que la guerre est une chose abominable, surtout avec les moyens de destruction modernes

Je suis né avant quarante, et mes premiers souvenirs de la vie sont ceux d'une société déréglée par des hommes en conflit. Des mots que je ne comprenais pas, qui donnaient des visages de peur aux adultes, ont bercé mes premières années: bombardement, nazi, tortures, gestapo, kommandantur, "papir", exode. La famille priait alors pour un oncle prisonnier dans un camp.

La plupart des gens pensent que ce fléau, la guerre, est inévitable, comme les famines d'antan; certains soutiennent même qu'elle est nécessaire au progrès! Ceux qui l'ont connu, toutefois, n'en veulent plus à aucun prix.

Oui, l'histoire ancienne et contemporaine, nos manuels scolaires si rébarbatifs le montrent bien, est une histoire rougie de sang humain où les hommes s'entretuent comme des loups sauvages oubliant les simples lois de l'amour et de la tolérance (Toutes les phrases en italiques sont extraites des écrits baha'is (voir la bibliographie à la fin de cet ouvrage)). Un rapport de forces où la raison du plus fort est toujours la meilleure. Une longue suite d'oppressions et d'exploitations, une lutte style "homme de caverne" où prime le gourdin. Ce qui différencie notre époque des précédentes, c'est que le gourdin, aujourd'hui, peut asséner le coup définitif.

Napoléon III ne faisait pas la guerre différemment d'Alexandre le Grand: il y allait à cheval "Y'a pas de raison que ça change", aurait pu penser l'empereur. Pourtant, à peine un siècle plus tard, au Viêt-nam, personne ne chargeait au galop, sabre au clair! Bientôt, il ne sera même plus nécessaire de se déplacer, on enverra des fusées.

"Il n'y a pas de raison pour que cela change", le beau et facile leitmotiv. Les hommes ont toujours eu beaucoup de difficultés à anticiper.

Les idées nouvelles ne s'installent que lentement dans l'esprit.

Dans l'Antiquité, le bâtisseur de pyramides n'imaginait pas la construction sans l'esclave; au Moyen Age, le preux chevalier croyait son château fort inattaquable des airs. Ceux qui disent que "ça a toujours été comme ça" montent en voiture ou en avion sans penser que cela n'a pas toujours été. Avant, on allait à pied.

Et dans quel but les hommes se massacrent-ils?

Pour s'emparer d'une portion de terre. Les êtres les plus élevés de la création combattent pour s'emparer de la matière sous sa forme la plus primaire: la terre. La terre n'appartient pas à un seul peuple mais à tous cette planète n'est pas la demeure de l'homme mais sa tombe. C'est donc pour leur tombe que les hommes se battent!

Le plus grand des conquérants ne garde-t-il pas à la fin, de tous ses territoires conquis, qu'une minuscule portion: sa tombe?

Mais, soutiennent certains, c'est dans la nature de l'homme de se battre. Les grands penseurs ne sont toutefois pas d'accord à ce sujet Konrad Lorenz, pour qui l'homme est fondamentalement une créature agressive, est loin de la théorie du "noble sauvage" de Rousseau, essentiellement bon mais que 1es institutions corrompent. Les églises chrétiennes ont toujours peint l'homme comme un pécheur inné. L'expérience ne montre-t-elle pas plutôt que sa nature est ambivalente, qu'elle a le potentiel pour faire soit le bien, soit le mal ?

"La tragédie de l'homme ne vient pas d'un excès d'agressivité, mais d'un excès de dévouement (religion, patrie, juste cause)", avoue judicieusement Arthur Koestler. "Ce n'est pas la haine qui pousse le soldat mais le loyalisme". D'où le besoin urgent de trouver un loyalisme élevé.

Je crois profondément à la paix.

Elle n'est pas chez moi un désir secret, un vague rêve d'espérance ou un voeu pieux, mais la certitude que j'ai retirée de l'étude de l'histoire.

L'humanité n'aura bientôt plus qu'une solution: réaliser la paix universelle.

Pourquoi?

La vie est mouvement. Tout est en perpétuel devenir. L'humanité évolue, progresse sans cesse. Elle "grandit", tout comme un être humain. De même que le pépin de la pomme est programmé pour donner le pommier, l'ovule fécondé l'est pour engendrer l'adulte. L'un et l'autre traversent différents stades avant d'arriver à maturation. Le pépin de la pomme ne donnera jamais un figuier. L'enfant ne peut pas décider d'arrêter sa croissance à sept ans, il deviendra adulte en son temps, qu'il le veuille ou non. Il réalisera son "dessein", cela est indépendant de sa propre volonté (ce qui est dépendant de la sienne est le type d'adulte qu'il sera).

La maturation demande un certain temps. Il est inutile d'ouvrir prématurément les pétales d'un bourgeon pour obtenir une fleur !

Qui pourrait imaginer dans l'embryon inconscient, le bébé-instinctif, l'enfant-égoïste et l'adolescent en crise, l'adulte posé et réfléchi? Qui pourrait imaginer, lors d'une promenade en campagne, que d'une petite chenille se traînant sur des ronces sortira un beau papillon aux couleurs éblouissantes ? Qui le pourrait s'il ne le savait d'avance?

Pourquoi l'humanité, en constante croissance, ne pourrait-elle connaître une telle métamorphose? De la rude chrysalide des temps de gestation voir naître le beau papillon de l'âge d'or?

Le lotus ne tire-t-il pas son éclat de la vase où puisent ses racines?

Ne peut-on faire un parallèle entre la croissance de l'être humain et celle de l'humanité? Celle-ci n'étant, après tout, que l'homme collectif. Chacun de nous ne représentant qu'une cellule du corps de cette humanité.

Au cours des six mille dernières années environ, l'histoire a été écrite. En l'étudiant, nous nous apercevons que cette société est passée à travers différents stades de croissance, des stades d'inconscience quand l'homo sapiens ressemblait au têtard ou au singe, d'instinct avec l'homme des cavernes, d'égoïsme avec l'homme des premières civilisations, puis de crises que les fameuses dates de nos manuels scolaires ponctuent.

Nous avons vécu jusqu'ici une histoire barbouillée de sang ou les plus grands tueurs ont été érigés en héros, histoire honteuse lorsqu'on la juge d'un regard contemporain, mais cette évolution devait être nécessaire: sans elle le développement n'aurait pas eu lieu.

La guerre est la rougeole de l'humanité, disait Einstein. Souhaitons que la crise planétaire actuelle soit la dernière grande crise pubertaire qui permettra enfin au monde de s'ouvrir sur l'ère adulte.

Ainsi, pas plus qu'on ne peut empêcher l'enfant espiègle de devenir un jour adulte rien ne pourra empêcher l'humanité turbulente d'arriver à sa maturité, c'est-à-dire d'être capable d'établir la paix.

Cette humanité de paix n'est peut-être pas si éloignée, les derniers grands tueurs (Hitler, Staline, Mao, Franco.) passent déjà plus pour des vilains que pour des héros

Nos mentalités obéissent involontairement à un nouvel esprit-principe. Mon grand-père était parti joyeux à la guerre de quatorze, en chantant la Marseillaise à tue-tête. Son petit-fils n'y voyait déjà plus une fête héroïque. Et pourtant, ce petit-fils est parti au service militaire en cinquante-huit sans penser un seul instant qu'on pouvait ne pas le faire. Son fils, s'il en avait un, contesterait, comme beaucoup de ses copains, l'idée même de l'armée (Elle est toutefois facile à contester quand on n'est pas envahi ou occupé).

L'historien Toynbee fait remarquer que les motivations des guerres changent. Tout comme les guerres de religion se sont épuisées d'elles-mêmes au XVIIIe siècle en Europe, les guerres présentes, motivées par l'économie, n'auront qu'un temps.

La prise de conscience collective ne pourrait-elle évoluer maintenant que chacun de nous est averti instantanément de ce qui se passe dans l'univers, des maux et des dangers qui nous menacent?

"Dieu bénit le septième jour, et il le sanctifia, parce qu'en ce jour il se reposa de toute son oeuvre" mentionne la Bible. Ce même livre dit plus loin qu'un jour représente mille ans. Six mille ans d'histoire se sont écoulés depuis Adam. Si l'on s'en tient à lui comme "premier homme", les six premiers jours représentant chacun mille ans sont donc terminés. Avec ce symbolisme, on peut se demander si nous n'entrons pas dans le septième jour, celui où Dieu se reposa de son travail? Celui où les hommes harassés et fatigués de la semaine vont enfin se reposer, c'est-à-dire faire la paix?

Un hippie de Haight Ashbury clamait qu'au lieu de dépenser tant d'argent en bombes pour arrêter la guerre au Viêt-nam, il aurait suffi de lâcher, en pluie de billets, le quart de cette somme. La population enrichie aurait cesse les hostilités. Ce que le Club de Rome confirme: "Prendre au voisin par une guerre est devenu aujourd'hui tout simplement plus coûteux que de créer ou d'accélérer l'expansion économique à l'aide de ce qu'on aurait consacré à la guerre!"

La guerre, qui permettait de trancher les problèmes dans le passé, ne fait que les rendre désormais plus aigus et plus inextricables.

L'homme a été créé pour oeuvrer à l'avancement de la civilisation. Il "fait" l'histoire, chaque individu fait progresser la civilisation à différents degrés.

Mais la dirige-t-il?

Comprend-il ses propres efforts?

Selon Lamartine, "l'humanité est un tisserand qui travaille en arrière à la trame des temps. Un jour viendra où, passant de l'autre côté de la toile, elle contemplera le tableau magnifique et grandiose qu'elle aura tisse pendant des siècles de ses propres mains, sans en voir autre chose que le pêle-mêle des fils enchevêtres. Ce jour-là, elle saluera la Providence manifestée en elle-même."

Ce jour est-il enfin arrivé?

Pour le savoir, il serait peut-être bon d'essayer de comprendre ce qui fait progresser les civilisations. Reprenons l'exemple de l'enfant, cette humanité-maquette. Dès sa naissance, même si son degré de compréhension semble faible, la mère lui prodigue conseils et amour. Elle n'attend pas qu'il ait vingt ans pour commencer son éducation. Dès le berceau, elle lui inculque patiemment des notions sagement adaptées à son degré d'entendement. Notions que celui-ci assimilera petit à petit, oubliera, déformera, qu'il faudra souvent lui répéter. Elle n'attendra pas non plus qu'il soit formé pour l'aimer, car elle sait pertinemment que, sans amour, il ne pourra s'épanouir.

Tel le rosier qui a besoin des soins du jardinier pour ne pas retomber à l'état sauvage, il est clair que l'enfant a besoin d'un éducateur qui l'instruise et qui l'aime.

L'histoire des sociétés montre que l'on cherche à développer le potentiel des individus, à telle enseigne qu'aujourd'hui un gouvernement suggérant la fermeture des écoles serait renversé.

Tout comme l'enfant, l'humanité dans sa croissance ne peut être abandonnée à elle-même, elle a besoin de tendres éducateurs. Sans eux, elle ne pourrait progresser. En effet, d'époques en époques, sont apparus de grands éducateurs universels qui, par leurs leçons de sagesse, leur message inspiré, ont permis à l'humanité d'évoluer. Des hommes dont nous connaissons tous les noms: Adam, Abraham, Khrisna, Moïse, Zoroastre, Bouddha, Jésus, Mahomet...

Educateurs apparaissant tous les mille ans environ, pour donner à l'humanité une impulsion mystérieuse, un influx spirituel qui transforme un pêcheur ignare comme Pierre en un géant spirituel et fait germer d'un peuple barbare la brillante civilisation de l'Islam.

Educateurs universels que certains nomment initiés, prophètes, envoyés ou incarnations de Dieu, manifestations divines, et d'autres, sages, mutants ou moralistes Qu'importe! Des hommes, en tout cas, au savoir inné, c'est-à-dire dont la connaissance ne relève pas du domaine humain. Il n'est qu'à étudier leur vie (ou les légendes qu'il en reste) pour se rendre compte qu'aucun d'entre eux n'a fréquenté l'école des hommes, ni puisé dans le savoir de leurs livres et que, pourtant, leur sagesse et leur vision dépassaient de loin la conception de leurs contemporains. La plupart étaient même des illettrés, tel ce Mahomet qui conduisait les caravanes de sa riche épouse Coran veut dire lire, c'est le comble! Lorsqu'il entendit prononcer ce mot pour la première fois par l'archange Gabriel, il s'enfuit effrayé. En Occident, on connaît mieux l'exemple de Jésus émerveillant, à l'âge de douze ans, les docteurs de la Loi dans le Temple. Tous ces éducateurs reconnaissent formellement que leur savoir ne vient pas d'eux-mêmes ; ils ne sont que les porte-parole, les canaux de transmission du Grand Savoir Universel.

Leurs messages ont donné naissance aux grandes religions.

Religion. Mot si décrié, si galvaudé.

Pourtant, qu'est-ce qui a le plus influencé l'histoire des hommes jusqu'à présent, transforme leurs idéaux et motivé leurs actions ?

Les discours de nos grands généraux, politiciens ou le message des grands éducateurs universels? Alexandre le Grand, Jules César, Napoléon ont remué des foules pendant quelques années, massacre, chacun selon son pouvoir, brièvement enflammé les hommes de leur temps, mais qu'en est-il resté? Qui bâtit aujourd'hui des temples au nom de Jules César ou puise dans ses harangues? Par contre, l'Occident s'inspire encore de ce démuni qu'était le Christ, qui n'a ni tué ni conquis de territoire. Il construit encore en son nom chapelles, églises, temples et sanctuaires. Mais hélas, il se dispute encore en son nom aussi ! (Car, au fond, les guerres sont faites plus pour des mots que pour des terres). Il en est de même pour les autres éducateurs. A Djakarta quatorze siècles après Mahomet, des dépliants touristiques vantent la construction de la plus grande mosquée du monde (circa 1970). Khadafi en érige partout avec les revenus du pétrole. Mais continue-t-on à élever des arcs de triomphe à Tamerlan ou Gengis Khan?

En Israël, j'ai dormi sous une synagogue en chantier et observe des gens qui obéissent aux lois du sabbat dictées par un bègue du nom de Moïse, il y a environ deux mille cinq cents ans. Je n'ai rencontré personne guidant sa vie sur les idées du tout-puissant Nabuchodonosor.

La mappemonde se trouve divisée selon les grande zones d'influence de l'islam, du christianisme, du bouddhisme, de l'hindouisme, du judaïsme et de... l'athéisme.

Positif ou négatif, le fait religieux travaille le monde. N'a-t-on pas assisté en 1948 au plus grand mouvement de réfugiés de tous les temps entre musulmans et hindous, après l'accession à l'indépendance des Indes britanniques et leur partition en deux Etats : Inde et Pakistan? Plus de dix millions de personnes ont été déplacées. Les grands éducateurs universels, ces inspirés de l'histoire, ont joué et jouent encore une part prépondérante dans la vie des hommes, ils ont eu une influence dépassant celle de tous les autres leaders. Sans aucune comparaison même De cela, les livres d'histoire ne parlent pas. Le fait le plus important en est absent!

En dehors de l'Anglais Toynbee, il n'est pratiquement pas d'historiens ayant remarqué que ces éducateurs étaient à la base même des civilisations.

Le catéchisme ne l'expliquait pas plus. Ce pauvre Christ était transforme en un mythe peu compréhensible: c'était Dieu, c'était un homme né du Saint-Esprit, c'était le deux, c'était un personnage qu'on découpait en trois morceaux, qu'on mangeait, qu'on buvait, qui se sauvait au ciel avec ce corps qu'on devait en principe manger... Enfin une belle confusion. Comment m'était-il possible d'aimer le Christ alors que je ne le comprenais pas. Aimer implique de comprendre. Confusion qui persiste dans les esprits adulte, confusion indigne d'une ère se voulant moderne, rationnelle, éclairée et qui fait rejeter ce même Christ par un grand nombre.

L'histoire montre que le grands éducateurs donnent l'impulsion première permettant à l'humanité de franchir l'étape suivante de son développement. Impulsion captée et retransmise par les poète, les artistes, les savants, les mystiques, le philosophes et autres penseurs éminents. L'influence de ces derniers n'est en rien comparable à celle de l'éducateur. Ils ne font qu'appliquer son nouvel esprit-principe, filtrer sa lumière.

Certains rangent les éducateurs au niveau des philosophes. Ceci n'est pas juste, car le premiers donnent naissance aux civilisations tandis que les seconds n'en sont que le brillant produit. On parle de civilisation bouddhique, islamique, chrétienne. Qui parle de civilisation pascalienne, platonicienne, maïmonidienne? La grandeur de Socrate, le plus grands des philosophes peut-être, lui vient d'avoir su puiser dans l'éthique judaïque. Il existe une autre différence importante. Le philosophe parle souvent sans agir, tandis que l'éducateur vit ce qu'il prêche. Jusqu'au martyre même!

C'est indéniablement l'influence de ces grands éducateurs universels qui m'a le plus frappé durant mon long voyage. Que ce soit dans le monuments, la statuaire et l'art en général ou dans la vie quotidienne.

J'ai été rapidement amené à me pencher sur le textes "sacrés" et le traditions qui en découlent, afin de mieux comprendre le peuples que je visitais. Je suis même allé vivre chez les bonzes à Bangkok, dans des communautés monastiques chrétienne, dans les ashrams et gurudwaras en Inde. J'ai vu le autocars en pays musulmans s'arrêter à l'heure de la prière, des Mexicains brûlant de ferveur pour la Vierge parcourir plus d'un kilomètre à genoux le jour de sa fête, des Andalous se flageller pendant la semaine sainte, des Balinais porter respectueusement chaque matin leurs petites offrandes aux dieux locaux, des foules indiennes dévotes se prosterner aux pieds d'un Sahi Baba, avatar de civa incarné dans la banlieue de Bangalore.

Hélas, les religions sont aussi une de plus grande sources de conflit entre le hommes. D'où la conclusion rapide et "logique" de certains, abandonner toute forme de religion pour arriver à la paix.

Si les hommes ne se sont pas privés de faire la guerre au nom d'un Dieu quelconque, de leur "dieu", ils l'ont toujours fait contre l'esprit du message de leur éducateur. Par ignorance, fanatisme ou orgueil.

Je n'ai pas noté un seul verset du Coran incitant à aller couper des têtes. "Ne commettez point d'injustice en attaquant le premiers" (sourate II: 186). Bien au contraire, ce livre exhorte à la pitié, la compassion et met en garde de ne contraindre personne en matière de religion. Cela n'a pas empêché le Arabes d'utiliser leurs sabres. Mais les chrétiens, soutenant à grands cris que l'islam n'a pu se répandre qu'à la force du cimeterre, ne se sont-ils pas servis de l'épée? Plus près de nous, Allemands et Français se sont fait deux guerres atroces en faisant bénir leurs canons au nom du même Dieu! L'Evangile ne dit pas d'aller faire la guerre, mais "d'aimer même votre ennemi". Les premiers adeptes étaient des pacifistes notoires, certes, mais Charlemagne, le grand empereur très chrétien, convertit la Saxe en faisant opérer des baptêmes de masse (en 777 à Paderborn), massacrant quatre mille cinq cents otages à Verden et déportant trente mille familles en 793. Un de ses édits stipule que "tout Saxon qui ne se convertit pas au christianisme sera mis à mort ainsi que tout chrétien retournant à sa religion précédente". Au Xe siècle, un roi de Norvège convertit son peuple en le faisant défiler devant un énorme billot. Tout individu refusant la nouvelle foi se faisait immédiatement couper la tête. Argument pour le moins tranchant!

Doit-on oublier que, pendant les cinq siècles "d'occupation" arabe en Espagne, juifs et chrétiens jouissaient non seulement d'une liberté totale, mais étaient respectés et occupaient même de postes importants. L'Occident ignore trop souvent que la formidable expansion arabe à partir du VIIe siècle ne s'est pas faite au nom de Mahomet, mais suite à l'émigration naturelle d'un peuple en croissance. Certes, cette expansion n'a pu se faire que parce que des tribus divisées et guerroyantes se sont soudain trouvées unies et dynamisées par l'islam. Au début, la tolérance des conquérants était remarquable. Les Arabes n'avaient aucun intérêt à "faire" de nouveaux musulmans, pour la bonne raison que ceux-ci ne payaient pas la jizyah (impôt) et que les armées et administrateurs avaient besoin de beaucoup d'argent! Dès la reconquête de l'Espagne par les très saints rois catholiques, Ferdinand et Isabelle en 1492, les persécutions commencèrent. Alors que sous la domination musulmane, juifs et chrétiens pouvaient vivre tranquillement, il n'est plus reste un seul musulman sur ce territoire, et l'inquisition s'est chargée des juifs. Ces même Espagnols ont par la suite, au nom d'une civilisation très chrétienne, massacré sans vergogne les Indiens d'Amérique (il est vrai que ceux-ci n'étaient pas considérés comme des êtres humains!)

Et les glorieuses croisades, devoir sacré de tout chrétien de l'époque était-ce obéir aux injonctions du Christ où à l'ambition de quelques rois, papes où évêques? Les chrétiens sont vraiment bien placés pour insinuer que les musulmans ont répandu leur religion par le sabre!

Quant à la fameuse victoire de Charles Martel qui nous aurait évité la honte d'être musulman, ne serait-ce pas plutôt le malheur de l'Occident?

"Les écoliers arabes étudiaient Aristote", écrit le professeur Philipp Hitti, "au temps où Charlemagne et ses seigneurs apprenaient péniblement à écrire leur nom. Les savants de Cordoue, ville riche de dix-sept grandes bibliothèques (dont une contenait plus de quatre cent mille volumes) fréquentaient des établissements de bains luxueux, alors que se laver le corps était considéré comme un rite dangereux à l'université d'Oxford". Car, pendant qu'en Europe les cités étaient devenues des égouts à ciel ouvert, le églises des institutions de bigoterie où diable et superstitions menaient la danse, où l'on brûlait sorcière et savants, dans le monde islamique se construisaient des universités, des hôpitaux, les grande bibliothèque, les rue étaient propres et éclairées, le sciences prospéraient, on traduisait les anciens, le commerce fleurissait. La tolérance était si grande que même un pape, Sylvestre II, alla faire ses humanités à Cordoue chez les Arabes!

Les croisés qui partaient exterminer l'hérétique (l'hérétique, lui, se défendait contre l'infidèle. Ah, la magie des mots!) et s'imaginaient tomber chez les barbare, trouvèrent en arrivant une civilisation bien plus brillante que la leur. Séduits, certains s'y installèrent. Ceux qui revinrent ramenèrent avec eux des idées nouvelle qui sont à l'origine des réformes, de la Renaissance.

Cette fabuleuse technologie dont nous somme si fiers, où a-t-elle pris sa source, sa vigueur, si ce n'est dans les découvertes de l'Islam. Ce sont le Arabes qui nous ont apporté l'algèbre, les chiffres et les fractions utilisés pour nos calculs scientifiques, la boussole qui ne fut pas négligeable pour le découvertes maritime, le savon pour "décrasser" un peu l'Europe, etc...

Un caillou lancé dans une mare forme des cercles concentrique de plus en plus grands. La Renaissance "point de départ" de notre technologie, semble avoir été le plus grand et le dernier cercle provoqué par l'impact de paroles du prophète d'Arabie.

Ce ne sont pas les Arabes qui ont développé la guerre sainte, mais les chrétiens. Depuis saint-Augustin, précisément parlant de "guerre juste", jusqu'à la bénédiction de la Groß Bertha lors de la Première Guerre mondiale par des prêtres!

"Point de violence en matière de religion", dit le verset 257 de la sourate II du Coran. C'est plutôt la Bible qui ne précise pas comment traiter les autres religions! Les Arabes ont émigré plus par faim que par enthousiasme religieux, voilà ce qu'on nous cache, et leurs conquêtes ont souvent été très bien accueillies. Les chrétiens de Syrie et d'Egypte, persécutés par l'église orthodoxe, les ont reçus comme des libérateurs. Contrairement à l'intolérance brutale de Héraclius et des croisés à l'occasion des conquêtes de Jérusalem, Omar et Saladin (Philippe Auguste, roi de France et Richard Coeur de Lion, roi d'Angleterre considérèrent Saladin comme un modèle des valeurs chevaleresques.), chacun en leur temps, ont fait honte aux chrétiens lors des reconquêtes en leur laissant la liberté de culte et les églises ouvertes.

Ces considérations sur l'Islam démontrent qu'il ne faut pas s'en tenir aux préjugés ni aux lieux communs, commodes pour sa patrie et sa religion. Mieux vaut aller regarder de plus près.

Mais pourquoi ces messages de paix ont-ils engendré des guerres? Les fondateurs des grandes religions n'ont prêché que l'amour et la paix, et jamais la guerre. Celle-ci est le fait des hommes et non des éducateurs.

Reprenons l'exemple de l'enfant en train de grandir. Malgré les justes notions inculquées par ses parents, il commet inévitablement des bêtises, parce qu'il n'est pas encore en âge de tout comprendre. Mais qui doit-on blâmer, de l'enfant ou des éducateurs. L'enfant, certes, plus ou moins bien appliqué.

Ainsi, l'humanité grandissante a plus ou moins bien compris ses éducateurs, les temps n'étaient pas encore mûrs. Les hommes, malgré de sages exhortations, ont commis de tragiques et regrettables erreurs. Valait-il mieux ne rien dire? Il est temps de cesser d'imputer les guerres aux fondateurs de religion et de regarder plutôt la faiblesse des hommes et leur manque de maturité. C'est bien en s'inspirant du message d'amour, au lieu d'écouter ses pulsions égoïstes, que l'homme fera cesser les guerres.

"Paix aux hommes de bonne volonté", on connaît tous cette maxime. Qui l'a proférée, sinon l'un de ces messagers. Qui d'autre a exhorté les hommes à l'amour, la sagesse, la justice et la paix? Personne, en réalité, avec autant de véhémence et de sacrifices. La graine ne germe pas en un jour. Les idées de paix semées au cours des temps ne pouvaient donner leur fruit instantanément mais elles ont pris lentement corps au point de devenir la préoccupation majeure de l'humanité.

Malheureusement, on peut déplorer que la paix ne s'établisse pas par idéal mais par nécessité. La civilisation n'est bonne que lorsqu'elle reste dans les limites de la modération. Bouddha avertissait déjà, il y a deux mille cinq cents ans, de garder le "chemin du milieu". Le corps de l'humanité est malade, malade d'un tel abcès qu'il ne peut plus être soigné à l'aspirine de nos politiciens et technocrates. Seul, un événement "supérieur" violent, un coup de scalpel, peut y remédier. Devant son imminence, beaucoup pensent que tout est perdu. Il me semble que, sans lui, l'humanité ne pourra guérir. En d'autres termes, si le futur lointain de l'humanité parait très brillant, l'immédiat est plus que sombre. Voilà pourquoi tant doutent de la paix.

Nous avons tous connu, en été, ces journées d'orages irritantes où un nuage noir plonge l'horizon dans les ténèbres. Ce nuage chargé d'électricité grésille, et l'on sait bien qu'il doit éclater pour redonner au ciel la sérénité. De même, aujourd'hui, un nuage oppressant enveloppe notre planète, la plongeant dans l'angoisse, nuage gonflé de charges négatives dues au racisme, à la haine, à la violence, à l'oppression, à l'injustice. La crise actuelle ne fait que le surcharger. Comme les hirondelles rasant le sol devant l'imminence de l'orage, les hommes frémissent.

La paix mondiale dépend, malheureusement, de cette tempête proche dont les embruns attristent de plus en plus notre monde.


IV - L'UNITÉ: CLEF DE LA PAIX

L'évolution est la loi de la vie.
L'unité est la loi de Dieu.
(PYTHAGORE)

Le peuple soviétique est persuadé de travailler pour la paix. Dans les sombres cafétérias moscovites, les petites gens m'ont avoué sincèrement n'avoir qu'un but: la paix. Et pourtant, ce pays armé à outrance dépasse tous les autres en quincaillerie destructrice.

Le surarmement peut-il créer la paix?

Aucun être sensé ne le croit.

Nous vivons tous aujourd'hui sous l'épée de Damoclès du péril atomique, fait nouveau dans l'histoire. A la sortie du musée d'Hiroshima, se trouve un tableau significatif: en haut, la puissance de la bombe d'Hiroshima, vingt maigres kilotonnes. En dessous, la liste des cinq "grands" avec leur capacité de destruction en mégatonnes. Un nombre époustouflant de zéros! Pour conclure ce tableau terrifiant, en bas, dans le coin à droite, un énorme point d'interrogation qui est resté gravé dans ma mémoire, point qui oppresse l'humanité contemporaine

"La puissance déchaînée de l'atome a tout changé", disait Einstein, "sauf nos habitudes de penser".

On ne cesse de fabriquer de nouvelles bombes nucléaires toujours plus sophistiqué, toujours plus destructrices.

Même l'Inde au bord de la famine, s'équipe. Comme si la paix pouvait se fonder sur l'équilibre nucléaire, sur la terreur.

Chaque enfant sait qu'il ne faut pas jouer avec le feu!

"La violence engendre la violence", répétait Steve, le gourou de San Francisco, à une assemblée de jeunes hippies décorés de marguerites. Vingt siècles auparavant, un Galiléen marchant lui aussi pieds nus, avertissait: "Celui qui se servira de l'épée périra par l'épée". La Bible le formule d'une autre manière: "qui sème le vent récolte la tempête."

Alors? A Hong Kong, j'ai cherché vainement à obtenir un visa pour la Chine de pékin. Le jeune garde rouge dans les bureaux de sa délégation m'expliquait qu'il était inutile d'attendre, qu'il n'y avait pas, en ce moment, de quotas prévus et que, si les quotas arrivaient, il fallait ensuite un minimum de six semaines pour tout régler. Lisant le désappointement sur mon visage, pour compenser, il m'offrit le petit livre rouge de Mao. Cela tombait bien, je cherchais à me le procurer. Je faisais le tour du monde pour apprendre. Ce catéchisme nouvelle version manquait à mes humanités.

- Merci, je vais le lire, mais nous en reparlerons.

Une semaine plus tard, nous nous retrouvions dans une salle de sa délégation, rue Nathan, sous le buste doré du Grand Timonier. Des slogans contre les impérialistes américains et leurs laquais tapissaient le haut des murs. Ping, mon jeune garde en bleu de chauffe, petite étoile rouge discrète sur la poitrine, m'accueillit avec tout le raffinement oriental. Thé au jasmin fumant, serviettes chaudes parfumées, galettes de riz, boîtes de cigarettes blondes ouvertes, les Chinois fument énormément, et sucreries aux papiers multicolores. Ping, en souriant, invita mes commentaires:

- J'ai apprécié ce que dit Mao, notamment lorsqu'il encourage l'effort personnel, l'égalité de l'homme et de la femme, la scolarisation des enfants, mais il est un point où je ne puis être d'accord.

Ping fronça les sourcils

- Affirmer que le pouvoir est au bout du fusil ne me semble pas être une idée progressiste. Même si apparemment le pouvoir semble encore être là, regarde Ping ce qui se passe. Jadis, on faisait des guerres qui "servaient" à quelque chose, qui donnaient des résultats. La défaite d'un petit corps d'armée dans un champ de blé pouvait altérer la fortune des gens d'une province entière. C'est vrai, le pouvoir était là.

Le visage de Ping restait impassible, Mao brillait toujours au-dessus de nous.

- Mais, depuis la Deuxième Guerre mondiale, qu'en est-il? Lui dis-je après une courte pause. Les deux vaincus, le Japon et l'Allemagne possèdent les industries les plus puissantes. Par rapport au nombre d'habitants et à la superficie, bien entendu. Alors, dis-moi, si les perdants se retrouvent plus forts que les vainqueurs, à quoi cela sert- il de gagner la guerre? Depuis ce conflit, combien de guerres n'a-t-on pas vu? Les hommes ne s'en sont point privés. Tu remarqueras qu'aucune n'amène plus de solutions véritables: elles se terminent en statu quo, partitions, occupations des casques bleus. Beaucoup de souffrances, beaucoup de dégâts, mais rien n'est réglé. L'ironie est de voir les petits battre les puissants. L'Algérie a expulsé les Français, Chypre les Anglais. Dernièrement, un des plus petits pays du monde, le Viêt-nam du Nord a battu, dans l'ordre, le Japon, la France et infligé une cuisante défaite à l'armée la mieux outillée et désodorisée du monde, celle des U S.A. Ces faits ne montrent-ils pas que le véritable pouvoir a quitté le bout du fusil?

"On sait ce que vaut la puissance des armes, mais il est aussi des forces invisibles qui pèsent lourd", constate François Mitterrand qui poursuit: "Je crois à l'existence de la conscience universelle. Quiconque s'efforce de la réveiller est un jour entendu."

Continuer de penser avec la mentalité du siècle précédent en présence de données radicalement nouvelles est une profonde erreur. Les conférences internationales ne manquent pas. Mais peuvent-elles établir la paix lorsque l'on voit les problèmes suscités pour asseoir quelques nations ensemble. Pendant que l'on grille du bébé au napalm, que l'on rend incultivables des hectares de bonne terre, quelques diplomates se disputent sur la forme de la table de rencontre.

L'un l'exige carrée, l'autre ronde! Pendant ce temps, on mutile, on dévaste à grande échelle et pourquoi? L'un veut un tapis vert, l'autre un tapis rouge. "Moi, je ne veux pas m'asseoir en face de lui". Il faut parfois des mois, des années, pour arriver à réunir les protagonistes.

Décevant spectacle Lamentable situation.

Ce ne sont pas les problèmes qui unissent les hommes, mais, au contraire, c'est ce qui les divise. Si l'on veut régler les problèmes, il faudra D'ABORD s'unir.

Le remède divin ordonné par le Seigneur pour la guérison du monde entier, c'est l'union de tous ses peuples en une cause universelle, en une foi commune.

Union inévitable si l'on observe la progression de la société au cours de l'histoire. L'unité du genre humain ne représentera que l'apothéose de son évolution. Evolution qui pousse l'individu vers des unités supérieures et débuta symboliquement avec le couple (Adam et Eve), s'élargit à la vie de famille (Abraham), atteint la solidarité tribale (Moise), conduisit à la constitution de la ville-cité (Christ) et s'étendit plus tard à l'institution de nations souveraines (Mahomet).

Selon l'islam, "l'amour du pays est un élément de la Foi de Dieu". Mahomet fut le véritable père de la nation moderne, de l'Etat-patrie.

Mais actuellement les moyens sont devenus planétaires, et l'unité ne peut être que mondiale.

Teilhard de Chardin parlait de planétarisation des problèmes. A vrai dire, les hommes n'ont même plus le choix, ils sont poussés irrémédiablement par les faits vers le mondialisme. Le Club de Rome traite le mondialisme de "nécessité". Même Kissinger, le tireur de ficelles international, a fini par avouer l'urgence impérative d'une communauté globale. Les unités précédentes ont connu une croissance de plus en plus grande qu'aucun dessein n'a pu stopper. Aujourd'hui, l'entité-monde arrive à terme, les signes sont là.

Aucun Etat ne peut plus trouver de solutions au seul niveau national. Les joutes oratoires de l'ONU ne suffiront pas non plus.

Tant que l'homme ne comprendra pas que l'intérêt global rejaillit sur son intérêt personnel et que ce dernier est toujours à court terme, il ne progressera pas. Les hommes sont mutuellement dépendants, mais pas solidaires.

Le puritain et moraliste Jimmy Carter, en interdisant de cultiver vingt pour cent des terres américaines pour garder le blé à prix bénéfique (c'est-à-dire rentable pour quelques privilégiés), condamnait des millions à la famine dans le reste du monde. Le blé est devenu une arme.

Le président Giscard d'Estaing prônait l'économie mondiale tout en défendant la souveraineté nationale. Ce qui est pourtant incompatible.

Mme Simone Veil trouve que la France a trop d'étudiants en médecine, alors que des zones entières du globe sont dépourvues de médecins. Où est la générosité-française-carte-postale des discours officiels?

René Dumont, l'ingénieur agronome, voit juste lorsqu'il écrit que "tous ceux qui s'accrochent aux privilèges de la société de consommation, qui refusent les réformes de structures indispensables à la justice sociale à l'échelle mondiale et à la survie peuvent désormais être considérés comme les assassins des plus démunis".

Le mondialisme signifie-t-il qu'il faut abandonner sa nationalité, ses caractéristiques et fusionner le tout en un mélange uniforme et anonyme?

Non. Unité ne signifie pas uniformité.

Notre monde, malheureusement, s'uniformise, mais ne s'unifie pas. Auparavant, par exemple, l'Orient avait l'apanage de la drogue, l'Occident celui de l'alcool. Maintenant, il est commun de se droguer en Occident et de boire de l'alcool en Orient. Sur les côtes d'Afrique, les femmes noires sont fières de se couvrir les seins alors que les blanches les exhibent, etc.

L'uniformité provient de la peur, de l'orgueil des gens qui veulent tout réduire à leur image, se retrouver dans les autres et refusent les principes opposés et complémentaires (Yin et Yang).

L'unité est la grande loi du cosmos. Rien ne pourrait exister sans elle.

La vie et la nature ne sont que les manifestations de l'Un. Une fleur, un animal, un être humain représentent toujours une unité intrinsèque. Le corps humain est l'un des plus beaux exemples. Il ne fonctionne que dans la parfaite coordination d'organes différents. La "cellule-cervelle" ne peut remplacer la "cellule-rein". De même, pour que le corps de l'humanité fonctionne harmonieusement, il est impératif que chaque individu représentant une cellule de ce corps conserve sa différence et joue le rôle qui lui est imparti.

La famille composée de membres divers est l'échantillon-unité de base. Hélas, à l'image du monde, elle semble bien malade aujourd'hui!

L'unité est une disposition de l'esprit et du cœur. Un lien permettant de coordonner les différences. Un pouvoir de cohésion suscité par l'amour. Lorsque les hommes prendront enfin conscience que nous faisons tous partie de la même famille, la fraternité humaine deviendra autre chose qu'une idéologie gratuite.

Si vous regardez un jardin dont toutes les plantes présentent la même forme, la même couleur et le même parfum, loin de vous sembler beau, il vous paraîtra plutôt triste et monotone. Le jardin qui réjouit les yeux et le coeur est celui où poussent côte à côte des fleurs de toutes couleurs de toutes formes et de tous parfums. C'est cet heureux contraste qui en fait le charme et la beauté. Il devrait en être ainsi entre les enfants des hommes. Les différences au sein de la famille humaine devraient être la cause de l'amour et de l'harmonie, de même qu'en musique l'accord parfait résulte de la résonance simultanée d'un grand nombre de notes différentes.

Ce qui a fait de la France la première nation forte de l'Europe, c'est d'être parvenue à l'unité la première.

On observe aujourd'hui deux tendances contradictoires. Elles semblent être plutôt le reflet de nouvelles données. D'un côté, une tendance à l'internationalisation des choses. Un nombre croissant d'organismes internationaux se créent: ONU, OPEP, CEE, ITT, etc. De l'autre, on voit de plus en plus de mouvements séparatistes, sécessionnistes, autonomistes. Des Bretons aux Ukrainiens. Les peuples se réveillent et veulent garder leur entité culturelle. Il ne fait pas bon appartenir à une minorité de nos jours, et pourtant, c'est grâce à leur survivance que la terre sera vivable. Le rat peut aider le lion, n'oublions pas la fable de La Fontaine. Cette recherche d'Identité profonde, faite parfois avec excès est un signe de santé de l'humanité. Il n'y. a pas vraiment de combat entre le multinationalisme et l'autonomisme, mais une recherche d'équilibre due a la lente introduction dans nos moeurs du nouvel esprit-principe qui nous régit: l'UNITÉ dans la DIVERSITE.

L'esprit se trouve dans la province. L'Etat-nation, centralisateur rigide, se révèle de plus en plus inapte à bien traiter les problèmes majeurs de notre société. Il est trop petit pour borner l'horizon spirituel de l'homme à ses frontières et trop grand pour en faire un lieu de contact avec le "terroir".

Le mondialisme se doit d'élaborer un modèle neuf de société fonde sur de nouvelles unités de base librement consenties: la régionalisation tant réclamée.

Valery Giscard d'Estaing le pressent dans Démocratie française : "un puissant mouvement de décentralisation est nécessaire qui transfère à des collectivités locales revigorées et dotées de ressources financières appropriées des attributions retenues par l'Etat central."

Le mondialisme ne peut être que 1'ajustement des différentes "cohésions" des nombreux "loyalismes". Le chef d'orchestre, en quelque sorte. Il ne pourra fonctionner tant que la diversité et l'originalité ne seront pas respectées. Cela s'éduque. Il faudra en arriver à demander aux peuples ce qu'ils désirent et non plus agir malgré eux. La paix est à ce prix.

Je suis un Français "typique" aux veux des étrangers. Personne ne peut exister dans l'anonymat. Chacun a besoin de s'identifier à un groupe déterminé. Aussi le mondialisme, dont la tâche est de mettre à l'unisson les "âmes collectives", des divers peuples, devra en même temps respecter l'individu, lui permettre de s'exprimer librement, sans qu'il ait besoin de détourner des avions ou de plastiquer pour attirer l'attention.

L'économie est déjà mondiale.

Il faudra arriver à ce que les matières premières puissent circuler librement, que les connaissances technologiques profitent à tous. Pour éviter la présente congestion de certains pays et l'appauvrissement d'autres. D'ailleurs, chaque fois que des barrières douanières ont été levées, tout le monde en a bénéficié. Il n'est qu'à voir le boom économique du Marché Commun.

L'unité mondiale exige de supprimer les frontières-barrières.

Les Scandinaves ont réussi cette opération avec succès. Aucun Suédois n'est devenu plus Norvégien pour cela. Je suis passé d'un pays à l'autre sans me faire arrêter, sans rien remarquer, sauf la pancarte annonçant le changement de pays comme chez nous pour les départements.

L'histoire a déjà fourni avec la fédération des Etats-Unis, un modèle de ce que pourrait être le futur Etat mondial. Nous y voyons une cinquantaine d'Etats libres d'appliquer leurs propres lois, où l'on circule et échange sans entraves, mais fédérés pour les questions majeures. Certes, cela a été plus facile avec des Etats sans passé ni traditions. Toutefois, le système existe. La Suisse, avec ses petits cantons farouchement autonomes et ses quatre langues, en est un autre exemple. La France n'est finalement qu'un assemblage de provinces très variées.

Les gens parlant une langue étrangère en sont souvent très fiers. Ceux qui se vantent de ne connaître que la leur m'attristent. Bien que pratiquant cinq langues, je me suis senti ridicule au long de mon périple. Il existe cinq mille huit cents langues et dialectes dans le monde d'après l'UNESCO. Comment se comprendre? Il est temps pour les hommes d'en apprendre une en commun. Une langue auxiliaire en plus de la leur, ainsi qu'une écriture commune. A toutes fins pratiques, les Nations Unies utilisent l'alphabet latin et ne travaillent plus qu'en deux langues, l'anglais et le français.

Le système métrique gagne le monde. La conduite passe à droite, les panneaux de signalisation se standardisent. Les monnaies cherchent à s'ajuster... Toutes les activités humaines sont désormais obligées de se mettre au diapason universel.

L'unité des hommes et des peuples est la clé pour la paix.

Le passé a-t-il déjà fourni des exemples d'unité valables sur lesquels on pourrait fonder un raisonnable espoir?

Les exemples d'unité existent et sont indubitablement les faits marquants de l'histoire. L'aventure de la société humaine ne semble être que la progression d'une unité sans cesse grandissante. La plus proche de nous est celle de l'Islam si méconnu en Occident. Au VIIe siècle, en Arabie, Mahomet réussit par son message inspiré à unifier des tribus ennemies en un Etat qu'il gouvernera à la fin de sa vie. Grâce au Coran, ces peuplades ignorantes reçurent un souffle nouveau et devinrent dépositaires de la dernière grande civilisation qu'a connue la terre, civilisation dont les bienfaits s'étendirent pendant plusieurs siècles de l'Espagne jusqu'à l'Inde. Voilà un exemple d'unité englobant des peuples aussi divers que les Andalous et les Pachtous.

Avant l'Islam, un charpentier sans armée, sans pouvoir et sans argent, Jésus de Nazareth, n'a-t-Il pas réussi également, par son message, à unifier les ethnies du bassin méditerranéen qui étaient à hue et à dia, puis l'Europe tout entière? Le Saint Empire romain constitua un formidable empire. Il fut un temps en Europe où le pape avait le dernier mot. A partir de son officialisation par l'empereur Constantin, l'esprit du christianisme a décliné(Toutefois, le dynamisme de la chrétienté a continué (les monastères, les cathédrales, les croisades, la Renaissance, la techno1ogie moderne). Aujourd'hui, les peuples d'obédience chrétienne sont plus évolués que les sociétés musulmanes, alors que ce devrait être le contraire, puisque l'islam est plus récent. Contrairement aux Arabes, les chrétiens n'ont pas persécuté Mahomet. Ce qui expliquerait cette anomalie quand on connaît le prix des crucifixions. Ce livre montrera dans les chapitres suivants pourquoi les musulmans, malgré leur gloire pétrolière, n'en sont qu'au début de leurs tribulations). A nouveau, il est indéniable que nous avons assisté là à un mouvement d'unité.

Moise, en son temps, sut, lui aussi, unifier les tribus hébraïques asservies par l'Egypte, les souder en un peuple fort, capable d'affronter quarante années d'errance dans le désert, puis de gagner la terre promise où ils bâtirent sous David et Salomon la plus brillante civilisation de l'époque, couche, amorçant la décadence. Le cycle recommencera avec un autre soleil. A bien observer le monde, la division n'a jamais été aussi grande.

Tous les efforts d'unité précédents ont-ils été vains ? Faut-il désespérer ?

Les lois de l'équilibre veulent que, lorsqu'un fléau de la balance penche trop, l'autre remonte. La division ayant atteint un tel degré, on peut se demander si, en contrepartie, l'unité n'est pas en marche quelque part.

Elle demanderait, pour être en accord avec l'histoire, un nouvel éducateur universel au message assez puissant, moderne, rationnel, scientifique et planétaire pour ramener les hommes à l'entente, pour souder la grande famille humaine que nous sommes.


V - UNE ANNÉE PAS COMME LES AUTRES

Ce fut bien le meilleur et le pire des temps

Un siècle de sagesse, un siècle de folie

l'ère de la foi comme de l'incroyance

La saison de la lumière et la saison de nuit

Printemps d'espoir, hiver d'espérance,

(DICKENS, parlant du XIXe siècle, dans A Tale of Two Cities.)

Dans le fatras d'idéologies, de sectes, de mouvements et de révolutions apparues depuis le XIXe siècle, comment découvrir le message vivifiant qui permette à l'humanité de sortir de l'ornière, de réaliser la civilisation mondiale?

Il est peut-être bon de se souvenir que l'éclosion du christianisme eut lieu au milieu d'une profusion de sectes, dont certaines même très agressives. Des alexandrinistes aux adorateurs de Mithra en passant par les écoles pythagoriciennes. Il était alors difficile aux habitants des Provinces romaines de savoir laquelle allait triompher. Les premières lueurs sont imperceptibles aux yeux du commun. Ils furent en vérité peu nombreux, une poignée, à reconnaître dans la secte nazaréenne le ferment puissant du christianisme qui éduquerait, plus tard, des peuples barbares en Europe.

Ne retrouvons-nous pas la même situation actuellement, où des milliers de sectes prospèrent? Leur foisonnement n'est-il pas l'indice d'un renouveau encore mal perçu.

Le monde de plus en plus angoissé n'a jamais autant cherché.

Chacun le sent en état de gestation. Nietsche disait que les grands mouvements révolutionnaires arrivent sur "des pieds de colombe". Le Christ annonçait qu'il reviendrait comme "un voleur dans la nuit". Ceci explique que le nouveau message passera inaperçu. Qu'il ne fera pas les grands titres de la presse.

Comment procéder puisque, selon Luc, "le royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards" (17:20).

Le soleil n'apparaît pas d'un seul coup. D'imperceptibles lueurs soulèvent graduellement le manteau de la nuit pour préparer les hommes au jour nouveau, une barre blanchâtre allume l'horizon, attire leurs regards et les habitue lentement à la lueur éclatante d'un soleil qui ne manquera pas de venir. Ces lueurs sont les signes infaillibles du jour qui se lève.

L'espoir du siècle dit "des lumières", le mondialisme en germe des cosmopolites de Fénelon à Montesquieu, le désir de société idyllique d'un Rousseau, l'altruisme d'un Voltaire, l'indépendance américaine et la révolution française aux nobles idéaux d'égalité, de fraternité, de justice, la déclaration des droits de l'homme, tout présageait, à n'en pas douter, l'aube de temps nouveaux.

Ne serait-ce qu'en France, le besoin d'émancipation du peuple, la prise de conscience en sa propre force, ont été des leviers puissants. Car 1789 a été suivi de 1830, 1848 et 1871. A chaque date, une nouvelle lueur d'espoir.

L'activisme de toutes les religions au XIXe siècle a quelque chose d'intrigant. Les missionnaires chrétiens partent à la conquête du reste de la terre. Le bouddhisme et l'hindouisme, jusque-là ignorés, commencent à intéresser les Européens. Des fièvres de fin du monde et l'attente du millenium dominent ce siècle.

Les hommes étaient dans l'expectative, le grand poète Lamartine l'exprimait dans ses vers musicaux:

"Réveille-nous, Grand Dieu! Parle et change le monde;
Fait entendre au néant ta parole féconde
Il est temps! Lève-toi! Sors de ce long repos;
Tire un autre univers de cet autre chaos...
Change l'ordre des cieux qui ne nous parle plus.
Lance un nouveau soleil à nos yeux éperdus."

Dès 1820, Lamartine dans ses méditations poétiques réclamait donc ce nouveau soleil car il constatait que:

"Oui, ce monde, Seigneur, est vieilli pour ta gloire,
Il a perdu ton nom, ta trace et ta mémoire."
Alfred de Musset dans ses Poésies nouvelles, demande:
"Où est donc le Sauveur pour entr'ouvrir nos tombes?
Où donc le vieux saint Paul haranguant les Romains,
Suspendant tout un peuple à ses haillons divins?
Où donc le cénacle? Où donc les catacombes?
Avec qui marche donc l'auréole de feu?
Sur quels pieds tombez-vous, parfums de Madeleine?
Où donc vibre dans l'air une voix plus qu'humaine?
Qui de nous, qui de nous va devenir un Dieu?"

Musset pressentait clairement qu'il faudrait une voix plus qu'humaine.

Dans ses Contemplations, Victor Hugo a chanté, lui aussi, la mélodie du printemps spirituel que les hommes de cette époque attendaient si ardemment:

"Ecoutez. Je suis Jean. J'ai vu des choses sombres...
J'ai vu le ciel, l'éther, le chaos .et l'espace
Vivants! Puisque j'en viens, je sais ce qui s'y passe;
Je vous affirme à tous, écoutez bien ma voix,
J'affirme même à ceux qui vivent dans les bois,
Que le Seigneur, le Dieu des esprits des prophètes,
Voit ce que vous pensez et sait ce que vous faites
Voyant vos passions, vos fureurs, vos amours,
J'ai dit à Dieu: Seigneur, jugez où nous en sommes
Considérez la terre et regardez les hommes
Ils brisent tous les noeuds qui devaient les unir.
Et Dieu m'a répondu: certes, JE VAIS VENIR."

On sait que Victor Hugo, en désaccord avec Napoléon III, s'exila à Guernesey et que là-bas, sur son roc, il médita longuement sur la libération de l'humanité. Il considérait le XIXe siècle comme "l'aube des grands idéaux", le siècle qui devait réaliser les prémices du bonheur de l'humanité. En 1842, il annonce déjà, "qu'un jour, le globe entier sera civilisé et qu'alors sera accompli le magnifique rêve de l'intelligence: avoir pour patrie le monde et pour nation l'humanité". Il voyait non seulement venir le temps où tomberaient les frontières entre les peuples, mais aussi les murs entre les classes.

La suppression de la misère et de la guerre, l'apaisement des conflits entre les classes et les peuples, Victor Hugo partageait ces idéaux avec d'autres écrivains (Dumas Fils, par exemple, aux idées plus que révolutionnaires pour l'époque dont l'intérêt des causes plaidées n'a désormais plus besoin d'avocat: droits de la femme et de l'enfant, problèmes sociaux, divorce...), d'autres penseurs et hommes politiques de son temps. Le nouvel empereur, Napoléon III, les avait même inscrits au début à son programme politique!

Chateaubriand, mort en 1844, semble entrevoir dans ses derniers écrits la venue d'un christianisme renouvelé.

JE VAIS VENIR

Les grands poètes n'étaient pas seuls à sentir l'étrange réveil. Un docteur de ma connaissance, M. Mesbah, a passé plus de six ans à faire des recherches à la Bibliothèque Nationale de Paris pour découvrir que plus de cent cinquante articles, livres et publications au XVIIIe siècle et plus de cinq cents au XIXe indiquant l'approche du Grand Evénement avaient été publiés.

Le philosophe Joseph de Maistre, l'un des penseurs les plus profonds de ce temps, dans Les soirées de Saint-Pétersbourg disait: "Il faut nous tenir prêts pour un événement immense, le christianisme sera rajeuni d'une manière extraordinaire; il ne s'agit pas d'une modernisation de l'église, mais d'une forme nouvelle de la religion éternelle qui sera au christianisme actuel ce que celui-ci est au judaïsme."

En 1805, le professeur d'université Delormel voit dans son ouvrage La grande période ou le retour de l'âge d'or une religion universelle régner sur terre.

L'écrivain Huysmans, en 1891, écrit dans Là-bas que "les temps attendus sont proches En voici les preuves bien manifestes".

Il est étonnant de trouver tant de références à la venue d'un messie (Le chanoine Chabauty, le philosophe Louis-Claude Saint-Martin, le Lyonnais Ballanche, l'ex-benédictin, Dom Perréty, l'écrivain Muralt. Etc.) dans un siècle où commençait à grandir l'athéisme. "Mais quand le Fils de l'homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre" se demandait déjà l'évangéliste Luc (18;8).

Toutefois, terrifiés par le redoutable Index du Vatican, un des rares Français à se permettre des commentaires directs sur l'Apocalypse et les prophéties concernant le retour du Christ fut un juriste, Pierre-Jean Agier (1782-1823). Il s'inspira du livre du jésuite chilien Lacunza Venuda del Mesia en gloria y majestad. Livre qui est une source inépuisable pour le millénarisme et dont il ne reste plus qu'une seule copie en espagnol à la Bibliothèque Nationale. Agier liait le retour du Christ avec l'établissement d'Israël. Un descendant de Colbert, Marc-Antoine Noé (1726-1801), évêque de Troyes, annonce aussi en 1788 les retours des juifs en Terre sainte et l'approche du grand événement. Un autre Français, François Jacquemont, curé de Saint-Médard en Forez, démontre dans son livre Une âme de janséniste que le temps où nous vivons doit prendre fin pour l'ouverture d'une autre ère.

Voltaire et la révolution française ont sapé la base de l'église institutionnelle Le peuple rejetait, à juste titre, ce carcan d'institutions dépassées. Sa soif de liberté le portait à chercher un idéal. Les nobles idéaux des philosophes des lumières ne suffisaient plus, le peuple en désirait l'application.

Le retour du Christ, la fin du monde et l'établissement d'un millénaire de justice et de paix ont toujours été étroitement liés.

Pourquoi le peuple de France, qui contribua tant à faire poindre l'aube nouvelle, est-il aujourd'hui si désabusé? Il semble s'être figé après la défaite de Sedan. Que sont devenus les idéaux des philosophes, le rêve des preneurs de Bastille, l'ardeur des sans-culotte, la vision de nos poètes romantiques et les belles théories de nos penseurs socialistes?

Le phénomène de la Parousie allait toucher, en définitive, davantage les Anglo-Saxons que les Français. Les poètes romantiques anglais sentirent également que "de grands esprits séjournent maintenant sur la terre et qu'ils donneront au monde un autre coeur et d'autres motivations" (Keats)

Keats s'interroge dans son Ode à Haydon:

"N'entendez-vous pas le murmure de puissants travaux ?
Ecoutez un instant, vous, nations, soyez attentives."

Wordsworth fit un excellent commentaire de la nouvelle joie créatrice et de l'optimisme qui remplissait le coeur des hommes:

"Quel bonheur d'avoir vécu cette aurore !
La beauté d'un nouveau devenir
Ornait non seulement les lieux favorisés
Mais tout l'univers" (Livre onzième des Préludes:)

L'intuition des hommes de foi s'exprima en une éclosion de poèmes lyriques chantant l'approche du "Royaume".

"La nuit est passée, et le matin approche...
Réveillez-vous! Regardez! J'entends le son multiple
Des cycles à venir, comme un océan tout autour...
Je vois la gloire d'un millénaire qui s'illumine
D'un bout à l'autre." (Frédérick Tennysson)

Kingsley, dans The Day of the Lord écrit en 1848:

"Le jour du Seigneur approche, approche...
Ses tempêtes ouvrent le ciel...
Les nations dorment, affamées, sur des piles d'or...
Tous les rêveurs s'agitent et soupirent;
La nuit est plus sombre avant l'aube,
Quand la douleur est plus forte, l'enfant naîtra,
Car le jour du Seigneur approche."

En plus de ces oeuvres lyriques, les poèmes apocalyptiques de Shelley comme L'Ode au vent, La révolte de l'Islam et Prométhée délivré traitent tous de l'avènement du Royaume de Dieu.

L'hymne adopté par la Ligue des nations après la Première Guerre mondiale est extrait d'un poème significatif d'un romantique anglais, Symonds: These things shall be...

"Ces choses arriveront : une race d'hommes plus noble que le monde n'a jamais connu se lèvera avec la flamme de la liberté dans l'âme et la lumière du savoir dans les yeux. Ils seront gentils, braves et forts pour ne plus verser une goutte de sang..."

L'Internationale rédigée par Pottier en 1871 proclamait: "Le genre humain ne fera plus qu'une seule famille"

L'enthousiasme gagna les poètes outre-Atlantique. En1861, Julia Ward Howe, écrit:

"Mes yeux ont vu la gloire de la venue du Seigneur !
...sa vérité est en marche."

L'attente du Grand Jugement, la venue du Rédempteur qui permettrait d'établir un monde meilleur ne troublaient pas seulement l'Europe et l'Amérique, mais tourmentaient aussi l'Asie. L'approche du "Grand Evénement" retentissait surtout en Terre sainte parmi les juifs, les chrétiens et les musulmans. Chacun de ces courants religieux, suivant leurs anciennes traditions, souvent à l'aide de l'astrologie et des sciences occultes, y ajoutant leurs superstitions et inventant des récits fantastiques, croyaient fermement à l'imminence de l'avènement du Messie et d'un âge nouveau. Lamartine, dont j'ai retrouvé les traces de passage à Nîs en Yougoslavie et aussi dans la dernière forêt de cèdres du Liban, a rencontré en 1830 en Palestine une étrange femme: Lady Hester Strantrope. Nièce de William Pitt, l'ennemi juré de Napoléon, elle avait abandonné Londres, la richesse, le pouvoir et le grand monde pour venir vivre en ermite parmi les druses. Cette vaillante Anglaise illuminée voulait être prête et proche du lieu de l'avènement! Elle gardait, paraît-il, deux blancs pur-sang arabes dans son écurie, un pour le Messie, l'autre pour elle-même! Lamartine rapporte cet entretien dans son Voyage en Orient (p 175).

"lady Strantrope : croyez-vous le règne du Messie arrivé ?
- Je suis né chrétien ! lui dis-je? c'est vous répondre.
- Chrétien ! reprit-elle avec un léger signe d'humeur ; moi aussi je suis chrétienne, mais celui que vous appelez le Christ n'a-t-il pas dit: "Je vous parle encore par paraboles, mais celui qui viendra après moi vous parlera en esprit et en vérité" Eh bien, c'est celui-là que nous attendons. Voilà le Messie qui n'est pas encore venu, qui n'est pas loin, que nous verrons de nos yeux..."

L'étude de cet étonnant XIXe siècle prouverait qu'un événement important s'est produit. Lequel pourrait être l'apparition d'un nouvel éducateur universel.

En tout cas, depuis son début, les découvertes scientifiques commencèrent à progresser à une allure vertigineuse, amorçant un décollage sans précédent qui allait rapidement permettre à l'humanité d'asservir la planète. Les hommes voyaient littéralement naître sous leurs yeux "un nouveau ciel et une nouvelle terre", comme le disait saint Jean.

Il serait trop long de citer tous les savants qui, par leurs découvertes, ont amélioré le bien-être matériel. Cette explosion de découvertes sans précédent montre bien que le XIXe siècle est un siècle "à part".

Le prix Nobel, Sir William lawrence Bragg, note sur son graphique de l'incidence des inventions, à partir de 1844, une hausse abrupte de la courbe "que je n'arrive pas à expliquer" ? soulignait-il.

Emile Broussais, fils du médecin bien connu, annonce en 1842 la régénération du monde et écrit qu'elle se fera par le biais d'une nouvelle religion. Ce Broussais était un des disciples de l'illustre savant suédois Swedenborg, qui abandonna les sciences matérielles après avoir reçu des inspirations. Il inspira une secte, la Nouvelle Jérusalem, et mourut en 1744, révélant que, dans cent ans, on verrait la nouvelle Jérusalem. C'est-à-dire le début d'une ère nouvelle. En 1844.

Autour de cette date, l'astronome français Le Verrier réussit à calculer l'existence d'une nouvelle planète du système solaire, Neptune, qui, en astrologie, est l'archétype de l'intégration universelle, de l'adhésion à l'unité supérieure, de la révélation spirituelle la planète cosmique par excellence, que l'Allemand Galle découvrira finalement en 1846(Un demi-siècle auparavant, Herschel en avait découvert une autre, Uranus, symbole de la révolution, du progrès technique, des inventions !)

Plus d'un siècle auparavant, Isaac Newton, le célèbre physicien anglais, détermine, lui aussi, l'approche du second avènement du Christ vers les alentours de cette date.

La majorité des dates trouvées par des centaines d'inspirés, de voyants ou de scientifiques à l'Est comme à l'Ouest se situe entre 1840 et 1860.

Et 1844 figure d'une manière beaucoup plus frappante dans les calculs des érudits de la Bible que n'importe quelle autre année (Wolff en Asie, Edward Irving en Angleterre, Mason en Ecosse, Davis en Caroline du Sud, Leonard Kelber en Allemagne).

1844, l'année où Morse questionnait le ciel.

Aux USA, on se souvient du fameux William Miller, qui, dès 1831, commença à faire des conférences sur le retour du Christ. Il déclarait qu'il ne pouvait s'en empêcher, qu'une voix intérieure le pressait "de prévenir le monde". Il avait isolé la date de 1844, l'année de Ghars que citait l'érudit arabe Muhiyi'd-Din'Ibn al-Arabi comme "fin du monde". Des hommes vêtus de blanc escaladaient les montagnes du nouveau continent pour attendre dignement cet événement.

A la fin de l'année, rien ne s'étant produit, le Seigneur de Gloire n'étant apparu sur aucun nuage, les fidèles de Miller, déçus, formèrent la secte des Adventistes. Ceux qui attendent.

Russell en conclut que Miller s'était trompé et fonda les Témoins de Jéhovah, qui fournissent régulièrement de nouvelles dates de l'avènement. Les Mormons naissent aussi au cours de ces années-là. En 1820. Smith, leur fondateur, découvrit une page inédite de l'Evangile portée par l'ange Moroni.

En même temps, de nombreuses guerres dans toutes les parties du monde emplissaient les livres d'histoire "Guerres et bruits de guerres", disait Jésus, qui "verront le Fils de l'Homme venant".

Vers la fin du XIXe siècle, la conviction devint très forte parmi les Indiens américains que le Messie était déjà apparu. Le général Miles, de l'armée des Etats-Unis, le rapporte dans un journal du Minnesota après un circuit de l'Ouest.

En Inde, "la croyance en la proche venue d'un grand Enseignant universel est un fait de simple savoir, du moins parmi les gens éduqués", écrit G S Arundale, commissaire à l'éducation de l'Etat d'Indore.

En 1846, en Kabylie, Bou Maza, un Marocain, prétendait être le messie musulman, le Madhi. Plus tard, au Soudan, les Anglais durent déployer toutes leurs forces pour réprimer la révolte d'un autre madhi. Depuis, les madhis sont légion.

En 1843, Hung Hsiu Ch'üau en Chine se disait être le messie voulant établir un nouveau christianisme; ce qu'on appela la révolte des Taï-ping. Mot qui veut dire La Grande Paix. Coïncidence ?

A Java, encore aujourd'hui, les masses rurales attendent le prince juste Ratu Adil.

Chaque siècle, certes, a connu des "messies", mais aucun ne peut se vanter d'en avoir groupé autant. Les croyances millénariste ont pris un nombre imposant de formes. Henri Desroches, directeur d'études à l'Ecole pratique des Hautes Etudes, en a recensé mille cinq cents sous des noms différents dans le dictionnaire des messianismes et millénarismes de l'ère chrétienne.

Il est vrai que chacun interprète à sa manière 1es écritures saintes malgré la claire mise en garde du prophète Daniel:

"Tiens secrète ces paroles et scelle le livre jusqu'au temps de la fin" (12 : 4). Admonition semblant indiquer qu'il n'est pas du pouvoir des hommes d'en interpréter correctement les allégories, que cela nécessiterait une "voix plus qu'humaine", une nouvelle "manifestation" divine.

Certains soutiennent que le retour du Christ a eu lieu lorsque les Apôtres le virent après sa "résurrection". Dans ce cas, il n'aurait pas tenu sa promesse: "J'ai encore beaucoup de choses à vous dire", car il n'a rien dit de plus.

D'autres pensent que la descente de l'Esprit-Saint à la Pentecôte signifiait son retour. Etrange, car les Evangiles spécifient que le Christ reviendrait avec un corps. Le Christ a tant parlé de son retour dans "la Gloire du père" que les premiers chrétiens scrutaient souvent le ciel. Les Evangiles indiquent qu'Il doit revenir à la fin du temps des gentils. Les gentils de son époque étaient les non-juifs, la société de Palestine se divisant aux yeux des juifs, en juifs et non-juifs ou gentils (Appelés goyyims aujourd'hui). En 673, la conquête arabe chassa définitivement le peuple juif de chez lui. Les non-juifs gouvernèrent à partir de ce moment-là. Le temps des gentils commençait donc. Il est intéressant de savoir qu'en 1844, un décret du sultan Ottoman promulgué par suite de pressions, européennes permettait pour la première fois aux Juifs de retourner en Terre sainte pour s'y établir. Ne serait-ce pas là la fin du temps des gentils ?

Car, à partir de cette date, les juifs ont commencé effectivement à rentrer "chez eux", d'abord par petits groupes isolés, puis par vagues, les fameuses "aliya" jusqu'à la fondation officielle de l'état d'Israël en 1948.

Dieu semble tenir ses promesses: à la fin des temps, il regrouperait son peuple de parmi les nations, le désert refleurirait, la vallée d'Accor se réjouirait.

Les Evangiles indiquent aussi qu'Il reviendrait lorsque sa "Bonne Nouvelle" aurait fait le tour de la terre. Il faut se rappeler l'extraordinaire ferveur missionnaire du XIXe siècle; Livingstone et autres la portèrent aux confins de la planète, atteignant le dernier pays, le Tibet, vers les 1850. La Bible et le Coran affirment enfin qu'à la "fin des temps", les étoiles tomberont du ciel (Image allégorique quand on sait que la plus petite étoile est plus grosse que la terre. Une seule suffirait ! Voir explications au chapitre XIV), le soleil s'obscurcira, la lune deviendra rouge, les montagnes seront réduites en poussières!

Entre les années 1830 et 1860, des hommes fixaient avec perplexité et inquiétude le grand halo qui entourait le soleil. Beaucoup regardèrent avec effroi le ciel, cette nuit de 1843 où une comète géante à queue de feu déchira la pénombre.

Certains dirent que cette comète filant vers l'humanité apportait la "fin du monde". L'intense pluie d'étoiles de 1866 impressionna aussi fortement les observateurs. Tous ces signes du ciel plus de nombreux tremblements de terre furent des sujets de discussions et des spéculations les plus terrifiantes. Certes, les hommes ont toujours craint les éléments, mais leur ampleur et leur multiplicité avaient quel que chose d'inquiétant.

N'existe-t-il pas un signe dans le ciel pour chaque chose sur terre? Rappelons-nous l'étoile guidant les mages vers Bethléem

D'après cette enquête hétéroclite, il ressort que les années comprises entre 1840 et 1860 devaient avoir une signification particulière. Avec 1844 comme date la plus probable de l'Avènement


VI - IRAN

Ayant cerné la période la plus probable de l'Avènement, il reste à en découvrir le lieu afin de vérifier si des faits marquants justifient cette exceptionnelle fébrilité de l'humanité.

Entreprise ardue.

Tant de messies, de mahdis, d'avatars plus ou moins éphémères se sont proclamés. "Méfiez-vous des faux prophètes". Jamais mise en garde ne fut aussi juste. Mais on dit aussi qu'il n'y a pas de fumée sans feu.

Puisque tous les grands éducateurs du passé sont venus d'Orient, la logique demande d'examiner ce continent d'abord. Dans le verset 27 du chapitre 24, saint Matthieu spécifie: "car comme l'éclair part de l'ORIENT.., ainsi sera l'Avènement". En fait, tous les grands prophètes connus sont nés dans une portion d'Asie relativement étroite allant de Kapilavastu (Bouddha) au Sinaï (Moïse), dont le centre est l'Iran.

Tagore, dans un de ses poèmes mystiques, confirme que "le Grand Matin qui est pour tous, apparaît à l'Est".

L'Inde, l'Iran et Israël sont terres traditionnelles de religions. Le berceau des prophètes. Voyons donc en premier si ces trois terres spécialement bénies auraient à nouveau engendre un grand éducateur universel, le messie attendu.

Se cacherait-il en Inde?

Parmi la brillante pléiade de maîtres spirituels, de poètes et de savants, Aurobindo, Bose, Dayananda, Maharshi, Ramdas, Vivekananda, Ramakrishna, Krishnamurti, dont l'influence atteint les confins de la terre.

Premièrement, aucun de ces "luminaires" n'a prétendu à ce rôle. Un texte bouddhique ensuite semble éliminer ce pays Texte où la reine Vahedi demande au Bouddha, dont les indications sur la venue d'un futur Bouddha sont très nombreuses:

"Honoré du monde! Après ton ascension, tous les êtres vivants remplis d'impuretés et de vices qui seront écrasés par les cinq sortes de souffrances, dis-moi comment ils pourront voir la Terre du Suprême Bonheur du futur Bouddha ?

- Toi et tous les êtres vivants, vous devez avoir un coeur unifié en fixant votre pensée sur l'Ouest"

L'Ouest de l'Inde, d'où prêchait Bouddha. Beaucoup de musées d'Extrême-Orient représentent le bouddha Amithaba ou Amida, celui qui doit venir, dans le paradis de l'Ouest.

Les textes sacrés sont une source prodigieuse de renseignements puisque chacun promet une nouvelle manifestation de l'"Eternel", mais ils sont confus et allégoriques.

La liste allusive des lieux probables serait longue à citer, mais on peut noter que l'Iran et Israël sont les plus souvent mentionnés, sous une forme ou sous une autre. L'Iraq, pays intermédiaire, est cité également par le Coran (10 : 26): "Dieu appelle les humains à Dar-es-Salaam". Qui signifie séjour de Paix en arabe. C'est l'ancien nom de Baghdad. Ezéchiel situe aussi une de ses visions près du fleuve Kébar. Un affluent de l'Euphrate prenant sa source à l'ouest de Baghdad.

Une prophétie bien connue des Arabes, parlant du "temps de la fin", dit: "Quand le Promis apparaîtra, les partisans de sa foi feront partie du peuple de Perse". On rapporte que Mahomet, questionné sur son retour, se serait tourné vers le seul Persan de l'assemblée.

"Je placerai mon trône dans l'Elam", affirme Jérémie (49:38). Trône signifiant le Verbe de Dieu, sa manifestation humaine. Daniel situe sa troisième vision également en Elam, près du fleuve d'Ulai (Shiraz). L'Elam est l'ancien nom d'un Etat de la Perse sous 1es Darius, ayant pour capitale Shiraz.

Michée mentionne aussi l'Iran en citant l'Assyrie (l'Iran en constituait une ancienne partie).

Mais Israël reste incontestablement le pays le plus cité:

"Réjouis-toi, fille de Jérusalem" (Zaccharie 9:9)

"Le libérateur viendra de Sion" (Romains, 11:26)

"De Sion, l'Éternel rugit" (Joël, 3 : 16)

"L'agneau se tenait sur la montagne de Sion" (Apocalypse, 14:1)

"Un rédempteur viendra pour Sion" (Esaïe, 59:20.)

Osée fait allusion à la vallée d'Accor (Saint-Jean-d'Acre) comme une "porte d'espérance".

Dans les hadiths, plusieurs références sont faites à cette ville. Un nom familier depuis les croisades, l'ancienne ptolémaïs des Grecs, l'Akka qui avait arrêté Napoléon en 1799, l'Akko du peuple juif regroupé. Une ville fortifiée battue par les flots bleus de la Méditerranée qui servit de colonie pénale aux turcs ottomans. Mahomet la nomme "la ville de Syrie que Dieu a spécialement bénie, d'une blancheur plaisante à Dieu...". Il a déclaré: "Béni est celui qui a visité le visiteur d'Akko", "celui qui y fait l'appel à la prière verra sa voix monter jusqu'au paradis" et "les pauvres d'Akko sont les rois et princes du paradis. Mieux vaut un mois à Akko que mille ans ailleurs."

Au cours du siècle dernier, au plus fort de la fièvre millénariste si loin déjà de nos préoccupations, un

mouvement important vit l'émigration en Terre sainte de trois mille personnes. Dans l'espoir de participer au Royaume du Christ qu'elles pensaient imminent. En 1868, elles s'établirent à Haifa sous le nom "d'Amis du Temple". Ce sont les korntalites, mouvement fondé par un certain Hoffman de Korntal au Wurtembourg. Au pied du Mont Carmel, de l'autre côté de la baie de Saint-Jean-d'Acre, j'ai retrouvé leurs belles maisons de pierre blonde et sur l'une d'elles, cette inscription remarquable: "Der Herr ist nahe." (Le Seigneur est proche.)

Sur ce même Mont Carmel, s'inspirant des écritures, des carmélites ont construit leur monastère pour être sûrs d'accueillir les premiers le Christ à son retour. D'après toutes ces prophéties, il est pratiquement impossible de situer le lieu exact de l'apparition du Messager moderne. Il est toutefois probable qu'elle aura lieu "entre les deux mers" comme l'intime Michée (7:12), vraisemblablement entre la mer Caspienne et la Méditerranée, l'Iran et la Terre sainte. Dans le légendaire Croissant fertile, germe de tant de civilisations depuis la Babylonie, l'Assyrie et la Phénicie.

Reste à chercher si, dans ce vaste territoire à la moitié du siècle dernier, des événements d'une quelconque portée se sont déroulés.

Il faut donc lire 1es grands "reporters" de l'époque pour en savoir davantage.

Tous décrivent des faits remarquables en Perse à partir de 1844: le comte de Gobineau (Religions et Philosophie dans l'Asie centrale), Ernest Renan (Les Apôtres), le consul français en Perse, Nicolas (Seyyed Ali Mohammad dit le Bâb), Clément Huart (La religion du Bab), le professeur de Cambridge E G. Browne (A Traveller's narrative, A Year amongst the Persians), Lord Curzon, vice-roi des Indes (persia and the Persian question), le baron Victor Rosen, A. G Toumanski publié en Russie, et bien d'autres. Faits qui sensibilisèrent la France un certain temps.

Un mouvement motivé par des idéaux tout aussi nobles que ceux des révolutions américaine, française ou russe, bouleversa le pays

Un merveilleux renouveau, appelé révolution babiste ou babie selon les ouvrages, suscita l'admiration et la compassion de tous les observateurs étrangers.


VII - LE PRISONNIER QUI ÉCRIVAIT AUX ROIS !

"Le monde est en désarroi, la clé de tous
ses problèmes se trouve entre les mains du
prisonnier de Saint-Jean-d'Acre"
Tolstoï

Depuis l'aube des temps, l'avènement de l'âge d'or, celui où "le loup habitera avec l'agneau et la panthère se couchera avec le chevreau" (Esaie, 11:6), celui de la justice et de la paix universelle, a fait rêver les hommes.

Tous, au cours des siècles, ont souhaité que l'humanité ne forme plus qu'un seul royaume. Royaume qui ne pourrait voir le jour, selon Virgile, que grâce à un "Personnage exalté".

"Que ta volonté soit faite sur la terre", implorent les chrétiens depuis deux mille ans. Pour que le règne arrive. Ils voient dans le retour du Christ "sur les nuages de la gloire" ce personnage exalté.

Tant d'attente, tant d'espoir depuis des millénaires, ne seraient-ils qu'un vain rêve ou bien alors un présage encore indéterminé?

En 1848, l'année du "Printemps des peuples", le monde était secoué par d'étranges frissons.

Tandis que révolutions et émeutes ébranlaient les fondements de la vieille Europe, quatre-vingt-un révolutionnaires inspirés se réunissaient en secret à Badasht, village insignifiant de Perse, pays également déchiré par des troubles violents; des révolutionnaires traqués, persécutés avec une cruauté sans pareille, dont l'héroïsme allait atteindre le sublime.

A Tabarsi, à la fin de cette année, trois cent treize des leurs tinrent tête à plus de douze mille soldats du Shah. Celui-ci menaça d'exterminer, tous les habitants de la province:

- Nous avons envoyé l'armée combattre une poignée d'hommes faibles et sans force et elle ne peut rien !

Ils ne furent vaincus, après un siège infernal de sept mois, que par la traîtrise.

Plusieurs années auparavant, en Iraq, un groupe d'éminents membres du clergé musulman avait, tout comme les adventistes de Miller aux Etats-Unis, conclu que l'arrivée du "Personnage exalté" était imminente (le Mahdi, selon leur croyance). A la mort du fondateur, Shaykh Ahmad, il fut ordonné aux disciples (les shaykhis) de partir à la recherche du Promis, dont ils possèdent la description. Ce Promis d'origine divine, tant invoqué par les poètes romantiques.

Le 24 mai 1844, Morse lançait sa grande question dans les airs: Qu'est-ce que Dieu a forgé?

L'avant-veille, le 22 mai, à l'autre bout de la terre, à Shiraz exactement, l'un de ces shaykhis, Mulla Husayn, rencontrait hors des remparts de la ville, peu avant le coucher du soleil, un jeune homme inconnu qui s'approcha de lui et l'invita à venir se reposer dans son logis. Jeune homme rayonnant d'une beauté et d'une humilité qui l'impressionnèrent. Mulla Husayn était fatigué: il avait cheminé longuement depuis le port de Bouchir à travers les traîtres sentiers du plateau naissant. Shiraz, la ville encensée des poètes, l'avait attiré comme un aimant sans qu'il pût s'en expliquer la raison. Il refusa d'abord l'invitation, prétextant d'attendre le retour de ses deux compagnons partis à la recherche d'un caravansérail. Puis, subjugué par l'inconnu, pensant pouvoir faire avancer sa quête, il le suivit. L'invitation prononcée avec pouvoir et majesté l'avait ébranlé.

Après avoir prié ensemble, ils se mirent à converser. C'est dans une pièce aux vitraux multicolores, ornée de tapis, sise au premier étage d'une bâtisse en briques blondes typiques de la région (En 1971,j'eus le privilège de pouvoir visiter cette maison surveillée par la police. Elle a été détruite en 1979 au cours des récents événements par un groupe de fanatiques), que ce jeune homme réputé pour sa grande noblesse de caractère et sa piété se déclara être le promis:

- Regarde, tous les signes sont manifestes en moi, dit-il avant de lui expliquer la sourate de Joseph, sourate abstrus qui, de tous temps, a intrigué et confondu les théologiens musulmans. Mulla Husayn s'était juré de lui en demander la signification comme une des preuves, mais l'élu avait devancé sa requête. Après quelques jours d'anxieuses études et de réflexions, Mulla Husayn fut fermement convaincu que le messager longtemps attendu par les shiites était vraiment apparu.

L'ardent enthousiasme que cette découverte souleva en lui fut bientôt partagé par plusieurs de ses amis.

Ils prirent le nom de babi.

Quarante jours plus tard, après bien des recherches, priant et jeûnant, dix-huit personnes, connues sous le nom de "Lettres du Vivant", s'étaient jointes à lui. Aussitôt, la renommée du jeune prophète, appelé le Bab, grandit et se répandit comme un éclair à travers tout le pays.

Au moment de sa proclamation, le Bab avait vingt-cinq ans. Né à Shiraz, le 20 octobre 1819, dans une famille marchande, il était seyyid, c'est-à-dire descendant du prophète Mahomet. Très tôt orphelin, il fut élevé par un oncle maternel. Dès son jeune âge, il manifesta une telle intelligence et tant de science que son maître le renvoya:

- C'est moi qui apprends de cet enfant et non lui, de moi!

A quinze ans son tuteur le prit dans son commerce. Il se maria vers l'âge de vingt-deux ans et eut un fils qui mourut en bas âge

Il envoya ses premiers disciples et messagers à travers le pays avant de partir lui-même en pèlerinage à La Mecque pour exposer le caractère de sa mission aux plus hautes autorités musulmanes.

Ce fut un échec.

Dès son retour, la Perse était en effervescence. Son éloquence convaincante, son écriture rapide et inspirée, son savoir et sa sagesse extraordinaire, son courage et son zèle de réformateur soulevèrent le plus grand enthousiasme parmi ses fidèles, mais provoquèrent la haine et la jalousie des milieux musulmans orthodoxes. Il fut accusé d'hérésie, et les persécutions commencèrent.

Le Bab connut ainsi une longue série d'emprisonnements, de déportations, d'interrogatoire, de châtiments et d'insultes, qui se termina par son martyre à Tabriz, en 1850.

Le clergé, au début, envoya d'habiles érudits pour le confondre dans les réunions publiques où il apparaissait. Peine perdue. Le Shah finit par déléguer son plus éminent théologien, Vahid, pour faire une enquête. Imbu de sa renommée, il se présenta de façon hautaine. Mais trois entrevue suffirent pour le convaincre de l'authenticité du message. Il ne rentra pas à la cour et devint un ardent disciple, s'immortalisant dans la bataille de Nayriz.

A Ispahan, en 1846, affolés par l'ascendant que prenait le Bab sur le peuple, les hauts membre du clergé, craignant pour leur prestige et leur autorité, signèrent un document le condamnant à mort.

Il fut incarcéré aux confins de l'empire, dans une région montagneuse du Nord-Ouest, à Mah-kù, puis à Chihriq. Chaque fois, les mesures rigoureuses ne purent empêcher l'admiration des populations et le flot des pèlerins.

La rapidité inquiétante avec laquelle les gens de toutes classes, riches et pauvres, érudits et ignorants, répondaient à ses enseignements provoqua une répression de plus en plus implacable. Clergé et cour se liguèrent contre le danger que représentaient à leurs yeux ces réformes. L'horreur de la répression détaillée par les "reporters" de l'époque, est insoutenable. Les babis, dont le seul crime était de refuser d'abjurer leur nouvelle foi, furent massacrés comme des moutons. Chaque ville les répartissait comme trophée entre les différents corps de métiers, bouchers, boulangers, maçons, cordonniers. Chacun s'ingéniait alors à trouver la torture la plus raffinée. On mutila leurs corps de toutes les façons imaginables, Ils furent trempés dans l'huile et brûlés vivants, attachés à la bouche des canons; on buvait leur sang. Les corps étaient exposés dans les marchés afin d'être profanés pendant des jours, les têtes servaient de ballons ou d'ornements pour les lances. Plus d'une femme reçut dans sa cour la tête ou le tronc d'un être aimé projeté par une foule en joie. L'une d'elles, saisissant la tête de son fils adoré jetée chez elle, la relança à la foule en criant: "Ce que j'ai donné à Dieu, je ne le reprends pas!"

Le capitaine autrichien Von Goumoens écrivait à un ami: "Ces malheureux dont les yeux avaient été arrachés avec le pouce devaient manger sur la scène de leur martyre, sans sauce, leurs oreilles amputées. Les gens avaient creusé de larges trous dans leurs épaules et leur poitrine et inséré dans les blessures des mèches brûlantes qui faisaient grésiller la chair; le Bazar en était illuminé! Je ne quitte plus ma maison désormais de crainte d'avoir à supporter de nouvelles scènes..."

Les révolutionnaires de Badasht étaient des babis qui se réunissaient secrètement afin de trouver entre autres, le moyen de délivrer leur leader emprisonne alors à Chihriq.

La révolution babie, cri d'espoir et de justice au milieu de la cruauté et du fanatisme, provoqua une réaction violente en un pays tombé dans la plus déplorable des décadences. Plus de vingt mille martyr sacrifièrent leur vie à ces idées universelles.

Persécutions encore perpétrées de nos jours. Un des participants se distingua durant ces massacres, une poétesse de grand renom, la seule femme "Lettre du Vivant". Tahirih (dont Sarah Bernhardt voulut interpréter le rôle à Paris) (Elle demanda à Catulle Mendès de lui écrire la pièce). Sorte de Jeanne d'Arc persane qui fit le geste sublime et inconcevable de retirer son voile publiquement, soulevant ainsi symboliquement des siècles d'oppression féminine et accomplissant une des prophéties du Coran: "la trompette sonnera...". Geste sans équivalence en Europe. Cette femme au courage exceptionnel et d'un savoir remarquable fut finalement étranglée à Téhéran en 1852 par des soudards enivrés. Avant de mourir, elle déclara: "Vous pouvez me tuer, mais vous ne pourrez pas arrêter l'émancipation des femmes." Les mouvements féministes font grand bruit aujourd'hui, sans jamais mentionner Tahirih.

La vie tragique du Bab rappelle celle du Christ. Même jeunesse, même humilité, même pouvoir charismatique, un ministère bref.

Lors de sa première convocation à Tabriz pour être jugé, il fut reçu avec enthousiasme par la foule. Hosanna. La dignité et l'autorité du Bab déroutèrent totalement le tribunal. Cependant, peu de temps après, devant dix mille spectateurs, il fut exécuté par le feu d'un peloton de sept cent cinquante soldats. Il avait trente et un ans. Comme sur le Golgotha, un vent violent s'éleva et un épais tourbillon de poussière obscurcit le soleil et aveugla les gens jusqu'au soir. Son corps repose maintenant sur les pentes du Mont Carmel, à Haïfa, en Terre sainte.

De 1844 à 1853, la cruauté de la répression persane horrifia le monde civilisé. La haine ne connut pas de limite. Ernest Renan ne put s'empêcher d'en établir la comparaison avec l'ardeur des premiers chrétiens sacrifiés dans l'arène, et d'y voir la même ferveur qu'au début du christianisme (Les Apôtres, .Michel Lévy Ed).

Vers 1853, le mouvement semblait exterminé. La lutte du Bab contre la corruption, l'hypocrisie religieuse, la haine avait déchaîné un fanatisme sanguinaire. Et cela, parce qu'il avait eu la témérité d'annoncer: Je viens à vous avec un message salutaire, des innovations nécessaires, des lois et des doctrines nouvelles; ce que je dis n'est pas de moi mais de votre Dieu qui m'a envoyé vous guider sur le chemin du progrès et du bonheur

"Il faut qu'Elie vienne premièrement" (Marc, 9:12)

Le Bab accepta avec joie d'endurer toutes les afflictions pour préparer la venue de "Celui que Dieu rendra manifeste", dont je ne suis pas digne "d'être l'anneau du doigt". disait-il.

Le Bab n'était que la porte (bab, en arabe).

Elie, saint Jean-Baptiste, l'histoire recommençait.

Dix-neuf ans exactement après le début de la révolution babie, deux ans après l'édit d'émancipation abolissant le servage signé par le tsar Alexandre II, quatre mois avant la proclamation solennelle de la suppression de l'esclavage par le président Lincoln, précédent d'un an la Première Internationale et la fondation de la Croix-Rouge, le 21 avril 1863, sur les bords du Tigre à Bagdad, le fils aîné d'un vizir, Mirza Husayn Ali Nouri déclara être Celui que le Bab était venu annoncer. L'éducateur de l'ère moderne, le promis de tous les âges, le promoteur du cycle universel.

Il était connu sous le nom de Baha'u'llah (la Gloire de Dieu).

1863 L'année signalée par le prophète Daniel pour marquer la "fin de l'abomination de la désolation en Terre sainte" (Voir calculs chapitre XIV) et qualifiée de "grand tournant" par Lincoln.

Baha'u'llah est né à Téhéran, le 12 novembre 1817, dans une famille riche et distinguée, descendante de la dynastie Sassanide (Dynastie perse, originaire du Fars. qui constitua un vaste empire étendu depuis le Khurasan jusqu'à la Mésopotamie entre les années 226 et 651).

Bien que n'ayant fréquenté aucune école, il montra dès son enfance une sagesse et un savoir étonnants. A treize ans, il éclaircissait des questions religieuses totalement obscures aux yeux des théologiens musulmans.

Quand il eut vingt-deux ans, son père mourut. La haute position à la cour qu'il occupait lui fut offerte. Il refusa cet honneur. Le Premier ministre dit:

- Qu'il garde sa liberté. Cette position est indigne de lui. Je ne puis le comprendre, mais je suis convaincu qu'il est destiné à quelque haute mission.

En 1844, à l'âge de vingt-sept ans, après avoir rencontre Mulla Husayn à Téhéran, Baha'u'llah épousa hardiment la nouvelle foi proclamée par le Bab. Il est à noter que ces deux grands éducateurs, quoique vivant à la même époque, ne se rencontrèrent jamais.

Il fut l'instigateur de la réunion de Badasht (1848). Rencontre historique qui marqua la rupture avec les coutumes étroites du passé.

Défenseur intrépide de la nouvelle cause, Baha'u'llah se dirigea ensuite vers Tabarsi pour aller aider les babis assiégés, mais il fut arrêté en chemin et subit la bastonnade. En août 1852, il fut emprisonné pour la troisième fois. Un attentat manqué sur le Shah par un babi déséquilibré avait déclenché d'immédiates et féroces représailles contre toute la communauté babie. Ce fut l'occasion d'essayer d'exterminer une fois pour toute ces réformateurs' enthousiastes.

Les rues de la capitale ruisselèrent de sang.

On livrait les victimes une nouvelle fois à la fureur de la population, qui inventait des atrocités à étonner les bourreaux eux-mêmes La plupart des rescapés des "boucheries" précédentes périrent dans cette nouvelle tourmente.

Condamnant vigoureusement l'attentat, Baha'u'llah, loin de se cacher, se dirigea vers le QG de l'armée impériale. Malgré la protection d'un ministre russe, il fut facile de l'arrêter. Conduit pieds et tête nus sous un soleil brûlant jusqu'au "Siyah-Chal" de Téhéran, injurié, lapidé, plusieurs fois dévêtu, Baha'u'llah, comme tous ses prédécesseurs, foula ainsi à son tour la via dolorosa.

Il s'arrêta un instant pour laisser une vieille femme percluse le rattraper et lui lancer sa pierre!

- Ne décevez pas cette femme, dit-il aux soldats qui l'escortaient et qu'elle importunait, ne l'empêchez pas de faire ce qu'elle considère être méritoire aux yeux de Dieu. C'est un homme riche et en pleine santé qui pénétra dans le "Siyah-Chal", une affreuse citerne souterraine utilisée comme prison. Quatre mois plus tard, il en ressortit, ombre de lui-même, marqué à vie par d'épouvantables chaînes et dépossédé de tout. Voici sa description du lieu:

L'obscurité la plus complète régnait dans ce cachot, et nos compagnons de captivité près de cent cinquante hommes, se composaient de voleurs, d'assassins et de bandits de grand chemin. Bien que bondé ce lieu n'avait pas d'autre issue que le couloir par lequel nous étions entrés. La plume est impuissante à décrire cet endroit, et aucune parole n en peut définir la répugnante odeur. La plupart de ces hommes n'avaient ni vêtements ni literie pour s'étendre...

C'est pourtant dans ce "puits noir" lugubre et nauséabond que Baha'u'llah fut averti en songe, de son rô1e et de sa mission futurs; tandis que je sombrais sous le poids des afflictions, j'entendis une vois qui m'appelait en vérité Nous te rendrons victorieux par toi-même et par ta plume.

Bien que reconnu innocent, le gouvernement du Shah ordonna son exil à Bagdad, en Iraq (partie alors de l'empire ottoman voisin). Il dut cheminer en plein hiver avec sa famille, subissant le froid particulièrement rigoureux de l'année 1853, avant d'atteindre "le séjour de paix" mentionné dans le Coran. Première étape d'un long exil de quarante ans!

Il a toujours été dur pour le prophète, depuis les temps immémoriaux, de trouver un lieu de repos. La vérité n'est jamais neutre. Et comme la vérité religieuse, fraîchement révélée, se situe toujours à l'opposé des clichés décadents de l'époque et défie l'ordre existant, elle rencontre automatiquement oppositions et persécutions.

La première année à Bagdad, sans dévoiler encore son rang, Baha'u'llah entreprit de redonner confiance à la communauté babie locale. Puis, pour éviter les dissensions fomentées par son demi-frère jaloux, il se retira dans les montagnes du Kurdistan. Muni d'un seul vêtement de rechange. Sa "traversée du désert" dura deux ans.

En mars 1856, supplié par les siens de revenir, il rentra à Bagdad, où commencèrent sept ans d'une activité incessante. Il "brisa le sceau" dont parlait le prophète Daniel, en rédigeant un livre, "le Livre de la Certitude", qui "descellait" le sens des écritures et montrait l'unité des révélations successives.

Sa renommée grandit de plus en plus, et les gens affluèrent pour le voir et entendre ses enseignements.

Les moullas (théologiens musulmans) cependant, jaloux, complotaient obstinément sa ruine. Un jour, après bien des tracas, ils lui demandèrent de produire un miracle comme preuve de sa mission. Baha'u'llah accepta à condition que les moullas soient d'accord sur le miracle et qu'ils signent un document stipulant que, sitôt son accomplissement, ils reconnaîtraient l'authenticité de sa mission et cesseraient toute opposition. Redoutant d'apprendre la vérité, ceux-ci se dérobèrent à cet audacieux défi!

Finalement, prétextant que sa présence trop proche de la Perse était un danger pour ce pays, ses ennemis obtinrent son départ pour Constantinople.

Tandis que l'on préparait la caravane pour ce long voyage, il se retira, entre le 21 avril et le 2 mai 1863, dans un jardin hors de la ville, où il annonça ouvertement sa mission. Ces douze jours se commémorent dans le monde entier sous le nom de "fête de Ridvan" (paradis).

Baha'u'llah, loin d'être triste, montrait la plus grande joie, la plus grande majesté De grandes foules accouraient pour témoigner leur vénération. Tous les notables de Bagdad, jusqu'au gouverneur lui-même, vinrent rendre hommage au prisonnier qui s'en allait.

Il avait alors quarante-huit ans. La foi vaincue resurgissait!

Ses ennemis politiques et religieux constatèrent avec stupéfaction que la cause perdue des babis refleurissait grâce à l'homme qu'ils avaient laissé "filer entre leurs doigts", pensant que son exil tuerait définitivement cette "hérésie"".

Le 3 mai, Baha'u'llah partit au milieu des pleurs et des regrets, accompagné de sa famille et de vingt-six fidèles. Il atteignit, après de nombreuses souffrances infligées par les intempéries, la capitale ottomane, le 16 août 1863. Son séjour y fut de courte durée, car le sultan décida quatre mois plus tard, sans raison, de le bannir plus loin encore à Andrinople (l'Edirne d'aujourd'hui sur la route de Katmandou).

Pendant quatre ans et demi, Baha'u'llah se remit à enseigner, groupant autour de lui un vaste auditoire. Il annonça publiquement sa mission au monde. Il écrivait, dictait, jour et nuit, des tablettes, prières, méditations occupant plusieurs secrétaires qui n'arrivaient pas "à tout transcrire".

Les babis prirent désormais le nom de baha'is. Baha'u'llah fut trahi par des proches qui réussirent à nouveau à pousser les autorités à le bannir, définitivement, dans la ville forteresse d'Akko, qu'il rejoignit par mer le 31 août 1868. C'est ainsi qu'il pénétra en Terre sainte sans l'avoir cherché "par la porte qui était du côté de l'Orient", comme l'avait prédit Ezéchiel (43:4).

Parmi tant d'autres, les prophéties de Michée (7:11) semblent décrire ce voyage avec une extraordinaire précision:

1- "Il viendra de l'Assyrie", L'Iran en faisait partie anciennement,

2- "Il viendra des villes fortifiées", Constantinople, Saint-Jean-d'Acre,

3- "de la forteresse jusqu'au fleuve", De la forteresse d'Akko au fleuve Na'mayn près de celle-ci, où Baha'u'llah se rendit à la fin de sa vie

4- "Il viendra d'une montagne à l'autre", Des monts du Kurdistan au Mont Carmel

5- "Il viendra d'une mer à l'autre", De la mer Noire, sur laquelle il vogua lors de son premier exil vers Constantinople, à la Méditerranée, pour atteindre Akko

6- "Le pays sera dévasté", Description exacte de la Palestine à l'époque, pays stérile et infesté de maladies.

Baha'u'llah termina sa vie en Terre sainte. Ce dernier exil dura vingt-quatre ans. Après deux années d'un emprisonnement rigoureux, la sévérité des mesures se relâcha quelque peu. La vieille histoire de la captivité du Bab se répétait quelle que soit la bassesse des accusations qui le précédaient, la vilenie des injures et calomnies, la violence de l'hostilité dont il était victime, la dignité de son caractère, le don persuasif de ses pensées, sa noblesse, son amour, sa générosité, la brillance de ses doctrines, faisaient fondre rapidement la suspicion et lui gagnaient les coeurs autant des officiels que du peuple. Il sut montrer aux fonctionnaires et à la population qu'il n'était ni un hérétique ni un ennemi de l'Etat. Et, paradoxe ce furent les autorités mêmes d'Acre qui l'encouragèrent à sortir librement de la ville fortifiée.

Au bout de onze ans il quitta sa réclusion pour aller demeurer dans une splendide résidence inoccupée à Bahji, à trois kilomètres de là.

Le proscrit condamné à un isolement perpétuel, vit affluer à sa demeure une foule de visiteurs de tous les milieux. L'un d'eux, le professeur E G Browne, de l'université de Cambridge, en fit la description suivante:

"Le visage de celui que je contemplais, je ne saurais l'oublier et pourtant je ne puis le décrire. Ses yeux perçants semblaient pénétrer jusqu'au tréfonds de l'âme; de larges sourcils soulignaient la puissance et l'autorité, tandis que les rides profondes du front et du visage semblaient indiquer un âge que la chevelure noire comme le jais et la barbe, d'une luxuriance étonnante, atteignant presque la taille, semblaient démentir. Il eût été superflu de demander en la présence de qui je me trouvais; je me prosternais devant celui qui fait l'objet d'une vénération et d'un amour que les rois lui envieraient et auxquels les empereurs aspireraient en vain!"

Baha'u'llah se rendit plusieurs fois au Mont Carmel (Il planta sa tente à côté de la maison korntalite portant inscription: "Le Seigneur est proche". Il est curieux de noter que ces templiers allemands venus en Palestine enflammés par le désir d'assister au retour du Christ et Baha'u'llah qui se proclame être ce retour sont arrivés presque en même temps (en 1868) !), de l'autre côté de la baie de Haïfa, rédigea son oeuvre fondamentale, le Kitab-i-Aqdas, le livre des lois et ordonnances, et entretint une correspondance abondante avec les centres se créant en Perse, en Iraq, au Caucase, au Turkestan et en Egypte.

En 1891 paraissait son dernier livre. Malgré les écrits détruits ou perdus, il reste plus d'une centaine de volumes et recueils.

Aucune religion n'a possédé pareille richesse de documents.

Le 29 mai 1892, à l'âge de soixante-quinze ans, il s'éteignit à la suite d'un accès de fièvre, à Bahji, où il repose désormais. Après quarante ans de ministère, sa mission accomplie. Dans son épître au Shah, Baha'u'llah justifie sa position ainsi:

"0 Souverain ! Je n'étais qu'un homme comme tant d'autres, endormi sur mon lit, lorsque le souffle du Très-Glorieux passa sur moi et m'enseigna la science de ce qui fut. Cela ne vient pas de moi, .mais de Celui qui est tout-puissant et omniscient"

On peut se demander pourquoi des écrits aussi inspirés et lumineux restent encore peu connus du grand public et totalement ignorés des intellectuels européens. Ces écrits que le président Edouard Herriot qualifiait de "si importants".

Doit-on oublier que le premier à avoir reconnu le message du Christ ne fut pas un grand savant mais un humble pêcheur ne sachant pas même compter, Pierre! "L'essentiel est invisible pour les yeux, on ne voit bien qu'avec le coeur", dit le Petit Prince de Saint-Exupéry.

J'aimerais maintenant raconter la belle histoire de Hashim Khan.

Dans les premiers jours du babisme, un marchand de Kashan, érudit et riche, partit avec sa famille en pélerinage à Najaf et Karbila, les villes saintes de l'Islam shiite. Les circonstances l'avaient forcé à engager comme conducteur de caravane un certain babi du nom de Hashim Khan. Ce qu'il regrettait, malgré la réputation excellente de son caravanier. Hashim Khan était grand et fort, mais peu instruit. Pourtant son coeur, touché par la lumière du nouveau message divin, comprenait l'essence des choses. Le marchand et sa famille évitaient Hashim, qui, pour eux, était un hérétique. Durant ce long voyage, la caravane devait s'arrêter deux ou trois fois par jour pour se reposer et nourrir les animaux. A l'occasion d'une de ces haltes, le marchand décida d'aborder Hashim pour essayer de lui faire voir son erreur et de le ramener chez 1es shiites. Apres l'avoir remercié pour son travail irréprochable, il lui fit cette remarque: "Comment se fait-il que moi avec tout mon savoir, je n'ai pas reconnu la validité du message du Bab et que toi, qui es presque illettré, tu prétends reconnaître la vérité de sa mission?" Hashim prit une poignée de sable dans sa main et dit: "Les gens comme moi n'ont pas de mérite dans la société. Ils sont comme les grains de sable dans le désert qui n'ont pas de valeur, cependant, lorsque le soleil apparaît à l'aube, le sable est le premier à être illuminé par ses rayons. Un homme savant, lui, est comme un précieux diamant. Il est mis dans une boite et enfermé dans une pièce, si bien que lorsque le soleil se lève il reste dans l'obscurité."

L'écrin du diamant, la pièce de sécurité ne seraient-ils pas ces nuages dont parlait le Christ, qui voleraient son retour aux yeux des hommes? Nuages du savoir, nuages des préjugés, nuages de la richesse, nuages du pouvoir, nuages du matérialisme ?

D'Andrinople (Là fut prise la seule photo connue de Baha'u'llah), à l'ombre d'une des plus belles mosquées du monde, la mosquée Selimiye, Baha'u'llah adressa une première lettre à Napoléon III. On rapporte que l'empereur des Français rejeta dédaigneusement la lettre :

- Si cet homme se croit un dieu, je suis deux fois dieu!

La lettre est perdue.

De la prison-forteresse de l'empire ottoman de Saint-Jean-d'Acre, où l'on enfermait les pires criminels de l'époque (une ville si puante, dit-on, que, si un oiseau la traversait, on tombait raide mort!), il écrivit une deuxième lettre à Napoléon III (L'agent consulaire français de Saint-Jean-d'Acre qui la traduisit, voyant la rapide condamnation prévue pour cet égotiste empereur, déclara sa foi en la divine station de Baha'u'llah) dans laquelle il l'admonestait de ne pas "gérer ses affaires selon les exigences de ses désirs" mais "de faire le bien de son peuple et de chercher à établir la paix avec les autres souverains."

0 Souverain ! lui écrit-il, Nous avons entendu la réponse que tu adressas au Tsar de Russie concernant ta décision au sujet de la guerre (de Crimée). Tu dis: "J'étais endormi dans mon lit et je fus réveillé par les cris des malheureux qui se noyaient dans la Mer Noire". Tel est ce que Nous t'avons entendu dire, et ton Seigneur est témoin de mes paroles. Nous attestons que ce ne sont pas leurs cris qui t'ont réveillé mais tes propres passions. Si tu avais parlé avec sincérité tu n'aurais pas jeté à terre le livre de Dieu lorsque le Tout-Puissant, le Très-Sage te l'a envoyé. Pour avoir agi ainsi et pour te punir, ton royaume sera jeté dans la confusion et ton empire t'échappera. Des troubles violents se produiront parmi le peuple de ton pays à moins que tu ne décides de soutenir cette Cause. Ton faste t'a-t-Il enorgueilli. Par ma vie il ne durera pas, il sera bientôt anéanti.

Il est intéressant de noter que cette lettre fut reçue en 1869, un an, donc, avant l'ignominieuse défaite de Sedan. Par un étrange revers de médaille, alors que Napoléon III était destitué, Baha'u'llah obtenait le droit de quitter sa prison. On connaît la suite. Napoléon exilé à Londres, les Français s'entre-tuait à Paris sous les yeux de l'occupant, puis l'enchaînement des deux autres guerres. Sedan semble être pour la France l'amorce de son déclin. Sur les bancs de la classe, je ne m'étais pas explique cette défaite soudaine. Pas plus que le monde de cette époque, qui resta médusé par ce revers. La France au sommet du monde, qui prêtait de l'argent, construisait partout (Suez, Panama), stupéfiait l'étranger par ses expositions universelles, ses fêtes impériales éblouissantes, ses expéditions militaires aventureuses, la France défaite par la Prusse !

Nous voyons l'humiliation à tes trousses, alors que tu es dans l'insouciance. Vraiment étonnante, la vision de Baha'u'llah. L'histoire oeuvrait dans le sens indiqué par ce prisonnier inconnu qui se permettait d'écrire aux rois et aux grands de la terre.

Le Kaiser Guillaume 1er, après sa victoire, reçut des paroles tout aussi prémonitoires: Te souviens-tu de celui dont la puissance dépassait ta puissance (Napoléon III) et dont le rang surpassait ton rang?? Profite de cet avertissement. 0ù est-il? Que sont devenus ses biens? 0 rives du Rhin ! Nous vous avons vues couvertes de sang. Et cela se produira encore Et nous entendons les lamentations de Berlin bien que, en ce jour, sa gloire soit évidente. Deux guerres mondiales ont, en effet, couvert les rives rhénanes de sang depuis, et Berlin, jubilante à l'époque, gémit aujourd'hui, coupée par le mur de la honte. Toutes ces prédictions ne sont pas une preuve de la grandeur des écrits de Baha'u'llah, le modeste prisonnier de Saint-Jean-d'Acre, mais elles se sont néanmoins réalisées. Elles éclairent l'histoire récente d'une lumière nouvelle qu'aucun historien sérieux ne devrait négliger. Tous les grands souverains de l'époque reçurent des lettres les invitant à se tourner vers cette Nouvelle Cause, celle de la paix et de l'unité du genre humain, et à oublier leurs gloires et vanités. Napoléon III fut le seul à en recevoir deux, non pas parce qu'il était le souverain le plus important, mais parce qu'il était le plus mauvais! Rêveur, conspirateur, hypocrite, indécis et téméraire selon le jugement de ses contemporains.

Seule, la reine Victoria qui avait aboli l'esclavage le 1er août 1843, à la veille de la révolution babie, fut complimentée: Nous avons appris que tu as interdit la vente des esclaves, hommes et femmes; c'est bien ce qu'a commandé Dieu dans cette merveilleuse révélation. Certes, il a été décrété pour toi une récompense à ce sujet. Et nous avons appris que tu avais confié les rênes de la délibération aux mains du Parlement. Tu as bienfait, car c'est ainsi que les fondements de l'édifice des affaires sont affermis.

A la lecture de ce message, la reine fit cette remarque: "S'il vient de Dieu, cela durera, sinon il n'en peut sortir aucun mal"

Baha'u'llah, du fond de sa prison, prédit alors qu'elle aurait le plus long règne. Ce qui n'était pas évident, car cette souveraine connut des débuts difficiles. Ce fut elle, en effet, qui eut le plus long règne des souverains contactés par Baha'u'llah. Le plus long et le plus glorieux, puisque, durant son règne, la Grande-Bretagne paracheva son fameux empire où le soleil ne se couchait jamais. Si bien qu'en 1901, Victoria fut même proclamée impératrice des Indes et que l'île d'Albion atteint à son tour le sommet du monde, dépassant la France d'un Napoléon qui avait dédaigneusement jeté à terre la lettre du prisonnier inconnu.

Pendant ce temps, François-Joseph 1er, le monarque amoureux de Sissi, l'héritier de cinq siècles d'histoire glorieuse, tombait de son trône, mettant fin au formidable Saint Empire romain pour avoir manqué de se renseigner sur la Cause nouvelle et de visiter le prisonnier d'Akko lors de son pèlerinage en Terre sainte: Tu passas près de Lui sans t'informer.

Que reste-t-il de ce formidable empire qui domina l'Europe pendant des siècles? Un petit pays, l'Autriche, avec la seule capitale au monde qui ait vu ses habitants diminuer au cours de notre siècle. Un empire encore plus grand que l'austro-hongrois vit son déclin s'amorcer après avoir refusé l'offre de Baha'u'llah. L'empire ottoman, qui s'étendait des rives du Maroc aux confins de la Perse avec pour capitale, la prestigieuse Istanbul, dite "la Porte sublime". Ne passe jamais les bornes de la modération et traite équitablement ceux qui te servent, écrit-il à Abdu'l-Aziz, le despotique sultan qui le bannit trois fois, car le jour approche où des troubles violents apparaîtront et la confusion se répandra à cause de ce qu'ont fait éprouver à ces captifs (Baha'u'llah et ses proches) les armées de l'oppression. Par vos actions, l'étendard de l'Islam a été renversé et son trône puissant est tombé.

De l'empire ottoman, il ne reste qu'une parcelle nommée Turquie, où l'alphabet latin a évincé l'arabe, où le dimanche a remplacé le vendredi comme jour de repos et où, pis, le chapeau mou des Européens a détrôné le traditionnel turban! Le sultanat et le califat se sont évaporés au profit d'une république sécularisée. Les muezzins sont désormais silencieux. Si le grand vizir d'Abdu'l-Aziz avait pâli en lisant la communication adressée à son Maître, faisant la remarque qu' "on croirait entendre le Roi des Rois donner des ordres au plus humble de ses vassaux et régler sa conduite", le Shah, lui, n'hésita pas à faire torturer à mort le jeune homme de dix-huit ans, Badi, porteur du message par lequel Baha'u'llah demandait que justice Lui soit rendue: 0 Roi, considère cet Adolescent avec les yeux de la justice et juge impartialement ce qui Lui est arrivé. Nous voulons espérer que sa majesté le Shah apportera l'espoir au coeur de ces exilés.

Non seulement ce Shah égoïste et cruel, Nasiri'd-Din dont le grand-père avait posséda plus de mille concubines, n'apporta aucun espoir à Celui qu'il avait banni, mais il continua, au contraire, à l'affliger et à persécuter ses fidèles. Ce Shah qui noya son pays dans un degré d'obscurantisme rare fut assassiné le jour même de son jubilé, le jour qu'il avait proclamé comme le plus grand de la Perse! Les jours de la terrible dynastie des Qajars étaient désormais comptés. Lève-toi et conduis à Dieu les nations, put lire le tsar Alexandre Il dont la politique décevante donna naissance au nihilisme et à ses conséquences. Il périt, lui aussi assassiné. La fin tragique des tsars est connue. Ce pays est loin de conduire les nations à Dieu en ce moment! Les dirigeants et présidents des républiques d'Amérique n'ont pas été oubliés : Ecoutez la mélodie que chante la Colombe sur l'arbre d'Eternité Pansez les êtres meurtris avec les mains de la justice, et, avec le sceptre des commandements de votre Seigneur, brisez l'oppresseur qui prospère.

Dans une autre lettre générale, le prisonnier persan s'adressait aussi à "tous les élus du peuple et représentants du monde" en ces termes : Consultez-vous et occupez-vous seulement de ce qui est profitable à l'humanité et capable d'améliorer sa condition.

Quel beau programme toujours d'actualité!

Le remède souverain ordonné par le Seigneur, le moyen le plus puissant pour la guérison du monde entier, c'est l'union de tous ses peuples en une Cause universelle, une même Foi. Constatation faite plus tard par un ministre français jugeant que la civilisation mondiale ne pourra se faire sans une religion. Ce ministre, qui ignorait l'existence du brillant prisonnier, avait pour nom Malraux.

N'est-ce pas un fait extraordinaire, ce prisonnier admonestant et conseillant depuis sa geôle les grands et les puissants de ce monde en des tablettes d'une majesté et d'un style incomparable? Ce prisonnier dont le théologien David Rhy Williams dit "qu'Il possède la pureté de saint François d'Assise, le courage de Socrate, l'humilité de Moïse, la puissance de Confucius, le pouvoir de Mahomet, la majesté d'Esaïe, la compassion de Bouddha et la sainteté de Jésus-Christ".

Jamais éducateur universel n'avait proclamé sa mission à une telle échelle dans le passé. Le Christ n'avait avoué sa position que devant Ponce Pilate et Mahomet n'avait averti que deux rois. Toute l'humanité, cette fois-ci, a été informée, sans équivoque, que le "Jour promis" est enfin arrivé. Même le clergé et les peuples des différentes religions reçurent des tablettes dont une fut adressée spécialement au pape, le deux cent cinquante-quatrième de la série, le comte Mestal-Ferretti, dit Pie IX sorte de Louis XIV de la papauté, c'est lui qui définit le dogme de l'Immaculée Conception (1854) et de l'infaillibilité pontificale (1870).

Homme d'Etat médiocre, peu disposé à la conciliation et décidé à conserver tout son pouvoir, il ne porta aucune attention aux sages conseils de Baha'u'llah. Après tout, n'était-ce pas lui le représentant de Dieu sur terre? Qui pouvait bien être ce prisonnier persan qui osait lui écrire: Peux-tu résider dans des palais alors que Celui qui est le Roi de la Révélation habite la plus délabrée des demeures. Abandonne le monde. Vends les ornements somptueux que tu possèdes et utilise la somme ainsi recueillie dans le chemin de Dieu. Agis comme ton maître. A cette époque, en effet, le "représentant" du Christ était loin de marcher pieds nus sous les oliviers et de dormir n'importe où. C'était un véritable monarque possédant de Vastes territoire, des armées, de palais, une fortune.

Ce que le pape refusa de faire sur le conseils de Baha'u'llah se produisit quand même. Déjà forcé de s'enfuir avant de Rome, au milieu de la nuit, vêtu en simple prêtre, il fut cette fois-ci dépossédé de toutes ses richesses par le roi Victor-Emmanuel Ier. Et, ironie du sort, il se retrouva prisonnier d'un minuscule territoire, en 1870, l'année même où il se proclamait infaillible.

Au Vatican, sur la longue liste des papes, son nom est absent. Coïncidence?

La chute impressionnante de toutes le grandes dynastes de l'époque, les Bonaparte, les Romanov, les Habsbourg, les Hohenzollem, les Uthman, les Qajar, et la perte du pouvoir temporel des papes n'est-elle pas un signe, une réponse à cette prophétie du prisonnier qui leur écrivait:

Bientôt, l'ordre présent disparaîtra et un ordre nouveau verra le jour à sa place?

Ces souverains et chefs religieux si puissants qui tenaient la vie de leur peuple entre leurs mains, ayant fait la sourde oreille à son appel d'unité, de justice et de paix inspireront à Baha'u'llah ce verset: Le pouvoir a été retiré des rois et du clergé.

L'histoire a très vite évolué depuis ce temps, et personne ne peut nier aujourd'hui que la gloire des premiers a subi des éclipses et que le pouvoir des seconds s'est perdu sans espoir de retour (le vedettariat de Jean-Paul II ne peut faire illusion. Quant à l'Islam, ses présents soubresauts ressemblent plus aux convulsions d'un agonisant qu'au fameux réveil dont se regorge la presse. Les ayatollahs et autre chefs religieux en Iran, par exemple, se sont joué un mauvais tour en prenant le pouvoir. Leur mauvaise gestion 1es fait irrémédiablement condamner pour toujours). Par contre, la splendeur de Baha'u'llah est en train de conquérir petit à petit la planète.

Déjà, pendant son exil, Il déployait tant de noblesse et de dignité que même ceux qui régnaient sur la Palestine enviaient son influence. Les gouverneurs, les mué-rifs, les fonctionnaires sollicitaient humblement l'honneur d'être admis en sa présence!

Un jour, un général européen fut tellement impressionné par sa majesté qu'il en resta agenouillé sur le seuil de la porte. Le fils aîné de Baha'u'llah qui partagea son exil depuis le début écrit à ce sujet:

L'affectueuse vénération des amis, la considération et la déférence témoignées par les hauts fonctionnaires et les notables à son égard, le pot de pèlerins et de chercheurs de vérité, l'esprit de dévotion et de service qui se manifestait dans son entourage, l'efficacité de son commandement, le nombre de ses disciples dévoués, tout cela portait témoignage du fait que Baha'u'llah était, non un prisonnier, mais en réalité le Roi des rois.

Celui qui étudie sa vie ne but manquer d'être frappé par l'extraordinaire pouvoir qu'il avait. Une des preuves indéniables de son pouvoir exalté réside dans le fait qu'il était capable de transformer le plus redoutable geôlier ou ouvreau en son meilleur ami. Si bien que le cruel gouvernement ottoman se voyait contraint de changer régulièrement ces derniers et d'en envoyer de plus impitoyables qui animaient par devenir à leur tour les plus humbles servants de la Beauté Bénie (un des titres de Baha'u'llah).

Avoir de la sympathie mur des gens indifférents ou antagonistes n'est pas facile, mais aimer quelqu'un qui vient délibérément vous faire du mal, est-ce du ressort du simple humain?

A Bagdad, pendant son premier exil, les gens étaient déjà attirés malgré eux par Baha'u'llah avant même l'annonce de Sa mission. Les plus humbles qui pleurèrent amèrement lors de son départ, comme les érudits et les gouvernants qui venaient prendre concis auprès de lui.

Pendant deux ans, il s'était retiré complètement pour méditer dans les montagnes de Soulémaniyé (Kurdistan), vivant de peu et à l'écu. Malgré cela, la renommée de cet ermite arriva vite jusqu'à Bagdad. Sa vie d'une parfaite exemplarité, les faits historiques aussi troublants et probants qu'ils soient, ne peuvent toutefois confiner une preuve valable de l'audacieuse revendication de Baha'u'llah: celle d'être l'éducateur universel de l'ère moderne.

Seul, l'examen de son message peut compter.

"On reconnaît le bon arbre à ses fruits."


VIII - BAHA'I ?

Le message de la Foi baha'ie est la consolation de l'humanité
(GANDHI)

A la fin des temps, ils porteront "mon nom nouveau" et tous le même, alliance la Bible. Les adeptes de Christ comme ceux des autres religions se désignent par des consonances différentes suivant l'idiome: chrétiens, masihian, cristianos, issavi, khristen, nasard, hiristien, etc. Le mot bahá'i, lui, est un mot nouveau qui se prononce de façon identique dans toutes les langues.

Baha en arabe ou persan signifie splendeur ou gloire. I venant de. Baha'i veut dire littéralement servant de la Gloire. Ce terme est utilisé pour désigner la Foi elle-même ou une personne membre.

Voici un bref résumé des enseignements de la Foi baha'ie:

l ) L'unicité de Dieu: l'unité fondamentale de toutes les religions et l'unité de l'humanité constituent les principes de base.

2) Dieu est un, même si les hommes l'ont appelé par différents noms.

3) Dieu est inconnaissable dans son essence. Mais il fait connaître son Verbe et ses attributs en chaque période de l'histoire grâce à une série de messagers choisis.

4) le but de ces messagers est de guider l'humanité dans son évolution spirituelle et sociale, leur succession étant comparée aux différents éducateurs de l'enfant et leur message aux différents chapitres d'un livre. Ainsi la station de toutes les manifestations divines telles que Moïse, Bouddha, Christ, Mahomet et les autres est entièrement reconnue et l'autorité ainsi que la sainteté des textes sacrés comme la Bible ou le Coran admises.

5) Par conséquent, le but fondamental de toutes les religions est un; leur principale différence provient des besoins changeants de l'époque et des lieux divers où elles apparurent.

6) La réalité de l'homme est son âme. Elle est immortelle et survit à la mort physique. Le but de l'individu durant sa vie devrait être de développer les attributs et qualités spirituelles nécessaires à l'éternel progrès de son âme. Le paradis est ainsi interprété comme l'état de posséder ces qualités et l'enfer comme en étant dépourvu.

7) Le but social de l'humanité en cet âge est l'unification du monde. Cette unification sera la culmination de siècles d'évolution sociale de l'homme sur cette terre et, en même temps, le point de départ de développement et progrès futurs. Les écrits baha'is fournissent le plan des institutions qui permettront de réaliser cette unification. L'ordre administratif bahá'i actuel est la forme rudimentaire de quelques-unes de ces institutions. La communauté mondiale baha'ie peut donc être considérer comme la forme embryonnaire de la future civilisation mondiale.

8) L'unification du monde repose sur les principes sociaux suivants:

a) la condamnation de toutes formes de préjugés;
b) l'égalité des droits de l'homme et de la femme;
c) l'éducation universelle et obligatoire;
d) l'élimination de extrêmes de pauvreté et de richesse;
e) l'équilibre et l'harmonie entre science et religion;
f) l'adoption d'une langue et d'une triture auxiliaires internationaux, de même qu'un système universel de monnaie, poids et mesures, etc.;
g) l'institution d'un tribunal d'arbitrage international;
h) la sauvegarde de l'initiative et de la liberté personnelle ainsi que le droit de la propriété;
i) la loyauté et l'obéissance au gouvernement;
j) le désarmement;
k) la recherche personnelle et indépendante de la vérité.

L'établissement d'une paix permanente et universelle et de la justice sociale sont les buts suprêmes de cette foi naissante au niveau collectif. En œ qui confine l'individu voici quelques lois et ordonnances gouvernant la vie baha'ie:

1) Prière et méditation journalières.
2) Période de jeûne Annuelle (du 2 au 21 mars).
3) Monogamie.
4) Consentement des parents pour le mariage.
5) le divorce est fortement déconseillé, mais non interdit (procédure simple).
6) Prohibition de l'esclavage! de l'ascétisme? de la mendicité, de la vie monastique et de la pénitence (la pratique de la confession à un prêtre est formellement interdite).
7) Usage de l'alcool et des narcotiques interdit sauf dans un but médicale.
8) Prohibition des jeux d'argent.
9) Obligation d'avoir une occupation, métier, commerce ou art (l'oisiveté est condamnée).

Si la promotion du bien-être de l'humanité est la préoccupation primordiale des baha'is, il leur est interdit néanmoins de se mêler à la politique partisane, dite politicienne. En France, ils peuvent voter, mais ne s'allient à aucun parti politique.

Est bahá'i celui qui reconnaît en Baha'u'llah l'éducateur pour l'ère moderne et vit selon ses préceptes. Car un homme peut se targuer toute sa vie d'être un bahá'i, s'il ne mène pas la vraie vie, s'il n'œuvre pas pour la paix et la fraternité universelle, il n'est pas un bahá'i.

Celui qui ignore les messagers divins est comme une plante qui croit à l'ombre. Les grands prophètes sont les soleils de vérité et Bahá'u'lláh, le soleil de ce jour. Le bahá'i adore non pas la personnalité humaine de Bahá'u'lláh, mais la gloire de Dieu manifestée en elle.

0, Fils de l'esprit, ceci est mon premier conseil : aie le cœur pur, bienveillant, rayonnant afin de posséder une souveraineté ancienne, impérissable, éternelle.

Ni l'équivalent intellectuel à un credo, ni une rectitude extérieure de conduite ne sucrant toutefois à faire d'un homme un bahá'i. Cela demande une complète dévotion donnée de tout cour. 44 Si quelqu'un veut me suivre, qu'il renonce à lui-même, qu'il % charge de Sa croix et qu'il vienne p, disait le Christ, Car l'histoire montre clairement que chaque fois que 1% compromis se sont insinués et que la simple respectabilité s'est substituée à la consécration totale, la religion a dégénéré. La véritable religion ne peut pas être une suite de gestes dénués de sens.

Le jour viendra où les hommes seront mieux disposés à accepter la grande reddition que Dieu leur demande, parce qu'une longue et amère expérience les aura enfin amenés à reconnaître la folie de suivre leur propre chemin au lieu de s'engager dons la voie des préexistes divins. les prophètes ont toujours exhorté les homme à ouvrir les yeux et non à les fermer, à les servir de leur raison. Celui qui veut être un bahá'i doit rechercher la vérité avec intrépidité, de façon indépendante et personnelle. Mais il ne doit pas confier ses recherches au plan matériel seulement. Bahá'u'lláh recommande constamment aux hommes de prendre conscience des perfections qui sont latentes en eux et de s'efforcer de leur donner pleine expression. 11 distingue le vrai moi intérieur du moi extérieur limité, qui trop souvent n'est qu'une prison pour l'homme réel. Ses enseignements sont impérieux sur un point: s'abstenir de découvrir les imperfections d'autrui.

Mais nous ne buvons pas développa 1% apache de notre esprit si nous ne prions et ne méditons pas. Chantez ou récitez les versets de Dieu matin et soir, recommande Bahá'u'lláh dans son livre le plus saint, 1'Aqdas. Réciter des paroles entes comme un moulin mur impressionner ses coreligionnaire ou trouver le eut est dérisoire. Mieux vaut chanter un verset avec joie et sincérité que de parcourir avec négligence toutes les révélation de Dieu. Le but de la prière est de rafraîchir l'âme. Elle est primordiale. Ses effets sont puissants. Toutefois, les lois qui la régissent ne sont pas encore explicites. Notre civilisation mondiale en découvrira-t-elle le fonctionnement ?. Les lois du sixième sens, para, psi commencent à mobilier les chercheurs.

Toute action dédiée au bien de nos semblables, enseigne Bahá'u'lláh, est aussi une prière. Le travail accompli de tout cœur est un acte d'adoration.

La vie à laquelle Bahá'u'lláh convie ses adeptes est si noble qu'il n'existe rien, dans le vaste champ des possibilités humaines, de plus élevé et de plus beau auquel l'homme puisse aspirer. Voici comment il l'expliquait à l'un de ses fils:

Sois généreux dans la prospérité,
et dans l 'adversité ne cesse de rendre grâce.
Mérite la confiance de ton voisin,
et ne lui montre jamais qu'un visage amical et souriant.
Sois le trésor du pauvre,
admoneste le riche,
rebonds à la plainte du nécessiteux,
et garde la sainteté de tes promesses.
Sois équitable en ton jugement
et réservé dans tes paroles.
Ne sois injuste envers personne
et montre à tous une douceur parfaite.
Sois une lampe pour ceux qui marchent dans les ténèbres,
une consolation pour les affligés,
une mer pour ceux qui ont soif
un refuge pour ceux qui sont dans la détresse,
un soutien et un recenseur des victimes de l'oppression.
Que la droiture et l'intégrité marquent tous tes actes.
Sois un foyer pour l'étranger
un baume pour ceux qui soufrent,
une forteresse pour les fugitifs,
des yeux pour les aveugles,
un phare pour les égarés.
Sois une parure pour le visage de la vérité,
une couronne sur lieront de la fidélité,
un pilier du temple de la rectitude,
lin soude de vie pour le corps de 1 'humanité,
tin drapeau des armées de la justice,
un flambeau qui brille à l 'horizon de la vertu,
une rosée pour le sol desséché du cœur humain,
une arche dans I 'océan de la connaissance,
un soleil dans le ciel de la honte,
une gemme au diadème de la sagesse,
une lumière qui brille affirmaient de ta génération,
un fruit de I 'arbre de l 'humilité.


IX - UNE NOUVELLE TERRE

Il y aura un temps fixé par le destin où les hommes auront une seule et même vie, un langage et un gouvernement. (PLUTARQUE)

Plus que par leurs idées personnelles, les hommes sont guidés par les idées de leur temps. Comme M. Jourdain faisait de la prose sans s'en douter, nous baignons dans le mondialisme sans le savoir. Ce mondialisme qui peut paraître aux yeux des sceptiques une impossibilité, mais sans lequel, désormais, rien n'est possible.

Ce mondialisme que le professeur E G Browne entendit définir en 1890 d'une voix douce, pleine de courtoisie et de dignité par Bahá'u'lláh:

Que toutes les nations deviennent une dans la foi et que tous les hommes soient des frères; que les liens d'affection et d'unité entre les enfants des hommes soient fortifiés; que la diversité des religions cesse et que les différences de races soient annulées quel mal y a-t-il en cela ? Cela sera malgré tout... N'est-ce pas cela que le Christ a prédit? Cependant nous voyons les souverains et les chefs d'Etat gaspiller plus volontiers leurs trésors en moyens de destruction de la race humaine qu'en ce qui conduirait l'humanité au bonheur...Ces luttes ces massacres; ces discordes doivent cesser et tous les hommes doivent former une seule famille...Que l'homme ne se glorifie pas d'aimer son pays, mais plutôt d'aimer le genre humain.

L'humanité peut-elle tirer profit d'un tel message?

"Eprouvez tout et retenez ce qui est bon", disait saint-Paul. Il est effectivement curieux de noter le nombre de personnes qui rejettent toute idée sans en avoir pris connaissance.

Chacun connaît la tragique histoire de l'indépendance du Congo belge. Proclamée finalement à Léopoldville, la nouvelle mit du temps à gagner tous les recoins de cet immense pays de fleuves et de forêts. Si bien que les tribus situées vers le Burundi, ignorant le fait qu'elles avaient officiellement obtenu l'indépendance, accablaient de cris hostiles les derniers Blancs osant s'aventurer dans les parages:

- Dépendance, dépendance, dépendance... !

Ces Africains de la brousse qui peuvent porter à sourire étaient des sages sans le savoir. Car aujourd'hui, pour exister, une nation doit être dépendante. Toutes le sont déjà dans les faits. Le temps de l'autarcie est fini. Nous sommes entrés dans une ère nouvelle. L'humanité pour progresser, même si elle garde la nostalgie des soleils d'antan, doit s'éclairer à celui du jour, qui s'appelle mondialisme

Baha'u'llah, de son exil, en a développé les thèmes principaux. Les hommes appliquent inconsciemment une partie de ses principes. Les gouvernants parlent constamment d'économie mondiale, d'entraide Nord-Sud, d'entente Est-Ouest, de monnaie internationale ce que les écrits du Persan proposaient, il y a plus d'un siècle déjà. L'utopique d'alors devient nécessité.

De Gaulle, ce visionnaire de l'histoire, croyait être en avance en offrant la participation aux ouvriers alors que les écrits baha'is, à une époque où l'industrie n'avait pas encore atteint des proportions tentaculaires, disaient que, selon la loi divine, les employés ne devraient pas être rétribués seulement par un salaire. Ils devraient plutôt être associés dans toutes les entreprises. Les propriétaires de mines, d'usines, d'immeubles devraient partager leurs revenus avec leurs employés et accorder impartialement un certain pourcentage des bénéfices à leurs ouvriers. Bien avant la première chaîne de montage Ford, ils s'élevaient résolument contre le servage industriel. Les pays industrialisés se réunissent régulièrement au sujet des tarifs douaniers, de l'exploitation des ressources, de la circulation des biens, de la coopération technique, des problèmes monétaires, sans se rendre compte qu'ils ne font que chercher un plan pratique aux idées émises par Baha'u'llah depuis sa geôle.

Tous les gouvernements du monde jugent nécessaire d'envoyer les enfants à l'école. Danton affirmait qu'après le pain l'éducation est le premier besoin des peuples. Les connaissances sont comme des ailes pour l'être humain, ce sont les échelons pour son ascension. Chacun doit acquérir des connaissances. Lorsque Baha'u'llah le prescrivait, l'école n'était obligatoire dans aucun pays. La France attendit 1881 avec Jules Ferry pour réaliser ce principe. Le Persan parle non seulement d'instruction, mais aussi d'éducation obligatoire. Afin que les enfants ne deviennent pas seulement des puits de science mais aussi des sources de joie. Combien sont rares, en effet, ceux qui, des leurs plus jeunes années, ont appris à comprendre que le dévouement à l'humanité est le but le plus élevé de l'existence. Arithmétique, grammaire, géographie, langues, etc, entassées dans la mémoire, ont relativement peu d'effet pour conduire une existence noble et utile.

L'éducation doit être universelle. Pas de Charlemagne français en France et allemand en Allemagne!

L'esprit d'émancipation, les mouvements de libération de la femme se font sentir de plus en plus dans le monde. Mais les fameuses suffragettes n'attirèrent l'attention qu'un demi-siècle après que l'héroïne babie, Tahirih, ait retiré son voile en public à Badasht. Selon l'esprit de ce cycle, les femmes doivent progresser et remplir leur mission dans tous les domaines de la vie. L'un des principes sociaux auquel le prisonnier de Saint-Jean-d'Acre attachait le plus d'importance était précisément l'égalité entre les deux sexes. Et ceci dans un pays où le voile se porte encore aujourd'hui! Le désarmement, souci majeur des puissants de nos jours, constitue un des thèmes principaux de Baha'u'llah, qui prétend être venu pour éduquer les hommes afin de réaliser la Paix universelle.

"Prince de la Paix", se nomme-t-il, lui-même.

Les chrétiens attribuent ce titre au Christ Pourtant, ce dernier n'a-t-il pas dit: "Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l'épée. Une nation s'élèvera en mon nom contre une autre nation" (Matthieu.). C'est un fait que, depuis son avènement, les guerres n'ont pas cessé. Ce sujet du désarmement est très important. Il ne convient pas qu'un pays dépose les armes si les autres refusent de le faire. Un seul pays a supprimé l'armée: le Costa-Rica. Si Baha'u'llah conseille à ses adeptes d'adopter en tant qu'individus la non-résistance et le pardon envers l'ennemi, il enseigne que c'est un devoir pour une collectivité de se protéger de l'injustice et de l'oppression, et qu'aucune communauté ne peut permettre délibérément le pillage et le meurtre sur son territoire.

Par un accord général, tous les gouvernements du monde doivent désarmer simultanément jusqu'à ne plus garder que le minimum de forces nécessaires au maintien de l'ordre intérieur. Dans ce traité universel, ratifié par le genre humain dans sa totalité, les limites et frontières de chacune des nations devront être clairement indiquées, les principes fondamentaux des relations entre gouvernements définitivement consignés et tous les accords et obligations internationaux établis. L'armement de chaque Etat y sera strictement limité.

Baha'u'llah précise que la responsabilité de la défense n'incombe pas seulement à la nation attaquée, mais à toutes les autres. Ce qui aurait de, quoi décourager la plus belliqueuse des nations! Lorsqu'une Ligue des Nations suffisamment puissante sera établie, la guerre ne sera plus qu'un cauchemar du passé. L'idée a germé; voir depuis les essais d'arbitrage international du Tribunal de La Haye, la formation de la Société des Nations puis de l'ONU et des casques bleus, les premières tentatives de contrôle des armements avec les Salt I et 11, toutes choses inimaginables du temps de Baha'u'llah.

Woodrow Wilson, président des Etats-Unis, dont la propre fille était baha'ie, fut un des fondateurs les plus ardents de la Société des Nations après la Première Guerre mondiale. Ce que l'on sait moins, c'est que les "quatorze points" de sa proposition s'inspirent des écrits baha'is ainsi que les principes pour fonder les Nations Unies de l'un de ses successeurs, Franklin Roosevelt.

Que l'on regarde un thème d'actualité ou l'autre, il n'en existe point que le brillant prisonnier n'ait traité.

La langue internationale, par exemple, dont personne ne peut nier l'utilité, était une idée pour le moins farfelue au siècle précédent où l'on se déplaçait à dos de mule. Mais, aujourd'hui, qui peut en nier l'urgence?

Quand on sait, entre autres, que neuf mille des quelque quinze mille fonctionnaires du Marché Commun, plus de la moitié, se consacrent entièrement à des tâches de traduction dans les sept langues actuellement pratiquées à Strasbourg et à Bruxelles, et que le budget de cette armée de la babel communautaire s'élève à trente pour cent de celui de la Belgique

Peu de temps après la suggestion de Baha'u'llah, l'Allemand Schleyer créa le volapük (1880) et le Polonais Zamenhof l'espéranto (1887) (la fille de ce dernier, Lydia, devait d'ailleurs devenir une fervente adepte du Persan).

Celui-ci n'en a pas désigné une explicitement. Le rôle du prophète n'est pas de tout faire à la place des hommes, mais de leur indiquer les voies nouvelles, de leur faire prendre conscience de leur degré d'évolution. Baha'u'llah affirmait que le moyen le plus puissant pour parvenir à l'entente était l'établissement d'une langue auxiliaire universelle, soit par l'adoption d'une des langues existantes, soit par la création d'un langage nouveau, à enseigner à tous les enfants du globe. Reste aux hommes la tâche d'y parvenir. Et pas seulement d'une langue, mais aussi d'une écriture arabesques et idéogrammes, très jolis à contempler, laissent l'Européen perplexe. (Je me revois encore dans l'hôtel Métropol à Moscou, essayant de trouver une correspondance dans un chaix rédigé en cyrillique).

La Libye exige des passeports en arabe. Ce n'est que justice. Les Européens les exigent bien en caractères latins. Toutefois, si chacun insiste sur sa propre écriture, on transportera des bottins! (Le problème est mal posé d'ailleurs, car il faudra finir par jeter ces sacro-saints passeports à la poubelle).

Lorsque je commençais à étudier les écrits de Baha'u'llah, je le fis avec l'esprit critique, voltairien, propre au Français. Et je ne pus m'empêcher de penser "il n'a rien inventé" en lisant qu'il fallait se laver chaque jour à l'eau courante. Je changeais d'avis le jour où je trouvais dans un manuel de civilité du XVIIIe siècle le conseil suivant : "Prenez des bains avec précaution et jamais plus d'une fois par mois". Les Français de ce temps ne se lavaient presque jamais le corps entier et, en fait, ce beau maximum n'était jamais atteint!

Ils continuent à "mariner" dans le jus de leur baignoire! A l'époque de Baha'u'llah, on avait l'habitude de remplir le hammam le premier jour de la semaine et de ne le vider que le dernier! Le hammam est le bain public, si bien que les bains du vendredi devaient avoir des effluves de paradis.

Aujourd'hui encore, dans les Andes, on ne se lave pas pour se tenir au chaud. Il ne faut pas oublier que les lois sociales de l'Educateur sont toujours en avance sur leur temps et prescrites pour le monde entier. Si l'hygiène a fait récemment des progrès, c'est peut-être à cause d'elles.

Où le poète libanais Khalil Gibran dont le chef-d'oeuvre Le Prophète a ému le monde entier, a-t-il trouvé son inspiration? Sinon dans ses conversations avec les adeptes de Baha'u'llah. Il a d'ailleurs fait le portrait de son fils aîné que l'on peut voir dans le bâtiment des archives à Haïfa. Et Gandhi, l'apôtre de la non-violence? Sinon à cette même source.

A la lumière de ces faits, on pourrait plagier Montesquieu et déclarer: "Comment ne pas être persan?"

Le prisonnier de St-Jean-d'Acre, Baha'u'llah, explique que, en réalité, "les paroles les plus sages que prononcent les penseurs, l'enseignement le plus profond que les hommes puissent donner, les oeuvres des artistes les plus habiles, l'influence exercée par les gouvernants les plus puissants ne sont que des manifestations du pouvoir vivifiant qui émane de l'Esprit transcendant exprimé à travers les grands éducateurs universels"

Consciemment ou non, les hommes vivent sous de nouveaux cieux.

Une nouvelle terre est en préparation. Une nouvelle vigueur saisit l'humanité. Les hommes n'inventent rien. Ils captent seulement avec plus ou moins de netteté le faisceau "akashique" dont parlent les moines tibétains. Ce long faisceau lumineux où l'histoire serait déjà inscrite. Pour n'avoir pas su répondre à l'attente d'un âge nouveau, notre civilisation tombe dans le chaos. Les éducateurs universels du passé n'ont eu pour souci que la préparation de l'humanité à ce grand Jour. Petit à petit, ils ont expliqué aux hommes les règles de l'art de vivre. Adam leur a fait comprendre qu'il y a le bien et le mal, ce qu'ils ignoraient jusqu'alors. Il fut nommé le premier homme. C'est-à-dire qu'il fut le premier être à faire cette distinction. Il y avait bien sûr d'autres humains. Le second grand instructeur, Abraham, explique que cette création est une et n'a qu'un point de départ qu'il nomme Dieu. Leçon suivante: Moïse avec ses dix commandements, base des relations morales de toutes les sociétés du monde: "Tu ne tueras point, tu ne voleras point, etc."

Grande leçon suivante, le Christ avec le développement de la conscience individuelle (et l'introduction de l'amour dans les relations humaines). L'Etat est important, mais l'individu compte aussi: "Rendez à César ce qui est à César".

Avec Mahomet sont apparues les lois coraniques base de l'Etat-nation, l'étape précédant la nôtre.

Le stade de développement actuel est celui de l'unité du genre humain. Pivot de l'enseignement de Baha'u'llah. Certes, l'idée n'est pas nouvelle. Les grands éducateurs l'ont déposée dans les esprits depuis l'aube des temps. Mais aujourd'hui seulement, elle est applicable. Au temps du Christ, on ne connaissait ni l'Australie, ni l'Amérique. L'unité mondiale était prématurée et irréalisable. Baha'u'llah réexplique les notions du passé pour l'esprit adulte et rationnel de l'ère moderne. Son enseignement, la Foi baha'ie, n'est donc pas une nouvelle religion mais la religion renouvelée, le chapitre du jour.

Les chrétiens s'exclament: "Mais le Christ aussi à dit cela!" Les adeptes des religions existantes y retrouvent tous indéniablement l'esprit de leurs traditions. Personne n'envoie ses enfants directement à l'université. L'enfant débute en maternelle et, d'année en année, reçoit un enseignement adapté à son degré d'assimilation. Un seul enseignement, au fond, mais à travers différents professeurs. Chaque nouvelle leçon ne niant pas les précédentes, mais, au contraire, les élargissant, les développant. Le professeur d'université ne peut pas soutenir que celui de la maternelle n'a pas été valable. Il était nécessaire.

Ainsi, les grands éducateurs universels délivrent leur message GRADUELLEMENT, suivant le degré de compréhension de l'humanité du moment et ses besoins de l'époque. Il n'est qu'un seul enseignement spirituel, qu'une seule religion. Elle est révélée PROGRESSIVEMENT.

Le soleil qui revient périodiquement est toujours le même. Ce qui signifie que toutes les religions sont bonnes. Reconnaître que la religion de l'autre n'est qu'une facette différente de la sienne, une page indispensable du Grand Savoir, aide à se réconcilier et permet de faire un pas important vers l'unité.

Certains soutiennent que le prophète ne fait que cristalliser les idées de son temps. Alors, pourquoi les crucifier? Il n'est que d'étudier ce qu'ils préconisaient dans l'époque où ils vécurent pour se rendre compte que cela n'est pas vrai. Les idées nouvelles sont combattues. Dans le domaine scientifique, on note le même phénomène. Si Galilée avait maintenu que la terre était plate, il n'aurait certainement pas été menacé du gril. Les plus simples vérités ont toujours été contredites par les "spécialistes" eux-mêmes sous prétexte qu'elles contredisaient la "science". Si l'on regarde de près, on s'aperçoit que tous les progrès ont été réalisés contre le gré des hommes. Contre les découvertes les plus utiles se sont toujours dressés des arguments "scientifiques", ou, plus exactement, des arguments d'individus qui utilisaient leur notoriété de savants pour imposer leurs préjugés. Car, comme tous les hommes, les savants se libèrent difficilement de leurs craintes inconscientes, et toute nouveauté qui menace la sécurité psychologique éveille immédiatement une rèsistance aveugle. Il y a malheureusement confusion au sujet du message des éducateurs.

Je me souviens de cet Algérien dans les Aurès à qui je demandais pourquoi il ne mangeait pas de porc.

- Si je mange du cochon, je deviens cochon moi-même et je couche avec ma fille!

Voilà comment il interprétait l'interdiction de consommer du porc faite par Mahomet.

La science démontre aujourd'hui que la viande de porc est celle qui se décompose le plus vite à la grande chaleur. Mahomet, doté du savoir inné, ne pouvait expliquer aux Arabes de son temps le processus précis de la décomposition de la viande, entraînant la maladie et la mort. Il leur a sagement donné, à la place, une loi interdisant de manger du porc. Loi fort juste, qui sauva des milliers de vie. Mais, aujourd'hui, avec un réfrigérateur à La Mecque, on peut en manger sans danger.

Il ne faut pas confondre lois sociales et lois spirituelles. Le rôle des éducateurs est double: d'une part, ils expliquent les lois spirituelles, valables pour l'éternité, fondées sur l'Amour universel. C'est de celles-là dont parlait le Christ: "Mes paroles ne passeront pas". D'autre part, ils apportent des lois sociales qui, elles, ne sont prévues que pour un temps.

A l'arrivée d'un nouvel éducateur, ces dernières sont remplacées par d'autres plus appropriées à une humanité en perpétuelle mutation.

Le long récit de la Bible illustre bien le changement répété des lois sociales du peuple hébreu. Le Christ n'ayant pratiquement pas donné de lois sociales, les chrétiens discernent mal le double aspect de la révélation. Il abrogea toutefois certaines lois mosaïques: "Vous avez appris qu'il a été dit: oeil pour oeil, dent pour dent. Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant... Tendez l'autre joue!" (La société a le devoir de se protéger mais cette loi s'adressait à l'individu. Le Christ demandait de pardonner, cela n'impliquait pas de se laisser égorger par des tyrans.)

Au sujet de la loi "oeil pour oeil", l'histoire de mon amie Margot est un bel exemple pour comprendre la progressivité de la révélation.

Un jour, son enfant âgé de cinq ans jouait avec ses petits camarades dans le carré de sable typique des jardins québécois. Une petite fille lui envoya par mégarde une pelletée de sable dans l'oeil. Le gamin, de caractère plutôt irascible, sous le coup de la colère, remplit son seau de sable et, lui assénant un coup sur la tête, l'assomma! Margot, qui observait la scène de la fenêtre, me fit cette remarque:

- J'avais toujours tenu cette loi de Moïse pour rétrograde, mais là j'en compris la justesse. Un seau entier pour une pelletée de sable était moins juste qu'une pelletée pour une autre! La loi de Moïse était progressiste par rapport à celle de la jungle. Tout est relatif. Mais les hommes se sont attachés aux lois sociales, oubliant les lois spirituelles, alors qu'il eût été plus important de faire le contraire.

La révélation de Baha'u'llah se distingue en deux points importants par rapport aux précédentes.

Premièrement, elle a été écrite au lieu d'être parlée (en arabe et persan d'un style inégalé). Baha'u'llah a rédigé plusieurs textes de sa propre main, que l'on peut voir dans le bâtiment des archives à Haïfa.

Parfois, racontent des contemporains, le flot de la révélation était si puissant que plusieurs secrétaires courbés sur leur parchemin n'arrivaient pas à suivre le débit de ses paroles. La puissance était telle, d'ailleurs, que Baha'u'llah comme le Bab, était capable d'écrire l'équivalent d'un Coran entier en quelques heures! Ce Coran qui prit toute la vie de Mahomet pour être compilé.

Seul ce dernier livre peut se vanter d'être le plus fidèle des livres saints, car il a été rédigé du vivant de l'auteur. Les Evangiles n'ont été écrits qu'une cinquantaine d'années après le ministère du Christ. L'enseignement de Bouddha ne fut consigné sur parchemin que 2 siècles 1/2 après sa mort, sous l'impulsion du roi Ashoka. Les textes hindous (Les védas n'ont été écrits qu'à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe, sous l'influence des Européens), parsis, sabéens ont connu le même inconvénient. La Bible, elle-même, a été rédigée au cours de plusieurs siècles où l'optique des hommes s'est mêlée à l'inspiration des prophètes. Que reste-t-il d'authentique dans tous ces textes?

Pour éviter toute controverse, Baha'u'llah a signé ses écrits de son propre sceau.

Deuxièmement, la vérité a été révélée en clair. Nombre de querelles divisant les hommes viennent du fait que les textes sacrés précédents contenaient des paraboles et autres prophéties abstruses.

Un père de famille sensé expliquant à son enfant les questions sexuelles, par exemple, lui dira la vérité, mais d'abord d'une façon voilée, imagée. Il serait inopportun de vouloir tout expliquer d'un seul coup. Ce n'est qu'au début de l'âge adulte, que le père pourra lui révéler la vérité entière Ce qu'il lui avait dit précédemment n'était pas faux, c'était adapté à la compréhension de l'enfant.

De même, les éducateurs du passé ont dit la vérité, mais à travers des images, les fameuses paraboles. Dont le sens ne pourrait être explicité que par un autre éducateur en temps voulu, et non par l'imagination humaine. Un autre point à ne pas négliger est que les écrits sacrés proviennent tous de l'Orient, où hyperboles et richesses de langage sont courantes.

Avec Baha'u'llah, tout ceci a disparu. Non pas l'élévation et la majesté de langage, mais les paraboles et autres insinuations obscures. Il explique celles des textes précédents et enseigne "toutes choses" directement, de façon à satisfaire l'esprit cartésien et scientifique du jour. Sans toutefois perdre la dimension mystique. Voilà ce qui est nouveau.

Pour la première fois dans l'histoire de la révélation, les hommes sont traités en adultes.

Finies les notions enfantines du genre: "Fais ci, fais ça, sinon gâre au châtiment!"

Baha'u'llah demande de ne pas agir aveuglément. Finies les prophéties sibyllines. Le Bab marquait la fin de l'ère prophétique et le début de l'ère nouvelle. Celle de l'accomplissement, de la réalisation des promesses du passé. Du paradis promis. Le paradis commence ici-bas. Construire la nouvelle Terre, c'est la grande tâche qui attend les hommes et le but de la révolution babie. Aucune alchimie politique ne peut créer une société d'or avec des individus de p1omb. Le "paradis" viendra de l'entente entre tous les hommes, de leur coopération, de l'amour qu'ils se porteront, de la justice qu'ils appliqueront, en somme, de la mise en pratique de ces lois spirituelles révélées de temps immémoriaux et renouvelées par les prodigieux événements persans du siècle dernier.

Les maux de l'humanité proviennent du manque de développement spirituel des individus, de leur manque d'idéaux.

Il est impératif de se mettre à la tâche tout de suite. Certains croient que les solutions ne peuvent être apportées que par des spécialistes. Non, elles dépendent de chacun de nous, de notre effort, de notre bonne volonté, de notre dédication à la cause commune, de notre foi. Nous sommes tous responsables. D'autres attendent l'invasion d'extra-terrestres pour tout régler! On n'aurait plus qu'à obéir à leur savoir supranaturel et leurs institutions géniales. Qui apprécierait d'être commandé même pour cause édénique?

Certains savants pensent que le salut de notre espèce ne peut sortir que des laboratoires de biologie! Le cerveau de l'homme, souffrant d'une malformation d'origine, demanderait un correctif biologique. C'est le vieux rêve de "l'élixir vitae"

La vérité me semble plus prosaïque: sans effort personnel, pas de paradis!

Cet effort exigera de se débarrasser d'abord des préjugés de races, de classes, de couleurs, de croyances, de nationalités, de formation si l'on veut que les gens de caractère "loup" et ceux de caractère "agneau" finissent par cohabiter pacifiquement. Si l'on veut transformer les épées en socs de charrues, selon l'image du prophète Isaïe. Tenter de redresser les branches noueuses d'un arbre mûr est vain. Mieux vaut l'aider à pousser droit. Une société nouvelle ne pourra se faire qu'avec des hommes nouveaux, c'est-à-dire, aujourd'hui, ceux pénétrés d'un esprit universel: les mondialistes.

Les sectaires sont l'ivraie de l'humanité. Promulguer de belles et justes lois n'est pas suffisant "Personne ne verse du vin nouveau dans de vieilles outres". Aux Etats-Unis, par exemple, Noirs et Blancs sont égaux dans les textes mais pas dans la réalité, car le racisme subsiste (Par ailleurs, un assemblage de sages ne peut constituer une société viable sans lois.)

On ne construit pas une pyramide à partir du sommet. De même, la société doit être bâtie en commençant par la base: l'individu. Si personne ne change pour devenir un être nouveau, une pierre nouvelle, comment pourra-t-on élever un édifice solide?

Depuis plus de cent ans, les révolutions se sont succédées. Cela continue Mais que révolutionne-t-on, puisqu'il faut toujours recommencer?

La vraie, la seule restant à faire, est celle des coeurs et des esprits: sa révolution personnelle.

La majorité des gens est unanime à affirmer que, pour changer la société, il faut changer les individus (quoique beaucoup trouvent plus commode d'essayer de transformer le voisin qu'eux-mêmes !)

Ceci amène la question primordiale: comment l'homme peut-il transcender sa nature ?

La plus grande des révolutions est la révélation. Elle a toujours mis en marche des forces nouvelles, des idéaux plus avancés et un esprit de sacrifice permettant aux hommes de franchir l'étape suivante.

A la différence de ce que l'on appelle habituellement "révolution", au début, elle n'est pas bruyante. Contrairement aux slogans des révolutionnaires, le message des éducateurs, délivré sans violence ni excès, prend de plus en plus de poids après la disparition de leur auteur. Force est de constater qu'à chaque révélation d'un message universel, les hommes ont acquis des qualités plus pures et ont été motivés jusqu'à l'ultime sacrifice. Les révolutions ordinaires ont aussi leurs martyrs. Mais il y a une différence. Le martyr de la révolution est victime de la malchance. Lumumba ou Che Guevarra, malgré leur abnégation, préféreraient certainement être encore en vie. Tandis que le martyr de la révélation accepte avec joie, ou même cherche, ce service d'honneur suprême qu'est l'offrande de sa vie pour son bien-aimé, le prophète.

Les sombres histoires de martyrs se laissant dévorer par les lions peuvent paraître aberrantes. Je n'avais pas compris l'acte du martyr avant d'avoir étudié les témoignages sur les événements babis. Alors que le torturé ou le martyrisé d'une révolution hurle sa haine, le martyr religieux laisse éclater son amour dans la douleur. Sa vision du monde étant soudainement transformée, il accepté de verser son sang pour être la sève du nouvel arbre de vérité.

C'est au nom du grand message d'Amour que les hommes se sont montrés le plus sublimes, ont accompli 1es plus grandes prouesses.

Ce qui distingue le message révèle, c'est qu'il permet aux hommes de trouver le courage nécessaire pour se transcender. Ce message est porteur d'un pouvoir mystérieux que n'explique pas facilement notre raisonnement.

Ne croyez pas, écrit Baha'u'llah, que nous avons révélé un simple code de lois Non, c'est plutôt le vin choisi que, des doigts de la Puissance et du Pouvoir, nous avons décacheté pour vous.

La révolution mobilise les hommes, la révélation les exalte.

Elle transforme le puceron en aigle! La vie des grands saints le prouve, et j'ai pu en constater les effets dans le monde entier chez les adeptes de Baha'u'llah, les baha'is. Ce sont des êtres fortifiés, prêts à se sacrifier. La révolution, elle, pousse plutôt à sacrifier les autres.

Dans son essai L'Utopie ou la Mort, René Dumont sent la nécessité de l'homme nouveau et d'une société sans mépris: "Il serait cependant utopique de penser qu'une telle société pourrait se passer de règles, de disciplines, de pouvoirs, d'institutions."

L'homme, de par sa nature, a besoin d'être guidé. Vérité honnie. "Fini les guides", j'entends dire, "on a vu ce que cela a donné avec Hitler."

Suivre un loup n'est pas signe d'intelligence. L'homme agit différemment selon qu'il oriente le miroir de son âme, de son entendement, de son intelligence vers les réalités célestes ou l'obscurité matérielle.

Le philosophe indien Krishnamurti, avocat de la suppression de tout guide, est lui-même entouré de fidèles par milliers!

Le comportement dépend de l'éducation et des acquisitions et non de quelques flashes instantanés de supersavoir. Sinon, pourquoi l'éducation, l'instruction, la morale? Devrait-on plutôt abandonner les enfants jusqu'à ce qu'ils soient illuminés? Cela n'a jamais été.

Tout ceci n'implique nullement que l'homme doive singer bêtement. Mais il n'a pas d'autre façon pour se développer que de s'inspirer des grands éducateurs universels. Ces initiés que l'humanité ne peut saisir dans leur essence, qui ont un corps humain et ont mené une vie terrestre, mais dont la profonde réalité le dépasse et qui ont prouvé, à chaque fois, la justesse de leur vision.

L'homme est une créature dépendante. Même s'il domine la terre, il fait partie de la création, et sa vie ne peut être harmonieuse que dans la mesure où il se conforme aux lois cosmiques. Lois dévoilées par les grands initiés.

Le titre de gloire dont se vantaient les premiers disciples de Mahomet, m'avait choqué: "être l'esclave de Dieu." (musulman veut dire: résigné à la volonté de Dieu). Mon sang de Français, d'héritier de Vercingétorix et de descendant de la révolution de 1789 ne fit qu'un tour. Je ne suis l'esclave de personne!

L'Occidental, fils de la mythologie grecque où les hommes se battaient directement contre les dieux (il est vrai que ceux-ci ne se gênaient pas pour engrosser leurs femmes!), manque de la plus élémentaire notion de révérence (mot pris dans l'ancien sens de respect).

Moi, esclave jamais. Etre l'esclave de Dieu, de l'infini, de l'illimité, n'est-ce pas cela, au fond, être libre?

Etre libre signifie libérer son potentiel de vertus, de qualités humaines. Existe-t-il pour cela de meilleure manière que d'absorber "le corps", c'est-à-dire l'essence de l'enseignement révélé et de l'assimiler afin qu'il fortifie pour agir. C'est ce que voulait dire le Christ lorsqu'en montrant le pain comme symbole à ses apôtres, il ajouta: "De même que vous mangez ce pain pour qu'il vous nourrisse, mangez mon corps (le corps de mon enseignement) pour qu'il vous profite". La cène n'avait pas pour but d'instituer la théophagie!

Enfant, nous avons besoin d'une méthode pour apprendre à lire. Elle peut être ressentie, au début, comme une contrainte. Mais son vrai but est de former à la lecture et de donner ainsi accès aux textes, au savoir humain. Cette méthode rend-elle esclave?

La révélation est une méthode qui peut sembler contraignante au début, mais sans laquelle nous ne pouvons avoir accès à un monde supérieur. La méthode étant assimilée, on devient libre. Sans elle, on reste esclave. En France, pendant la révolution de 1789, les églises furent saccagées et le clergé, dont les abus étaient évidents, vilipendé. Institutions et lois spirituelles furent confondues. On a voulu supprimer d'un seul coup curie romaine et évangile. Un peu comme lorsqu'un transistor ne fonctionne plus, on le jette au lieu de changer ses piles! La révolution voulait déraciner Dieu. Pourtant, il a été jugé opportun de maintenir des cours de morale.

Mais où se trouve la source de la morale?

La révolution chercha des ersatz à la religion: le culte de la raison, de l'Etre suprême, puis, plus tard, les évangiles socialistes des Proudhon, Blanqui, Fourier. Pourquoi se contenter d'un succédané de religion?

De même que la bougie ne peut s'allumer seule, le cœur de l'homme pour donner sa lumière et sa chaleur ne peut s'allumer sans la flamme de la sagesse divine, brillante dans chaque messager.

Comment bâtir une société nouvelle de justice et de paix? Comment fait-on construire une maison neuve? Il faut obtenir un permis, en faire dresser le plan et réunir les matériaux de construction. L'évolution de l'humanité rend imminent le besoin d'établir la civilisation mondiale. Aucun brouillon, aucune esquisse jusqu'à présent, n'ont abouti à un plan cohérent pour réaliser le mondialisme. Il est devenu évident que les hommes sont impuissants à établir l'ordre sur terre. Seul, l'architecte "divin" peut tracer le plan miracle.

Un plan parfait dressé par le prisonnier de Saint-Jean-d'Acre dort, pour l'instant, dans les tiroirs de l'histoire. Plan distinguant cette révélation des précédentes et des révolutions contemporaines qui, loin d'avoir une vision globale, dressent individus et nations les uns contre 1es autres. Nous sommes à l'époque du rassemblement des matériaux nouveaux, de ces êtres à l'esprit universel désirant la paix. Un nouveau type d'homme se lève. Partout Ceci est mon témoignage La communauté internationale baha'ie se développe silencieusement, sans relâche. Des îles Futuna (9 % de la population) à l'Alaska (1 %), de la Bolivie (1 %) à l'Inde (1 million d'adeptes). Dans quelque 363 pays et dépendances (Statistiques début 1984) (dont 173 nations souveraines), plus de 112 000 communautés regroupant des hommes et des femmes de toutes nationalités, races, classes, professions, lettrés ou analphabètes, riches comme pauvres et comprenant la majorité des tribus connues dans le monde, forment les premières pousses de la "nouvelle terre"


X - SCIENCE ET RELIGION

Toute religion en contradiction avec la science n'est pas la vérité.
(ABDU'L.BAHA.)

En 1912, aux Etats-Unis, un noble oriental à barbe blanche, coiffé d'un turban magnifique, faisait les gros titres de la presse. Sa profonde sagesse attirait des foules avides ainsi que des personnalités marquantes. En ces années-là, la science triomphait, et l'on pensait généralement qu'elle allait enfin permettre de trouver toutes les solutions aux problèmes et maux de l'humanité.

Un des savants de l'époque fit remarquer a ce sage que la science, avec les progrès qu'elle faisait, allait suffire a l'humanité et que la religion était devenue inutile

- Bien, supposons que je vous donne de l'eau de mer, lui demanda aimablement l'Oriental, pouvez-vous me dire ce que c'est?

- Rien de plus simple ; je porte cette eau en laboratoire, je l'analyse et, d'après sa composition, je vous dis: c'est de l'eau de mer, réplique avec assurance le savant.

- Très bien ; si maintenant je vous donne des larmes, pouvez-vous me dire ce que c'est?

- Pas plus difficile; j'emmène ces larmes au laboratoire pour les analyser et, d'après la composition, je vous dis: ce sont des larmes, triomphe le savant.

- D'accord. Et si je vous demande si ce sont des larmes de peine ou des larmes de joie, pouvez-vous me le dire?

- non, cela m'est impossible !

- Voila où commence la religion, fit observer l'Oriental.

Abdu'l-Bahá, troisième personnage-clé de l'histoire baha'ie, qui n'était autre que le fils aîné de Baha'u'llah. Né le 23 mai 1844, le premier jour de la révélation babie, il fut désigné par son père comme successeur et interprète de ses écrits. Il ne le quitta jamais et subit les mêmes privations et persécutions. Son enfance et son adolescence s'écoulèrent dans les affres d'une misère et d'une affliction continuelles. Il avait neuf ans lors du premier exil a Bagdad. A vingt-quatre ans, les portes de la prison de Saint-Jean-d'Acre se refermèrent sur lui. Elles ne s'ouvrirent définitivement que quarante ans plus tard, grâce a la révolution des jeunes Turcs de 1908. L'emprisonnement avait été encore plus long pour lui que pour son père. A sa libération, a l'âge de soixante-quatre ans, il était très malade et affaibli. Il entreprit pourtant, dans un effort surhumain, la tâche de porter en Occident le message de paix et d'amour pour lequel le Bab avait été exécuté, et pour lequel son père et lui-même avaient vécu une vie de martyr.

Cet "apôtre des temps modernes" visita en trois ans et demi l'Angleterre, la France, l'Autriche, la Hongrie, l'Allemagne, les Etats-Unis, le Canada et l'Egypte. Il effectua trois longs séjours a Paris en 1911 et 1913. Pour aller a New York, il refusa de s'embarquer sur le Titanic, le dernier triomphe de la science occidentale! (Il préféra le Cédric)

"Un singulier mélange d'humilité et de majesté, de douceur et d'énergie, se dégageait de ses moindres paroles et de ses gestes les plus insignifiants", raconte un témoin oculaire. "Ceux qui ont entendu sa voix ne l'oublieront jamais." (Au Kenya, j'ai été impressionné par le "rayonnement" d'une personne ayant connu Abdu'l-Bahá. "En sa présence, tous les soucis s'évanouissaient", m'a-t-elle confié)

Huit mois après son retour en Terre sainte, la guerre qu'il avait prédite si catégoriquement éclatait, en août 1914. Les Turcs menacèrent de le crucifier a Haïfa. En 1920, il fut fait chevalier de l'Empire britannique pour son travail humanitaire pendant la guerre. Sa mort survint le 28 novembre 1921, après vingt-neuf ans de ministère personnel pendant lequel il travailla jour et nuit, écrivit des milliers de tablettes, entretint une correspondance énorme avec divers pays, reçût quantité de visiteurs et poursuivit des activités charitables. Le câble de condoléances envoyé au nom du gouvernement britannique, qui administrait la Palestine, fut signé par un jeune secrétaire aux colonies, Wiston Churchill. Abdu'l-Bahá repose désormais dans le mausolée du Bab sur le Mont Carmel.

Dans un précieux recueil intitulé Les Causeries d'Abdu'l-Baha à Paris, il explique que la science et la religion ne doivent pas se combattre, mais s'accorder. Certains, au nom de la religion, acceptent n'importe quel conte de fée! Etonnant à l'ère moderne où la pensée ne peut plus se contenter d'affirmations sans preuves. Comment le coeur peut-il accepter ce que la raison refuse?

Les hommes identifient la religion a un rite cultuel, c'est-à-dire un ensemble codifié de gestes et de pratiques fortement chargés de symbolismes et accomplis dans le but de rendre hommage a un Etre transcendant ou d'en obtenir les faveurs.

Ils ont tendance a en oublier l'essentiel: le message d'amour (Toute religion qui n est pas une cause d'amour n'est pas une religion) Fondement de la révélation. La reconnaissance par l'homme d'un pouvoir ou d'un principe supérieur de qui dépend sa destinée et a qui obéissance et respect sont dus est-elle contraire aux lois de la science?

La vanité de notre comportement quotidien fait que nous ne plaçons notre confiance que dans le domaine du visible(Et encore: en Angleterre existe un "Club de la terre plate" regroupant des sceptiques qui traitent les photos des satellites montrant sa rotondité de faux !) ; pourtant, la civilisation de l'invisible est déjà dans les faits. Après plus d'une génération d'audiovisuel, les Occidentaux commencent seulement à en prendre conscience. Beaucoup se disent athées; mais ce sont souvent les pratiques de l'église qu'ils réfutent plutôt que l'Omniscient. Je suis témoin, ô mon Dieu, que Tu m'as créé pour Te connaître et T'aimer, est la substance de la religion. L'homme se définit par rapport à Dieu en disant "je crois" ou "je ne crois pas". Ceux qui, au nom de la science, "ne croient pas" sont démodés. C'était admissible au début du siècle, où l'on pensait que la science allait tout solutionner. Les plus grands savants admettent aujourd'hui que, dans leurs recherches, un point recule sans cesse, qu'ils ne pourront jamais atteindre. Tout comme l'animal ne peut comprendre le raisonnement de l'homme, celui-ci ne peut saisir l'au-delà. Son esprit fini et limité ne peut concevoir l'infini et l'illimité.

Le contenu ne peut englober le contenant. L'essence de Dieu est cachée pour toujours aux yeux des hommes. (Jamais oeil mortel ne reconnaîtra la Beauté éternelle)

Toutefois, force est de constater que le cosmos est géré par des lois qui n'ont pas été mises au point par l'homme. De nombreux prix Nobel avouent eux-mêmes qu'il existe une prodigieuse Volonté intelligible.

La grande découverte scientifique de ces dernières années à laquelle aboutissait déjà Einstein, puis, à la fin de sa vie, Oppenheimer, est que l'homme n'est pas seul. Il doit compter avec une Force spirituelle toute-puissante qui a ses règles d'action, ses desseins. Les savants actuels les plus prestigieux découvrent que le scientisme a fait fausse route, que notre univers est pensé. "Ils voient Dieu dans le télescope géant de Palomar", titrait un grand magazine pour présenter la fameuse thèse de La gnose de Princeton . "Coup de théâtre silencieux au sein de l'élite intellectuelle américaine: des centaines de savants affirment qu'une Force supérieure gouverne sûrement le monde". Ce que les prophètes de jadis ont toujours affirmé.

Il semble que Nietzsche ait enterré Dieu un peu trop vite! "A Princeton, au Mont Palomar", explique Raymond Ruyer, l'auteur de la thèse, un Français né en 1902, ancien normalien, agrégé de philosophie, "vous respirez l'atmosphère très particulière de communautés scientifiques qui ont quelque chose d'une lamaserie tibétaine parce qu'elles se sentent sur le toit du monde". Ces grands initiés de l'ère mathématique ne peuvent s'expliquer la matière sans le recours à l'hypothèse de l'esprit. Pour eux, tout le mouvement de la vie sur terre se développe selon des lois et des mécanismes d'une finesse et d'une intelligence tellement prodigieuse qu'ils ne sauraient être le fruit du hasard. Quelle erreur grossière de notre siècle d'avoir voulu considérer que science et religion sont incompatibles. Ce sont, en réalité, des forces complémentaires sans lesquelles la double réalité humaine, physique et spirituelle, ne peut se développer.

Si une religion n'est pas en accord avec la science, rejetez-la, car c'est de l'ignorance.

Ali, le gendre vénéré de Mahomet, disait déjà: "Ce qui est conforme à la science est également conforme à la religion."

Il ne faut pas oublier que, à partir du Ve siècle, l'église chrétienne était devenue le centre du savoir dans le monde barbare C'est dans les monastères que l'on apprenait à lire, à calculer, que l'on écrivait et étudiait les textes. C'est seulement plus tard que l'église, se sclérosant dans ses dogmes et cérémonies, se mit à combattre le savoir, qu'elle persécuta Galilée et Darwin. Au milieu du XVIIIe siècle, elle condamnait encore les pasteurs protestants à la potence ou à la roue, et leurs fidèles aux galères. Son conformisme retardataire est notoire depuis lors. A son apogée, l'Islam favorisait le développement des sciences, de la littérature, de l'astronomie, des mathématiques. Les premières universités virent le jour. Il était loin de l'obscurantisme présent.

Si, aujourd'hui les religions sont dépassées par les découvertes de la science, ce ne fut pas toujours le cas. Le Coran, par exemple, qui intime d'aller chercher la science "même en Chine", au VIIe siècle, était en avance sur elle. Il contredisait les idées de ptolémée, admises comme justes à l'époque, affirmant que le soleil tournait autour de la terre.

"Et le soleil aussi poursuit sa carrière dans un point fixe"; "il n'est point donné au soleil d'atteindre la lune; tous ces astres se meuvent séparément", dit la sourate 36.

Cette explication révolutionnaire du système solaire ne fut admise que huit siècles plus tard par Copernic et Galilée!

Le message des grands éducateurs ne contredit jamais la science (Il lui ouvre même parfois de nouvelles voies). Ceux qui la contredisent sont les hommes, qui se l'approprient et font passer leur ignorance pour de la religion. En Ethiopie, les prêtres coptes font encore croire à leurs fidèles que la terre est plate! L'erreur ne peut être imputée aux évangiles, muets à ce sujet. Ce n'est pas la science et la religion qui sont en désaccord, mais plutôt théologiens et savants qui se disputent!

Toute religion contraire à la raison n'est pas une religion, mais simplement un tissu de traditions. Une vérité ne peut contredire l'autre. Science et religion sont comme les ailes d'un oiseau. Pour voler, l'oiseau a besoin des deux, de même l'humanité ne peut voler avec une seule aile, si elle tente de voler avec la seule aile de la religion, elle atterrit dans le bourbier de la superstition. Si elle essaye de voler seulement avec l'aile de la science, elle aboutit à la fondrière désolée du matérialisme.

Une grande part de la discorde et de la désunion qui règnent dans le monde, disait Abdu'l-Bahá à Paris, provient de ces oppositions et de ces contradictions forgées par les hommes. Si la religion était en accord avec la science et si toutes deux progressaient côte à côte, cela mettrait fin à bien des haines et des animosités qui, actuellement, plongent la race humaine dans la détresse. Il est indéniable que nous sommes entrés dans un âge de progrès matériel, que l'intelligence de l'homme s'est développée, pourtant on continue chaque jour à verser le sang. La guerre est plus meurtrière que jamais. Ceci prouve bien que le progrès matériel seul ne peut élever l'homme. La science n'est que la découverte de lois objectives des phénomènes et leurs explications. Elle peut se nommer différemment selon que ces découvertes portent sur la nature, la société ou la pensée. Mais elle reste une pure constatation de faits. Rien de plus. Une constatation s'adressant à l'intellect. La science ne peut être le seul moteur du développement du bonheur des hommes et des nations, car elle ne s'applique qu'à la réalité physique.

Sans spiritualité, les hommes errent et deviennent moroses. Loin d'être un opium, la religion (dans son essence) est l'instrument capital de l'établissement de l'harmonie dans le monde et de la paix sur les peuples.

Dernièrement, on a découvert l'extraordinaire puissance de l'atome. Pure constatation Tout dépend, encore une fois, de ce qu'en fera l'homme. S'il est développé spirituellement, c'est-à-dire possesseur de hautes valeurs morales, il s'en servira à des fins utiles, sinon il court à la catastrophe. La science constate, la religion motive. Le but de la vraie religion n'est rien d'autre que le progrès de l'humanité. Elle le rend possible en créant un sens d'obéissance à un Pouvoir supérieur, fournissant par-là le lien transcendant de l'unité humaine. En liant les hommes, elle les libère de leurs luttes intestines et leur donne la possibilité de s'accomplir (Le mot religion vient du latin religare : lier, unir).

Pourquoi, donc, savants et techniciens, qui ont tout perfectionné, n'ont-ils pas su perfectionner l'homme? Avant la révolution de 1789, la religion voulait étouffer la voix de la science. Depuis, nous assistons au contraire, ce qui ne rend pas l'humanité plus heureuse, car l'homme n'est toujours pas considéré dans sa totalité. En professant de façon dogmatique aux gens que l'on voulait arracher aux prêtres que la religion n'était qu'un opium, nos grands pédagogues républicains des années 1880 apparaissent comme de mauvais bergers.

Le drame de notre société est de vouloir voler avec la seule aile de la science. Le bonheur se trouve dans l'équilibre entre le spirituel et le matériel. La bonne marche de la société en dépend également. Il est inutile de parler de valeurs spirituelles a un affamé. Il faut d'abord le nourrir. Mais pour nourrir le monde, de meilleures techniques ne suffiront pas. Il faudra d'abord utiliser des principes moraux pour éliminer accaparement et gaspillage.

L'homme affaibli par manque de nourriture ne possède pas toutes ses capacités et ne peut servir l'humanité. Mais l'homme repu sait que cela ne suffit pas a son bonheur. L'homme qui ne médite pas ne se distingue pas de l'animal.

Certains confondent vivre spirituellement avec un visage grave, ou s'isoler dans un monastère, ou encore, en d'autres lieux, s'asseoir en tailleur sur une planche a clous. Baha'u'llah explique que le développement spirituel se vérifie dans le degré de service rendu a l'humanité. Si la religion ne permet pas a l'individu de s'épanouir et de bien gérer la société, elle manque son but (Le sentiment d'étroitesse parfois donné par les religions du passé n'est pas faux. Elles sont comme 1es rivières coulant enserrées dans leurs rives jusqu'à l'océan L'ampleur des écrits persans élimine désormais cette impression de restriction).

D'autres se découragent, en pensant que, de toute façon, il n'y a rien a faire puisque l'homme est "mauvais".

L'homme a été créé "bon", explique Baha'u'llah, mais seulement a l'état potentiel. Son but sur terre n'est-il pas de développer son potentiel de vertus et de qualités, de s'épanouir? (Grâce a sa libre volonté).

L'homme "méchant" ou "mauvais" est celui qui ne développe pas ses qualités. Comprendre que l'homme est potentiellement bon, ne donne-t-il pas un espoir de plus pour changer le monde?

Dieu s'incarne-t-il dans son "envoyé"? Le peintre entre-t-il dans sa toile? Néanmoins, celle-ci en reflète le style. Le peintre ne peut entrer dans son tableau ni le tableau comprendre son peintre. La relation est la même entre le Créateur et sa. Créature. Nous sommes "créés a l'image de Dieu", nous en reflétons le style, mais il ne nous est pas donné de connaître notre "peintre". Directement, j'entends, car nous sommes une émanation. La seule façon de connaître Dieu est de se tourner vers son envoyé, dont la perfection humaine n'est que le reflet des qualités divines.

Ces envoyés peuvent être comparés a des miroirs purs. Supposons que Dieu soit le soleil. Si l'on regarde dans un miroir orienté vers lui, on le voit, et l'on peut dire, a juste titre, que c'est le soleil. Mais celui-ci n'est pas descendu dans le miroir. Ce qu'on voit, en réalité, n'en est que le reflet. Le soleil est toujours là-haut. De même, Dieu ne "descend" pas dans ses prophètes. Ce que l'on voit en eux est le reflet et non l'essence de Dieu. Si Louis Puiseux, dans son traité Energie et le désarroi postindustriel, constate que, pour assurer une bonne récolte, mieux vaut désormais consulter l'ingénieur agronome que le Bon Dieu ou saint Médard, il n'en reste pas moins vrai que, pour survivre, une civilisation a besoin d'une âme, une religion qui entraîne tout un peuple vers un même idéal. Il faut un idéal pour maintenir la cohésion de la société, lui donner une direction et pour assurer la paix. Les hommes de la Constituante l'avaient senti instinctivement. Napoléon Ier constatât que nulle société ne peut exister sans religion. Il ajoutait: "Il n'y a pas de morale sans religion et il n'y a donc que la religion qui donne à l'Etat un appui ferme et durable". (Hélas, il s'en servait à des fins personnelles).

Leprince-Ringuet note que "la réaction actuelle contre la science est, en fait, un cri d'angoisse contre l'excès de rationalisme qui nous emprisonne".

Dans Le Choc du Futur, Alvin Toffler avoue que "même si la science a sapé l'emprise dormitive des religions, nous assistons à un regain tapageur du mysticisme". La vérité est que, dans notre monde de transition, spirituel et matériel cherchent leur équilibre. Au cours de l'histoire, on a vu ces deux forces porter l'humanité en avant sans grande coordination. En s'opposant même! Il a fallu, dans la Rome matérialise, le souffle du christianisme pour redonner un élan; il a fallu le découvertes de la Renaissance pour sortir l'Europe de son coma religieux.

Chaque fois, l'ignorance et le fanatise, d'un côté ou de l'autre, ont amené des persécutions. N'est-il pas enfin temps que 1es deux archets se, accordent? Les savants, en découvrant le lois de la nature, finissent par s'incliner devant sa perfection et s'avouer impuissants devant ce qu'est le "souffle de la vie", l'Esprit. Il est permis à l'homme de faire le découvertes scientifiques, mais pas de trouver les vérités religieuses par lui-même. Elles lui sont imparties uniquement par des êtres choisis, ces être d'exception que sont les grands éducateurs universels.

L'humanité ne souffre pas du manque d'idées, mais plutôt du manque d'idéal. Le matérialisme est le mode de vie le plus fatigant au monde.

Une religion "moderne" est impérative pour redonner une direction à l'homme. Une religion qui, sans perdre son souffle mystique, soit en accord avec la science, qui satisfasse le côté émotionnel de l'homme tout autant que sa. raison, lui offre sa vraie liberté et lui fasse comprendre sa place dans l'univers.

Religion (la connaissance irrationnelle) et science (la connaissance rationnelle) ne sont que le deux facettes d'une même réalité. Lorsqu'elle se rejoindront, l'unité pourra être établie définitivement.


XI - LE CANCER, MALADIE DU SIÈCLE

Comme elle sont affreuses ces HLM. et laides ces grande surfaces qui, telle la multiplication désordonnée des cellule malignes du cancer, prolifèrent et détruisent villes et paysage!

Le cancer, division cellulaire anarchique où aucune régularité de rapport n'existe plus, est la maladie du siècle. Il en est une forme encore plus hideuse qui ronge le coeur des homme, appelé racisme et nationalisme par Shoghi Effendi: "Sur le autels de ce fausses divinités (La troisième citée est le communisme: voir chapitre suivant), les gouvernements et le peuple, qu'ils soient démocratiques ou totalitaire, en paix ou en guerre, de l'Orient ou de l'Occident, chrétiens ou musulmans, portent leurs adorations de manière diverses et à des degrés différents. Leurs grands prêtres sont le politiciens et les habiles de ce monde, les soi-disant sages du siècle; leur sacrifice: la chair et le sang des multitudes égorgées; leurs incantations: des doctrines périmées et des formules insidieuses et irrévérencieuses; leur encens: la fumée de l'angoisse qui monte du coeur déchiré des affligés, de mutilés, des sans-logis".

Arrière-petit-fils de Baha'u'llah, quatrième et dernier personnage-clé de l'histoire baha'ie, désigné comme "gardien" de la Cause nouvelle, il réussit à jeter les bases du nouvel ordre administratif mondial contenu dans les écrits avant de mourir à Londres en novembre 1957

Un jour, on frappe à ma porte L'ouvrant, j'aperçus à trois pas, humblement courbe, un Arabe qui me dit:

- Missieu, FAUT PAS AVOIR PEUR, je fais pas l'mal, je viens seulement aiguiser les couteaux pour gagner la croûte.

La honte de vivre dans un pays qui finit par courber et humilier l'étranger m'envahit. En Algérie, j'ai été bien reçu, surpris même que la rancoeur soit si faible. Et voilà qu'un de mes frères de là-bas s'humiliait, s'excusait de vivre!

Pour avoir développé la technologie, les Européens ont cru trop vite à leur supériorité cette technologie qui leur a servi à dévaster le reste du monde. Ils ont négligé l'art de vivre, et c'est dans les pays du Tiers-Monde où j'ai compris ce que pouvaient être les relations humaines. En apercevant l'étrange silhouette que je forme, pédalant des talons sur un vélo de femme à selle trop basse, l'un de mes proches m'accueille invariablement par un sonore:

- Tiens, v'là le raton!

Je n'ai jamais apprécie à l'étranger de me faire traiter de grenouille ou autres superlatifs dédaigneux. En me traitant d'Arabe avec une teinte de mépris, ce proche, involontairement, inculque à ses enfants que tout ce qui est arabe n'est pas bon. Le pays des droits de l'homme (blanc, précisons) se targue de ne pas être raciste:

- Même que moi, je serre la main à Mohammed et à Mamadou se vante-t-on. J'suis pas raciste!

Mais comment serre-t-on la main?

Avec Mohammed l'Algérien, on fait bien attention en se retournant de ne pas prendre un coup de couteau dans le dos, sait-on jamais. Et quelle faveur de serrer la main à Mamadou le Malien, "lui qui, descend de son arbre" (Certaines régions du Mali n'ont pas d'arbres!).

"Tu vois, je sais que ta peau noire ne déteindra jamais". Cette crainte, cette condescendance plus ou moins consciente constituent des formes terribles et insidieuses de racisme. Car on ignore que ces Africains, très sensibles, perçoivent nos sentiments les plus secrets. Ils répondent avec le sourire, mais leur coeur blessé reste ferme. Un magazine bien connu titre: "Fusillade à Orly, quatre Palestiniens ABATTUS, un CRS TUÉ".

On tue 1es gens, on abat les chiens.

"J'suis pas raciste!"

Une chose évidente n'a pas besoin d'être ressassée. Demandez à ceux qui le subissent si le racisme n'existe pas. Il est vrai que l'homme de la majorité blesse souvent sans s'en rendre compte.

Je ne peux oublier ce Parisien, dégoûté de la civilisation de "consommation" (bienheureux ceux qui peuvent consommer), s'étonner profondément à son arrivée en Turquie d'y constater que les gens sont sympathiques.

Croyait-il tomber sur les hordes de Gengis Khan? La voisine, une dame très bien qui ne fait pas d'histoire dans le quartier, s'est exclamée à mon retour!

- Comment, tu as été voir tous ces sauvages.

Le racisme n'est pas l'apanage du Blanc. C'est malheureusement un réflexe général de considérer tout ce qui n'est pas familier comme sauvage ou non civilisé. Dans les plantations de Virginie, les esclaves "importés" d'Afrique trouvaient écoeurante la peau fade des Blancs, si ressemblante à la couenne du porcelet ou au ventre du crapaud.

Un missionnaire anglais bien intentionné expliquait en Ethiopie que les Blancs ne sont pas supérieurs aux Noirs. Un grand villageois naïf, tombant des nues, lui fit cette remarque:

- Mais, mister, qui a dit que les Blancs sont supérieurs aux Noirs, anyway?

Je dois remercier les Chinois pour la leçon d'humilité qu'ils m'ont donnée. Contrairement aux autres habitants de la planète qui reçoivent l'Européen sur un piédestal psychologique, ils sont les seuls à m'avoir toisé de haut. Regard salutaire qui m'a brusquement fait prendre conscience du mal que l'on peut faire avec sa "supériorité". Aujourd'hui, aimer son prochain ne suffit plus, il faut aussi aimer son "lointain" Car le "lointain" est devenu un proche.

Les moyens de communication ont rendu le contact, l'échange irréversibles. Les racistes nagent à contre-courant: ils rencontrent forcément de plus en plus d'étrangers. Chaque nouvelle vague d'immigrants aux Etats-Unis était jugée comme la peste par la précédente. Pourquoi ce phénomène de rejet? Pourquoi s'irriter au lieu de s'adapter tout de suite?

Nous vous avons tous crées de la même poussière pour que nul ne s'élève au-dessus des autres, explique Baha'u'llah dans son merveilleux recueil Les Paroles cachées. Le racisme est une conséquence de l'ignorance. L'éminent anthropologue brésilien Josué de Castro, dans son ouvrage Géopolitique de la Faim, rappelle que, "à la lumière des connaissances anthropologiques modernes, il n'existe pas de supériorité ni d'infériorité raciale ; ce qui existe, ce sont des différenciations biologiques conditionnées par les différences de milieu".

Ces différenciations sont vitales à l'humanité. A quatre ans, la plupart des enfants sont conscients de leur identité raciale et de celle des autres. Dès dix ans, l'idée de la race est tout à fait fixée.

Il est urgent que le contenu des livres pour enfants, les textes scolaires spécialement, soient améliorés pour extirper tous préjugés raciaux déformant plus ou moins ouvertement la vérité historique, anthropologique et géographique. Les clichés et illustrations racistes décrivant les "autres" (Voir Le Tour de France par deux enfants. de Bruno, bible des écoles d'avant-guerre définissant la race blanche comme "la plus parfaite des races humaines" (p 187 de l'édition 1977, Eugène Bellin).) (notamment les populations du Tiers-Monde), les termes insidieux expliquant leurs traditions et coutumes, ne sont souvent que des caricatures. Des images redoutables pouvant bloquer la perception de l'enfant et lui interdire de voir l'accomplissement des autres peuples, la richesse de leurs cultures.

Les médias portent aussi une lourde responsabilité. La télévision annonce régulièrement accidents et catastrophes, soulignant que, par bonheur, il n'y a pas de Français parmi les victimes.

Aux Etats-Unis, un feuilleton populaire ridiculise les Allemands, etc.

L'Inde et le Pakistan sont sur le pied de guerre depuis la partition de 1947. En lisant leurs journaux respectifs lors de mon passage, j'avais l'impression qu'ils ne commentaient pas du tout les mêmes événements! La presse s'employait à développer l'antagonisme national de ces peuplades pourtant similaires.

Lors de la révolte de Budapest, en 1956, le Kremlin dut retirer les soldats russes de la place, car ces derniers se sentaient peu capables de tirer sur des gens avec lesquels, au fil des ans, ils avaient fini par tisser des liens d'amitié. Il fit venir des troupes "fraîches", anonymes, pour mieux massacrer!

"L'autre est mon moi inconnu rendu visible" (Gibran). Il est indispensable d'apprendre à connaître, à apprécier l'étranger. Il faut faciliter les contacts entre les peuples pour éliminer les idées arrêtées de nos clichés malsains. Le tourisme en plein essor pourrait jouer ce rôle.

Malheureusement, il constitue une nouvelle forme de colonisation.

Le premier pas vers le mondialisme ne consiste pas à s'inscrire comme citoyen du monde, mais à se débarrasser de ses préjugés.

N'a-t-on pas encore assez vu où mène la "supériorité" d'une race sur l'autre ?

Les lois de l'Afrique du Sud sont un crime contre nature. Le plus déroutant est de voir l'église officielle justifier cette théorie par un verset de la Bible: "Maudit soit Canaan, qu'il soit l'esclave des esclaves de ses frères" (Genèse, 9 :25).

Confondu de honte, j'ai parcouru ce pays, par ailleurs magnifique, cherchant à comprendre par quel détour d'esprit les Zoulous, Xhosas et Bantous sont devenus les descendants des fils de Noé.

Plus proche de nous, on a encore en mémoire ce qu'a engendré la supériorité de la "race aryenne". Le plus terrible est que Hitler n'a fait qu'appliquer les recommandations de Luther, cet antisémite enragé qui trouvait le juif "pire qu'une truie".

La haine et le fanatisme religieux sont un feu qui dévore le monde, dont personne ne peut éteindre la violence. La main du Pouvoir divin, seule, peut délivrer l'humanité de cette désolante affliction.

Voilà pourquoi, le message spirituel a besoin d'être renouvelé.

Ce message délivre pour vivifier l'esprit est comme l'eau du puits servant à revigorer le corps. Au bout d'un certain temps, à force d'y puiser, les hommes finissent par la souiller. Elle a besoin d'être purifiée, car les hommes ne peuvent se passer d'eau.

En 1789 naquit une "religion" qui allait avoir des suites funestes pour l'humanité, la religion de la patrie. La France fut la première "nation" d'Europe. Elle fut aussi le terrain des deux guerres les plus tragiques de l'histoire. Il est vrai que l'homme n'a pas facilement abandonne sa tribu pour le clan, ni le clan pour la province, ni la province pour la nation. Il n'est pas plus enclin maintenant à admettre que sa sauvegarde se trouve dans l'unité organique de la planète entière. Le principal obstacle au mondialisme est la souveraineté nationale illimitée. Il faut cesser d'en faire un absolu religieux.

Tout homme, du fait de sa naissance, est copropriétaire de toutes les richesses de la terre ainsi que de toutes les connaissances et réalisations techniques. Les Occidentaux qui, depuis les Conquistadores, se comportent comme si la planète étaient leur propriété privée, vont être bientôt obliges d'abandonner leur long rêve impérial.

Un patriotisme sain est indispensable. Chacun a l'amour du terroir, mais notre siècle exige pour survivre de passer de la compétition abusive, mortelle et irraisonnée à la concertation et à la coopération entre ces "terroirs".

Vivekananda, en préconisant l'union de l'Orient et de l'Occident, reprenait, sans le savoir, ce que proposait Baha'u'llah avant lui: Autrefois comme de nos jours, le Soleil spirituel de vérité a toujours brillé à l'horizon de l'Orient. De nos jours, l'Orient doit progresser sur le plan matériel tandis que l'Occident manque d'idéal spirituel. L'Ouest devrait se tourner vers l'Est pour en recevoir la lumière et, en échange, lui donner ses connaissances scientifiques. Cet échange doit avoir lieu. L'Est et l'Ouest doivent s'unir pour se donner mutuellement ce qui leur manque. De cette union naîtra une vraie civilisation dans laquelle le spirituel trouvera son expression et sa réalisation sur le plan matériel. Les sceptiques citent souvent le fameux vers de Kipling: "Oh l'Est est l'Est et l'Ouest est l'Ouest. Et jamais les jumeaux ne se rencontreront".

On oublie le suivant, intéressant dans le contexte actuel: "Avant que ciel et terre n'arrivent, Au jour du Grand Jugement de Dieu".

C'est-à-dire, le temps de la fin biblique dans lequel nous sommes entres, qui permettra cette rencontre. A partir des années soixante, une prise de conscience s'est faite chez les jeunes qui a transforme le fosse habituel des générations en un précipice. Aux Etats-Unis, ce pays à la pointe de la désintégration générale, père et fils ne parlent plus la même langue. D'où ce dialogue de sourds que l'anthropologue Margaret Mead décrit ainsi: "Les jeunes partagent en tous lieux un type d'expérience qu'aucun de leurs aînés n'a connu et ne connaîtra. Ils forment sur toute la surface du globe une communauté unie par un savoir commun (mondovision) et un danger commun (la bombe). Ils ne peuvent concilier les efforts que nous faisons pour sauver nos propres enfants avec le fait que nous sommes prêts à détruire au napalm les enfants des autres. Les distinctions odieuses fondées sur les races et les classes constituent des anachronismes."

En 1963, dans sa bulle Pacem in Terris, Jean XXIII proclamait: "Les hommes devront se soumettre à un ordre juridique international". L'année même où les baha'is élisaient selon les prescriptions de Baha'u'llah, leur première Maison Universelle de Justice, l'instance suprême prévue pour présider à la destinée de la planète.

Il faut admettre que même si tous les hommes de la terre étaient développés spirituellement et s'étaient affranchis de tout racisme ou nationalisme, cela ne suffirait pas pour promouvoir la paix.

Car la paix parmi les nations n'est pas le fruit de l'amour du prochain, mais de la justice. La paix est une question d'ordre et non pas de compassion individuelle.

Les appels moraux aux individus ne suffisent pas, la gentillesse personnelle peut souvent être tournée en alibi pour la cruauté de groupe.

Comment un homme peut-il rester humain dans un système inhumain? Jean XXIII avait raison, on ne peut continuer sans un ordre juridique international.

Ordre que Baha'u'llah explicite dans son plan pour l'humanité. Chaque ville ou village pour administrer ses affaires doit élire chaque année une collégialité d'hommes et de femmes, d'au moins neuf personnes, prenant ses décisions à l'unanimité ou à la majorité. Ces assemblées locales, à leur tour, doivent élire chaque année une assemblée nationale chargée de les coordonner et de servir d'intermédiaire à l'assemblée mondiale de neuf membres minimum, élue tous les cinq ans, la Maison Universelle de Justice citée plus haut. Ce plan gardant ce qu'il y a de viable dans la démocratie, l'autocratie, la royauté, la théocratie, et en rejetant les côtés nocifs, n'est nullement une synthèse des systèmes précédents mais un plan inspiré "divinement". Autrement dit, il n'est pas le fruit de la pensée humaine. Ce nouvel ordre administratif mondial comporte de nombreux points novateurs. En voici quelques-uns:

- 1) Gouvernement par des collégialités
- 2) Elections sans propagande ni liste électorale
- 3) Pas de "chef"
- 4) Autonomie locale garantie
- 5) Temporel et spirituel liés
- 6) Esprit de consultation
- 7) Impôts locaux uniquement
- 8) Mises en valeur des minorités

Un des signes de la maturité du monde consiste en ce que nul n'acceptera de porter le poids de la royauté. Ce phénomène s'est déjà produit à Rome et en Chine dans le passé. Vers la fin du Bas-Empire romain, les légions devaient menacer leurs généraux pour les nommer empereurs. Dans la Chine ancienne, les gens de Yue avaient pris l'habitude d'assassiner leurs souverains, si bien qu'ils finirent pas ne plus en trouver. Ceux-ci s'enfuyaient en apprenant leur nomination. Aujourd'hui, le pouvoir individuel, étant donné la complexité croissante de la société, devient de plus en plus écrasant et impossible. Et on ne connaît que trop les dangers du pouvoir personnel. Les élections doivent se faire sans propagande ni liste électorale! Chaque être majeur est éligible (s'il est sain d'esprit, naturellement). Ceci est tellement révolutionnaire que beaucoup doutent de l'application d'une telle procédure. Aucun système de gouvernement actuel n'est parfait, pas même la démocratie. Supposons que, lors d'élections municipales, je désire voter pour un homme dont je connais les hautes valeurs morales, l'esprit de dévouement, la capacité d'administration et le désintéressement, mais que, par malchance, il ne se trouve pas sur la liste électorale, je ne peux pas voter pour lui; ce qui limite singulièrement la démocratie. Toute propagande est interdite. Peut-on s'imaginer un seul instant une période électorale où nos murs resteraient vierges, nos villes intactes et nos médias sans querelles?

Mais comment cela est-il possible? On ne peut connaître tout le monde dans sa ville. Baha'u'llah a prévu pour cela des réunions régulières où hommes et femmes se rencontrent et se consultent au sujet des affaires communes (sorte d'agora moderne). Consultations des plus démocratiques où la communauté avant de passer aux affaires courantes, se recueille. Par la prière, la méditation, la lecture de textes sacrés. Ce qui a un effet bénéfique sur le comportement personnel et 1'ambiance générale. Chacun peut et doit ensuite émettre son opinion. Ces réunions se terminent par une troisième partie dite sociale (éternelle nécessité de lier le spirituel au matériel). Les grand-messes de village ont joué jadis partiellement ce rôle social. Ces réunions permettent donc de se connaître et de resserrer l'amitié des participants.

Les gens capables y sont vite remarqués. Le vote bahá'i est une forme de plébiscite où chacun n'est élu que sur sa compétence. Les élus ne sont pas responsables devant leur électorat (le secret du vote et l'absence de partis les empêchent de connaître leurs électeurs), ce qui leur donne la liberté d'agir et supprime le sectarisme inhérent au parti. L'élection reconduite annuellement donne la sécurité à l'électorat. Ces assemblées au niveau local, national et mondial n'ayant pas de chef (un coordinateur est toutefois choisi pour la bonne marche des sessions), c' est la décision qui compte et non ceux qui la prennent. Décision collégiale anonyme éliminant, du coup, corruption et favoritisme. Les élus, individuellement, n'ont pas plus de poids que leurs électeurs. C'est en groupe, lors des décisions, qu'ils ont le pouvoir et alors seulement. Ce qui signifie qu'avec ce système plus aucun individu ne pourra s'approprier le pouvoir la décision doit être respectée, mais le recours est possible.

Les "maisons locales de justice" ont un autre avantage. Tout en étant liées à la Maison Universelle de Justice à travers l'instance nationale, elles prennent des décisions indépendantes ne concernant que leur région. Les différentes communautés du monde deviennent ainsi autonomes.

L'idée de faire entrer le religieux dans les affaires du gouvernement peut paraître suspecte à un peuple qui a séparé Etat et Eglise. Il ne s'agit nullement de remettre une église quelconque au pouvoir, mais d'employer les valeurs morales et spirituelles au service de la communauté la notion de justice, base de tout gouvernement respectable, a de tous temps été liée à l'idée religieuse. A Paris, le Palais de Justice jouxte la Sainte-Chapelle Louis XVI pensa que les devoirs de l'Etat et de la religion ne pouvaient se confondre. Cette façon de penser, toujours en cours, implique que tuer son voisin condamne à la potence, tandis qu'exterminer un maximum d'ennemis fait de vous un héros.

En séparant les pouvoirs temporels et spirituels, la France les a affaiblis tous les deux et leur a fait perdre à chacun leur respect et leur autorité. Au point où, aujourd'hui, les prêtres déboussolés font de la politique et les politiciens de la morale!

Pour avoir voulu diviser l'homme en deux, la société boite.

Lorsque temporel et spirituel s'uniront, politique ne sera plus synonyme d'immoralité. Schématiquement, il existe deux façons de gouverner présentement (hormis les dictatures) la manière occidentale, où chaque parti vient au Parlement pour imposer à tout prix son idée et ne tient compte en aucune façon de ce que proposent les autres sinon pour le démolir (à quoi peuvent bien servir ces débats parlementaires où l'on connaît les résultats d'avance ?) la manière orientale, où il ne faut surtout pas perdre la face! On n'exprime pas tout ce que l'on pense pour ne pas se sentir ridicule au cas où son projet ne serait pas retenu. Avec ces deux styles de procédure, on comprend les insolubles difficultés des négociations entre Américains et Coréens à Pamunjong sur le trente-huitième parallèle pendant la guerre de Corée!

Ils démontrent leurs évidentes faiblesses. Dans les réunions collégiales du futur, les hommes ne viendront qu'avec leurs pensées personnelles pour se consulter et non pas avec des directives à imposer, et chacun devra s'exprimer avec franchise et courtoisie, car l'étincelle de la vérité ne peut jaillir que de la friction des idées. L'opinion une fois donnée appartient au groupe. Il s'agit de trouver la meilleure.

Cela suppose un esprit nouveau. Ceux qui étudient ce plan, dont nous n'avons fait qu'une rapide esquisse, font tous la même remarque: c'est l'idéal mais c'est utopique!

Il est certain que cet ordre administratif aussi simple que complet, ne peut fonctionner qu'avec ceux dont la vie est animée par l'amour et la crainte de Dieu. Seule, la Foi peut l'établir. S'il est inscrit dans les chromosomes de l'histoire, rien ne pourra toutefois empêcher son développement. C'est un système dans lequel des opposés comme l'unité et l'universalité, le pratique et le spirituel, les droits de l'individu et les droits de la société sont enfin parfaitement équilibrés. Non pas par suite d'un savant compromis, mais plutôt par la révélation d'une harmonie intérieure. Ceux qui ont l'expérience de ce nouvel ordre le comparent à un corps humain conçu pour exprimer l'âme qui l'anime. Il fonctionne déjà à travers le monde, à l'état embryonnaire, chez les baha'is.

Plus de vingt-cinq mille assemblées sont élues annuellement sans propagande dans cent quarante-quatre pays. Ces assemblées, composées d'individus de toutes classes et de toutes origines, existent tout aussi bien dans des villes comme Paris et New York (Aux USA, deux Noirs, un Indien et un Chinois siègent parmi les neuf membres de l'Assemblée nationale cette année) que dans la jungle des Guyanes ou parmi les pygmées du Zaïre. L'assemblée mondiale se trouve à Haïfa, en Terre sainte. Car Baha'u'llah, qui y est enterré, a voulu que le centre administratif soit dans le même endroit que le centre spirituel (les chrétiens ont des centres séparés: Rome et Jérusalem) En vue d'unir définitivement temporel et spirituel. Détail important: les gens éligibles sont ceux qui résident sur place. Cela rend justice aux immigrés dont on accepte ailleurs les bras mais pas la pensée.

Grâce à ce réseau d'assemblées englobant toute la planète, chacun pourra se faire entendre par des voies pacifiques (ce qui est impossible présentement): l'idée d'un simple individu pourra profiter rapidement à tous. C'est au cours des rencontres communales régulières que chacun peut émettre son opinion. Tous les dix-neuf jours, c'est-à-dire le premier jour de chaque nouveau mois bahá'i. La révolution persane comme la française a apporté un nouveau calendrier (dix-neuf mois de dix-neuf jours, plus quatre ou cinq jours intercalaires pour être en accord avec l'année solaire). Car aucun peuple ne voudra accepter celui des autres pour vivre à la même date. Un calendrier unique est pourtant indispensable dans un monde unifié. Le trésor national ne recevra pas l'impôt des individus comme c' est le cas à présent, mais des communautés locales

C'est celles-ci qui prélèveront l'impôt, car là se posent d'abord les problèmes quotidiens. Ce qui éviterait les mouvements de fonds inutiles et le gaspillage. Le plan de Baha'u'llah prévoit non seulement le respect des minorités mais leur mise en valeur. Dans les Andes boliviennes, des villages entiers commencent à vivre selon ces nouvelles règles.

Quand je passai dans ces montagnes en 1968,je fus atterré par la saleté des bébés et l'odeur répugnante des gens. L'attitude soumise des Indiens, ces descendants des fiers Incas qui, depuis Pizarre, ont été violés et spoliés systématiquement me bouleversa. Ils baissaient constamment la tête et n'osaient me regarder. Une amie m'a rapporté qu'il est réconfortant de voir la fierté des Indiens qui ont accepté le message rédempteur du Persan: ils ont retrouvé leur dignité (et l'hygiène corporelle est entrée dans leurs moeurs).

Pour la première fois depuis la colonisation, les peuples incas de Bolivie, du Pérou et de l'Equateur se sont réunis dans leur ancienne capitale, Cuzco, en août 1975, pour une conférence "baha'ie" uniquement conduite dans leur langue, le Quechua(Depuis 1978, les Andes possèdent la première station de radio baha'ie du monde à Otavalo (Equateur). Une deuxième a été mise en service à Puno (Pérou) en 1980)

En août 1978, s'ouvrit une autre conférence, cette fois-ci pour les peuples de culture aymara, qui vivent aussi dans les Andes autour du fameux lac Titicaca. Egalement, pour la première et seule fois de leur histoire, ces Aymaras purent se rencontrer et se consulter dans leur langue au sujet de leur bien-être spirituel et pour étudier sérieusement comment améliorer la vie quotidienne des villages. Une ancienne tradition aymara dit qu'un jour des Blancs viendraient du lac Titicaca pour imposer brutalement leur culture. Puis qu'un autre jour d'autres Blancs viendraient également du lac, mais cette fois-ci, pour les guider sur le chemin du bien-être.

Abdu'l-Bahá donnait une grande importance à "l'enseignement" de ces peuplades. Il comparait les aborigènes d'Amérique, les Indiens du Sud comme du Nord, aux tribus sauvages d'Arabie avant l'apparition du prophète. Dès qu'elles furent éclairées par son message, elles devinrent des flambeaux pour le reste du monde. Il écrit que "de même, si ces Indiens étaient éduqués et guidés, il n'y a pas de doutes qu'à travers les enseignements divins ils deviendraient si brillants qu'ils pourraient, à leur tour, illuminer toutes régions".

La structure baha'ie fournit aux Africains les moyens de devenir vraiment indépendants en leur laissant le pouvoir de décision, le droit de gérer leurs affaires.

Un coopérant français athée enseignant en Iran avait remarqué que, dans ses classes, les écoliers baha'is se distinguaient radicalement des autres. "Ils sont propres, polis, et arrivent toujours à l'heure", disait-il admiratif. Fidèle aux nobles idéaux de la révélation, la communauté baha'ie d'Iran, tout juste tolérée et persécutée à nouveau (Voir les grands quotidiens français actuels et la presse internationale au sujet de ces persécutions. Ce très grave problème est traite dans le chapitre XVII), a complètement déraciné l'analphabétisme chez elle en appliquant le principe de l'éducation obligatoire. Elle se distingue par son éthique du travail. L'égalité des droits pour les deux sexes y est strictement appliquée. En Inde, dans les villages où la Foi baha'ie est acceptée, on commence par bâtir une école et on cherche à améliorer l'agriculture. Un grand projet de développement rural fonctionne depuis 1975 dans la région de Panchgani. Car, il faut reconnaître que si ce message n'avait aucun effet pratique, il ne vaudrait pas mieux que le flot des paroles courantes parmi les hommes. L'essence de la religion est peu de paroles et une abondance d'actes.

J'ai constaté partout combien ce message régénère et transforme les individus, quelles que soient leur classe, leur couleur ou leur nationalité.

Grâce à lui, j'ai vu un ancien musulman fanatique refusant de manger avec tout "infidèle" ou même de se laisser toucher par son ombre Impure embrasser joyeusement juifs et chrétiens.

A Bornéo, j'ai rencontré un jeune sikh méprisant les autres religions transformé au point de fraterniser avec tous ses semblables.

En Ethiopie, les habitants de villages séculairement ennemis se réconcilient. Le pouvoir de régénération est là. Le plus grand miracle de Baha'u'llah est d'unir les hommes.

Charles Péguy aimait à dire que "tout commence en mystique, tout finit en politique".

Le monde est mal gouverné. Les systèmes religieux et politiques désuets et périmés demandent un renouveau. L'avenir se construira d'autant mieux que nous saurons rechercher ce qui a valeur d'éternité.

Si les baha'is ont un plan aussi parfait, que font-ils donc concrètement ?

Dans l'immédiat, leur nombre les restreint à des actions peu visibles. Dans le futur, ils prévoient de bâtir au coeur de chaque ville ou village, autour de la "maison d'adoration" un ensemble de constructions à fins sociales: orphelinat, hôpital, maison de retraite, école centre de recherche scientifique, auberge pour les itinérants, etc. Le but principal de cette Foi étant de servir l'homme de façon pratique, sociale. Les temps sont mûrs pour concrétiser les nobles idéaux enseignés depuis toujours. Bien sûr, il y a eu dans le passé des exemples d'oeuvres sociales suscités par les grandes religions et même certaines sectes. La fameuse Sécurité sociale n'aurait-elle pas pris racine dans le "sermon sur la montagne" ? Où le Christ préconisait de s'occuper des pauvres, des déshérités, des malades. De nombreuses communautés chrétiennes élevèrent hospices et orphelinats. L'idée de soigner tout le monde a cheminé. Beaucoup d'Etats la font leur, après vingt siècles d'existence. Dans les écrits persans, l'entraide a force de loi et n'est plus laissée à la seule bonne volonté de quelques âmes dévouées. C'est la communauté qui est responsable du bien-être de tous.

Les efforts, quoique louables, des politiciens et technocrates restent vains parce qu'ils s'attaquent aux effets et non à la cause du mal.

Les baha'is pensent que le sang du corps de l'humanité est vicié. Que chaque cellule du liquide nourricier doit redevenir saine pour éliminer les toxines provoquant éruptions et malaises. Tant que chaque individu, représentant une cellule de ce sang, sera intoxiqué, le malaise général continuera. Les baha'is, pour l'instant, cherchent à se régénérer pour devenir des éléments sains indispensables au nouvel ordre mondial qu'ils établissent parallèlement petit à petit. Ils n'ont aucun pouvoir réel présentement, même s'ils détiennent le "pouvoir potentiel". Car tout ce qui se fait de progressiste aujourd'hui paraît sourdre de leurs écrits. Consciente ou non, toute l'humanité participe au double processus de désintégration et construction préliminaire de la civilisation mondiale.

Souvenons-nous de l'effondrement de Rome au IVe siècle. La société établie fut plongée dans un désordre indescriptible par les invasions barbares ou allèrent se réfugier les citoyens? Ou trouvèrent-ils des institutions aptes à les recueillir? Sinon dans ces "églises" établies silencieusement par des humbles. Des hommes sans pouvoir louant l'amour de l'ennemi et la non-violence à l'ère où, seule, la force brutale du glaive comptait. Ces chrétiens qui ont triomphé contre toute apparence.

Ne serait-il pas judicieux de se demander, à une époque ressemblant étrangement à celle de la chute de Rome, si des institutions quelque part, silencieusement, ne sont pas en train de s'ériger, institutions qui, dépassant toutes barrières de classes, de couleurs, de nationalités, de croyances, seraient capables de recueillir le monde en désarroi?


XII - MARX, MAO OU UN AUTRE? (chapitre rédigé avant la chute de l'URSS)

En 1962, à la fin d'une saison d'hiver particulièrement pénible dans un petit hôtel italien en qualité de facchino (homme à tout faire), la patronne décida enfin de me rémunérer.

Sachant que l'étranger est exploité, je lui fis cette remarque:

- Avant de percevoir mon salaire, je vais aller me renseigner auprès du parti communiste pour savoir ce que vous me devez exactement.
- Pourquoi au parti communiste?

Parce que dans ce pays "fantaisiste", c'est l'unique formation politique dont le syndicat soit craint. A mon retour, la patronne m'offrait une somme supérieure au minimum calculé par le syndicaliste. Elle avait parfaitement compris mon manège et ne voulait pas de troubles dans son albergo.

Ce parti me fut d'une aide précieuse. Des mouvements récents, prophétisait Abdu'l-Bahá autour des années vingt, de portée mondiale, déploieront d'immenses efforts pour le succès de leurs desseins. Le mouvement de la gauche prendra une grande importance. Son influence s'étendra. Elle englobe, aujourd'hui, plus du tiers de l'humanité, provoquant l'espoir chez certains et la crainte chez d'autres. Les premières grandes révolutions sociales éclatèrent en 1830 et 1848. Epoque localisée par les millénaristes comme le début d'une ère meilleure.

1844, en particulier. Cette année-là, deux inconnus se rencontraient a Paris, point de mire des regards du monde; deux personnages qui allaient prendre rapidement une importance inouie, bouleversant par leurs théories les sociétés humaines. Ils avaient pour nom, Marx et Engels.

Ces théories offrent-elles une solution aux maux contemporains?

On pourrait le croire, étant donne la passion et l'ampleur des événements qu'elles ont déclenchés. Aucune doctrine des temps modernes n'a autant agite les hommes. Théories atteignant un point culminant à la revolution d'Octobre 1917.

Marx fut contemporain de Baha'u'llah. Comme ce dernier, il connut l'exil et écrivit abondamment. Il est enterre à Londres comme Shoghi Effendi.

Marx fit une brillante etude economique de son temps et propagea des idées auxquelles ses contemporains n'avaient pas encore pensé. Idees qui, pour la plupart, étaient puisées chez d'autres, mais dont il sut faire la synthèse et qu'il sut répandre. Les événements ont peu soutenu ses prédictions. Il n'a vu dans les religions, par exemple, que l'aspect défectueux créé par les hommes. Qu'un opium dont il soutenait avec raison qu'il fallait se débarrasser. Les dogmes, les cérémonies, les interprétations humaines divisent et sont, en effet, devenus caduques. Dans sa juste haine des excès religieux, il a malheureusement oublié que la religion est une force émotionnelle. Nietsche. ne par hasard ou ironie en 1844, lui, proclama que Dieu est mort. Certes, le Dieu de notre imagination est bien mort, mais l'Illimité n'en a pas disparu pour autant. Les écrits de Marx et Engels demandent la justice sociale et veulent établir une internationale de la paix. L'idéal de justice soulève les hommes, et explique l'attrait du marxisme, qui a pour but de présenter une conception absolue de la justice sociale et internationale.

A mes yeux, la chose préférée est la justice.

Le monde riche (29 % de la planète) utilise, et surtout gaspille, plus des quatre cinquièmes des ressources mondiales Les Etats-Unis a eux seuls (6 % de la population totale) consomment plus de 33 % des biens. Le chien américain dépense plus que l'Indien pauvre. La consommation annuelle en pétrole, de toute l'Inde, soit plus de sept cent millions d'habitants, est inférieure à celle de la seule ville de New York. Les enfants du Pérou manquent de protéines alors que la farine de poissons extraite sur les côtes engraisse le bétail occidental.

Un aller-retour Paris - New York en Concorde consomme en quelques heures l'équivalent du besoin annuel de charbon d'un terrestre.

Une minorité est submergée par la "paperasserie" alors que la moitié de l'humanité ne dispose pas de cahiers pour s'instruire.

Pour gagner le salaire horaire d'un ouvrier français, un Brésilien doit travailler actuellement deux jours et demi. En Amérique latine, 1, 5 % des propriétaires terriens possèdent la moitié des terres cultivables. Le fourrage des vaches mexicaines destinées au commerce international contient plus de protéines que l'alimentation des paysans chargés de les soigner.

61,2 % de la production mondiale est dépensée dans les affaires militaires. Le budget militaire annuel des USA est supérieur au budget national d'un pays comme le Maroc.

EST-CE JUSTE ?

J'étais effare, en 1977, de passer d'un coup d'aile du Canada, le pays le plus nanti du monde, en Haïti, le plus démuni, où l'on compte plus de laveurs de pieds que de cireurs de chaussures. Au Canada, lorsque je demande un appareil pour projeter mon film dans les écoles, le magasinier m'en désigne une douzaine au choix. Pour un magnétophone, une enregistreuse, comme ils disent, il m'en offre cinquante! En Haïti ce sont les écoles qui manquent. Les Etats-Unis, qui expédient des sacs de céréales arborant une main de Blanc serrant une main de Noir, prétendent apporter de l'aide aux pays sous-développés (ainsi que quelques autres pays riches). Il n'en est rien. Susan George démontre, dans son essai au titre évocateur Comment meurt l'autre moitié du monde, de quelle façon la nourriture est devenue la première arme américaine!

De son côté, le plus vaste empire colonial du monde, l'immense URSS (6 % des terres immergées), malgré ses slogans triomphateurs, n'arrive pas à se nourrir correctement.

Et notre douce France, à mission civilisatrice, n'est-elle pas la première vendeuse d'armes (proportionnellement) et d'alcools du monde? Ne sert-elle pas de laboratoire a la fabrication de l'héroïne?

Le monde malade cherche toutefois a améliorer son sort. Les grands principes auxquels prétendent les pays s'inspirant de Marx et d'Engels ressemblent étrangement à ceux de Baha'u'llah.

Un des premiers est l'éducation obligatoire. Les enfants soviétiques et "satellisés" sont tous scolarisés, ce qui est loin d'être le cas dans le reste du monde.

L'égalité de l'homme et de la femme. Existe-t-il des pays, où cela est mieux appliqué? Dans l'instruction, les chances de travail, les salaires jusqu'à voir les camarades citoyennes soulever les traverses de chemin de fer et battre des records de lancement du marteau.

Le but avoué de Baha'u'llah est d'amener la paix sur terre. Les pays socialistes n'en ont-ils pas fait leur credo? Chaque russe est intimement persuadé que son peuple est le plus adapté pour oeuvrer dans ce sens et cette nation relance sans cesse, le désarmement. Toutefois, force est de constater que l'URSS n'admet la détente que lorsqu'elle en retire un profit; elle y est opposée dès le moment où elle n'y trouve aucun avantage. "Moi, je suis pacifiste lorsque cela peut nuire aux Etats capitalistes", disait Lénine en 1918! Ce pays n'a jamais renoncé à la lutte "finale" qui doit conduire au "bonheur" (quelque peu forcé). de tous les peuples. Le prisonnier d'Akko, après avoir admonesté sans résultat tous les souverains de l'époque, y compris le tsar Alexandre II, écrivit que le pouvoir a été retiré aux rois et au clergé. Les pays socialistes ont mis "vigoureusement", cela à exécution: le tsar a été décapité, les prêtres éliminés, les églises fermées! (Les baha'is n'approuvent nullement cette méthode).

Le plus misérable des hommes devant Dieu est celui qui s'asseoit et mendie. Attachez-vous à la corde de l'action, exhortent les écrits persans. En U RSS, l'oisiveté est interdite. En Somalie, au temps du "socialisme scientifique", j'ai vu les désoeuvrés arrêtés à coup de matraque. Application plutôt radicale du principe. Finalement, on pourrait presque avancer que les pays "socialistes" appliquent "à la lettre" les nobles idéaux de la révolution persane. Et pourtant, ce n'est pas une réussite. Pourquoi ?

Parce que tout est imposé par la force, négligeant l'aspect émotionnel, spirituel de l'homme, réduisant celui-ci à la passivité d'un pion. Le citoyen du monde communiste, en réalité, vit sous le poids d'angoisses continuelles chargeant sa conscience, et dans la crainte d'avoir désobéi. Il est perpétuellement inquiet devant la nécessité de démontrer qu'il n'est point un ennemi du socialisme - tout comme au Moyen Age, on devait constamment faire preuve de fidélité à l'Eglise. Non seulement le système scolaire, mais toute l'activité sociale et intellectuelle, visent à encourager ce type de comportement servile. L'individu a plusieurs plans et ne peut se contenter de vivre que matériellement. Bref, le communisme ressemble au feu de brousse. De même que les Africains sont obligés de brûler la forêt pour cultiver, cette doctrine ne servirait-elle pas à préparer le terrain? Le peuple russe, qui n'a plus de religion, est un peuple triste.

Il manque aux communistes les plus sincères et les plus dévoués une qualité essentielle que j'ai découverte chez les baha'is: la joie intérieure. Leur feu n'est qu'extérieur, seul le feu intérieur, la foi, pourraient soulever les montagnes de l'injustice.

Les communistes ont la haine de l'injustice, les baha'is l'amour de la justice.

Si je cite plus spécifiquement l'URSS., c'est parce que ce pays se targue d'être à la pointe du socialisme. Beaucoup s'ébahissent devant le formidable bond qu'elle a fait. Tous les pays européens ont progressé, L'URSS n'aurait-elle pu évoluer sans les troubles de 1917 et les purges staliniennes? Il ne faut pas oublier qu'au début du siècle, la Russie était déjà un des premiers pays industriels du monde (l'occupation soviétique a fait régresser la Tchécoslovaquie dans son rang de puissance industrielle).

Un ami communiste m'a fait un jour la remarque qu'il n'existait pas encore de "vrai" communiste. Si, en cent cinquante ans, cette doctrine n'a pu produire un seul vrai communiste, ne serait-il pas temps de chercher autre chose? On sait les malheurs, les souffrances, les hontes, les déchirements qu'elle a déjà causés. Les hommes ne sont pas faits pour le sabbat, mais le sabbat pour les hommes. On ne peut nier que le communisme a poussé le capitalisme à réviser sa rapacité inhumaine et à concéder des droits plus humanitaires aux salariés. Le peuple russe croit sincèrement que les ouvriers américains sont affreusement exploités et souhaitent devenir communistes. Les ouvriers américains, eux, abhorrent tout ce qui dérangerait leur système. Ainsi les hommes se bercent d'illusions.

En réalité, les deux principales idéologies divisant notre planète, capitalisme et communisme, n'offrent pas de réponse. Elles se condamnent par leur point commun: l'une comme l'autre ne proposent que des valeurs matérielles. La possession est devenue échelle de valeur. Les démocraties dites "populaires" (si elle le sont autant, pourquoi l'indiquer?) n'ont qu'un but avoué: dépasser les capitalistes.

"L'homme ne vit pas que de pain". Toute civilisation matérialiste porte en elle-même un germe de mort parce qu'elle ne fait qu'aiguiser les convoitises.

Un autre point funeste, commun à ces deux idéologies, est de vouloir standardiser la vie (comme dans Le meilleur des mondes de Huxley), alors que nous avons plutôt besoin d'un nouveau type de rapports sociaux libérant nos différences. C'est pour cette raison que les hippies ont affolé la grande machine productrice américaine. Des boulons ronds pour des trous carrés! Que voulaient-ils, sinon une âme dans ce monde de matériel étouffant.

Alexandre Soljenitsyne, témoin oculaire de ces deux systèmes, disait à Harvard: "Le chemin parcouru depuis la Renaissance a enrichi notre expérience, mais nous avons perdu le Tout, le Plus Haut qui fixait autrefois une limite à nos passions et à notre irresponsabilité. Nous avions placé trop d'espoirs dans les transformations politico-sociales, et il s'avère qu'on nous enlève ce que nous avons de plus précieux: notre vie intérieure. A l'Est, c'est la foire du Parti qui la foule aux pieds, à l'Ouest, la foire du commerce. Ce qui est effrayant, ce n'est même pas le fait du monde éclaté, c'est que les principaux morceaux soient atteints d'une maladie analogue".

"Aujourd'hui, la force multinationale de l'économie menace à l'Ouest d'assassiner, ou d'asservir, un pouvoir politique déjà émasculé. A l'Est, c'est l'omnipotence de la bureaucratie politique qui étouffe toute initiative économique", ajoute Samuel Pisar, le grand juriste international rescapé d'Auschwitz.

La solution sociale ne se trouve pas dans la lutte entre le spirituel et le matériel, mais dans leur accord. Ni dans la politique contemporaine se condamnant par l'importance trop grande du leader, la tendance à la division dans la société et la défense surannée de la souveraineté nationale. Pas plus que dans les mains des deux superpuissances qui constituent les formes les plus dangereuses du totalitarisme. D'une part, l'impérialisme des plus riches aux exigences insatiables, et, de l'autre, un stalinisme récurrent.

Capitalisme et "socialisme" apparaissent comme étant deux extrêmes: primauté de l'individu sur le groupe dans la société capitaliste, primauté du groupe sur l'individu dans la société socialiste. Deux extrêmes, deux échecs.

Qui ne connaît pas la blague circulant à Moscou: qu'est-ce que le capitalisme? L'exploitation de l'homme par l'homme. Et le communisme? Juste le contraire. Il n'existe pas de vie économique possible sans profits (L'ensemble des parcelles de terre que les paysans soviétiques ont le droit de cultiver pour leur propre profit représente 1 % de la terre cultivable mais produit 60 % des pommes de terre consommées dans ce pays). Pour construire des usines et entreprendre de grands travaux, une concentration d'argent est nécessaire, qu'elle soit entre des mains privées ou publiques, particulières ou nationales. Le capital est neutre en soi, mais ses profits doivent être contrôlés et employés à bon escient. Il importe de limiter la richesse comme il importe de limiter la pauvreté. Les situations extrêmes sont nuisibles. L'ajustement des conditions humaines doit être tel que la pauvreté disparaisse, que chacun, autant que possible, reçoive sa part de confort et de bien-être, expliquait Abdu'l-Bahá à Paris précisant, cependant, le remède doit être appliqué avec prudence.

La naissance du machinisme au début du XVIIIe siècle a crée deux nouvelles classes. Un petit nombre concentrant l'argent, les capitalistes, et une masse de déshérites, le prolétariat, que les premiers exploitaient honteusement. George Sand s'inquiétait de voir "à côté de tant de richesses, tant de misère". Victor Hugo en fit une fresque inoubliable dans son roman Les Misérables. La misère effarante des salariés finit par faire basculer le conservateur. Lamartine dans la revolution Face à la situation inhumaine des travailleurs, une pléiade de théoriciens proposèrent une nouvelle organisation sociale pour améliorer le sort des salariés. Le socialisme faisait ses premiers pas. Blanqui, Saint-Simon, Louis Blanc, Barbès, Fourier, Cabet, Proudhon, Marx et d'autres élaborèrent des systèmes d'inspiration généreuse, mais ne promettant hélas aux travailleurs qu'un bonheur matériel, un idéal sans grandeur, incapable de satisfaire leurs aspirations profondes.

Dès 1830, le peuple commença à prendre conscience de sa propre force. La lutte s'engageait. Comment la résoudre? Autorité ou anarchie ? Devait-on suivre la tranchante devise de Blanqui, l'un des chefs de la révolution de 1848: "ni Dieu, ni maître"?.

Nombre de ces théoriciens cherchèrent à créer une religion humaniste (comme si la vraie religion avait un autre but!) Car, même s'ils décriaient les abus évidents de la religion, ils sentaient le besoin de garder une motivation pour les hommes.

On voulait une religion scientifique

Saint-Simon songe à établir la religion du travail et de l'industrie dont les savants seraient les prêtres Auguste Comte fonde la religion positiviste, mettant de côté le spirituel. Il meurt en 1857 déclarant toutefois: "Je me suis trompé, on ne peut pas faire une religion avec la science".

Pour Marx, le spirituel est un phénomène secondaire par rapport au matériel. Tous les actes des hommes, d'après lui, sont finalement détermines par des facteurs matériels D'ou sa conclusion que ceux-ci déterminent aussi le cours de l'histoire et que la lutte des classes en est le ressort. Nous sommes ici à l'opposé de Baha'u'llah, pour qui l'influx spirituel apporte régulièrement par les éducateurs universels constitue le ressort de la marche de l'humanité.

Marx, homme virulent, prêchait un évangile de haine et d'amertume. Il écrasait de son mépris les autres radicaux qui préféraient l'amour du prochain "Qui sème le vent, récolte la tempête". On constate le résultat. Qu'a fait la nation prenant Marx pour son prophète (malgré lui)? Sinon remplacer le saint-synode par le Soviet suprême, les prêtres par des commissaires du peuple et le catéchisme par l'endoctrinement.

Il n'y a entre la religion et le totalitarisme qu'une très fine frontière que les abus des hommes ont souvent fait franchir. Sous prétexte de ne l'avoir pas vu, l'enseignement officiel des pays "socialistes" renie Dieu. Par contre, on enseigne l'électricité dans les cours de science. Pourtant, personne n'a vu l'électricité. Ce que l'on connaît, comme la lumière d'une lampe ou la chaleur d'un four, n'en sont que les effets. Les effets de Dieu ne sont-ils pas assez manifestes? Enfin, est-ce qu'une idéologie préconisant la "lutte" des classes à la place de leur entente peut engendrer la "paix"? La solution des problèmes économiques ne peut être apportée par l'organisation du capital contre le travail ou du travail contre le capital ni par les conflits et les luttes, mais par une ferme attitude de bonne volonté de part et d'autre. Alors, une justice réelle et durable sera assurée. La collaboration et la consultation amicales, l'association et une juste répartition des bénéfices préserveront certainement mieux les intérêts du travail et du capital que ces grèves qu'il faut sans cesse recommencer.

Dans les écrits baha'is, il existe un nombre impressionnant de lois et préceptes en vue de la création d'une société équilibrée. Plusieurs de ces lois devront être appliquées par les gouvernements du monde, mais la solution de base des problèmes économiques actuels repose sur l'individu. Et, aussi surprenant que cela puisse paraître, la solution de ces problèmes économiques, si importante pour la paix de la société, est d'abord SPIRITUELLE!

L'action dépend de la conscience, l'économie, des valeurs morales de l'humanité. L'argent est neutre, c'est l'homme qui ne l'est pas.

Nous devons comprendre que la richesse, par elle-même, ne constitue pas une vertu. Elle peut même devenir une chose dangereuse, une puissante barrière entre le chercheur et l'objet de sa recherche. Le but de la vie ne peut être l'accumulation des richesses. Parmi les enseignements de Baha'u'llah, il est même question de partage volontaire des biens personnels avec autrui. Ce partage volontaire dépasse l'idée d'égalité, et veut dire que l'homme ne doit pas se préférer lui-même aux autres. Certes, cela ne devrait pas être le fait d'une contrainte au moyen d'une loi qu'on serait obligé de suivre. Non, l'homme devrait plutôt, délibérément et volontairement, sacrifier sa vie et ses biens pour 1es autres. Le pauvre désirant construire une école est impuissant. Le riche pourra le réaliser. C'est une bénédiction pour la société lorsqu'un riche ne laisse rien intervenir entre ses possessions et l'altruisme.

Baha'u'llah préconise, non pas l'égalité des individus (contraire à l'ordre naturel et dont l'essai infructueux de Lycurgue à Sparte a démontre l'impossibilité), mais l'abolition des extrêmes de richesse et de pauvreté. Car la société requiert une certaine mobilité pour fonctionner. Une armée composée uniquement de généraux ne peut manoeuvrer!

Il invita clairement les souverains à se considérer comme les protecteurs de leurs peuples et à consacrer leur autorité politique à la création d'une prospérité générale. On assiste depuis lors à une profusion sans précédent de lois à caractère social.

Les lois-principes de la révélation baha'ie font leur chemin lentement. Les impôts s'attaquent de plus en plus aux grosses fortunes, contraignant les riches aux Etats-Unis à créer des fondations de bienfaisance (Ford, Rockfeller, Carnegie, etc). Bien sûr, ces fondations ne servent souvent qu'à évader l'impôt, et les riches continuent d'avoir les moyens de détourner la loi. Mais, enfin, l'idée est là: au Moyen Age, on ne pensait même pas à taxer les riches, on ne pressurait que les pauvres!

D'autre part, nombre de pays ont institué un salaire minimum et créé des allocations diverses pour aider les plus défavorisés. Quoique imparfaite, cette attitude est symptomatique. L'abolition des extrêmes pauvreté/richesse est indéniablement en marche partout, des idées nouvelles prennent forme, dont la source se trouve, il semble, non pas chez Marx ou Mao, mais chez Baha'u'llah.

Pour réaliser les réformes dont la société a grand besoin, le Persan demande à ses disciples d'éviter toute violence. Certains soutiennent que sans elle, on ne peut rien obtenir Gandhi, Luther King, Amnesty International prouvent le contraire. Il est certain que la violence joue un rôle, mais le juste et le durable ne peuvent être bâtis sur ses effets. Les forces d'amour, seules, peuvent raviver le coeur des hommes et aider l'humanité à sortir de l'ornière. Les écrits persans viennent de 1es renouveler. La propre fille de Staline, au milieu de la terreur fomentée par son père, dans le monde de haine et de froideur du Kremlin, pensait: "La petite flamme du coeur brille encore". Elle donnait ainsi la réponse à une dialectique où violence et progrès quantitatif tiennent, seuls, lieu de vertu.


XIII - FEMME

Resterez-vous silencieuses et toujours cachées?
Flora Tristan "Appels aux femmes"

Il est impératif que la femme s'émancipe. Quand le point de vue féminin recevra la considération qui lui est due et que la volonté de la femme pourra s'exprimer dans l'organisation de la société, maintes questions négligées par le régime de prépondérance masculine feront de grands progrès. Nos modèles sont toujours Ulysse, coureur des mers; Thésée, déjoueur de labyrinthe; Icare, aux ailes brûlées.

Pourquoi pas Diane, vaillante chasseresse; Athena, sage conseillère, ou Thémis, la justice?

Plus de la moitié des habitants de la terre sont des femmes. Pourquoi n'exalter que des héros masculins?

"C'est le seul homme de notre gouvernement", disaient les Israéliens admiras en parlant de Golda Meir. Les femmes de valeurs ayant réalisé des choses remarquables dans le passé ne manquent pas plus que celles qui accomplissent des tâches importantes aujourd'hui. De la reine Zénobie à Florence Nightingale, de Sémiramis à Joliot-Curie

Jusqu'au XIXe siècle, en Europe, la femme n'avait pratiquement pas de vie propre: pas de droit de vote, pas d'accession à la propriété. L'homme avait tous les droits, y compris celui de la battre. A l'époque d'Hitler, la femme était encore enfermée par les trois K (Küche, Kinder, Kirche): cuisine, enfants, église!

Mais aujourd'hui l'électricité, l'atome et l'ordinateur diminuent, peu à peu, la primauté du travail musculaire. Or la femme, médiocre cow-boy, fait une excellente cosmonaute. Valentina l'a prouvé.

Louis Puiseux souhaite dans un ouvrage sur l'énergie "qu'au-delà de la fastidieuse exaltation des héros masculins de l'Occident, conquérants, bâtisseurs, inventeurs, aventuriers, capitaines d'industrie, tous plus ou moins voués au saccage, vienne pour la première fois, depuis la fin du néolithique et l'apparition des grands empires, une renaissance de vraies vertus féminines: une sagesse qui sait la solidarité, non seulement de toutes races, mais de toutes espèces, de l'enfant de l'homme à l'algue et à l'oiseau, une sagesse qui connaisse l'amour indivisible de la vie" Souhait récent que partage un nombre croissant d'êtres humains.

Plus d'un siècle auparavant, l'oeuvre de Baha'u'llah prônait cette renaissance. Ses lois sociales, sans équivoque, soutiennent que la femme doit être considérée comme l'égale de l'homme, jouissant de droits et de privilèges égaux, d'une éducation semblable et de facilités similaires. Dans les règnes inférieurs de la nature, animal ou végétal, la supériorité d'un sexe sur l'autre n'existe pas. Chez les humains, cette distinction ne provient pas de la nature non plus. Mais de l'éducation. Au début de sa vie le foetus n'est pas différencié. De même, il n'existe pas de différences fondamentales dans la vie des enfants jusqu'à l'âge de la puberté. Dans l'homme, il y a des éléments féminins, dans la femme des masculins.

Aucun phénomène n'échappe à la bipolarité, masculin, féminin, animus, anima, le Yin et le Yang des Orientaux: bien, mal, patience, impatience, intériorité, extériorité. L'égalité signifie seulement le respect de l'autre dans la différence. Il faut reconnaître l'autre comme égal à soi. Beaucoup de pays aujourd'hui promulguent l'égalité des sexes, mais les vieilles survivances ont du mal à mourir. Abdu'l-Bahá expliquait à Paris que si les femmes bénéficiaient de la même éducation elles démontreraient vite l'égalité de leurs capacités. Il ajoutait: A certains égards, la femme est supérieure à l'homme. Elle a le coeur plus tendre, elle est plus réceptive et possède une intuition plus vive. La femme possède plus de pouvoir intuitif dans les nécessités de la vie, car c'est à elle que l'homme doit sa propre existence.

Il précise que, lorsqu'on ne peut pas faire instruire tous les enfants comme c'est le cas dans le Tiers-Monde, mieux vaut commencer par les filles!

Cela gagnerait une génération en alphabétisation, car une mère instruite peut former correctement ses enfants. C'est elle qui donne la première formation, la plus importante. Cette idée n'est mise en pratique dans aucun des pays concerné et éveille même l'hostilité. En réalité, homme et femme doivent transmettre la connaissance, car volonté et intuition sont des principes complémentaires qui maintiennent la vie. Depuis les années soixante, celles des beatniks, des hippies et de l'élection de la première Maison Universelle de Justice, les anciennes idées s'effritent rapidement. Autrefois, l'homme qui plaisait était le bel officier de marine ou le vaillant capitaine, cheveux ras, mâchoire carrée, uniforme étincelant. L'uniforme avait du prestige. Mais où est passé ce prestige? Les militaires n'osent même plus sortir en tenue, de peur d'être ridicules. Aujourd'hui, est apprécié l'homme doux, aux cheveux bouclés, à la chemise à fleurs qui lui attirait le qualificatif d'homosexuel auparavant. Le mouvement hippie, si décrié, a libéralisé l'habillement, les moeurs et la pensée. Il a attiré l'attention, malgré lui, sur des valeurs dites "féminines": non-violence, amour, patience, paix.

Les femmes revendiquent de plus en plus leur juste droit. Elles ne cesseront pas de le faire avant que les hommes l'aient enfin reconnu.

Cela ne veut pas dire qu'il faut ignorer les différences. L'homme privilégie l'analyse au détriment de la synthèse. Analyser signifie décomposer, disséquer. Il a besoin de cette opération intellectuelle pour comprendre la vie, car il n'en possède pas les clés intuitivement. Pour ne pas respecter les différents plans de son être, il vit en terme de conflit. Cette division interne suscite la guerre au niveau collectif L'homme est d'abord action. Extériorité Il est mû constamment par le "projet"", le besoin d'inventer, d'asservir et le souci du progrès. Une humanité dirigée par la femme, plus intériorisée, moins aventureuse par nature, aurait été probablement plus statique. Mais le temps de la conquête est révolu. La femme, plus conservatrice, est devenue l'élément indispensable à la civilisation mondiale. Sans sa médiation, l'homme ne peut rien concrétiser.

Au-delà des femmes, ce sont les valeurs féminines qui doivent prendre leur place dans le monde. La santé, la tempérance, le respect de la vie et la paix ne s'en porteront que mieux.

Les valeurs féminines sont devenues nécessaires pour stabiliser les conquêtes masculines. Tant qu'elles ne pourront se déployer, la société ne pourra s'humaniser. L'égoïsme continuera à saccager la planète. La violence fera loi. La femme, porteuse de vie, en connaît la valeur sacrée. Sa constitution, sa fonction l'induisent à conserver la vie. Si elle pouvait dire son mot dans le concert des nations, les guerres disparaîtraient rapidement. Aucune mère n'envoie de gaieté de coeur ses enfants au front ou au maquis. Il ne s'agit pas, bien entendu, de remplacer les valeurs masculines par les valeurs féminines, mais d'utiliser 1es deux. La civilisation en dépend. Cela suppose l'alliance de l'Occident, principe masculin de séparation et de conflit, et de l'Orient, principe féminin d'union et d'harmonie. Du monde de la technologie et de celui des valeurs spirituelles. Pourquoi les hommes veulent-ils tout régenter? Même les décisions concernant les femmes sont prises à leur insu. Cette façon de procéder, reflet de l'histoire où les résolutions ne tiennent pas compte des intéressés (individus ou peuples), ne peut engendrer que des conflits. La guerre insulte les femmes: c'est vouloir détruire l'oeuvre de leur chair. Il est temps de mettre fin aussi à d'horribles coutumes les mutilant. Comme l'excision et l'infibulation en Afrique. De faire cesser les harems. Que le divorce ne soit plus une parodie de culpabilisation au détriment de la femme. On peut bénir Mao pour avoir mis un terme à l'atroce coutume des petits pieds en Chine, méthode par laquelle on empêchait le pied des fillettes de croître au prix de souffrances inouïes, mais il reste encore des lèvres à plateaux, des cous de girafes, des nez percés, des lobes d'oreilles déchirés, etc. Les lois baha'is rendent obligatoire le consentement des deux époux pour le mariage. Lois proprement révolutionnaires en Orient, où ceux-ci ne se choisissent pas. Il n'est qu'à voir le soulagement et la fierté des femmes bahá'ies dans les pays musulmans pour comprendre. Ces lois demandent le consentement des parents également, ce qui est révolutionnaire pour l'Occident cette fois! Elles insistent sur la fidélité dans le mariage. En effet, sans l'unité du couple et de la famille, cellule-base de la société, il est impossible de réaliser l'unité du monde (le divorce n'est pas recommandé mais existe: son application est simple).

De plus, grâce à ces lois, les femmes bahá'ies sont éligibles et participent aux décisions de la communauté au même titre que les hommes.

En 1844, l'année de naissance de la révolution persane, porteuse de ces lois émancipatrices, se tinrent aux Etats-Unis le premier Congrès des droits de la femme et le premier Congrès de l'éducation universelle.

A l'époque où la sublime héroïne babie, Tahirih, secouait le joug de siècles d'oppression masculine, une jeune Française, Aurore Dupin, protestait à travers ses romans contre l'organisation sociale et plaidait pour l'émancipation des femmes. Vers les années quarante, elle s'enthousiasma pour les idées socialistes et publia alors des romans reflétant son mysticisme humanitaire. D'aucuns affirment qu'elle fut la première féministe. Voulant égaler les hommes de façon radicale, cette "Minerve" s'habilla comme eux (les pantalons féminins n'ont été admis en France que bien après la Deuxième Guerre mondiale et leur port n'est toujours pas légal!), coupa ses cheveux et fuma le cigare. Ses compatriotes la connaissent mieux sous son nom masculin: George Sand. Les femmes se distinguent particulièrement dans le mouvement bahá'i. Sans hésitation, elles l'ont porté aux quatre coins de la terre. L'archétype "apostolique" est une Américaine, Martha Root, ancienne institutrice devenue journaliste qui parcourut inlassablement le monde et réussit a convertir la reine Marie de Roumanie à cette nouvelle Foi en 1926. C' est également un groupe de femmes exceptionnelles qui implantèrent cette Cause en France. A Paris, en 1899. Parmi elles, May Maxwell, dont la fille vint présider une Conférence Internationale Baha'ie au Palais des Congrès à Paris en 1976. Conférence réunissant sept mille participants. Les religions précédentes n'ont jamais accorde l'égalité à la femme.

"Femmes, soyez soumises à vos maris comme au Seigneur" (Ephésiens, 5 : 22), "l'homme est le chef de la femme" (1 Corinthiens, 11:3), "Je ne permets pas à la femme de prendre de l'autorité sur l'homme" (1 Thimotée, 2:12). Chez les juifs et les musulmans comme chez les chrétiens, la femme doit se soumettre. Mais aujourd'hui, dans l'ère nouvelle qui s'ouvre, la Justice divine exige que les droits des deux sexes soient également respectés puisque, au regard de Dieu" aucun des deux n'est supérieur à l'autre. Pour Dieu, la dignité ne dépend pas du sexe mais de la pureté et de l'éclat du cœur.

La misogynie du christianisme doit être attribuée à Paul et non au Christ. Dans des sociétés férocement dominées par les hommes, les grands éducateurs ont toujours cherche à relever le statut des femmes, mais cela ne pouvait être fait tout d'un coup.

Mahomet, contrairement à l'idée répandue en Occident, a donne un statut à la femme arabe, traitée jusqu'alors au même titre que le bétail. Elle était si dépréciée que les Arabes de l'époque enterraient leurs petites filles vivantes. Les lois coraniques lui donnèrent des garanties. Elles limitent, par exemple, le nombre d'épouses à quatre et incitent à la monogamie: "Si vous craignez encore d'être injustes, n'en épousez qu'une seule" (4 3) Ce sont les textes chrétiens qui ne limitent pas le nombre d'épouses!

Aujourd'hui, les écrits du prisonnier d'Akko ont clairement sonne l'heure de l'égalité entre l'homme et la femme. Les effets en sont de plus en plus notoires. Dans le passé le monde a été gouverné par la force et l'homme a dominé la femme en raison des caractéristiques plus impétueuses et plus agressives inhérentes tant à son cerveau qu'à sa constitution. Mais la balance penche déjà; la force perd de sa prépondérance et la vivacité d'esprit, l'intuition, les qualités spirituelles d'amour et de dévouement caractérisant la femme acquièrent de plus en plus d'ascendant.

Aussi, l'âge nouveau sera-t-il un âge moins masculin et plus imprégné des idéaux féminins ou, pour parler plus exactement, un âge au cours duquel les éléments féminins et masculins de la civilisation se trouveront dans un juste équilibre.

La femme est l'avenir de l'homme, le poète a raison


XIV - MESSIE

"A la fin, Dieu l'auteur primitif apparaîtra à nouveau, de l'ordre"
(PLATON)

Même si elle professe le retour du Christ, l'Eglise catholique n'attend pas de nouvelle révélation. Elle croit, comme toutes les autres religions, détenir l'ultime, la seule valable. Elle sait que le Christ n'est pas venu inopinément, que des prophètes avant lui ont préparé sa venue. L'idée que la révélation est progressive n'est étrangère à aucune religion. Ce qui l'est, c'est d'admettre qu'elle puisse continuer.

A l'avènement d'une nouvelle révélation, les institutions religieuses précédentes sont fortement éprouvées. Le phénomène n'est-il pas flagrant aujourd'hui? L'Eglise catholique, la mieux connue des Européens est dans un tel désarroi qu'elle vient de reconnaître récemment la liberté de religion. Le salut, hors de l'Eglise!

Faut-il qu'elle soit en perte de vitesse pour reconnaître le brin de vérité toujours farouchement nié aux juifs, musulmans, bouddhistes et hindous? A partir de 1880, le catholicisme, sous les coups de la libre-pensée, s'amenuise 1900; le taux d'ordination s'effondre et, en 1905, la loi sépare en France, l'Eglise de l'Etat.

A présent, l'Eglise catholique donne l'aspect d'une religion, mais pas de religion. Elle n'attend pas de nouvelle révélation, malgré la promesse du Christ rapportée par saint Jean (16:1 2); "J'ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant. Quand le consolateur sera venu, l'esprit de Vérité, il vous conduira dans toute la vérité". "L'esprit de Vérité qui vient du père", précise-t-il. Que veut-il dire par le "père" (Ceux qui font du Christ un être unique n'ont pas de preuve d'écriture ni de faits concrets valables pour étayer cette thèse. Ils ne répètent qu'aveuglément un dogme enseigné?)

Chaque éducateur universel, chaque messager de Dieu a un titre Abraham était "l'ami", par exemple, Moïse "le confident", le Christ "le Fils", Mahomet "l'Apôtre".

Baha'u'llah se nomme "le père". Ces titres symboliques ont pu faire croire à certains que le Christ était le Fils unique. Il fut, certes, l'unique canal de la grâce divine pour son temps, mais pas le seul homme inspiré divinement au cours de l'histoire (de plus, il eut des frères et des soeurs dans sa famille). Il était le "Fils" pour préparer la venue d'un autre qui serait le "père".

Dans l'Ancien et le Nouveau Testament, le mot "père" désigne, selon le contexte, soit Dieu, soit la Gloire de Dieu (Baha'u'llah).

En s'arrogeant ce titre de "père", Baha'u'llah porte littéralement l'humanité sur la balance du Jugement! La prétention est prodigieuse; le Christ de retour, le Messie tant attendu, le Promis de toutes les religions! Découverte la plus inattendue de mon périple Toison d'or de mon odyssée. Baha'u'llah ne prétend pas être le retour du corps (décomposé à jamais), mais de l'esprit du Christ. C'est-à-dire le nouveau porte-parole de la même inspiration divine. "Pour conduire dans toute la vérité". Toute la vérité pour l'époque Baha'u'llah, lui-même, ne revendique pas de finalité, puisqu'il dit que l'humanité, en progression constante, aura toujours besoin d'éducateurs. Chaque envoyé a non seulement fait référence à ses prédécesseurs, mais a aussi promis soit son retour soit la venue d'un successeur. Aucun ne s'est présenté comme le seul, l'unique, le dernier. Pourtant, chaque religion s'est cristallisée autour du "sien", préférant la lampe à la lumière, traitant chaque éducateur suivant d'hérétique et le persécutant (Ce qui explique les persécutions des baha'is dans le monde musulman encore perpétrées de nos jours. Voir la presse quotidienne et le chapitre XVII)

Le Dinkird, le livre sacré des zoroastriens, cette ancienne religion de l'Iran chassée par l'Islam, contient une étonnante prophétie; "Lorsque mille deux cents et quelques années se seront écoulées après le début de la religion de l'Arabe et le renversement du royaume d'Iran et la dégradation des fidèles de ma religion, un descendant des rois iraniens sera élevé comme prophète".

Cette prophétie date d'environ trois mille ans. Il est difficile de le dire exactement, les écrits zoroastriens ayant subi beaucoup de dommages au cours des siècles. Les événements baha'is l'expliquent parfaitement. Ils ont commencé après "mille deux cents et quelques années" de l'islam "la religion de l'Arabe", mille deux cent soixante ans exactement. Lors de la conquête arabe de l'Iran en 640, la fameuse bataille de Qadessieh, le zoroastrianisme n'était plus qu'un tissu de cérémonies et de tabous loin des magnifiques préceptes du fondateur. L'islam remplaça en quelques années l'ancienne religion, dont les fidèles se dégradèrent au point de n'être plus aujourd'hui qu'une poignée à Yazd, Kirman, Karachi et Bombay (près des sinistres tours du silence où ils exposent leurs morts aux oiseaux de proie).

Un descendant des rois iraniens s'est proclamé prophète, Baha'u'llah, dont la lignée remonte aux rois sassanides. La prophétie continue, décrivant les traits majeurs du mouvement bahá'i avec précision, mais il serait fastidieux de la détailler ici. Les derniers survivants de la religion zoroastrienne attendent toujours le Shah-Bahram, le sauveur du monde, qui, après trois mille ans de lutte entre Orzmud et Ahriman, le bien et le mal, fera triompher le bien. Ces trois mille ans sont écoulés. Dans une autre prophétie de Dinkird (vol VII, chap. 8-9), à la demande de Jamasp quant à son retour final pour faire triompher la Lumière, Zoroastre répond: "O Jamasp, sache que, quand les lampes seront allumées sans bougies en touchant simplement les murs (boutons électriques), quand les voitures marcheront sans chevaux et quand les hommes voleront comme des oiseaux, les temps seront mûrs!" Ce genre de prophéties décrivant voitures, avions, hélicoptères, sous-marins n'est pas l'exclusivité du Dinkird, car l'on trouve des descriptions analogues dans tous les textes sacrés. A Pondicherry, lors de mes longues soirées sur le toit de l'ashram, sous la chaude voûte étincelante des nuits indiennes, je découvrais dans le livre sacré des hindous, la Baghavad-Gita, les versets suivants: "Chaque fois qu'en quelque endroit de l'univers la spiritualité voit un déclin, et que s'élève l'irréligion, ô descendant de Bharata (Krishna). Je descends en Personne" et "J'apparais d'âge en âge afin de délivrer mes dévots, d'anéantir les mécréants, de rétablir les principes de la spiritualité" (versets sept et huit du quatrième chapitre).

Ce qui indique que les éducateurs se succèdent d'époque en époque dès qu'il est nécessaire. N'a-t-on pas observé ce phénomène depuis l'aube des temps? Il constitue même la colonne vertébrale de l'histoire. Les hindous acceptent d'ailleurs avec la plus parfaite tolérance tous les maîtres spirituels. Qu'ils appellent des Avatars. Ils attendent aujourd'hui le dixième, le retour d'un Krishna qui serait entendu par le monde entier (En 9050 avant le Christ était apparu Manu le sixième Avatar, puis en 6450 Ram le septième Krishna le huitième, a vécu 2850 ans avant Jésus-Christ. Le neuvième fut Bouddha, le dixième est attendu sous le nom exact de Kalki Avatar, l'Avatar du Suprême).

Un autre texte sacré des hindous, le Vishnu-Purâna, dit "Quand le temps de cet âge sombre approchera, l'être divin existant par sa propre nature spirituelle selon le caractère de Brahman, descendra sur la terre". L'âge sombre cité est celui du présent cycle de Kali-Yuga l'âge de fer auquel doit succéder l'âge d'or (appelé Kreta-ug ou Sat-Yug)

D'après les traditions sabéennes, religion précédant celle de Zoroastre en Mésopotamie, cinq Hermès devaient paraître depuis leur première révélation. Même après leur soumission aux musulmans, certains Sabéens ont conservé cette tradition. Malheureusement les dates sont perdues. Les bouddhistes, dont la religion naquit six cent ans avant notre ère, attendent actuellement le cinquième Bouddha, celui que Lord Gautama (le fondateur) nomma le Bouddha de la fraternité universelle, "qui aurait des fidèles non pas par milliers comme moi mais par millions" (Siddharta Bouddha correspond au neuvième Avatar des hindous. Le cinquième Bouddha attendu serait donc le même personnage que le dixième Avatar des hindous. A signaler que, de même que les juifs ont rejeté le Christ, les hindous ont rejeté Bouddha).

En Occident, la Bible annonce la fin des temps, soit de façon vague soit chiffrée, sous une forme sibylline qui n'a pas manqué de donner lieu à bien des interprétations. Jusqu'à prédire la disparition totale de notre planète.

Daniel, le plus grand des visionnaires de l'Ancien Testament, voit la fin des temps au bout de "soixante-dix semaines (9:24), sept semaines et soixante-deux semaines (9:25), d'un temps, deux temps et la moitié d'un temps (12:7), mille deux cent quatre-vingt-dix jours (12:11), mille trois cent trente-cinq jours (12:12), deux mille trois cents soirs et matins". Il avouait, lui-même ne rien y comprendre!

Pourtant en lisant avec soin l'Ancien et le Nouveau Testament, on s'aperçoit que ce "temps de la fin" sera celui où les prophéties, ayant été accomplies, n'auront plus cours. Ce serait la fin du cycle prophétique, le début d'une ère nouvelle.

J'ai longtemps considéré la Bible comme un beau conte de fées, extraordinaire et incompréhensible. Jusqu'au jour où j'ai trouvé l'explication de ces chiffres contradictoires dans un des recueils d'Abdu'l-Baha intitulé. Les leçons de Saint-Jean-d'Acre

En voici trois:

Dans le livre de Daniel, il est fait état de soixante-dix semaines séparant la reconstruction du temple du sacrifice de celui qu'on appellera le Christ Daniel se réfère au troisième édit d'Artaxerxès 1er autorisant le retour des juifs à Jérusalem (457 ans avant J-C). Or, suivant la terminologie des livres saints où "le jour du Seigneur est une année" (Nombres, 14:34 et Ezéchiel 4:6), il nous est permis de conclure 70 semaines = 490 jours = 490 années.

Daniel a donc prédit avec exactitude la date de la mort du Christ à trente-trois ans, 457 + 33 = 490. Au huitième chapitre, verset treize, de ce même livre, il est dit: "Jusqu'à quand durera la vision du sacrifice continuel et de la révolte qui cause la ruine?" A cette question, Daniel répond: "deux mille trois cents soirs et matins". En d'autres termes, jusqu'à quand durera le malheur de l'humanité?

2 300 jours = 2 300 ans

2 300 ans - 456 (années écoulées entre l'édit et la naissance de Jésus) = 1844 Année de la proclamation du Bab.

Enfin, à quelle date correspondent les mille deux cent quatre-vingt dix jours que Daniel entrevit dans sa quatrième vision "pour que le sacrifice perpétuel cesse"?

Cette période part de la déclaration de Mahomet. En 612 après Jésus-Christ. Ces mille deux cent quatre-vingt dix jours doivent être comptés pour mille deux cent quatre-vingt dix années lunaires, suivant le calendrier musulman, équivalentes à mille deux cent cinquante et une années solaires. La vision nous mène donc à 1 251 + 612 = 1863 de l'ère chrétienne, date de la déclaration publique de Baha'u'llah à Bagdad.

Les Juifs n'ont pas accepté le Christ comme Messie (Libérateur), car ils attendaient le produit de leur imagination: un homme capable de leur donner la victoire, venant d'un lieu inconnu, alors que celui-ci n'avait pas d'armée et était le fils de Joseph de Nazareth. Ils ont fêté à sa place le redoutable Bar Kochba, d'origine incertaine, et qui savait se battre contre les Romains. Plus tard, un de leurs écrits, le Zohar, annonce au Moyen Age, l'année 5 600 après Moïse "pour que les portes de la Sagesse soient ouvertes". Ce qui correspond à 1840, à l'aube de la révélation baha'ie.

La Bible annonce, en réalité, l'arrivée non pas d'un Rédempteur mais de plusieurs. Les Juifs ont eu raison, toutefois, de ne pas prendre le Christ pour le "Prince de la Paix" dont parle Esaïe, ce prince qui amènera un règne où "une nation ne tirera plus l'épée contre l'autre". Car, depuis son avènement, la terre n'a certainement pas connu la paix, Baha'u'llah proclame que ce titre lui est destiné, titre qui s'applique au domaine spirituel. Toutefois, dans la vie temporelle, il est aussi "prince" par sa lignée royale, tandis que le Christ n'est que fils de charpentier. Il faut reconnaître que les promesses de "retour" citées dans les Evangiles semblent contradictoires. D'une part, "les nations verront le Fils de l'homme venant sur les nuées du ciel avec puissance et une grande gloire" et, de l'autre, "il viendra comme un voleur dans la nuit", c'est-à-dire inaperçu!

Descendre sur un nuage semble difficile, car les nuages montent. S'y asseoir est périlleux. Si tout le monde est supposé le voir en même temps, Comment feront les Australiens si le nuage arrive au-dessus de Créteil?

Que sont les nuages, sinon des voiles obscurcissant la clarté du soleil. Cela ne signifierait-il pas plutôt que la pureté du message serait redonnée au milieu des nuages de nos imaginations, dogmes et égoïsmes voilant la vérité? Que ceux endormis par leurs soucis et préjugés ne s'apercevront de rien? Il n'y avait pas de contradictions dans les Evangiles. Le Christ reviendrait silencieusement, mais paré de la "Gloire de Dieu", de sa puissance une nouvelle fois. Puissance visible aux yeux spirituels seulement. Le Christ doit revenir dans la "Gloire de Dieu". En arabe, Baha'u'llah signifie "Gloire de Dieu". Ce nom de Baha'u'llah est mentionné sous différents titres dans tous les livres saints dont le but était de préparer la venue du "berger" qui réunirait "les autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie" (Jean, 10:16).

Maaitreya ou Amithaba, nom du Bouddha promis dans les textes indiens, signifie également "Gloire de Dieu".

Saint Matthieu a donné une image saisissante du passage de Baha'u'llah: "Comme l'éclair part de l'Orient et se montre jusqu'en Occident, ainsi sera l'avènement du Fils de l'Homme" (24:27). Baha'u'llah, né à Téhéran, fut déporté à Bagdad, puis exilé à Istanbul et Andrinople, et fait prisonnier pour le restant de sa vie à Saint-Jean-d'Acre en Palestine. Un parcours involontaire qui ressemble étrangement au tracé d'un éclair partant de l'Orient vers l'Occident. Le Coran parait, à première vue, aussi contradictoire que les Evangiles au sujet du "retour".

D'une part, Mahomet annonce la fin des temps avec l'arrivée de deux personnages au point ou tous les sunnites (orthodoxes musulmans) attendent le Mahdi et le retour du Christ et les shiites, le Qa'im et le retour de l'Imam Husayn (En réalité, toutes les religions n'attendent pas la venue d'un personnage mais de deux: les deux "oints des derniers jours" de Zacharie le "double miracle" des textes hindous, les deux "malheurs", de l'Apocalypse Elie ou saint Jean-Baptiste et le Christ pour les chrétiens Ben Joseph et Ben David pour les juifs, Hoshidar Boomit et Shah-Bahram pour les zoroastriens Maitreya et Avalokitesvara pour les bouddhistes Raja Suryavanshi Maru Kalkiet Chandravanshi Devapi pour les hindous. "Le jour de la Résurrection la trompette retentira une seconde fois" selon d'anciens écrits sacres de Perse. Le Christ promet que "Celui qui entre par la Porte est le berger". Le Bab signifiant "porte" en arabe, prédit que le Grand Rédempteur apparaîtrait exactement neuf ans après lui, 1844 + 9 = 1853. Date ou Baha'u'llah prit conscience de sa mission dans le puits noir de Téhéran! La "porte" signifiait le premier personnage qui introduirait le précurseur). Et de l'autre, il se proclame le "sceau" des prophètes. Si bien que les musulmans, tout en attendant la venue de nouveaux prophètes, jurent que Mahomet est le dernier!

Il n'y a pas de contradiction dans ce livre non plus, si l'on sait qu'en arabe, il existe deux mots pour désigner le prophète: "nabi", celui qui prophétise, et "rasoul", celui qui donne les lois, qui fonde une religion. D'après le Coran, Mahomet est le dernier des "nabi", des prophètes qui prophétisent. Ce qui n'interdit nullement l'arrivée d'autres fondateurs de religion.

Le Bab et Baha'u'llah ne font pas de prophéties sibyllines. Mettant fin ainsi au cycle prophétique commencé avec Adam.

Le Coran a donné la date de l'ère nouvelle avec grande précision: "Dieu conduira la religion du ciel à la terre, puis elle remontera à Lui dans un jour dont la durée est de mille ans" (32:4). Or l'histoire enseigne que les imams, après la mort du prophète, ont guidé les croyants et maintenu la pureté des enseignements jusqu'en 260 de l'hégire (ère de l'islam débutant en 622 de l'ère chrétienne). Date de la disparition mystérieuse du dernier imam. A partir de cette date, "la religion est remontée au ciel", c'est-à-dire que, sans guide inspiré, elle s'est laissé corrompre. Et, mille ans plus tard, elle doit redescendre sur terre dans sa pureté première, être renouvelée: 260 + 1000 = 1260, chiffre également cité par Daniel, correspondant à l'année 1844 de notre calendrier grégorien. L'Europe sceptique voit dans les texte sacrés une sorte de mythologie dépassée puisque la science explique tout. Ou presque, Les extraordinaires coïncidences des événements persans avec les prophéties d'antan n'en sont pas moins étonnantes.

La "fin du monde" décrite dans les Evangiles est terrifiante. Les étoiles qui tomberont du ciel, la lune qui doit devenir rouge et le soleil qui se noircira ont de quoi faire frémir.

Les explications sont multiples. En voici une ou deux, extraites des écrits baha'is.

Les étoiles apparaissent la nuit lorsque le soleil s'est couché. Les étoiles des textes sacrés sont les luminaires guidant les homme lorsque le Soleil de Vérité (le prophète) a disparu. C'est-à-dire les prêtres, pasteurs, ministres, missionnaire, mullas, mouftis et théologiens. A la fin des temps (du temps imparti à leur propre religion), ils perdront leur pouvoir en tombant du ciel de la religion. Elles ne brilleront plus. Les hommes ne les prendront plus pour guides. N'est-ce pas cela que l'on observe aujourd'hui? Le soleil se noircira. La lumière du soleil des prophètes ne s'est-elle pas éteinte dans un monde matérialiste qui ne croit plus en rien ?

Les grands éducateurs désignent par "soleil" leur pur enseignement. Les hommes en les obscurcissant par des préjugés et des interprétations erronées, se retrouvent dans des ténèbres spirituelles. La lune et les étoiles représentent des sources lumineuses de moindre importance, les chefs et maîtres religieux inspirant et guidant les hommes. La lune rouge, "la lune changée en sang", est le chef religieux qui, ayant perdu l'esprit d'amour, s'avilit par des querelles et des luttes meurtrières. Ayatollahs exempli gratia. La révolution persane m'a aidé à conclure que les prophéties avaient une valeur. Que Dieu tient ses promesses!

Si l'on admet que certaines prophéties se sont réalisées, il est permis d'espérer que la paix et la justice annoncées par d'autres s'accomplissent.

Pourquoi les chrétiens ont-ils oublié l'Alliance que Dieu a établie avec les hommes, ce pacte leur promettant la paix?


XV - MON CHEMIN

Je suis né en France à 1'ombre d'un clocher. Sans mon consentement, j'ai été baptisé, confirmé, confessé, communié. Je ne pensais pas à remettre les choses en question, j'essayais plutôt de m'y adapter. L'esprit de contestation n'existait pas. J'attribuais ce qui me paraissait bizarre et incompréhensible au fait d'être trop jeune. Depuis les années soixante, c'est différent : les enfants questionnent et veulent des réponses satisfaisant.

Elevé dans une famille ouvrière "pratiquante", je croyais donc avec sincérité, "charbonnièrement". J'ai dû attendre la trentaine, les années soixante, la rencontre avec les hippies de Haight Ashbury pour abandonner mon "conservatisme". Mes tabous. Tâche difficile, car, mal informé par la presse, j'avais d'abord eu peur de ceux-ci.

Parti de France à dix-sept ans en "bon catholique", je me suis retrouvé en Ecosse plongé d'emblée dans le "péché" (selon les critères de "Sainte Mère l'Eglise"). La raison en était simple, il n'y avait pas de messe le dimanche, les Ecossais sont protestants! Impossible d'y assister. Cas de force majeure, pensais-je, le Bon Dieu pardonnera. En Espagne, pays suivant, je fus pris de dégoût pour le catholicisme officiel tout-puissant. On m'avait demandé de spécifier ma religion à la frontière sur les formulaires de douane (pratique encore courante dans les pays musulmans). Là, les messes ne manquaient pas, mais la non-assistance faisait juger sévèrement et pouvait priver de travail! Franco paradait sous un dais comme la Vierge les grands jours de fête. La confession à ciel ouvert augmentait l'humiliation du pénitent. Les Offices dominicaux se déroulaient dans le cliquetis continuel des éventails de ces dames en mantilles, tandis que les hommes, rejetés sur le parvis, s'entretenaient de taureaux et de football.

La pompe et l'hypocrisie m'ont conduit à renier l'églisianisme. En conséquence, je niais Dieu. J'avais vingt ans, l'âge des grandes questions. Les philosophes existentialistes étaient à la mode, mais leurs écrits manquaient de joie. Il manque un je ne sais quoi à l'athée, il ressemble à la branche morte de l'arbre. Je cherchais le bonheur. Ce n'est pas la mode mais la vérité qui m'intéresse. Suivit un séjour de deux ans au Congo. Quoique fasciné par la magie du vaudou africain, l'animisme ne pouvait me satisfaire. Au retour, à l'escale de Niamey, je fus impressionné par un musulman priant dans la rue sans se préoccuper du trafic. La dévotion était la même, mais la décadence et le fanatisme que j'allais découvrir par la suite dans les pays musulmans ne pouvaient m'encourager à le devenir.

En Allemagne, où catholicisme et protestantisme se partagent la population à l'amiable, j'aurais voulu aller chez les protestants plus près du Livre. Le message du Christ, oui, l'Eglise, non. Mais les sectes s'y comptent par centaines (laquelle choisir?), et l'air sévère et austère du protestantisme me gêne.

En Italie, où je séjournais ensuite deux ans, ce n'était pas très sérieux. Peppone allait se signer à l'église avant d'aller à la réunion du parti! Plus tard, les doctrines hindoues, belles, tolérantes et élevées, apportaient la joie que je cherchais. Elles me parurent cependant trop confuses. Je ne m'y retrouvais plus dans le labyrinthe de leur panthéologie! Il me fallait une vision claire. De plus, le désastreux état économique de l'Inde a de quoi faire réfléchir. La religion doit être non seulement la cause du bonheur des individus, mais aussi du bien-être des peuples. Le "folklore" des sectes à la mode n'offre rien de sérieux.

Quant aux juifs et aux parsis, ces minorités actives et brillantes, ils n'acceptent plus personne de l'extérieur, ou avec des difficultés décourageantes. Comme dans la plupart des autres religions, ils s'embarrassent de règles surannées. J'aurais finalement voulu être bouddhiste. La doctrine de Gautama, nuancée, plus raffinée que celle du Christ (parce qu'il apparut dans une civilisation plus avancée), me séduisit en Thaïlande. Elle supprimait la pénible notion chrétienne de péché et n'avait jamais engendré de guerre. Mais le bouddhisme, à l'instar de toutes les grandes religions du passé, est divisé. Atteignant le sommet de l'exubérant avec le tantrisme tibétain. Un séjour chez les bonzes me fit comprendre que l'esprit n'y était plus, que l'on agissait selon la lettre. Que la doctrine était certes merveilleuse pour l'individu, mais ne prévoyait rien au niveau collectif. Que, finalement, comme dans les autres religions, la main de l'homme dominait plus que la pensée directrice du fondateur.

Mais l'homme ne peut s'épanouir sans une cause. Il ne peut cheminer sans direction. J'avais besoin d'une pensée en accord avec la raison et l'époque. Une force de joie et non des principes restrictifs. Je cherchais la liberté. La méthode pour me libérer. Un philosophe ne pouvait me satisfaire, car il s'adresse à la raison seulement. Et sa vie n'inspire guère. Ma propre inspiration ne pouvait suffire. Comme Mulla Husayn errant dans le Fars en quête du Promis, mon long voyage n'a été que la recherche d'un grand éducateur moderne. J'ai dû tout abandonner, connaître le "désert" et, sac au dos, pendant des années fouler et dormir sur le sol des cinq continents pour atteindre mon but. Quête inconsciente au départ, mais motif Sous-jacent de cet ardu périple. J'étais arrivé à la conclusion que l'essence des religions est une, que le même Dieu les inspire. Mais alors, pourquoi tant de religions? Quel était leur lien ?

Au Canada, tremplin économique de mon tour du monde, je découvris dans le Toronto Daily Star du 4 mai 1926 le témoignage bouleversant de la reine Marie de Roumanie:

"C'est un merveilleux message que Baha'u'llah et son fils Abdu'l-Bahá nous ont donné. Ils ne l'ont pas fait de manière agressive sachant que le germe de la vérité éternelle qui s'y trouve ne peut que prendre racine et se développer. Il ne contient qu'une seule vérité: l'Amour, ressort de toute énergie, la tolérance réciproque, le désir de compréhension mutuelle, se connaître les uns les autres, s'aider, se pardonner. C'est le message du Christ renouvelé, presque dans les mêmes mots, mais adapté aux mille ans et plus de différence séparant l'an 1 d'aujourd'hui. Personne ne peut manquer de s'améliorer à cause de ce livre. Je vous le recommande à tous. Si jamais les noms de Baha'u'llah ou d'Abdu'l-Baha arrivent à votre attention, ne rejetez pas leurs écrits Etudiez-les et laisser leur leçon et mots glorieux, porteurs de paix et créateurs d'amour, pénétrer dans vos coeurs comme ils ont pénétré dans le mien".


XVI - LE GRAND PLAN

Le bien-être de l'humanité sa paix, sa sécurité ne peuvent être obtenus tant que son unité n'est pas fermement établie. Selon Shoghi Effendi, le maître d'oeuvre du nouvel ordre administratif bahá'i à travers le monde, "l'unité de la race humaine implique l'établissement d'une communauté universelle où nations, races, classes et croyances seront étroitement et définitivement unies, où l'autorité des dirigeants et la liberté personnelle ainsi que l'initiative des individus qui la composeront seront complètement et pour toujours sauvegardées".

"Cette communauté", poursuit-il, "pour autant que nous puissions l'imaginer, comportera:

- Un CORPS LÉGISLATIF UNIVERSEL, dont les membres, en tant que représentants de la race humaine, auront le contrôle suprême de toutes les ressources des nations et, édictera les lois nécessaires pour régler la vie, satisfaire les besoins et harmoniser les relations de tous les peuples et de toutes les races;

- Un POUVOIR EXÉCUTIF UNIVERSEL, s'appuyant sur une force internationale, veillera à l'exécution des décisions arrêtées par ce corps, à l'application des lois qu'il aura votées et à la sauvegarde de l'unité de la communauté tout entière;

- Un TRIBUNAL UNIVERSEL se prononcera en dernier ressort et fera autorité dans tous les conflits qui pourraient s'élever entre les membres de ce système universel;

- Un mécanisme d'INTERCOMMUNICATION MONDIALE sera imaginé, qui embrassera toute la planète, sera affranchi de toutes les restrictions nationales et fonctionnera avec une merveilleuse rapidité et une régularité parfaite;

- Une CAPIT ALE UNIVERSELLE jouera dans cette civilisation mondiale le rôle de centre nerveux, elle sera le foyer où convergeront toutes le forces unifiantes de la vie et d'où rayonneront toutes les influences vitalisantes;

- Une LANGUE UNIVERSELLE sera inventée ou choisie parmi celles qui existent déjà, et enseigné dans toutes les écoles des nations fédérées comme langue auxiliaire de la langue maternelle;

- Une ÉCRITURE UNIVERSELLE, un SYSTÈME UNIVERSEL et UNIFORME des monnaies, poids et mesures viendront simplifier et faciliter les relations entre les peuples;

- Dans cette société, les deux grandes puissances de la vie humaine, la religion et la science, seront réconciliées, elles coopéreront et se développeront dans l'harmonie ;

- La PRESSE, tout en donnant libre champ à l'expression des vues et convictions diversifiées du genre humain, cessera d'être vendue à des intérêts privés ou publics et sera libérée de l'influence des gouvernements et des peuples en conflit ;

- Les RESSOURCES ÉCONOMIQUES du monde seront organisées, toutes les Sources de matières premières seront exploitées a plein rendement, tous les marchés coordonnés et développés, et la distribution des produits équitablement réglée ;

- Rivalités, haines et intrigues cesseront entre nations

- Animosités et préjugés raciaux feront place à l'amitié raciale, à la compréhension réciproque et à la coopération ;

- Les causes de lutte religieuse seront à jamais écartées, les barrières et les restrictions économiques abolies, et l'anormale distinction entre les classes disparaîtra complètement

- La suppression de la PROPRIÉTÉ cessera d'être envisagée en même temps que cessera l'accumulation de la richesse entre un petit nombre de mains;

- Les immenses ÉNERGIES qu'actuellement absorbe et gaspille la guerre économique ou politique seront consacrées a étendre la portée des inventions humaines et du développement de la technique industrielle, à accroître la productivité du genre humain, à exterminer la maladie, à pousser plus avant le recherche scientifique, à améliorer la santé physique de l'espèce, à rendre le cerveau humain plus aigu et plus subtil, à exploiter les ressources de la planète jusque-là inemployées et insoupçonnées, à prolonger la vie humaine et à développer tout autre moyen propre à stimuler la vie intellectuelle, morale et spirituelle de la race humaine tout entière."

Shoghi Effendi conclut (et ceci avant la guerre): "Un système de fédération universelle qui régira la terre entière et exercera sur ses ressources, d'une inimaginable ampleur, une autorité à l'abri de toute discussion, qui incarnera tout ensemble l'idéal de l'Orient et celui de l'Occident; qui sera affranchi de la malédiction de la guerre et de ses misères, et qui tendra à l'exploitation de toutes les sources d'énergie disponibles à la surface de la planète; un système dans lequel la force sera mise au service du droit et dont la vie sera soutenue par la reconnaissance universelle de Dieu et l'obéissance à une seule Révélation, tel est le but vers lequel les forces unifiantes de la vie poussent l'humanité."

TEL EST LE GRAND PLAN

Le rêve de tous les hommes épris d'équité. Le Paradis promis. La politique divine à laquelle des milliers et des milliers d'hommes de tous les horizons, appelés baha'is, commencent à se dévouer, ainsi que de nombreux autres d'une façon inconsciente.

N'est-ce pas de cela dont parlaient les précurseurs de l'aube, les philosophes des lumières et dont rêvaient les poètes romantiques et tous les socialistes du XIXe siècle?

N'est-ce pas pour ces principes-là que révolutions américaine, française et russe ont ébranlé l'humanité? Que la Chine est secouée de convulsions?

N'est-ce pas à cela qu'une humanité malade aspire??

Est-il autre plan plus complet ?

Toutes les communautés du monde, qu'elles soient religieuses ou politiques, anciennes ou modernes, peuvent trouver dans les enseignements de Baha'u'llah l'expression de leurs plus hautes aspirations. Les sociétés religieuses l'établissement d'une religion universelle, les politiques le fondement de la justice sociale et de la paix mondiale. Les peuples luttant pour leur liberté, l'espérance. Les économistes et planificateurs dont les propositions se sont avérées impraticables des solutions réalistes, applicables à la société sans lui causer de détresse.

Lorsqu'on voit ce qu'ont inspiré les trois ans de prêche du Christ, il est impossible d'imaginer ce que cent treize ans d'écrits "révélés" pourront produire. C'est utopique, certes. Mais l'utopie d'un jour est la réalité du demain. Toute idée nouvelle avant d'être acceptée et appliquée est d'abord vilipendée. Et plus encore quand elle est juste! Dans la nature, ce qui est latent au coeur des choses n'apparaît que graduellement. Baha'u'llah nous assure que la lumière de l'unité est si puissante qu'elle peut illuminer la terre entière. Le nouvel ordre mondial proposé par Baha'u'llah en 1863 apparaît comme une fécondation. Le monde se décompose à allure rapide. Et les effets de cette métamorphose désespèrent l'observateur superficiel, qui ne peut y voir l'élément indispensable pour nourrir une forme de vie plus riche. Comme dans l'oeuf une fois la fécondation entamée, rien ne peut l'arrêter. Un jour , la coquille des systèmes inadaptés se brisera. L'unité est inévitable. Les hommes ne peuvent que la faire progresser ou la retarder.

"Qu'il n'y ait point de malentendu", ajoute Shoghi Effendi au sujet de l'unité de l'humanité, "le principe de cette unité - l'essence même de tous les enseignements de Baha'u'llah - n'est pas une simple manifestation de soudaine sentimentalité ignorante ou l'expression d'un espoir vague et pieux Son appel n'a pas à être identifié avec un réveil de l'esprit de fraternité et de bonne volonté parmi les hommes. Il ne vise pas non plus à seulement entretenir une harmonieuse coopération entre les peuples et des nations autonomes. Ce qu'il renferme est plus profond. Ses aspirations sont plus grandes qu'aucune de celles que les Prophètes du passé furent autorisés à formuler. Son message ne s'adresse pas seulement à l'individu, il s'intéresse en principe à la nature des rapports essentiels qui doivent relier, entre eux, tous les Etats et les nations considérés comme les membres d'une seule famille humaine. Il n'est pas seulement l'énoncé d'un idéal, il est intimement lié à une institution propre à personnifier sa vérité, à démontrer sa validité et à perpétuer son influence. Il exige dans la structure de la société une modification organique telle que le monde n'en a jamais encore expérimenté. Il constitue un défi, à la fois audacieux et universel, pour annihiler les critères des croyances nationalistes. Croyances qui ont eu leur temps et qui, au cours naturel des événements, modelés et dirigés par la Providence, doivent céder le pas à une nouvelle doctrine foncièrement différente et infiniment supérieure à ce que, jusqu'ici, il a été donné au monde de concevoir.

Il n'invite à rien de moins qu'à reconstituer et à démilitariser la totalité du monde civilisé. Il veut un monde organiquement unifié sous tous les aspects essentiels de son existence, de ses organes politiques, de ses aspirations spirituelles, de son commerce et de sa finance, de son écriture et de sa langue. Ce monde, cependant, n'en sera pas moins d'une diversité infinie par les traits caractéristiques nationaux des unités fédérées.

Il représentera l'achèvement de l'évolution humaine"


XVII - POGROM SECRET

Chez les Mukhtari, dans la province du Khurasan, on est bahá'i depuis des générations. Asadu'llah naquit en 1910 a Gal'ih-Kuh. En 1946, il alla établir avec sa famille dans un village voisin, à Andrun. C'était un homme de taille moyenne, solide, résolu, courageux et d'une grande humilité. Chacun se plaisait à dire que son caractère et sa façon de vivre étaient exemplaires. Il exhortait toujours ses enfants à bien agir et à faire preuve d'un comportement bienveillant, afin d'être, eux aussi, des exemples pour les non baha'is. De plus, il était très généreux. Un jour Asadu'llah offrit un sac de blé à un indigent. Lorsque celui-ci se mit en route vers le moulin pour faire moudre le blé, les habitants de Shirk, un village voisin, connus pour leur conduite agressive et cruelle ainsi que pour leur haine tenace envers les baha'is, essayèrent de le provoquer et de s'emparer de son blé. Asadu'llah, averti par les cris de la rue, les invita chez lui et leur donna un autre sac de blé pour les empêcher de prendre celui du pauvre homme.

En 1960, quelques personnes de ce même village pillèrent sa maison et lui demandèrent soit de quitter le village soit de devenir musulman. Asadu'llah répondit calmement: "Quel mal avons-nous fait pour devoir partir? Et pourquoi Seriez-vous gênés par notre religion, puisque nous croyons aussi a l'islam?" A ces réponses, la foule accourue s'agita, et l'un des curieux, un certain Chupani, frappa M, Mukhtari à la tête, avec une massue, lui fracturant le crâne. Il saigna abondamment et dut être hospitalisé quelques temps. Le gouvernement arrêta les coupables. Mais, suite à l'intervention personnelle d'Asadu'llah exprimant son pardon par écrit, ceux-ci furent relâchés. Une autre fois, sous prétexte que le chef du village de Shirk voulait le voir, on le força à quitter sa maison et, en route, il fut battu rudement et blessé de nouveau à la tête, ce qui l'obligea à garder le lit pendant trente-cinq jours. Il ne porta même pas plainte aux autorités. Enhardis, les fanatiques de Shirk prirent alors l'habitude de venir chez Asadu'llah sans y être invités et de l'obliger à égorger un mouton pour leur préparer un festin. Pendant qu'ils s'imposaient ainsi odieusement, ils prenaient note des meubles et des tapis se trouvant dans la maison. Et quelques jours plus tard, lorsque la famille travaillait aux champs, ils venaient la vider de tout son mobilier.

Asadu'llah et sa famille subirent sans arrêt des épreuves de ce genre, forgées par les mains des ennemis de sa foi. Une fois il engagea un berger pour garder son troupeau. Celui-ci ne put empêcher une bande de voleurs de venir régulièrement dérober des moutons. Un soir, le berger, qui était musulman, excédé, se rendit chez les voleurs et, voyant qu'ils avaient déjà égorgé les moutons, protesta en leur disant que, d'après leur religion, il était interdit de manger de la nourriture volée. Ils répondirent en s'esclaffant: "Nos ulémas nous ont dit que, selon l'islam, il n'est pas défendu de voler la propriété des baha'is et que nous serons même récompensés si nous prenons tout ce qui leur appartient!"

Maintes fois, au cours de ces dernières années, des représentants du terrible Tablighat-i-Islami (secte orthodoxe de l'islam), sous prétexte que le gouvernement leur recommandait d'avoir des discussions religieuses avec les baha'is, venaient l'injurier et le maltraiter. A la fin novembre 1978, peu avant le déclin du Shah, une centaine d'hommes de Shirk vinrent à Andrun pour assiéger les maisons des baha'is. Ils ramassèrent d'abord tous leurs livres et documents. Puis, ils se mirent à torturer Asadu'llah en exigeant qu'il renie sa foi. Devant sa fermeté, la foule devint de plus en plus furieuse. Quelqu'un suggéra de le brûler vif. Asadu'llah dit: "J'ai quelques belles bûches dans ma réserve et un bidon de pétrole." Il sortit alors une boîte d'allumettes de sa poche et, l'offrant au chef de bande, ajouta: "Même si vous me brûlez vif, je ne renierai jamais ma foi!" Ce soir-là, ils le battirent violemment et s'emparèrent une nouvelle fois de ses biens. Sa femme les aida à piller plus aisément en tenant une lampe à leur portée. Les malheureux furent abandonnés sans une seule couverture, un seul tapis.

Asadu'llah et sa famille s'éloignèrent d'Andrun pendant deux mois et demi. Au retour, ils achetèrent quelques moutons Asadu'llah, cette fois-ci, n'avait plus les moyens d'engager un berger, et il dut surveiller le troupeau lui-même. Souvent, il avait comme un pressentiment et confiait à sa femme qu'il était bien possible qu'un soir elle ne le voie pas revenir, car il pourrait être tué. Le 18 mai 1980, Asadu'llah prit son havresac, quelques pains et autres fournitures, et gagna les pâturages, comme d'habitude. Au crépuscule, les moutons rentrèrent seuls au bercail. Ses enfants essayèrent toute la nuit de le retrouver. A l'aube, ils découvrirent finalement son corps baignant dans son sang, à cinq kilomètres d'Andrun. Il avait été lapidé et assommé à coups de gourdin. Et, selon le médecin, aussi étranglé. Il fut trouvé face contre terre, son havresac toujours sur le dos. Devant une foule excitée, au poste de garde, les meurtriers se vantèrent de l'avoir tué de leurs propres mains. Et ils ajoutèrent triomphalement que les baha'is d'Andrun étaient condamnés à mort et qu'ils seraient bientôt tous tués. Les policiers tentèrent de les calmer, mais ces rustres n'y prirent garde et, sous les yeux médusés de la police et des gardes, commencèrent à tirer des pierres sur des enfants baha'is. Ils furent finalement maîtrisés et conduits à Birjand, où le tribunal les accusa du meurtre d'Asadu'llah. Cependant, lors du procès en appel à Mashad, la capitale du Khurasan, ils furent acquittés, et, vers la mi-novembre 1980, ils regagnèrent Shirk, où ils furent accueillis en héros.

Un témoin oculaire raconte que le jour où Ihsan, un autre bahá'i, fut amené sur le lieu d'exécution avec ses deux compagnons, il tomba à genoux devant ses gardes, disant: "Je suis à votre disposition. Comme vous le voyez, je n'ai aucun moyen de me défendre, ni aucune intention de le faire. Mon dernier souhait, cependant, serait de connaître lequel d'entre vous tirera la balle qui provoquera ma mort."

Aucun des gardes ne répondit. Il répéta sa demande et, devant leur silence, se mit à pleurer amèrement, les suppliant de répondre Finalement, l'un d'eux dit: "Moi." A ce moment, Ihsan s'agenouilla devant l'homme qui avait parlé et lui embrassa les pieds en criant: "Loué soit Dieu que je puisse offrir ma vie dans le sentier de la Beauté Bénie (Baha'u'llah). Je suis prêt maintenant, mais j'ai encore un souhait. Pourriez-vous ne pas me bander les yeux? Pourriez-vous me laisser libre, afin que je puisse assister à ma mort les yeux ouverts lorsque vous me tirerez?" Vahdat, un de ses compagnons, adressa la même supplique. Cet événement ne date pas d'obscurs siècles lointains. Il eut lieu le jeudi 30 avril 1981, à sept heures du soir, à Shiraz.

Le 22 novembre précédant, la pleine lune inondait le petit village de Nuk, près de Birjand. Les Masumis venaient de regagner leur ferme après une dure journée de labeur dans les champs. Ils se lavèrent, récitèrent leurs prières et prirent leur dîner, se composant, ce soir-là, de restes d'un mouton fumé la veille en prévision de l'hiver. Après le dîner, ils se mirent à décortiquer des amandes avec de petits marteaux dont les coups masquaient les bruits venant de l'extérieur. Vers neuf heures, ils décidèrent de prendre le thé. Nisa prépara le samovar et l'alluma. Ils se remirent au décorticage des amandes en attendant que l'eau bouille. Ils ne se doutaient pas qu'à ce moment précis leurs ennemis, qui avaient constamment raconté aux musulmans du village que c'étaient de dangereux hérétiques, complotaient en secret de les tuer. Les Masumis avaient eu de nombreuses occasions de sauver leur vie en cherchant refuge dans les villages voisins où résidaient d'autres familles bahá'ies, mais ils avaient choisi de rester à Nuk.

Cette nuit fut particulièrement propice aux assassins pour mettre leur plan à exécution, car les voisins des Masumis étaient absents. Le frère de Husayn, un musulman qui habitait non loin de là, avait été éloigné de son foyer par la ruse.

Il était dix heures du soir lorsque Husayn annonça à sa femme qu'il lui fallait aller à l'étable pour affourager les moutons. Celle-ci lui dit: "Reviens vite car ton thé sera froid." Elle venait, en effet, juste de le lui verser. Elle avait à peine bu quelques gorgées du sien lorsqu'elle entendit la porte s'ouvrir. Elle prononça le nom de son mari mais n'obtint aucune réponse. Soudain, plusieurs hommes masqués firent irruption dans la pièce. Nisa comprit immédiatement qu'ils avaient de mauvaises intentions. La grille de la cour ayant été fermée, ils avaient dû franchir le mur pour entrer. La vieille lampe à pétrole fournissait une lumière si faible que, même si les hommes n'avaient pas été masqués, elle n'aurait pu les reconnaître.

De peur, elle laissa tomber son verre de thé. Sans un mot, ils la saisirent par les bras et la tirèrent à travers la pièce. Elle se mit à crier le nom de son mari, à appeler au secours. L'un des bandits tenta de l'étrangler pour l'empêcher de crier. Elle les supplia de ne pas faire de mal à son mari. Un homme la tint fermement pendant qu'un autre sortit chercher des cordes. Pendant qu'elle continuait à les prier de ne pas maltraiter son mari, ils la ligotèrent solidement de la tête aux pieds, sans faire la moindre attention à ce qu'elle disait. Ils la tirèrent ensuite dans le corridor, la jetèrent au pied du mur et la recouvrirent d'une lourde porte en bois qui traînait là. Elle ne connaissait toujours pas leurs intentions. Mais lorsqu'ils déposèrent quelques brindilles de bois sec sur la porte, apportèrent la lampe à pétrole et en versèrent le contenu sur le bois et ses vêtements, elle réalisa avec horreur qu'ils voulaient la brûler vive!

Elle racontera plus tard à ses voisins: "Ma vie entière traversa mon esprit, mais, chose étrange, mes frayeurs se transformèrent en acquiescement et je ne me souciais plus de rien sauf de ma confiance en Dieu. Ces hommes impitoyables mirent le feu avec des allumettes et un briquet et restèrent quelques minutes près de moi pour s'assurer que les flammes soient assez hautes pour me réduire en cendres rapidement. Ils partirent et je compris que le même sort attendait mon pauvre mari. La chaleur fut intense et je criai Ya Baha'u'llah! Je ne cessais de penser à mon mari. Les flammes atteignirent les cordes de nylon, qui se mirent à fondre sous l'effet de la chaleur C'est ainsi que je pus me libérer, bien que la moitié de mon corps fût atrocement brûlée."

Lorsque ses voisins lui ouvrirent la porte, ils furent horrifiés de la voir les cheveux roussis, les mains carbonisées jusqu'à l'os, et les enfants commencèrent à pleurer. Elle leur raconta tout ce qui était arrivé et leur demanda d'aller aider son mari. Rien n'y fit. Le chef de famille n'eut pas le courage de quitter sa maison. Elle ne put attendre plus longtemps, aussi, leur empruntant une lampe-tempête qu'elle prit dans ses mains calcinées, elle se précipita elle-même à sa recherche. Après avoir marché un petit moment au clair de lune, elle aperçut une forme dans le fossé, courut vers elle et constata avec épouvante qu'il s'agissait bien du corps de son mari. Il avait été brûlé jusqu'à la mort pour l'amour de son Bien-Aimé Incroyable, mais les autres villageois qui avaient entendu les cris de Husayn avaient assisté du seuil de leurs portes ou du rebord de leurs fenêtres au martyre de cet homme courageux sans broncher. Ils rapportèrent que lorsque Nisa arriva avec sa lanterne près du fossé et découvrit le corps carbonisé de son mari, elle s'écria: "C'est un meurtre cruel et si les meurtriers échappent à la punition dans ce monde, je m'accrocherai avec mes mains brûlées au pan de la robe de la justice de Dieu dans l'autre et Lui demanderai de les punir. Nous ne vous avons témoigné qu'amour et gentillesse et vous avez commis cette chose atroce!"

Un témoin raconta qu'un des meurtriers, présumé être le chef de bande, qui regardait avec tout le monde le crime de loin, fut terriblement surpris de revoir Nisa, qui aurait dû être réduite en cendres, se tenir debout près du fossé. Effrayé qu'elle puisse le reconnaître, lui ou ses acolytes, il se précipita vers le fossé, et on peut penser qu'il frappa cette femme sans défense au crâne parce qu'après elle perdit l'usage de la parole.

L'homme revint tranquillement auprès des spectateurs, et tous rentrèrent dans leur foyer. Aucun ne vint aider cette femme à moitié brûlée qui gisait sur l'herbe dans le froid rigoureux du désert et lui offrir un refuge.

Le lendemain, dimanche 23 novembre 1980, le gendre des Masumis accourut sur les lieux. En entrant, il trouva des cendres dans le corridor, certains tapis et rideaux brûlés, des amandes et des écorces mélangées de suie. Un verre de thé attendait sur la table, un autre gisait sur le sol. Le samovar était rempli et il y avait encore du thé dans la théière. Il vit ensuite quelque chose bouger sous une couverture dans un coin de la pièce, et, lorsqu'il la souleva, il trouva sa belle-mère, qui avait réussi à se traîner jusque-là. Elle était dans un état critique. Lorsqu'il lui demanda ce qui était arrivé, il constata qu'elle avait perdu l'usage de la parole. Le seul langage qui fut le sien furent les larmes qui coulèrent de ses tristes yeux. Nisa tomba dans le coma et, six jours plus tard, son âme prit son envol vers le royaume "d'Abha"

Les martyres de Dihqani et Anvari, en avril 1981, à Shiraz, provoquèrent un grand émoi dans la population. Jusqu'au dernier instant de leur vie, les gardes révolutionnaires tentèrent de les faire abjurer leur foi pour pouvoir surseoir à l'exécution. Ce qui n'eut aucun effet. Ils procédèrent même à un simulacre d'exécution, tirant en l'air, et demandèrent aux prisonniers de renier leur foi. En réponse, l'une de ces âmes héroïques dit: "Notre Bien-Aimé a reçu sept cent cinquante balles (Allusion au martyre du Bab à Tabriz, en 1850). Nous, nous sommes impatients d'en recevoir trois ou quatre!"

Anvari avait précisé dans son dernier testament que sa famille devait distribuer des douceurs à ceux qui l'exécuteraient. Le famille apporta de l'argent aux autorités, en disant que, d'après le testament, cet argent était destiné à acheter des friandises pour les distribuer aux bourreaux, car elle ne désirait pas les connaître. C'est pourquoi elle apportait de l'argent au lieu de sucreries.

"Yusif Subhani était radieux et heureux", reportent ses proches lorsqu'ils le virent pour la dernière fois dans la terrible prison d'Evin à Téhéran, le 9 juin 1980. "Quand nous le vîmes dans cet état, nous eûmes honte parce qu'avant de lui rendre visite nous nous étions préparés à le consoler et à l'encourager. En fait, c'est son courage qui nous donnait de la force et estompait notre peur." Lorsque la prison appelait la famille pour une visite, c'était clair, le détenu serait fusillé sous peu. Etant donné que Yusif était un bahá'i très connu de la capitale, un ami lui avait suggéré quelques mois auparavant de quitter le pays par prudence. Il avait répondu: "En temps de crise, nous devons redoubler nos efforts pour la cause de Dieu. Nous ne devons avoir aucune crainte et nous ne devons pas abandonner nos positions." Il souriait et plaisantait maintenant avec les membres de sa famille dans ce lieu sinistre. Il dit à sa femme: "Ne pleure pas pour moi et n'aie pas de peine, car cela troublerait le repos de mon âme!" Il demanda qu'après sa mort personne ne porte le deuil, et il fit promettre à sa femme, qui avait passé une élégante robe de couleur vive, de la porter le jour de son enterrement. Il ajouta: "Si vous saviez combien je suis heureux, vous vous réjouiriez. Si ce n'était pas contraire au souhait de Dieu, je vous aurai demandé de célébrer l'anniversaire de ma mort comme une grande fête au lieu d'en faire une commémoration. Si ces messieurs me le permettent (montrant les gardes), je danserai jusqu'à la potence !" Il adressa ensuite quelques paroles aimables au chef du peloton d'exécution et ajouta: "Dites à vos hommes de tirer très fort, car je ne pense pas que les balles habituelles puissent causer aucun mal à un corps aussi costaud que le mien. Dites-leur que cette poitrine est pleine d'amour pour Baha'u'llah et demandez-leur de me permettre de donner moi-même le signal de faire feu."

Subhani termina en disant que si de telles choses ne se produisaient pas, la cause de Dieu ne progresserait pas.

Si l'on martyrise des innocents depuis un siècle et demi avec une telle haine et une telle cruauté, faut-il que leur cause soit puissante. Car les suppliciés d'aujourd'hui font preuve du même héroïsme que ceux du début.

Et que deviennent mes amis personnels?

Où est Youssef Ghadimi (Le merveilleux Docteur K dont parle Marc Kravetz dans "Irano Nox" éd. Grasset 81), à qui je dédie cet ouvrage, qui me sauva de la maladie lors de mon tour du monde et m'aida si généreusement à mon retour en France, si généreusement que j'ai honte d'en parler. Ou est cet homme si fin, cultivé et courtois qui fut kidnappé le 21 août 1980 à Téhéran, avec les huit autres membres de l'Assemblée Spirituelle Nationale d'Iran, dont on est sans nouvelle depuis? Il parlait le russe, l'arabe, le persan, l'anglais et le français à la perfection. Il aimait la France, où il avait fait ses études, et lorsqu'il venait à Paris, nous avions l'habitude de dîner ensemble dans un restaurant chinois de la rue Erlanger. Je ne peux oublier un de ses traits d'esprit: "En Iran" me dit-il, "les tomates s'appellent fruits français. Ici, en France, vous avez des tomates farcies! (farsi veut dire persan en iranien)."

Quelles sont les chances de survie de Mme Tai, retenue comme otage avec sa petite-fille au Turkestan? Mme Tai, avec qui j'avais passé une semaine merveilleuse dans le Limousin l'été dernier, et dont j'admirais le courage: "Je n'ai pas peur de retourner en Iran, ils ne peuvent que me tuer!"

Pourquoi avoir abattu lâchement d'un coup de revolver dans sa clinique, le 12 janvier 1981, le docteur Hakim, éminent professeur de l'Université de Téhéran et médecin de réputation mondiale, spécialiste en gastro-entérologie, agrégé de médecine à Paris et cité à deux reprises dans la fameuse encyclopédie médicale "Le Rouvière" pour ses découvertes dans le domaine de l'anatomie, décoré en 1976 de la Légion d'honneur pour ses services humanitaires, et dont les traités sont toujours étudiés dans les universités iraniennes?

Pourquoi l'Iran massacre-t-il ses meilleurs éléments?

Pourquoi ?

En Iran, depuis la prise du pouvoir par les ayatollahs, le cauchemar a recommencé pour le baha'is. Car le récents événements ont permis aux éléments traditionnellement hostiles à la Foi baháie d'encourager la population à extérioriser de nouveau son fanatisme aux dépens de cette communauté qui, quoique numériquement la plus importante, est aussi la plus vulnérable des minorités religieuses. Personne, certes, n'est à l'abri du vent de folie qui souffle sur ce pays. La rumeur du bazar laisse même entendre qu'il n'y aurait plus que les pelotons d'exécution qui fonctionnent dans cet indescriptible chaos! Mais le drame, en ce qui concerne les baha'is, est la mise en application systématique d'un plan ayant pour but de les éliminer tous comme les juifs sous les nazis !

Khomeiny, annonçait en avril 1981 un ayatollah de l'aile droite très influent, Mahmoud Sadduqi, a classé les baha'is comme "mahdour ad-damm", ceux dont le sang doit être répandu. Un autre ayatollah, Mousavi Tabrizi, déclare: "Le Coran ne reconnaît que les gens du livre (chrétiens et juifs) comme communautés religieuses. Les autres sont de païens. Les païens doivent être élimines."

La constitution de la République Islamique d'Iran, qui reconnaît et "protège" le autres minorités religieuses, juive, chrétienne et zoroastrienne, refuse néanmoins de reconnaître la plus importante, la Foi baháie. Ses quelque trois cent mille adeptes ne sont donc pas protégés par la loi, avec tout ce que cela entraîne comme conséquence. Ces "hors-la-loi" ne sont pourtant pas des éléments étrangers du pays, mais des citoyens dédiés au bien-être de leur nation et de leurs concitoyens. C' est une communauté pacifique et tolérante, qui, en accord avec le principes de sa foi, croit à l'origine divine de toutes les religions, s'abstient de toute politique partisane, se refuse à toute activité subversive et se montre loyale et obéissante au gouvernement en place. Les baha'is ne menacent donc personne ni aucune institution en Iran. Il est difficile, à première vue, de comprendre pourquoi les membres d'une telle communauté font l'objet d'une haine si féroce de la part de leurs concitoyens. Il faut en chercher, je crois, la raison non seulement dans l'histoire, mais aussi dans la psychologie de la société persane. Après plus d'un siècle de méfiance et d'incompréhension, l'hostilité envers les baha'is s'est profondément enracinée dans la conscience nationale du peuple iranien.

C'est uniquement dans le fanatisme religieux que se trouve la racine de la persécution des baha'is. Depuis ses premiers jours, les principes et objectifs de cette foi nouvelle ont été dénatures aux yeux d'une masse ignorante par un clergé cruel et fanatique. Le préjugé contre les baha'is s'est finalement institutionnalisé en Iran. A aucun moment de son histoire, le gouvernement impérial ni la constitution iranienne n'ont voulu reconnaître la foi baha'ie comme une religion indépendante. Aux yeux de la loi, elle n'existe pas! (Sauf pour rançonner ses membres). Et comme la nouvelle constitution ne veut pas l'admettre non plus, les effets adverses de cette pratique discriminatoire ne font que s'intensifier. Le résultat et simple: il permet aux éléments fanatiques et criminels du pays d'attaquer violemment les baha'is et leurs propriétés avec l'assurance de l'impunité. Mais ces persécutions, hélas, ne sont pas chose nouvelle. Dès la naissance de la Foi en 1844, le baha'is durent faire face, comme nous l'avons vu au chapitre VII, à une répression impitoyable. Leurs idées libérales ainsi que l'expansion rapide de cette religion attisèrent le fanatisme aveugle et la jalousie d'une partie du clergé. Celui-ci incita les autorités civile à persécuter, torturer et martyriser les adeptes de la nouvelle foi, accusés évidemment d'être des hérétiques. Cependant, il est à noter que de nombreux théologiens et membre du clergé, dont le plus haut dignitaire ecclésiastique rattache à la cour, embrassèrent la cause du Bab.

Ces persécutions ont dure jusqu'à nos jours avec des recrudescences chaque fois qu'on avait besoin de boucs émissaires, cela d'autant plus facilement que la nature tolérante et pacifique de la communauté bahá'i permet à ses agresseurs de l'attaquer sans crainte de représailles.

L'épopée baha'ie, à la fois glorieuse et sanglante, réveille, d'une part, le souvenir de la ferveur des premiers chrétiens psalmodiant devant la gueule des lions dans les arène et, de l'autre, les sombres histoire d'inquisition, des Cathares, de la Saint-Barthelemy...

Dans la Perse décadente du XIXe siècle, où la notion même de liberté religieuse n'existait pas, les paroles du Bab ne pouvaient que provoquer une violente réaction. Ses adeptes, Ô crime, rejetaient l'interprétation littérale du Coran et voyaient en Lui l'accomplissement des prophéties le précurseur d'une nouvelle Manifestation divine qui apporterait de nouvelles lois et ouvrirait une ère nouvelle dans l'histoire de l'humanité. Comme nous le savons le Bab accusé d'hérésie fût emprisonné pendant plusieurs années avant d'être finalement exécuté en 1850. La mort du Bab n empêcha point sa doctrine de s'étendre ni ne diminua la foi de ses disciples, qui se défendirent avec un rare héroïsme dans les sièges de Tabarsi, Nayriz et Zanjan contre les attaques combinées du clergé et du gouvernement. La campagne d'extermination qui s'ensuivit coûta la vie à plus de vingt mille babis participants et observateurs neutres ont décrit avec éloquence la cruauté de ces massacres insensés frappant sans discrimination femmes vieillards et enfants les tortures infligées à des milliers d'innocents dans l'hystérie collective.

Treize ans après le martyr du Bab, un de ses disciples les plus éminents, que le gouvernement impérial avait exilé à Bagdad se proclama être le Promis du Bab. Il se fit connaître sous le nom de Baha'u'llah. La plupart des babis l'acceptèrent et prirent désormais le nom de bahá'i. Même si les babis n'avaient jamais attaqué ils s'étaient défendu valeureusement armes à la main. Un des premiers gestes significatifs de Baha'u'llah fut d'interdire spécifiquement à ses disciples de résister, même en cas de persécutions. Il vaut mieux être tué que de tuer! Depuis c'est un fait. Les baha'is n'ont jamais cherché à se défendre physiquement ni à offrir de résistance armée. D'où la "bravoure" de leurs ennemis. "Ils sont très bien ces gens-là", ai-je souvent entendu dire les musulmans en Iran, "dommage qu'ils soient baha'is"! Comment peuvent-ils croire qu'un voisin dont ils connaissent la courtoisie naturelle et la probité depuis des années puisse être un renégat chargé de tous les vices de la création?

Les autorités religieuses et séculaires, nous l'avons vu, gardèrent Baha'u'llah en prison et en exil jusqu'à sa mort en 1892. Ce qui ne l'empêcha pas d'écrire les lois et principes qui inspirent la vie de millions de baha'is à travers le monde aujourd'hui.

Le clergé musulman iranien, se sentant menace par des idées qui défiaient son autorité et son pouvoir, demanda constamment l'extermination pure et simple des baha'is qu'ils traitaient d'hérétiques et de dangereux égarés. Au fur et à mesure que leur nombre s accrut, les baha'is devinrent une cible de plus en plus facile pour les attaques démagogiques de ceux qui voulaient distraire les masses ou créer des remous.

Les lois progressives de Baha'u'llah, notamment en ce qui concerne la haute valeur de l'instruction et de l'éducation et du travail transformèrent petit à petit cette communauté en une élite au standing de vie relativement élevé, cible rêvée pour des pogroms. De plus, sa nature non violente permettait tous les excès. Ainsi les baha'is devinrent rapidement les boucs émissaires de la société persane. A chaque difficulté nationale, famine, révolution ou invasion, il a été facile de les accuser des misères du pays. Si quelqu'un ne voulait pas payer sa dette, il n'avait qu'à accuser son créditeur d'être bahá'i. Si l'épidémie faisait rage dans une province, on pouvait accuser les baha'is d'avoir jeté un sort. (En 1971, j ai rencontré des musulmans qui refusaient de boire du Pepsi-Cola par crainte d'être ensorcelés, l'usine était tenue par un bahá'i!) Les idéaux bahá'is d'unité mondiale pouvaient être interprétés comme un manque de patriotisme. L'acceptation de la vérité propre a chaque religion pouvait être vue comme une trahison de l'islam.

Lorsqu'en 1896 Nasiri'd-Din le Shah tyrannique fut assassiné par un terroriste panislamique, on accusa immédiatement les baha'is. Et, dans la brève mais violente persécution qui suivit, plusieurs perdirent encore leur vie.

En 1903, plus dune centaine de baha'is fut massacrée a Yazd, et des atrocités similaires ensanglantèrent beaucoup d'autres endroits. Lorsqu'en 1906 la révolution "constitutionnelle" éclata en Iran, les baha'is, dont les idées démocratiques étaient bien connues, subirent de nouvelles attaques, et des épisodes particulièrement sanglants eurent lieu à Sirjan, Dughabad, Tabriz, Qom, Najafabad, Sangsar, Shahmirzad, Isfahan, Jahrom, Mashad, Kermanshah et Hamadan. Les réactionnaires les accusèrent faussement d'inspirer et de supporter la révolution.

L'oppression s'accentua pendant la période troublée de la Première Guerre mondiale et des années suivantes. En 1922, l'Iran promulgue les premières lois officielles anti-baha'ies. Médecins et infirmières sont renvoyés des hôpitaux. La fonction publique leur est interdite. Ils sont expulsés de l'administration, de l'enseignement, de l'armée sans indemnités. De nombreux documents en font foi. Toutefois, si le bahá'i renie sa foi, il redevient un citoyen a part entière.

En 1933, toujours sous le règne de Reza Shah (le père du dernier Shah), on ferme les écoles bahá'ies, on organise des pogroms, on maltraite des familles entières, on brûle leur maison. On les accuse de dépravation. Le mariage civil n'existant pas en Iran et le mariage bahá'i n'étant pas reconnu, ils sont considérés comme des concubins. Et cette licence est passible de mort en pays musulman! Autre orientalisme raffiné: on les arrête pour cause de moeurs délictueuses car hommes et femmes - dévoilées - se réunissent pour se consulter et prier lors des fêtes des dix-neuf jours et des célébrations religieuses. Entre 1930 et 1940, interdiction fut faite aux baha'is de se réunir ou d'imprimer leurs livres. Les meurtres se perpétrèrent, au hasard, et ce processus continua pendant la Deuxième Guerre mondiale et la période immédiate de l'après-guerre.

En 1955, une attaque de grande envergure se déclencha contre la communauté au cours du mois de Ramadan le mois du jeûne musulman. Dans une des principales mosquées de Téhéran, le Shaykh Muhammad Taqui Falsafi, un redoutable mollah, vieil ennemi de la Foi baha'ie, incitait ses ouailles du haut du pupitre à détruire la "fausse religion". Ses sermons inflammatoires furent retransmis par la radio à travers tout le pays avec les résultats que l'on peut imaginer. Les vieilles suspicions se réveillèrent. Le 7 mai le centre national bahá'i de Téhéran, une jolie bâtisse recouverte d'un dôme au coeur de la ville, fut à moitié détruit par l'armée, et tous les autres centres administratifs furent attaqués. Le 17, le ministre de l'Intérieur déclarait au Parlement: "La secte baha'ie est interdite". D'après un rapport contemporain, une orgie insensée de meurtres, de viols, de pillage et de destruction commença. A deux reprises, la maison natale du Bab fut profanée et sérieusement endommagée, la maison familiale de Baha'u'llah à Takur occupée. Des moissons furent brûlées, du bétail abattu; les corps de baha'is déterres dans les cimetières et mutilés. Des jeunes femmes furent enlevées et forcées d'épouser des musulmans, des enfants ridiculisés et chassés de leurs écoles, des employés gouvernementaux congédies et les baha'is subirent toutes sortes de contraintes pour qu'ils renient leur foi. (Voir France Observateur du 30 juin 1955 et Coopération, Journal suisse du 27 août 1955)

Des appels de protestations envoyés par des personnalités éminentes du monde entier, ainsi que des interventions aux Nations Unies, mirent fin à ces excès. Après une première phase de batailles héroïques, puis une autre d'acceptation résignée, les baha'is cherchent désormais à se défendre en faisant appel, par des procédures légales, aux institutions internationales et à l'opinion mondiale. Depuis lors, les contraintes subites par les baha'is furent principalement d'ordre administratif. En 1971, je me souviens de ce brillant jeune homme rencontré à Abadan, qui se vit refuser un poste dans l'une des raffineries pour avoir écrit en face de religion sur le formulaire d'emploi le mot bahá'i.

De novembre 1978 à mars 1979, les journaux Le Monde et Le Nouvel Observateur relèvent que près de huit cents maisons appartenant aux baha'is ont été pillées, détruites et incendiées. "L'attaque a été plus violente à Miyan-du-Ab, où la foule, après avoir complètement rasé le centre bahá'i local, a pillé et incendié quatre-vingts maisons d'un coup, tués deux baha'is, le père et son fils, dont les corps ont été traînés dans les rues, puis dépecés et enfin brûlés." En 1979, l'ayatollah Khomeiny rentre en Iran, et, pendant un mois, c'est la "fête de la liberté". Les baha'is croient pouvoir souffler un instant. Malheureusement, en mars de la même année, tout recommence. Le conseil de la révolution décide de confisquer tous les biens des baha'is. La haine de nouveau se déchaîne, et on va jusqu'à défoncer au bulldozer leurs cimetières! C'est de nouveau le cortège familier de l'élimination physique de ceux qui, le couteau sous la gorge, refusent d'abjurer leur foi; ce sont les pillages dirigés par des mullas, les pogroms, la mainmise sur les biens de la communauté, leurs hôpitaux et organisations charitables, les emprisonnements arbitraires, la destruction des lieux saints, etc.

Cette fois-ci, sous prétexte de la protéger, la maison du Bab à Shiraz, lieu de pèlerinage vénéré, est d'abord confisquée puis rasée complètement! Sur un autre plan, moins violent mais tout aussi virulent, les différents comités islamiques mènent une sournoise et ignominieuse campagne d'intoxication. Ils accusent les baha'is de tous les maux, sous prétexte que le Shah, pour sa "révolution blanche", avait bel et bien copié certains de leurs principes: alphabétisation, réforme agraire, participation des ouvriers aux entreprises, droit de vote aux femmes, etc. De plus, à l'aide de tampons et de listes dont ils se sont emparés et en imitant le vocabulaire bahá'i, ces comités produisent des faux pour essayer de jeter le trouble parmi les croyants.

Officiellement, aucun bahá'i n'est tué en tant que tel. On emprisonne et on assassine à mains feutrées. Nous sommes en train d'assister là à un véritable holocauste silencieux car, CE QUI EST TRES GRAVE, les ennemis de la foi baha'ie agissent sans tapage publicitaire, ni harangues publiques, ni communiqué, ni dénonciation dans les médias. Depuis 1981, les persécutions sont devenues systématiques. Au début de la révolution islamique, les attaques semblaient venir de quelques bandes d'extrémistes isolées. Mais il est vite devenu apparent que leurs incessantes et croissantes répétitions ne pouvaient plus être 1'oeuvre de la malveillance sporadique de groupes fanatiques. Non seulement, les autorités révolutionnaires ne prirent aucune mesure pour protéger les baha'is, mais on s'aperçut qu'elles étaient à la base de beaucoup d'actions. Il ne fait plus de doute maintenant que le gouvernement révolutionnaire organise et coordonne une campagne systématique de persécutions contre toute la communauté baha'ie, dont le but est la disparition totale et définitive, l'éradication de cette foi de son pays d'origine. Des responsables du gouvernement haut placés ont confirmé ce plan en conversation privée, indiquant que l'élimination des baha'is devait s'accomplir comme suit:

- arrêt et exécution des baha'is 1es plus connus;

- confiscation de tous les biens de la communauté;

- strangulation financière et intimidation pour forcer les individus à abjurer leur foi.

On ne peut être plus clair. Cette campagne pour paralyser, démoraliser et intimider les baha'is a déjà bien avancé et se poursuit actuellement avec une vigueur et un élan sans cesse accrus.

Le 16 mars 1981, deux membres de l'Assemblée spirituelle locale de Shiraz furent exécutés. Pour la première fois, le Conseil suprême de la Justice révolutionnaire déclarait que l'appartenance aux institutions bahá'ies était un délit majeur. Ce qui ouvre la dernière porte de l'holocauste.

La chasse aux baha'is est donc ouverte. L'étau se resserre. Depuis la mise hors la loi et la dissolution des institutions bahá'ies, le 29 août 1983, le nombre de prisonniers baha'is a effectivement augmenté. Début 1984, il serait de 450. Il est à noter qu'à chaque fois qu'un bahá'i va être renvoyé, pillé, torturé, brûlé ou fusillé, on Lui offre le salut en lui demandant de renier sa foi. Là, et uniquement là est le mal!

Les autorités révolutionnaires vont même jusqu'à exiger de la veuve ou des survivants des martyrs le règlement des frais d'exécution, y compris le coût de la munition ayant servi à fusiller les défunts.

Y a-t-il un espoir?

Alertés par les baha'is du monde entier, une commission de l'ONU pour les droits des minorités a passé en septembre 1980 une résolution condamnant la position des autorités iraniennes pour violation flagrante du droit international en matière de libertés civiles et religieuses. En septembre 1980 également, puis en avril 1981, le Parlement européen, réuni à Strasbourg, a condamné par deux fois sans équivoque les persécutions dont sont l'objet les baha'is et autres minorités en Iran. En novembre 1981, le Comité des ministres, puis en janvier 1982, l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe condamnaient à nouveau ces persécutions. En juillet 1983, le Parlement Européen désapprouvait encore une fois "de tels actes qui relèvent d'un fanatisme inqualifiable".

Plusieurs parlements ou députés de nations les plus diverses (Canada, Australie, France, Pays-Bas, Inde, etc) se sont aussi élevés contre les persécutions des baha'is en Iran. En mai 1983; le président Reagan lui même demande aux chefs d'Etat d'intervenir auprès du gouvernement iranien pour arrêter ces exécutions insensées.

En mars 1983, la Commission des Droits de l'Homme des Nations Unies exprime enfin sa "profonde" préoccupation et demande le respect et la garantie du droit des baha'is lors de sa 40e session.

Dans de nombreux pays, la Foi baha'ie et les persécutions actuelles en Iran sont devenues l'objet de reportages détaillés dans la presse et les autres médias. Malheureusement, les autorités iraniennes font non seulement la sourde oreille à tous ces appels, mais ils nient purement et simplement les évidences. Quant aux opposants du régime en exil, ils ne s'intéressent pas à cette partie de leur peuple que l'on égorge. Il ne faudrait toutefois pas croire que les persécutions des baha'is sont l'apanage de l'Iran. Il n'est pas question ici de dresser un bilan de tous les torts infligés aux baha'is à travers le monde, mais il est bon de ne pas oublier, par exemple, le procès de Nador en 1962 au Maroc, où cinq personnes furent condamnées à mort pour leur appartenance à la Foi baha'ie. Dans ses mémoires (Publie chez Albin Michel), le souverain de ce pays écrit notamment que la constitution du Maroc garantit la liberté de religion, que la religion de l'Etat est l'islam, et que la liberté de religion ne veut pas dire n'importe quoi et surtout pas la secte des bahayyins (baha'is).

Dans les années trente, en Russie, la révolution bolchevique, qui s'attaquait à toutes les religions, n'épargna pas les baha'is. Leur temple d'Ishqabad, le premier jamais construit, fut confisqué. Sous Staline, la communauté fut déportée. L'Allemagne nazie les pourchassa sans pitié, brûlant leurs livres. Mais ce sont les pays d'obédience musulmane qui se sont toujours dressés comme les ennemis les plus féroces de cette foi moderne. J'ai moi-même rencontre en Tanzanie une jeune Irakienne traumatisée par le moindre bruit la nuit, souvenir des descentes de police at home. Elle m'expliquait comment on pendait ses coreligionnaires au plafond pour leur casser les tibias à coup de bambou en le faisant tourner. En Egypte, à Alexandrie, j'ai pu visiter en 1973 une famille de baha'is qui venait juste de faire six mois de prison pour leur croyance. Et j'ai rencontré un autre ami, corpulent comme Nasser, qui avait du mal à marcher pour avoir été bastonné sous les pieds.

La liste serait longue, mais que reproche-t-on aux baha'is? Sous quelles allégations le tribunaux révolutionnaires islamique les expédient-ils devant le pelotons d'exécution?

1. Ils sont accusés d'être d'anciens supporters du Shah, d'avoir collaboré avec lui et d'avoir bénéficié de son régime. Bien que certains baha'is, en raison de leurs capacités et de leur intégrité, aient été nommés par l'ancien gouvernement à de postes importants dans de domaine tels que la médecine, la gestion et l'administration, la communauté baha'ie elle-même fut continuellement et systématiquement persécutée pendant toute la durée du régime Pahlavi. Des mesures répressives prises à l'origine par Reza Shah, puis intensifiées par son fils (le Shah déchu) et mises à exécution par leurs gouvernements successifs au moyen de lois et décrets ministériels discriminatoires, ainsi qu'à l'aide de divers organismes gouvernementaux, tels que la Savak, ont privé les baha'is de leurs droits humains les plus fondamentaux et les ont réduits aux rang de citoyens de deuxième classe. Ces mesures, comme nous l'avons mentionné plus haut, ont donné libre cours aux violentes attaques des éléments fanatiques du pays au détriment de la vie et des possessions des baha'is

2. Ils sont accusés d'être une organisation politique opposée au gouvernement actuel. Dire que certains hommes politiques iraniens, tels que l'ex-premier ministre Hoveyda, seraient bahá'i est absolument faux. Aucun homme politique, en Iran ou ailleurs n'est ni peut être bahá'i pour la simple raison qu'il est interdit à tout membre de la communauté, sous peine d'exclusion (Ce qui se produisit une fois sous le Shah), de faire de la politique ou même simplement de s'inscrire à un parti. A tel point qu'en 1975 ils refusèrent d'adhérer au parti Rastakhiz, le parti unique rendu obligatoire par Mohammad Reza Pahlavi malgré les menaces et une pression énorme. Plus récemment, la communauté baha'ie, toujours fidèle à son principe de non-engagement politique, a refusé de voter à l'occasion du référendum national au sujet de la formation d'une république islamique, ce qui lui valut une hostilité accrue. Ainsi, l'allégation que les baha'is constituent une organisation politique (raison de leur exclusion de la nouvelle constitution) et non une minorité religieuse n'est confirmée d'aucune façon, ni par les faits ni par des conclusions hâtives qu'on aimerait tirer des principes et pratiques de cette foi.

3. Ils sont accusés de collaboration avec la Savak. Piètre accusation; La Savak était, tout au long du régime Pahlavi, l'un des principaux instruments de l'oppression dirigée contre 1es baha'is! Il était courant de voir les membres de la Savak ou autres organisations de la sûreté brutaliser des particuliers baha'is. Il n'existe aucune preuve formelle de collaboration entre la Savak, dont les activités étaient contraires aux principes 1es plus fondamentaux de la Foi baha'ie, et la communauté ou des particuliers baha'is.

4. Ils sont accusés d'être des ennemis de l'islam, Alors que les musulmans croient que la révélation divine s'est terminée avec Mahomet, la Foi baha'ie enseigne que la révélation est continuelle et progressive, et que Baha'u'llah est le plus récent, mais non le dernier, des éducateurs divins pour guider l'humanité. La Foi baha'ie est la seule religion mondiale indépendante qui, à part l'islam même, reconnaisse Mahomet comme un prophète de Dieu et le Coran comme un livre divinement révélé. S'opposer à l'islam, le déprécier ou essayer de le détruire équivaudrait pour un bahá'i à rejeter ses propres enseignements. Ce sont ses lois sociales modernes ainsi que ses pratiques religieuses épurées qui servent à nourrir des accusations gratuites. Les baha'is ne sont pas plus une secte de l'islam que les chrétiens ne sont une secte du judaïsme. Le 10 mai 1925, le grand Mufti de la cour d'appel religieuse de Beba en Egypte rendit le verdict suivant; "La foi baha'ie est une nouvelle religion, entièrement indépendante, avec des croyances, des principes et des lois qui lui sont propres, qui sont différents de ceux de l'islam. Par conséquent, un bahá'i ne peut être considéré comme un musulman et vice versa".

5. Ils sont accusés d'être des agents du sionisme et d'avoir partie liée avec Israël. Afin de soutenir cette allégation, on donne comme prétexte que le centre mondial bahá'i se trouve en Israël, que de nombreux baha'is visitent ce pays et y envoient des fonds. Est-il besoin de rappeler que Baha'u'llah y fut exile contre son gré en 1868 et y mourut cinquante-six ans avant la fondation de l'Etat hébreu. Juifs, chrétiens et musulmans considèrent aussi cette région comme Terre sainte, et, tout comme les baha'is, y possèdent des lieux de pèlerinage.

6. Ils sont accusés de prostitution, d'immoralité et d adultère. C'est une tradition séculaire en Perse que d'accuser les minorités religieuses menaçant la religion majoritaire d'immoralité, de mettre les femmes en commun et de similaires dépravations. Ces accusations ont été portées contre les Mazdakites au Ve siècle et plus tard contre les Isma'ilis au XIIe. Etonnante accusation pour qui connaît les idéaux baha'is. Elle vient d'une part du fait qu'il n'y a pas de ségrégation dans les réunions bahá'ies, suite au principe d'égalité entre l'homme et la femme, et de l'autre parce que, le mariage bahá'i n'étant pas reconnu légalement et que le civil n'existant pas, le présent régime assimile la vie des baha'is à de la prostitution. En réalité, les lois bahá'ies relatives à la chasteté et a la fidélité dans le mariage exigent des moeurs élevées.

Dans une nation où tout le système administratif est basé sur la loi religieuse, les membres d'une minorité religieuse non reconnue vivent de fait constamment dans l'illégalité. Amère ironie du sort que les baha'is iraniens soient dépeints comme des ennemis du gouvernement et du peuple d'Iran, alors que le concept même d'inimitié est totalement étranger a leur foi qui reconnaît l'unité du genre humain et a pour but principal d'unir peuples et nations. Les baha'is iraniens aiment leur pays et le vénèrent comme étant le berceau de leur foi. Ils forment une communauté de caractère paisible dont la foi exige qu'ils fassent preuve dans leurs rapports avec autrui d'amour de compassion de justice, de tolérance de miséricorde et de pardon et s'abstiennent de toute violence, propos grossiers et critiques, et traitent tous les hommes en frères.

En réalité, je témoigne que le peuple iranien dans sa grande majorité, n'a aucune idée des enseignements purs et cristallins de Baha'u'llah. Dans son ignorance, il se laisse berner par les "sornettes" d'un clergé rétrograde, jaloux et vindicatif, dont la rengaine diffamatoire n'est que pure calomnie. Il lui est d'ailleurs trop tard pour étouffer cette cause triomphante qui a déjà gagné les confins de la terre.


XVIII - CATASTROPHE

L'humanité approche-t-elle de la catastrophe finale? Si une troisième guerre mondiale a été évitée de justesse, cette fin de siècle n'en a pas moins connu des événements d'un tragique sans précédent qui portent la plupart au pessimisme: des massacres de Pol Pot à ceux du Rwanda. Sans compter les famines à grande échelle, les tremblements de terre, les pollutions de toutes sortes et autres joyeusetés. Et ces faits épouvantables se perpétuent sous nos yeux sans faiblir! Indéniablement, cette fin de siècle aura été catastrophique pour l'humanité. Faut-il s'attendre encore à pire? Et qu'est-ce que pire veut dire?

O vous, peuples du monde ! Sachez en toute certitude qu'une calamité imprévue vous poursuit et qu'un châtiment douloureux vous attend L'heure approche où le plus grand des bouleversements apparaîtra. Le jour promis est venu, le jour où des épreuves torturantes, surgissant au-dessus de vos têtes et sous vos pas, clameront voyez ce que vos mains ont forgé ! écrivait déjà le prisonnier de Saint-Jean-d'Acre à un monde insouciant loin d'être menacé par l'acuité de nos convulsions. Il ajoutait: Les vents du désespoir soufflent, hélas, de toutes les directions et leur conflit qui divise et afflige la race humaine va chaque jour en s'accroissant. 0n peut discerner maintenant les signes de convulsions imminentes et de chaos étant donné que l'ordre qui a prévalu paraît bien être lamentablement défectueux.

La civilisation tant vantée d'où découlent tant de biens lorsqu'elle est modérée deviendra, si elle est poussée à 1 'excès, une source aussi abondante de mal. Le jour approche où elle dévorera de ses flammes les villes du monde. En ce qui concerne "les épreuves torturantes", merci, on est servi!

"Le monde est malheureux parce qu'il ne sait pas où il va, et il devine que, s'il le savait, ce serait pour découvrir qu'il va à la catastrophe" disait en 1975 Giscard d'Estaing.

Oui, le monde est miné par le manque de certitude sur des sujets tels que la loi, l'ordre, l'argent et la propriété, les valeurs sexuelles, les races, la famille, la religion, Dieu et lui-même; et par la remise en question des valeurs traditionnelles.

Il présente les mêmes symptômes qu'un individu victime d'une dépression nerveuse. Notre société à irresponsabilité illimitée a perdu la tête. Personne ne contrôle plus la locomotive qui entraîne le convoi vers le gouffre. Les grands mécaniciens du moment, les "timoniers" s'avouent tous impuissants. Le frein de la modération ne fonctionne plus, et la machine s'emballe de plus en plus.

A l'image des grosses limousines américaines prévues pour durer un an, on ne construit plus rien de solide. Consommation exige. Plus rien n'a valeur de durée. Conséquemment, les valeurs morales deviennent aussi éphémères. Cette société du prêt-à-jeter, n'est-elle pas sur le point de se jeter elle même?

Une psychose de catastrophe domine le présent. Les hommes s'interrogent de plus en plus, et leur angoisse vient se cristalliser dans des vers anonymes tout comme dans les chansons des vedettes:

"S'il y a une solution
Qu'on me le dise.." (Serge Lama)

Si la chanson a toujours reflété l'esprit d'une époque en des vers que tout le monde fredonne, la musique, elle, semble avoir quelque chose de prémonitoire. Le critique musical, Philippe Fanise, note: "Si notre musique nous dit le demain, elle représente l'un des signaux le plus aveuglant de la menace de violence universelle et de mort qui plane sur notre avenir! Car cette musique dite "apocalyptique" manifeste une violence, un désordre auditif un choc de sonorités et de rythmes jamais entendus dans l'Histoire."

Un demi-siècle de voyages à travers le monde, une longue et patiente "auscultation" des hommes m'ont fait sentir que les champs magnétiques terrestres sont perturbés, que ça "grésille". Mais est-il besoin de se déplacer pour cela? Déjà en 1851, Mme Beecher-Stowe, l'auteur du best-seller mondial La case de l'oncle Tom, roman anti-esclavagiste précurseur des grands mouvements sociaux, écrit: "Je sens venir ou demain, ou plus tard un terrible Dies Irae (jour de colère)".

Aujourd'hui où les maux ne semblent pas trouver de solution, il semble bien que ce jour de colère soit arrivé. Tout peut faire craindre le pire. Les multiples problèmes actuels ne font qu'aiguiser l'angoisse: démographie galopante, surarmement, pollution en tout genre, pénurie d'énergie, déséquilibre économique, bafouement des droits civiques. Films, pièces de théâtre et livres sont légion qui décrivent des bouleversements fantastiques. Tout au long de l'entre deux-guerres déjà, des écrivains venus d'horizons très divers, comme Bernanos, Spengler, Valéry, unirent leur voix inquiètes pour souligner les virtualités autodestructrices d'une civilisation qui se veut uniquement matérielle, et où la puissance devient une fin en soi.

L'art qui reflète une époque est criant: la plupart des toiles dites "engagées" font penser à une explosion! Quant à la sculpture dite moderne, on en dirait le résultat. La simple analyse de l'écosystème mondial aboutit à des conclusions alarmantes, car le maintien des tendances actuelles, quelles que puissent être les mesures prises, aboutiraient à un effondrement au cours du troisième millénaire. Devant les crises de famine inexcusables aujourd'hui, ne peut-on imaginer que des myriades de desesperados recourront à la pire des violences, au pire des terrorismes sur le plan international, parce qu'ils n'auront plus rien à perdre, parce que ils rendront "les autres" du monde riche responsables du terrifiant spectacle de leurs enfants mourant de faim sous leurs yeux.

Les savants et industriels du fameux Club de Rome sont d'accord pour nous annoncer un effondrement total de la civilisation au cours du troisième millénaire si se prolongent les croissances exponentielles de la population et de la production industrielle parallèlement à la misère à perpétuité du Tiers-Monde.

Dans tous les domaines, on tremble. Des scientifiques pensent depuis peu que les pôles sont prêts à basculer à changer d'axe, ce qui entraînerait le déplacement des glaces et des suites incalculables. Certains craignent une fusion de la calotte glacière antarctique. Le niveau océanique monterait et engloutirait les agglomérations installées au bord des océans. D'autres s'inquiètent des vols supersoniques à très haute altitude, des fusées et autres engins interplanétaires craignant que leur prolifération abîme encore plus la mince couche d'ozone qui entoure la terre et nous protège de rayons singulièrement nocifs.

Dès 1859, on a constaté qu'il existe une relation étroite entre l'activité des taches solaires et les fluctuations du champ magnétique terrestre. On a remarqué que les années où les taches sont plus nombreuses, l'histoire connaît des périodes tourmentées. Depuis quelques années, il y aurait multiplication de ces taches solaires. L'astrologue américain Jean Dixon prévoit qu'un météorite de belle taille viendra frapper l'Atlantique de plein fouet et fera déborder l'eau sur ses rives en noyant partie des Etats-Unis et de l'Europe. Pourquoi pas!

Les positions des planètes sont indiquées par l'astronomie science réputée exacte. L'astrologie, se basant sur des observations millénaires en cherche l'interprétation. Elle se veut plus précise et fournit régulièrement des dates d'événements qui sont le plus souvent erronées. Il n'empêche que les astrologues sont unanimes à voir dans notre époque une prédominance "d'aspects maléfiques" due à des conjonctions ou amas de planètes lentes (planètes concernant plus la civilisation que l'individu) qui ne peuvent rien n'augurer de réjouissant. Hadès, entre autre, avait prédit. d'après ses calculs, qu'il y aurait des mutations et des bouleversements de grande ampleur pour la fin du siècle. Il soutient que Pluton, maître de la civilisation dans laquelle nous vivons a pour but la destruction de la matière. Et que la domination de la civilisation occidentale signifie la fin d'une ère car le soleil se couche toujours à l'occident. A noter que Dane Rudhvar considéré comme le maître à penser de l'astrologie moderne a été fortement impressionné par les solutions qu'offrent les enseignements baha'is à tous les maux dont nous souffrons aujourd'hui

Pour Jacques Bergier, le coauteur du Matin des Magiciens (qui a aussi reconnu que la Foi baha'ie peut sauver l'humanité) l'interterrorisme a mis en route la troisième guerre mondiale.

L'imagination humaine est sans limite. Chacun y va de son couplet et la liste pourrait être longue. Est-il besoin de chercher l'extraordinaire?

On est parfois admiratif devant la solidité d'une rustique armoire normande jusqu'au jour où minée de l'intérieur par de minuscules termites presque invisibles soudainement elle s'effondre en poussière.

La puissance apparemment indestructibles de nos systèmes et tyrannies contemporaines ne serait-elle pas minée par le travail sournois des idées nouvelles démarrées par Baha'u'llah?

Les sacro-saintes souverainetés nationales ne seraient-elles pas condamnées à s'effondrer brutalement sous les coups de la planétarisation des problèmes? Les grandes institutions religieuses aux dogmes inadéquats rongées par le rationalisme et la pensée scientifique, n'offrent-elles pas des signes révélateurs d'affaiblissement?

L'Histoire a déjà vu de grandes institutions perdre d'un coup leur légitimité et leur réputation de servir l'intérêt général. L'Eglise avec la Réforme, la Monarchie avec la révolution française. L'inconcevable est devenu évidence du jour au lendemain!

La menace atomique, enfin est un fait réel.

On ne cesse de sortir d'un conflit pour entrer dans un autre. Chaque conflit perpétue cette menace. Deux guerres mondiales n'ont-elles pas suffit pour faire prendre conscience aux hommes de leur folie?

Court-on vers une troisième guerre mondiale? Une guerre nucléaire?

II existe une force stupéfiante que l'homme n'a heureusement pas encore découverte, disait Abdu'l-Bahá à l'ambassadeur japonais à Paris en 1912. Supplions Dieu le Bien Aimé, que la science ne découvre pas cette force tant que la civilisation spirituelle ne dominera pas l'esprit humain. Entre les mains de l'homme, d'une nature matérielle inférieure ce pouvoir pourrait détruire la terre entière. Abdu'l-Bahá disait que ce qui "secouerait" l'humanité serait soudain et inattendu. Comme lorsqu'on va se coucher le soir et que, le lendemain, en se levant on retrouve un paysage de neige. On ne reconnaît plus rien! De là à penser à la bombe atomique, il n'y a qu'un pas évidemment.

En tout cas, selon la tradition des zoroastriens, toute une série de désastres doivent fondre sur la terre lors de la parution du troisième Zoroastre (c'est-à-dire d'un nouvel éducateur de l'humanité). Le choc final entre Ormuz et Ahriman, le principe du bien et du mal, est-il engagé?

Au Vatican existe un secret jalousement gardé, celui de la troisième lettre de Fatima. On connaît l'histoire de la Vierge remettant trois lettres à des enfants portugais, lettres que le pape devait révéler au public à certaines dates. La deuxième, dévoilée dans les années trente, prévoyait avec justesse, le deuxième conflit mondial et la montée du communisme. La troisième devait être lue au monde en 1960. Jean XXIII s'est bien gardé de le faire. Pourquoi? Que contient cette lettre?

La fin de la papauté? Ou bien l'annonce d'une catastrophe d'une telle amplitude que ce bon pape, par clémence, a préféré taire?

Dévoilé en 1917 à la petite Lucie, l'ainée des trois voyants présents, il n'est pas le seul avertissement marial. En effet, à La Salette, en 1846, à l'époque des premiers événements babis de Perse, cette même Vierge avertissait déjà: "Dieu va frapper d'une manière sans exemple. La société est à la veille des fléaux les plus terribles et des plus grands événements. Avant La Salette, en 1830, la Vierge avertissait déjà Catherine Labouré, rue du Bac, à Paris, que "les temps sont très mauvais, les malheurs viendront fondre sur la France, le monde entier sera bouleversé par des malheurs de toutes sortes. Depuis la Vierge est apparue nombre de fois pour admonester le monde et ces avertissements se multiplient de nos jours. On peut croire ou non à ces apparitions, mais la répétition de messages d'avertissement transmis depuis plusieurs décennies en différents points du globe n'en constitue pas moins un phénomène troublant. Nostradamus, le célèbre mage du XVIe siècle, qui revient inexorablement à la mode dans les périodes de troubles, ne décrit plus de pape après Jean-Paul II dans ses couplets sibyllins. Malachie, évêque irlandais décédé au XIIe siècle en prévoit encore un. Un siècle plus tard, un certain "moine de Padoue", qui dressa lui aussi une liste des papes avec leur nom d'intronisation, en annonce deux de plus. Le dernier serait connu sous le nom de Pierre II le Romain ou le pape de l'Apocalypse. Tous voient, en tout cas, avec la fin de la papauté, l'arrivée de l'Avènement et de grands troubles.

"Toute cité divisée contre elle-même périra", dit ce puits de sagesse qu'est la Bible. Et que voit-on maintenant dans notre société, sinon exactement cela? La lutte entre l'Orient et l'Occident, entre le Nord et le Sud, entre riches et pauvres, parents et enfants, homme et femme. Cette société-là n'est-elle pas prête à périr?

"Car alors, la détresse sera si grande qu'il n'y en a point eu de pareille depuis le commencement du monde jusqu'à présent et qu'il n'y en aura jamais", avertit Saint Matthieu (24:21). Saint Marc donne exactement le même avertissement dans le verset vingt de son treizième chapitre Saint-Luc prédit de son côté: "Il y aura de l'angoisse chez les nations qui ne sauront que faire (21:23)". Voilà bien notre présente situation, malheureusement.

"Un grand vent de folie va secouer le monde", écrivait dès 1836 le saint curé d'Ars, l'ascète qui attirait des foules par son charisme de confesseur.

Nous en avons assez de ces prophètes de malheur, me répondit sarcastiquement un professeur d'université. Certes, mais il faut admettre que ces "prophètes de malheur" n'ont pas toujours tort

Rien de nouveau, objectent certains, le monde a toujours connu des troubles. A-t-on oublié les famines et épidémies dévastatrices, les cruelles boucheries d'antan? Il y a déjà eu la grande peur de l'an mille où rien n'est arrivé. Pourquoi se passerait-il quelque chose de plus maintenant? En l'an mille, les gens se fondaient davantage sur la superstition que sur la science rationnelle. Et le chiffre mille prêtait à confusion avec le millenium promis dans les saintes écritures, qui, à l'époque, avait force de loi. Ce qu'il y a de plus aujourd'hui, ce sont les moyens de destruction planétaire inconnus jadis. Aucun siècle n'a produit autant de réfugiés, si bien que personne ne saura bientôt plus où se réfugier!

Tout ceci n'est effrayant que dans la mesure où l'on considère la vie ici-bas comme une finalité et la catastrophe comme fatale.

Il faut interpréter le symbolisme des textes sacrés avec prudence. Il n'en reste pas moins vrai que si certaines prophéties de la Bible se sont réalisées (la chute de Babylone, de Jérusalem, la dispersion des juifs et leur retour, la montée de l'islam et le massacre des descendants du prophète), d'autres ne se sont pas encore vérifiées même si certaines paraissent d'actualité.

Shoghi Effendi, le gardien de la Foi baha'ie, qui avait prédit avec justesse le deuxième conflit mondial, écrit en 1948: "L'humanité va bientôt toucher le fond de l'abîme. La menace de convulsions encore plus violentes assaillant un âge en travail augmente et les ailes d'un autre conflit assombrissent l'horizon international".

Même si les présomptions d'une troisième guerre mondiale semblent l'emporter, personne, en réalité, ne connaît la nature exacte de la tempête qui nous menace. Ni la date d'une dernière grande convulsion. Mon humble avis est que nous sommes déjà en plein dedans! Toutes les horreurs de ces dernières années qui continuent allègrement aujourd'hui ne nous suffisent-elles pas? Doit-on imaginer encore pire? Je n'ai aucun don de divination. Mais il est clair que l'humanité connaît la plus grande crise de toute sa croissance Et qu'elle est catastrophique.

Ne croyez pas que les actes que vous avez commis soient effacés de ma vue!


XIX - ...OU ESPOIR ?

Enfant, j'étais terrifié par les descriptions de fin du monde.
LA FIN DU MONDE.

Il faut d'abord comprendre que la traduction "fin du monde" est erronée. Cette traduction de l'hébreu est passée par les vicissitudes des textes araméens, grecs et latins, avant d'être remis à jour par les Arabes et d'arriver au français. Le texte original parlait de la fin d'UN monde. C'est-à-dire d'un cycle.

Les baha'is pensent qu'il s'agit du cycle adamique, la période de croissance de l'humanité correspondant à son adolescence. Cycle dit "prophétique", car chaque éducateur faisait des prophéties. Cycle se terminant avec la proclamation de l'ère nouvelle par le Bab en 1844, ou les prophéties abstruses n'ont plus cours. Si bien que la fameuse "fin du monde" serait déjà passée et que la terre est toujours là.

OUF!

Toutefois, ce changement de cycle marque le début de transformations inouïes dont nous sommes témoins. De fait, nous sommes entrés de plain-pied dans cette redoutable "fin des temps" ou, symboliquement, le soleil s'obscurcira, la lune se couvrira de sang, les étoiles tomberont du ciel, les montagnes se fendront et se désagrégeront en poussière. "La caste dominante sera celle des esclaves. Les marchands délaisseront l'agriculture et le commerce, et leur nourriture viendra de leur travail d'esclave ou par des métiers mécaniques. Seule la quantité de biens, d'argent, d'or, déterminera le rang. La raison de la dévotion sera la recherche de l'avidité, le lien entre 1es sexes, le plaisir sexuel; le succès emploiera la fausseté et la perfidie".

Ce texte étonnant de la description de notre époque ne date pas d'aujourd'hui. Il n'est que la traduction d'un antique texte hindou, le Vishnou-Purâna, expliquant déjà le présent cycle, celui du Kali-Yuga, l'âge de fer ou Kali la noire, la dévorante, s'est réveillée. L'homme du Kali-Yuga, c'est l'homme perverti, celui de la chute, l'homme chasse du paradis terrestre (mythe que l'on retrouve dans toutes les religions sous différent formes).

Le travail à la chaîne porte bien son nom: il enchaîne l'homme comme un esclave.

Plus près de nous, Shoghi Effendi rédige en 1936 un texte qui semble mieux décrire notre société de fin de siècle que celle de l'avant-guerre:

"La recrudescence de l'intolérance religieuse, de l'animosité raciale et de l'arrogance patriotique; les évidences croissantes de l'égoïsme, de la suspicion, de la peur et de la fraude; l'expansion du terrorisme, de l'illégalité, de l'ivrognerie et du crime; la soif inextinguible et la poursuite fiévreuse des plaisirs, des richesses et des vanités terrestres; l'affaiblissement de la solidarité familiale; le relâchement du contrô1e parental; la satisfaction dans le luxe; l'attitude irresponsable envers le mariage et la conséquence de l'augmentation des divorces ; la dégénérescence de l'art et de la musique, l'infection de la littérature et la corruption de la presse; l'extension de l'influence et des activités des "prophètes de décadence" qui prônent le concubinage, prêchent la philosophie du nudisme, qui traitent de fiction intellectuelle la modestie, qui se refusent de regarder la procréation comme le but premier et sacré du mariage, qui dénoncent la religion comme l'opium du peuple, qui voudraient, si on les laissait faire, ramener la race humaine au barbarisme, au chaos et à son extinction finale - voici les traits saillants d'une société en décadence, d'une société qui doit soit renaître soit périr".

Tout indique que nous sommes entrés dans l'apocalypse. Nous vivons certainement la période de notre humanité la plus difficile à traverser, la plus délicate, la plus dangereuse.

La grande charnière entre le monde de l'adolescence et celui de la maturité.

On sait que toute mort, comme toute naissance, est accompagnée de douleurs. La vérité est que, pris entre 1es affres de la mort d'un monde aux structures désuet et périmées et les douleurs de la naissance d'une ère aux possibilités stupéfiant, nous nous trouvons placés au beau milieu du creuset ou tout se décompose pour se recomposer, tiraillés par deux courants inverses: celui de la désintégration et celui de l'unification. Une loi régissant tout les manifestations de la vie veut qu'après avoir atteint son sommet et son point d'achèvement toute chose soit suivie de conditions nouvelles. Le nationalisme a donné ses fruits, il doit maintenant faire place au mondialisme.

Après le rejet de son Plan d'Unité par les grands souverains de son époque, Baha'u'llah expliqua que la Paix Universelle qu'il est venu établir se ferait en deux étapes:

LA PETITE PAIX,
Et LA GRANDE PAIX.

La première verrait le jour lorsque les nations châtiées impitoyablement par les événements qui l'assaillent, seront FORCEES de se concerter et n'auront plus de choix, sauf celui de coopérer. Ce que l'on voit se mettre en place sous nos yeux.

La "Grande Paix" correspondra à l'apogée de la race humaine, à la civilisation mondiale, une civilisation spirituelle encore fort lointaine. "En vérité, le monde s'achemine vers sa destinée", constate Shoghi Effendi. "L'interdépendance des peuples et des nations du globe, quoique puissent dire ou faire les meneurs des forces de division, est déjà un fait accompli." En d'autres termes, les hommes ne vont pas s'unir par idéal, mais obligés par les circonstances. Les afflictions présent correspondraient à la dernière crise pubertaire de l'humanité. Ce genre de crise n'est pas mortelle!

Les afflictions sont comme une ondée matinale pour rafraîchir le pâturage! expliquait Baha'u'llah dans son épître au Shah. C'est dans l'affliction que la lumière de Dieu a le mieux brillé. De terribles guerres éclateront. Les déceptions et la mort des espérances entoureront les peuples de toutes parts, jusqu'à ce qu'ils soient forcés de se tourner vers Dieu. Si tous les textes sacrés parlent d'épouvantables châtiments à la "fin des temps", ils n'en promettent pas moins, après cette expiation, l'âge d'or tant rêvé des hommes. Car Baha'u'llah ajoute: alors, les feux d'une telle allégresse illumineront les horizons que...Le sens général est qu'une purification est nécessaire.

Reprenons ces textes cauchemardesques pour en connaître la conclusion.

Le Vishnou-Purâna qui, il y a plusieurs milliers d'années, prévoyait déjà que les hommes finiraient par se transformer en esclaves par des métiers mécaniques, poursuit: "par sa marche descendante, le cycle doit aboutir à un renouvellement du monde."

Les textes zoroastriens affirment que le bien finira par triompher du mal et mêlent à ces événements terribles un espoir, une "nouvelle Jérusalem". Le Zoroastre de cette nouvelle époque "révélera un chapitre de la connaissance" caché par ses prédécesseurs, et fera accepter sa loi par toute la terre.

La Bible annonce que "la paix couvrira la terre comme les eaux la mer" et "qu'une nation ne tirera plus l'épée contre une autre". Les citations de ce genre, nombreuses, seraient fastidieuses à énumérer, mais la promesse est claire. Luc compare l'angoisse des femmes et des nations aux arbres fruitiers: "dès qu'ils ont poussé, vous connaissez de vous-mêmes, en regardant, que déjà l'été est proche, de même quand vous verrez ces choses arriver, sachez que le royaume de Dieu est proche".

Dans l'Apocalypse, texte aussi effrayant qu'abstrus, saint Jean ne conclu-t-il pas: "Puis, je vis un nouveau ciel et une nouvelle terre. Et je vis descendre du ciel la Nouvelle Jérusalem (Par Nouvelle Jérusalem, il faut entendre la Nouvelle Loi de Dieu, la concrétisation de la civilisation spirituelle. Notre période actuelle, en réalité correspond à la fin de ce texte qui avait pour but d'annoncer la venue de Baha'u'llah. Le début décrivant avec précision l'histoire du christianisme et de l'Islam)... Voici le Tabernacle de Dieu avec les hommes. Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses ont disparu."

Le Coran, riche en descriptions apocalyptiques, prédit également que "la terre et les cieux seraient changés" et "qu'un jour viendrait où les lumières de l'unité illumineraient toute la terre".

Tous ces textes indiquent sans ambiguïté que certains seront épargnés (comme Noé et sa famille lors du déluge, Loth à Sodome). Et même que "à cause de ces élus, ces jours de détresse seront abrégés", selon saint Matthieu (24:22).

La Vierge, qui déclarait à La Salette: "Malheur aux habitants de la terre, car voici le temps des temps, la fin des fins", dit également: "L'Eglise sera éclipsée, le monde dans la consternation. Mais voilà Enoch et Elie remplis de l'esprit de Dieu; ils prêcheront avec la force de Dieu et les hommes de bonne volonté croiront en Dieu alors, l'eau et le feu purifieront la terre et consumeront toutes les oeuvres de l'orgueil des hommes et tout sera renouvelé". Il est intéressant de trouver dans l'annonce de la Vierge deux personnages rédempteurs à l'époque même où le Bab et Baha'u'llah remplissent leur mission sur terre. A Kerezinen, elle assurait que "par-dessus les ombres noires sillonnées de lueurs sinistres, il fallait déjà voir l'arc-en-ciel qui rassure et console". Si les avertissements de Baha'u'llah au siècle dernier sont terribles et sans équivoques, la situation sera telle que la révéler maintenant ne serait ni convenable ni opportun, il ajoute avec la même fermeté: Après un temps tous les gouvernements de la terre changeront. L'oppression enveloppera le monde. Et après une universelle convulsion le soleil de justice se lèvera du royaume invisible. La terre entière, a-t-il de plus affirmé, est actuellement en état de gestation. Le jour approche où elle produira ses plus nobles fruits. Ces luttes stériles, ces guerres ruineuses cesseront et la PAIX SUPREME viendra. Ecoutez! Je vous apporte une bonne et heureuse nouvelle, ajoutait Abdu'l-Bahá à Paris en 1911 lors de sa dernière réunion: Paris deviendra un jardin de roses. Toutes sortes de magnifiques fleurs pousseront et s épanouiront dans ce jardin, et la renommée de leur parfum et de leur beauté se répandra dans tous les pays. Mais, prévenait-il Paris a besoin d'une température de mille degrés pour retrouver sa civilisation spirituelle.

Shoghi Effendi, a plusieurs reprises, parle "d'une tempête d'une violence sans précédent, imprévisible dans son développement, catastrophique dans ses effets immédiats, et dont les conséquences ultimes dépasseront en magnificence ce que l'imagination peut concevoir" comme d'une force purificatrice.

En dehors des textes sacrés, de nombreuses autres sources sont encourageantes. Mais elles enseignent toutes que l'or fin ne peut sortir que du creuset le plus chaud!

Virgile, quarante ans avant Jésus-Christ, dans sa quatrième églogue, annonçait une ère nouvelle; "Regarde la masse du monde oscillant sur le point de tourner... Le grand ordre des siècles va recommencer. Le règne de Chronos revient de nouveau ramenant l'âge d'or sur la terre".

Les Centuries de Nostradamus, qui voient dévaster les villes par "d'insolites oyseaux qui crieront par l'air" (avions supersoniques, fusées ?), massacrer leurs habitants, précisent que cet "immense désastre" est la condition qui autorisera la venue du "Grand Monarque" de paix et de justice. Le calendrier des rythmes de l'historien Georgel (Un cycle: sept périodes de soixante dix-sept ans) ne conclut pas a un anéantissement total de notre civilisation, mais note une période de transition très grave s'ouvrant sur une ère nouvelle.

Lobsang Rampa, le pseudo-moine tibétain au troisième oeil ouvert, entrevoit également un âge d'or après les bouleversements grandioses qu'il détaille. Noam Chomsky, le linguiste américain, écrit de son côté; "Le monde dans lequel nous vivons disparaîtra consumé par le feu de ses propres passions dévorantes, mais de ses cendres va naître un monde nouveau et plus jeune, débordant d'un espoir vigoureux, évoquant la lumière de l'aube."

Pour les "initiés", les familiers des doctrines ésotériques, de grandes ténèbres précéderont le temps "urnal", moment ou Ganymède, l'échanson des dieux, déversera sur la terre le contenu de son urne sacrée. Symbolisant la diffusion des doctrines ésotériques. Les choses cachées depuis le commencement du monde seront révélées. Le livre scellé par Daniel sera ouvert. Revendication faite par Baha'u'llah. A la charité laissée a l'initiative individuelle fera place une plus juste répartition des biens entre les hommes. Point important de la doctrine du Persan. On peut voir aussi dans cette urne, ce vase sacré, la corne d'abondance, la multiplication actuelle des biens. Ensuite viendra l'âge d'or et une paix universelle.

"Tous les hommes redeviennent frères...
Monde, pressens-tu ton créateur?"

proclamait l'Hymne à la Joie, en 1824, vingt ans avant l'avènement du Bab et de ses conséquences. Hymne terminant la Neuvième Symphonie de Beethoven, oeuvre de sa période philosophique et mystique.

Si les bruits et musiques d'une société sont en avance sur ses images et conflits matériels, on peut se demander si la société du XXIe siècle sera a l'image d'une musique atonale, remettant sans cesse en question ses propres normes et ses théories les plus récentes. On trouve de plus en plus de groupes musicaux jouant sans chef d'orchestre et s'alignant sur un des membres qui coordonne à tour de rôle. Ne pourrait-on voir la un signe précurseur d'une société où tout le monde devient concerné?

Enfin, l'astrologie nous annonce que nous entrons dans l'ère du Verseau. Le règne de Chronos, dont parlait Virgile. Chronos n'est autre que Saturne, le "Maître" du signe Verseau.

Le Verseau symbolise principalement fraternité et invention. En ce qui concerne les inventions, il est clair qu'une ère nouvelle a débuté. Quant a la fraternité, le futur nous répondra.

Je me dois de témoigner, je le répète, qu'à travers le monde entier une nouvelle espèce d'hommes, plus fraternelle, est en train de naître. Non seulement les baha'is, ceux qui ont été dynamisés directement par le souffle nouveau, mais aussi tous ceux qui s'éveillent aux idées universelles sans en connaître la source: les mondialistes dans l'âme.

- Moi, j'aime le monde entier, cela aussi s'entend.

La révolution aurait-elle gravé le mot fraternité sur le fronton de nos mairies en vain?

Il est amusant de constater qu'avant l'ère du Verseau, nous vivions l'ère des Poissons, débutant avec l'avènement du Christ. Chaque ère zodiacale dure un peu plus de deux mille ans 2160 ans, selon certains.

Les Poissons sont le signe de la charité, mot clé de l'enseignement du Christ. Les premières églises chrétiennes étaient décorées de poissons. Les Evangiles parlent de pêche miraculeuse, de "pêcheurs d'hommes", de la multiplication des poissons. Et aujourd'hui, les poissons se meurent, les rivières et océans sont pollués.

N'assiste-t-on pas a la fin du cycle des Poissons avec la charité qui agonise et les poissons qui meurent dans les eaux polluées?

Les Poissons, symbole de la soumission, de la pitié et de la compassion, ne décrivent-ils pas a merveille cette période christique où régna une morale de résignation et d'acceptation passive des inégalités sociales et des souffrances en apparence injustes?

La sujétion des peuples aux rois et clergés est secouée de plus en plus par l'éveil de l'opinion publique et le désir des individus de s'exprimer, l'individuation typique du Verseau. Avant le Christ, l'humanité vivait sous le symbole du Bélier. Animal utilisé abondamment dans la statuaire sacrée de cette période allant du sacrifice d'Abraham, offrant a l'Eternel un bélier a la place de son fils jusqu'au sacrifice de "l'agneau", le Christ sur la croix. La mort de l'agneau, fils du bélier, mettait fin symboliquement à la période Bélier période au début de laquelle le veau, fils du taureau, signe précédent, était lui-même condamné lorsque Moïse interdit d'adorer le veau d'or. Les Israélites sonnaient le schofar, sorte de trompe faite d'une corne de bélier. Bélier, en celte et en anglais, se dit ram. Abraham signifie "venu du bélier". Ammon, le dieu a cornes de bélier, était alors adoré a Thèbes. En Egypte, régnaient les Ramsès. En Inde se développait l'épopée de Rama, la Ramayana. En Grèce, Jason dérobait la toison d'or, la peau du bélier ailé offerte au roi Aeédès.

Le Bélier est un signe de feu, et le feu est le symbole de Ahura-Mazda, le dieu des zoroastriens, dont la religion naquit à cette époque-là.

Plus tôt encore, l'histoire était régie par le Taureau, signe de la matière. Temps des constructions cyclopéennes, pyramides et zigourrats. Personne ne peut nier l'importance de cet animal dans l'Antiquité: le boeuf Apis en Egypte, le Minautore à Crète, les taureaux ailés de l'Assyrie. L'Iliade et L'Odyssée mentionnent les sacrifices de taureaux noirs. En Grèce, Jupiter s'incarnait en taureau pour séduire Europe. Le Taureau, symbolisant la souveraineté de la force, aurait duré de 4320 à 2160 avant Jésus-Christ environ. Avant, sous le signe double des Gémeaux naissait en Chine la théorie du Yin et du Yang.

Après le Verseau, qui commence a nous influencer, dans quelque deux mille ans et plus, arrivera donc le cycle du Capricorne, celui de la consolidation. Ainsi notre époque trouvera sa stabilité même selon les astres.

L'astrologue Hadès démontre que si Pluton, planète de l'ère atomique (le plutonium), a pour but la destruction de la matière, c'est pour reconstruire et permettre le renouvellement de la civilisation, Pluton symbolisant la régénération. Il est bien connu qu'avant de construire, il faut faire table rase

"L'âpre Fatalité se perd dans le lointain.
Toute l'antique histoire affreuse et déformée
Sur l'horizon nouveau fuit comme une fumée.
Les temps sont venus."

"Paix ! Gloire ! et comme l'eau jadis, l'air aujourd'hui
Au-dessus de ses flots voit l'Arche."

Dans deux poèmes saisissants de La Légende des siècles correspondant au XXe siècle, Pleine Mer, Plein Ciel, Victor Hugo décrit en 1859 la catastrophe et le changement d'ère en des vers puissants. L'Arche est l'humanité qui passe de l'ère des Poissons, signe d'eau, à celle du Verseau, signe d'air. Le navire Léviathan, avec tous ses maux, qui coule dans une effroyable tempête symbolise le passé sombrant dans un cataclysme. Sa réapparition sous la forme d'un aéroscaphe merveilleux et irrésistible volant à travers l'éther représente l'espoir d'un meilleur demain. Quelle extraordinaire vision.

Ce poète contemporain du prisonnier de Saint-Jean-d'Acre, qui voyait Dieu revenir dans ses Contemplations conclut:

"Le vent de l'infini sur ce monde souffla
Et c'est ainsi que l'ère annoncée est venue.."

Ere pressentie par la plupart des grands poètes romantiques du XIXe siècle. La technologie, l'automation et les robots ont effectivement mis fin au cycle adamique où l'homme devait gagner son "pain à la sueur de son front."

Le droit, pensait Proudhon, aura raison des mauvais coups que médite sans cesse l'histoire. Pour les gens de l'époque, la Révolution française fut une catastrophe soudaine et irrésistible. Elle surprit aussi bien ses auteurs et ses bénéficiaires que ses victimes. Pourtant, l'idée était mûre. Les découvertes constantes de la science nous dictent la marche et finiront par nous faire admettre le domaine du spirituel. Que les choses de la matière sont en étroite relation avec les choses de l'esprit et du coeur.

Pour les savants de Princeton, il ne fait pas de doute que le troisième millénaire qui va bientôt commencer sera l'âge de l'esprit, de la conscience et du divin. C'est le jour qui ne sera pas suivi de la nuit, affirme Baha'u'llah, qui prétend être venu inaugurer une ère glorieuse de cinq cent mille ans.

Une fois la GRANDE PAIX établie, l'humanité ne retomberait plus dans la guerre. Ce qui ne l'empêchera pas d'avoir des fluctuations et le besoin d'entendre de nouveaux éducateurs. Ni éventuellement de disparaître (comme les supposées civilisations de Mû, Thulé, Atlantide), car ce qui naît est appelé à mourir.

Ce qui nous concerne est le présent. Avec beaucoup d'humour, Abdu'l-Bahá faisait cette remarque: "Nous avons toujours fait la guerre. Si nous essayions la paix à la place? Au cas où cela ne donne pas de résultat, nous pourrions toujours revenir à la guerre!"

La paix ne viendra que si elle est inscrite dans les chromosomes de l'histoire, dans le plan "divin". Il n'en reste pas moins vrai que ce sont les hommes qui doivent l'établir.

Cela demandera un effort, celui d'aimer. D'aimer le monde entier. Car l'amour est la seule force qui mobilise et unit les hommes.

Le prisonnier de Saint-Jean-d'Acre est venu en apporter une nouvelle mesure.

Oui, l'heure d'un Messie a sonné, d'un Guide qui de nouveau nous rappellera les leçons fondamentales de l'amour qu'Il a déjà enseignées et qui furent si rapidement oubliées Peu importe la profondeur d'erreur où auront pu tomber un individu ou une nation, l'amour renouvellera leur dévouement à l'humanité. Il n'est pas de distance que l'amour ne puisse enjamber, pas de maladie qu'il ne puisse guérir. Pas de victoire que l'amour ne puisse remporter

A Thaïré d'Aunis, en l'an 135 de l'ère baha'ie, mois de Kamal (Perfection), aux premiers souffles de la tempête.



BIBLIOGRAPHIE

L'Avènement de la justice divine, par SHOGHI EFFENDI
Baha'u'llah et l'Ere nouvelle, par ESSLEMONT. Présentation détaillée de la Foi baha'ie.
Le But d'un nouvel ordre mondial par SHOGHI EFFENDI
Chrétiens, il est venu ! Références aux évangiles relatives au "retour" du Christ.
Christ et Baha'u'llah, par G. TOWNSHEND (ancien chanoine de la cathédrale Saint-Patrick à Dublin)
Le Cycle de l'Unité par L MIGETTE
Les Causeries d'Abdu'l-Baha à Paris (recueillies au cours du voyage de 1911). Exposition des principes de base qui doivent aider à la transformation de l'homme.
Le Courage d'aimer, par Sh. GHADIMI
La dispensation de Baha'u'llah, par SHOGHI EFFENDI
Dieu passe près de nous, par SHOGHI EFFENDI. Histoire des cent premières années de la Foi baha'ie.
Essai sur le baha'isme, par H DREYFUS, orientaliste (PUF)
Extraits des écrits de Baha'u'llah
Foi mondiale baha'ie, par BAHAULLAH.
Les Leçons de Saint-Jean-d'Acre, par ABDU'L-BAHA (PUF). Réponses à des questions d'ordre spirituel et philosophique.
Le Livre de la Certitude, par BAHAULLAH (PUF). Le rôle des prophètes.
Le Nouveau Jardin, par H FATHÉAZAM. Approche complète mais simplifiée de la Foi baha'ie
Les Paroles cachées, par BAHA'U'LLAH Dans un langage poétique, l'essence de la religion.
La Perle inestimable, par Ruhiyyih RABBANI Vie de Shoghi Effendi par son épouse.
Livre de prières, par le BAB, BAHA'U'LLAH, ABDU'L-BAHA.
Les Prophéties accomplies. Prophéties bibliques uniquement.
La Proclamation de Baha'u'llah, par BAHA'U'LLAH. Compilation des lettres aux rois et dirigeants du monde.
Les principes de l'administration baha'ie, par SHOGHI EFFENDI.
La Promesse de tous les âges, par G TOWNSHEND.
La Renaissance de la civilisation, par D HOFMAN.
Les Sept Vallées, par BAHAU:LLAH. Description du cheminement de l'âme vers la perfection divine.
Le Secret de la civilisation divine par ABDUL.BAHA
Vers l'apogée de la race humaine par SHOGHI EFFENDI,
Voies de la liberté par H,-C IVES Témoignage de la rencontre d'un pasteur américain avec Abdu'l-Bahá.
Voleur dans la nuit par W SEARS, Investigation des prophéties mondiales sur le retour du Promis.
Les Baha'is ou victoire sur la violence par C HAKIM (éditions Favre, 1982).

Cette liste n'est pas exhaustive. Pour tous renseignements complémentaires, s'adresser au Centre National Baha'i, 45 rue Pergolèse, Paris-XVIe

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